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	                        <title>Flux RSS Atelier numérique de 'histoire</title>
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<item><title><![CDATA[Le travail des enfants : une jeune fille victime d'un accident dans une bouchonnerie]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/291</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/18890611">Juin 11, 1889</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/442">Saint-Raphaël, Saint-Raphaël</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/778">Industrie du XIXe siècle</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/777">Industrie</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/776">Industrie rurale</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/775">Inspection du Travail</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/774">Accident du travail</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/773">Accident</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/772">Mineurs</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/771">Mineure</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/770">Mécanisation</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/769">Liège</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/768">Var</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/767">Bouchonnerie</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/10">Travail</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/576">Jeunes filles</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/151">Femmes</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/685">Travail des femmes</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/11">"Atelier des chercheurs,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/11">Atelier des chercheurs</a><p>A la fin du XIXe siècle, le secteur bouchonnier du Var, initialement basé sur le levage du liège du Massif des Maures, est en pleine restructuration et connaît des mutations importantes.</p>
<p>La mécanisation des bouchonneries contribue grandement à transformer le secteur. Jusqu'au début du XIXe siècle, le découpage en bandes des plaques de liège puis la fabrication des bouchons se fait encore de façon manuelle, au couteau. A partir des années 1830-1840, le découpage en bande se mécanise à l’aide de coupeuses munies de lames à poignées et cales. A la fin du siècle, l’utilisation de ces engins est généralisée mais les conditions de sécurité ne sont pas toujours respectées comme le montre le document proposé ici. A partir de 1850,  se développe le tournage des bouchons sur machines semi-automatiques qui permet une standardisation de la production. Dans le même temps, l'apparition des scies circulaires permet la mécanisation de la coupe des bandes et des carrés, préalablement à la fabrication du bouchon lui-même. L'appartition des tubeuses électriques semi-automatiques [1], puis les tubeuses complètement automatiques à la fin du XIXe siècle, constituent aussi un progrès technique.</p>
<p>Cette automatisation croissante induit l’emploi d’une main-d’œuvre peu qualifiée et bon marché (payée à la journée). Cette main- d’œuvre d’appoint précarisée est souvent composée de femmes[3] et comprend aussi fréquemment de (jeunes) adolescent-e-s[4]. Les documents d’archives témoignent en effet de la variabilité des effectifs féminins dans les industries rurales du Var en général et dans les bouchonneries en particulier[5]. Les recensements montrent que la féminisation progresse : alors que les femmes étaient largement minoritaires au milieu du XIXe siècle, elles constituent l’essentiel des effectifs des bouchonneries au début du XXe siècle. Cette présence féminine accrue se retrouve d’ailleurs au sein des effectifs des syndicats d’ouvriers bouchonniers de la région[6].</p>
<p>Par ailleurs, il faut noter que si la taille modeste des machines les rend accessibles y compris aux petits ateliers [7], il semblerait qu’un certain nombre de très petites entreprises (moins de dix employés) aient du mal à faire face à la concurrence des établissements un peu plus conséquents dont l’outillage plus perfectionné permet de proposer des produits moins onéreux. C’est ce que suggère notamment une lettre du maire de Brignoles adressée au Préfet en 1970[8] et la disparition d’une bouchonnerie encore présente dans cette ville en 1882[9] mais absente en 1906[10].</p>
