Le sacre de Henri III à Reims le dimanche 13 février 1575

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Le sacre du dernier roi Valois, Henri III, le 13 février 1575, donne plusieurs éléments à commenter.

D’abord le contexte rend cette cérémonie royale particulière. La mort de Charles IX le 30 mai 1574 met fin à une séquence particulièrement violente des guerres civiles illustrée par le massacre de la Saint-Barthélemy dans la nuit du 24 au 25 août 1572.

Dans ce contexte de tensions religieuses où les grandes familles s’affrontent, le sacre est déterminant. Au sacre de François II, en 1559, les Guises ont eu, en tant que pairs, la préséance sur les princes de sang, symbole de leur influence qu’ils ont conservé pendant le règne de ce roi. Au sacre de Henri III, le rôle des pairs de France laïcs (les anciennes pairies ont disparues ou ont été rattachées au royaume de France) est joué par les différents personnages importants du royaume. Ainsi le duc de Bourgogne est représenté par François d’Alençon, frère du roi, le duc de Normandie par Henri de Navarre ou encore le duc d’Aquitaine par le duc de Guise. L’influence des Grands dans le royaume est donc visible directement dans la cérémonie du sacre.

En juin 1574, Henri III quitte la Pologne (ou il avait été élu roi l’année précédente), son départ ressemble d’ailleurs plus à une fuite. Il retrouve d’ailleurs sa mère à la frontière puis François son frère et Henri de Navarre son cousin à Lyon. Après une étape à Avignon, il arrive à Reims où il est sacré dans la cathédrale Notre-Dame de Reims le dimanche 13 février.

Pour expliquer ce sacre, nous pouvons nous appuyer sur les chroniques qui ont été faites notamment celles de Jaques Auguste de Thou dans son Histoire Universelle. Le volume contenant le récit du sacre de Henri III ne parait pas avant 1607 et l’analyse qu’il en fait doit être comprise dans une logique postérieure au règne de Henri III.

Un des faits importants de la fin de l’année 1574 est la mort de Charles, cardinal de Lorraine à Avignon (Henri III et sa cour s’y trouvent d’ailleurs également). Ce personnage est central dans les guerres de religion notamment pendant le règne de François II ou Charles dirige la France avec son frère, le duc de Guise. Cette mort, en plus de jouer sur le contexte du début de l’année 1575, a aussi un rôle important sur le sacre du roi puisque le cardinal était aussi archevêque de Reims. Jacques Auguste de Thou raconte alors :

« Le roi fut sacré par le cardinal de Guise, car le siège étoit alors vacant par la mort de son frère le cardinal de Lorraine. »

Le successeur de Charles de Lorraine est son neveu, or celui-ci n’a pas encore été ordonné prêtre et ne peut donc pas sacrer le roi. D’après les ordines de sacre, si l’archevêque de Reims ne peut officier au sacre, c’est le doyen des suffragants de la province qui prend sa place, ici l’évêque de Soissons. Mais par dérogation, c’est le frère du défunt prélat, évêque de Metz qui prit sa place ce qui montre l’importance et l’influence de la famille de Guise dans le royaume. Notons néanmoins que lors de ce sacre, c’est l’évêque de Soissons, à qui l’on a quand même laissé cet honneur, qui accueille le roi sur le parvis de la cathédrale, rôle normalement dévolu à l’archevêque de Reims.

Un des autres aspects de la chronique de Jacques Auguste de Thou est la vision qu’il porte, a posteriori sur la cérémonie, comme prémonition du règne désastreux de Henri III. En effet, son histoire universelle ne parait pas avant le début du XVIIè siècle soit bien après la mort de Henri III en 1589. Son règne est alors vu comme désastreux par les contemporains qui lui reprochent le coup de majesté de Blois en 1588.

« Je me souviens que quelques curieux remarquèrent qu’on n’y chanta point le TE DEUM, quoique ce soit la coutume. Cet oubli parut d’un mauvais augure ».

Là encore, les ordines de sacre, mentionnent le chant du TE DEUM et on sait qu’il a été chanté à tous les autres sacres. Jacques Auguste de Thou qui raconte également les sacres de Henri II, François II et Charles IX attribue cet oubli à une prévision néfaste. Cet oubli n’est pas le seul signe interprété par les contemporains comme de mauvais augure. Selon le chroniqueur) Pierre de l’Estoile, le roi se plaint de la couronne qui lui faisait mal à la tête, cette dernière manqua de tomber plusieurs fois comme si elle voulait s’enfuir et cela fut vu comme un mauvais présage.

Le sacre de Henri III, a lieu en février 1575, le roi rentre alors de Pologne et n’est pas encore rentré à Paris. Après le règne de Charles IX qui a vu la violence des guerres de religion atteindre leur paroxysme, les contemporains ont placé beaucoup d’espoirs en la personne de Henri III pour mettre fin à la guerre civile. Cependant, son règne ne comble pas les attentes de ses contemporains notamment après les états généraux de Blois en 1588 où il fait assassiner les Guises. Poignardé par le moine Jacques Clément en 1589, il devient le premier roi de France sacré à avoir été assassiné. Cette mauvaise réputation a sûrement conduit les chroniqueurs comme Jacques Auguste de Thou ou Pierre de L’Estoile qui écrivent bien après les évènements à voir, dans la cérémonie de sacre de Henri III, la prémonition d’un règne désastreux.

 

Bibliographie

  • Auguste Bailly, Les derniers Valois (Paris: Flammarion, 1951), 346.
  • Patrick Demouy, Le sacre du roi : historique, symbolique, cérémonial (Strasbourg: La Nuée Bleue, 2016), 287.
  • Richard A. Jackson, Vivat Rex : histoire des sacres et couronnements en France (Paris: Ophrys, 1984), 237.