<p>La mécanisation croissante a aussi pour conséquence un risque accru d'accidents particulièrement graves. Les hommes, comme les femmes et les enfants travaillant dans les usines, sont exposés à cette dangerosité, d’autant plus que les chefs d’entreprise ne mettent pas toujours en œuvre les mesures de sécurité qui s’imposent. Le document ici présenté illustre bien cet aspect : « <em>Les engrenages [de la machine à découper le liège] n’étant point recouverts d’un organe protecteur, la main a été prise, entraînée et 3 doigts ont été sérieusement endommagés ». </em>L’inspecteur du Travail des Enfants et des Filles Mineures dans l’Industrie, auteur de ce procès-verbal d’accident du travail, rappelle qu'un décret de 1875 oblige pourtant le chef d’entreprise à recouvrir les engrenages. Outre la mise en avant de manquements concernant la sécurité des employés, sont constatées des infractions relatives à la déclaration d’activité et aux obligations spécifiques concernant l’emploi des jeunes filles de moins de seize ans : l’ouvrière étant âgée de treize ans, l’employeur aurait dû avoir en sa possession le certificat d’instruction de la jeune fille, ce qui n’est pas le cas. De plus, il est spécifié que l’employeur n’est pas en mesure de présenter le livret de la jeune ouvrière et que son nom n’est pas inscrit sur le registre des présents le jour de l’accident.</p>
<p>Or, les conditions de travail des bouchonnier-ère-s sont d’autant plus difficiles à faire évoluer que les Commissions de Contrôle des Enfants et des Filles Mineures dans l’Industrie sont fréquemment composées de fabricants de bouchons comme le rappelle notamment une lettre de 1885 émanant du cabinet de l’inspecteur divisionnaire de surveillance de Marseille (Ministère du Commerce). Ce document traite du travail des enfants et des filles mineures dans l’industrie et évoque explicitement le mauvais fonctionnement de ces commissions de contrôle en ce qui concerne les fabricants de bouchons qui ne se soumettent pas à la loi. L'auteur prend le soin de préciser que M.Lonjon, justement fabricant de bouchons à la Garde-Freinet, fait partie d’une commission de l’arrondissement de Draguignan particulièrement peu efficace[11]. Les exemples de ce type pourraient être multipliés et cela malgré la présence de quelques ouvriers bouchonniers, en proportion moindre, au sein de ces commissions[12]. D’une manière générale, de nombreux documents montrent la mainmise des fabricants de bouchons sur les commissions départementales du travail.</p>
<p>Ainsi, ce document relatif à un accident du travail illustre la mécanisation de l’industrie de la bouchonnerie, un processus qui a pour conséquences la féminisation du secteur et un déclin des plus petites structures entrepreneuriales. Il montre aussi la dangerosité d’une activité où les règles de sécurité et d’emploi des plus jeunes ne sont pas toujours respectées alors même que la présence de nombreux fabricants de bouchons dans les commissions de contrôle et de protection du travail des femmes et des enfants, souligne d’évidents conflits d’intérêts et peut expliquer le flottement régnant au sein de ces structures.</p>
<p>[1] J-M Olivier, voir biblio.</p>
<p>[2] Support ressources pédagogiques arch. dép. du Var, voir biblio.</p>
<p>[3] J-M Olivier, op.cit.</p>
<p>[4] A titre d’exemple, la lettre du maire de Gonfaron adressée au Préfet du Var le 27 avril 1893 dans laquelle il indique la présence de « garçons de moins de 18 ans » et de « filles mineures » travaillant dans les bouchonneries. 10M3 Travail des enfants et des femmes, arch.dép. du Var ou encore les relevés fournis par les maires de La Crau, Bormes-les-Mimosas et Collobrières en 1880 concernant l’emploi des femmes et des enfants dans les bouchonneries. 10M3. Travail des femmes et des enfants, arch. dép. du Var.</p>
<p>[5] Voir la lettre du maire de Brignoles écrite au Préfet le 8 déc. 1882 : il ne peut donner que des « moyennes » concernant l’emploi des femmes dans l’industrie montrant la dimension très variable des effectifs. 10M4 Travail des enfants et des femmes, 1853-1925. Arch. dép. du Var.</p>
<p>[6]  Documents liés aux syndicats bouchonniers. 10M27; 10M28, arch. Dép. Du Var.</p>
<p>[7] J-M Olivier, op. cit.</p>
<p>[8] Voir la lettre du maire de Brignoles adressée au préfet et datée du 14 fév.1870 : il impute la baisse de l’activité industrielle dans l’arrondissement de Brignoles à « <em>la concurrence écrasante des grands établissements qui a rendu impossible l’existence des usines de peu d’importance, obligées de vendre plus cher parce qu’elles ont un outillage moins perfectionné et opèrent sur de moindres quantités.</em> ». 10M4 op.cit. Arch. dép. du Var.</p>
<p>[9] La lettre du maire de Brignoles adressée au préfet et datée du 8 déc 1882 (10M4 op.cit) indique la présence d’une bouchonnerie à Brignoles à cette date.</p>
<p>[10] Aucun bouchonnier dans le recensement de population de Brignoles, 1906.</p>
<p>[11] Lettre 45 de l’inspecteur divisionnaire de Marseille. 10M4 (op.cit).</p>
<p>[12] Par exemple, dans la commission de 1900 pour l’arrondissement de Draguignan, siège un fabricant de bouchons au Luc, M.Giraud, et un ouvrier bouchonnier à Gonfaron. 10M4 (ibid).</p>
<p> </p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[La refondation du Ku Klux Klan au sommet de Stone Mountain]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/106</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/19151125-19151128">Novembre 25, 1915 au Novembre 28, 1915</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/155">Stone Mountain, Atlanta</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/156">Siège du journal Atlanta Constitution, Atlanta</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/509">Woodrow Wilson</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/388">Guerre de Sécession</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/411">Presse</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/40">Immigration</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/417">Ku Klux Klan</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/418">Rituels</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/419">Atlanta</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/427">Antisémitisme</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/429">Leo Frank</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/425">Société secrète</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/436">William Joseph Simmons</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/11">"Atelier des chercheurs,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/11">Atelier des chercheurs</a><p> </p>
<p>Pendant la nuit de Thanksgiving 1915, à une quinzaine de kilomètres au nord-est d’Atlanta, en Géorgie, le Ku Klux Klan est refondé au sommet de Stone Mountain par William Joseph Simmons, futur « grand Wizzard » du Klan. Un bref article du journal <em>Atlanta Constitution</em> du dimanche 28 novembre 1915 évoque cette refondation.</p>
<p>Les faits se sont déroulés le 25 novembre 1915, soit le dernier jeudi de novembre dont Abraham Lincoln avait décidé, en pleine guerre de Sécession qu’il marquerait le jour où tous les Etats fêteraient Thanksgiving (1). Depuis des années, William Joseph Simmons, un ancien médecin, ayant travaillé un temps pour une église méthodiste épiscopalienne attendait l’occasion de refonder les Chevaliers de l’Empire Invisible du Ku Klux Klan, organisation qui avait existé de 1865 aux débuts des années 1870. S’il choisit de le faire à la fin de 1915, cela tint probablement à la conjonction de deux éléments : les retombées du procès de Léo Frank et la sortie du film de David Ward Griffith, <em>Birth of a Nation</em>.</p>
<p>Léo Frank, originaire d’une famille juive d’Allemagne, né au Texas et élevé à New-York, donc considéré comme un Yankee, et ingénieur de formation, dirigeait une fabrique de crayons à Atlanta où il avait été élu président du chapitre du B’nai B’rith, une organisation d’entraide juive. En 1913, une jeune ouvrière, Mary Phagan avait été retrouvée morte dans un atelier de la fabrique de crayons après avoir été violée. Une vaste campagne de presse, auquel participa activement le journal <em>Atlanta Constitution</em>, suivit la découverte du corps de la jeune fille. Au terme d’une enquête qui a, depuis, été remise en cause, Léo Frank fut accusé du meurtre et du viol de Mary Phagan.  Après plusieurs procès, il fut condamné à mort en 1915. Le gouverneur de Géorgie ayant commué la peine en prison à vie, une organisation secrète <em>the Knights of Mary Phagan</em> attaqua la prison où  était détenu Léo Frank, l’enleva et le lyncha en août 1915. Selon certaines sources, ce lynchage fut suivi d’une première cérémonie au sommet de Stone Mountain à laquelle participait William Simmons et au cours de laquelle une grande croix de bois fut enflammée. Ce qui est certain c’est que des <em>Knights of Mary Phagan</em> ont participé à la refondation du Klan le 25 novembre 1915.</p>
<p>La sortie du film de David Griffith, <em>Birth of a Nation</em>, constitua une autre  incitation et inspira même quelques éléments du cérémonial retenu par William Simmons qui en était un admirateur inconditionnel. Le film, sorti en mars 1915, ne fut projeté à Atlanta qu’après Thanksgiving et William Simmons qui l’avait déjà vu plusieurs fois se démena auprès du directeur du théâtre où le film était projeté pour obtenir des places gratuites. Ce très long métrage, parfois appelé <em>The Clansman</em> du nom du roman de Thomas Dixon qui l’avait inspiré, fut projeté pendant trois semaines dans la capitale de la Géorgie, ce qui, à l’époque, était inusité et il connut un succès sans précédent.</p>
<p>Le film, surtout dans sa seconde partie, enchaîne les chevauchées nocturnes de cavaliers revêtus de robe blanches et portant cagoules qui volent au secours de jeunes femmes blanches poursuivies par des noirs, le plus souvent des acteurs blancs grimés. Quelques cartons donnent le ton du film ;  l’un d’eux renvoie à des extraits de <em>The History of the American People</em> favorable au rôle du Ku Klux Klan et dont l’auteur n’est autre que Woodrow Wilson, Président des Etats Unis en exercice (2). Un autre, l’un des derniers du film, est ainsi libellé « <em>the former enemies of North and South are united again in common defence of their Aryan Birthright</em> ».</p>
<p>Le lieu retenu par William Simmons pour la refondation du Klan est un vaste mont isolé, un inselberg de granite, utilisé comme carrière pour la construction d’immeubles ou de monuments. <em>Stone Mountain</em> était la propriété d’un homme qui fut lié aux membres du nouvel Empire Invisible. Avant même le 25 novembre 1915, il avait accepté que l’une des falaises de <em>Stone Mountain</em> devienne le lieu d’un vaste bas-relief dédié aux héros de la Confédération (Le président Davis et les généraux Lee et Jackson). La construction de ce monument, dont certains aiment à rappeler qu’il est plus vaste que celui du Mont Rushmore, dans le Dakota du Sud, ne fut achevée qu’au début des années 1970.</p>
<p>L’<em>Atlanta Constitution</em> dont Kenneth Jackson indique que l’un des rédacteurs était proches des partisans de William Simmons évoque la somptuosité des cérémonies de Thanksgiving 1915. Comment se sont-elles déroulées ? Une immense croix de bois fut enflammée au sommet de Stone Mountain, à proximité de laquelle flottait un drapeau des Etats-Unis. Les flammes éclairaient une bible ouverte à la 12<sup>e</sup> épitre aux Romains, celle où Saint-Paul exhorte les fidèles à offrir leur vie en sacrifice. Et sur cette bible,  les partisans de William Simmons, parmi lesquels des <em>Knigths of Mary Phagan</em>, jurèrent fidélité à l’Empire invisible en train de renaître. Ils étaient revêtus de robes et de cagoules blanches et parmi eux se trouvaient le propriétaire de <em>Stone Mountain</em> et le petit fils du lieutenant-général Nathan Bedford Forrest, officier de l’armée confédérée qui fut le premier Grand Dragon du Ku Klux Klan. La symbolique de la croix enflammée semble directement inspirée du film de Griffith.</p>
<p>Le second Ku Klux Klan ne se développa pas immédiatement mais son dynamisme fut important pendant les années 1920 puisqu’il compta, au milieu des années 1920, jusqu’à quatre ou cinq millions de membres avant de décliner. Par rapport au premier Klan, sa dimension urbaine fut très importante et à l’hostilité aux populations noires, il ajouta une grande méfiance vis à vis des nouveaux immigrants. La dimension antisémite se manifeste par la présence des Knights de Mary Phagan. Les <em>Knights of the Invisible Empire</em> se voulaient aussi une organisation de combat contre l’organisation catholique <em>The Knights of Columbus</em>. Cela alimenta la dimension anti-catholique et anti-papiste du second Klan.</p>
<p> </p>
<p>(1) En fait, c’est après la Reconstruction que Thanksgiving fut célébré le même jour dans les Etats du nord et du sud.</p>
<p>(2) L'un des cartons est ainsi libellé "The white men were roused by a simple instinct of self-preservation… until at last there had sprung a great Ku Klux Klan, a veritable empire of the South, to protect the Southern country." Woodrow Wilson.</p>
<p>Les localisations retenues sont le siège du journal <em>Atlanta Constitution</em> et Stone Mountain.</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[New York en 1864]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/102</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/18640616-18640620">Juin 16, 1864 au Juin 20, 1864</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/144">Trinity Church, New York</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/152">Central Park, New York</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/146">Ferry Boat pour Brooklyn, New York</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/145">Résidence approximative de Duvergier de Hauranne, New York</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/390">Copperheads</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/40">Immigration</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/386">Parcs</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/141">Transports</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/381">Duvergier de Hauranne</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/382">New York</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/383">Etats-Unis d'Amérique</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/384">Histoire urbaine</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/385">Récit de voyage</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/391">Ferry-boat</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/388">Guerre de Sécession</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/392">Espaces verts</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/11">"Atelier des chercheurs,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/11">Atelier des chercheurs</a><p>En juin 1864, Ernest Duvergier de Hauranne – il n’a pas encore 22 ans – arrive à New York après avoir embarqué, deux semaines plus tôt, sur le <em>City of Washington</em>, à Liverpool. A l’occasion de l’élection présidentielle de novembre 1864, ce lecteur assidu de <em>La démocratie en Amérique</em> de Tocqueville vient  analyser le fonctionnement des institutions mises à l’épreuve par la guerre de Sécession, commencée trois ans plus tôt. Son père, élu du département du Cher sous la Monarchie de Juillet et sous la Seconde république, a pris en charge son voyage  et lui a fourni à son fils toutes les lettres de recommandation nécessaires à la réalisation de son projet.</p>
<p>Dès 1865, la Revue des Deux Mondes publie en douze livraisons ce qui va devenir, en 1866, <em>Huit mois en Amérique, Lettres et notes de voyage</em>, <em>1864-1865</em>. La publication suscite de nombreux commentaires. En janvier 1867, pour répondre aux critiques des anciens Confédérés ou de leurs amis, le jeune aristocrate libéral affirme : « … je n’essaierai pas de le nier : je suis parti d’Europe avec des préventions favorables à la cause abolitionniste… la seule question de l’esclavage aurait mis fin aux hésitations de ma conscience et m’aurait décidé à souhaiter la victoire de ceux qui voulaient détruire l’esclavage sur ceux qui auraient voulu le perpétuer… » <sup>1</sup>.</p>
<p>Au milieu des années 1860, la population de Manhattan, New York au sens administratif du terme, est de l’ordre de 860 000 habitants et celle de Brooklyn, alors une ville à part entière, frôle les 350 000 habitants. Les premières impressions du jeune Parisien ne sont guère favorables. L’ambiance urbaine renvoie, selon lui, à la domination de l’argent, des devantures des boutiques à l’organisation générale de la ville qui n’est qu’une « hôtellerie ouverte à tout venant, où l'argent seul distingue les hommes. »  Le plan en damier – à New York, il a été adopté en 1811–  a souvent été présenté comme le plan idéal pour les villes où la spéculation est toute puissante. Pour ce familier de Londres ou de Rome, l’absence de tradition urbaine saute aux yeux. Il appréciera bien davantage Boston et lorsqu’il en revient, en décembre 1864, il confirme son jugement négatif « J’éprouve en rentrant dans la Babylone américaine, ce sentiment de dégoût familier que m’inspire, après une nuit de voyage, le Paris sordide et boueux du matin ». <sup>2</sup></p>
<p>L’endroit où Ernest Duvergier a dû résider est situé dans la partie la plus anciennement occupée de Manhattan. L’auteur le confirme indirectement lorsqu’il affirme « Toutes les voies parallèles à Broadway sont des avenues ». Pourtant Broadway coupe la 5e, la 6e, la 7e… avenues mais au nord de la 10e rue… Il a probablement logé au sud de Washington Square et il est assez surprenant qu’il n’évoque pas Greenwich Village où Georges Clemenceau prit plaisir à vivre en 1865…</p>
<p>Pendant la semaine passée à New York, il comprend cependant le dynamisme qui est à l’œuvre et il est fortement impressionné par les moyens de transports de la métropole, les omnibus et les tramways hippomobiles mais aussi et surtout les ferries-boats. Les premiers rails urbains apparaissent à New York en 1832. Les premiers tramways transportent une quarantaine de passagers à quelque 10-12 km heure. Ces premiers rails, en relief sur la chaussée, sont la hantise des autres utilisateurs même si un ingénieur français qui vit à New York, Alphonse Loubat, a mis au point un dispositif permettant de les enterrer, ce système n’existe pas alors dans les villes européennes. L’intensité du trafic terrestre est encore surpassée par le trafic fluvial et maritime, qui débouche d’ailleurs comme l’a montré Kenneth Jackson sur la naissance de la première banlieue avec « commuters », Brooklyn.</p>
<p>Entre Manhattan et Brooklyn, Fulton lance le premier service de ferry à vapeur au monde, en 1814. Au milieu du siècle, une douzaine de lignes de ferries franchissent l'East River et les départs se font toutes les 5 ou 10  minutes. Dans les années 1860, le trafic annuel des ferries dépasse 32 millions de passagers et chaque jour ouvrable enregistre un trafic de 100000 passagers…  Le développement de Brooklyn renvoie à la volonté d’hommes qui ont su voir toutes les potentialités qu’offrait cette petite localité et en ont profité pour s’enrichir. Hezekiah Beers Pierrepont fut de ceux-là. Grand propriétaire, il se lance dans la spéculation foncière. Ami et financier des expériences de Robert Fulton, il voit tout le parti que Brooklyn va pouvoir tirer de ses inventions et il se garde bien de vendre ses lots avant que la mise en place de communications rapides entre Manhattan et Brooklyn ne lui permette de réaliser de gros bénéfices. Parallèlement à ses activités foncières, Pierrepont joue un rôle de premier plan dans l’administration de Brooklyn, intervenant pour que le tracé des rues favorise ses terrains, ne dissociant absolument pas ses activités publiques et son intérêt privé.</p>
<p>L’espace bâti à Manhattan dépasse à peine la 50e rue et n’atteint pas encore la 59e rue où débute Central Park qui fascine le jeune visiteur. Cet immense Park est l’œuvre de Frederic Law Olmsted. Formé comme ingénieur civil, Frederic Law Olmsted, avait visité l’Angleterre à la fin des années 1840 et en particulier le parc de Birkenhead, à Liverpool qui devait conforter sa conception civilisatrice des parcs. Architecte paysagiste réputé, il avait remporté, en 1857, le concours organisé par la municipalité de New York pour la construction de Central Park lorsque la ville a commencé à être coupé du milieu naturel en raison de l’urbanisation. Le projet qu’il présenta avec Calvert Vaux exprimait la quintessence de la civilisation. Ce concept avait déjà été développé par Andrew Jackson Downing qui défendait le financement des parcs publics : « De tels projets, préparés avec attention et réalisés avec sagesse et libéralité, ne seront pas seulement rémunérateurs en argent mais ils civiliseront et raffineront très largement le caractère national, servant à la propagation de l’amour pour la beauté rurale, et accroîtront le goût pour les arbres et plantes rares et belles. » et Olmsted en fit une véritable catégorie esthétique. (Mosser, p. 380)</p>
<p>New York est en pleine métropolisation mais, en raison de la guerre, l’afflux des immigrants s’est ralenti : alors que plus de la moitié de la population de Manhattan appartenait à l’immigration récente dans les années 1850, cette proportion est tombée à 40% dans les années 1860. La ville compte alors quelque 200000 originaires d’Irlande - un peu moins d’un quart de la population - alors que population noire (13000 personnes) en représente 1,5%. La guerre a provoqué depuis son déclenchement de nombreuses tensions dans la ville. Un an avant l’arrivée de Duvergier de Hauranne, une véritable émeute contre le principe de la conscription éclate du 14 au 16 juillet 1863. De nombreux Noirs sont victimes de chasses à l’homme et des régiments fédéraux doivent revenir du front pour rétablir l'orde au canon. On dénombre une centaine de morts<sup>3</sup>. La machine démocrate – les Républicains les appellent <em>copperheads</em> (vipères cuivrées) – domine la ville qui compte de nombreux opposants à Lincoln dont l'ancien maire de New York, Fernando Wood.</p>
<p>Duvergier de Hauranne  a laissé un témoignage précieux. Il donne une image souvent peu flatteuse de la métropole en train de naître mais il en saisit aussi les nombreuses potentialités.</p>
<p>(1)    Cité par A. Krebs, <em>op.cit</em>. p. 23</p>
<p>(2)    <em>Ibidem</em>, p. 17</p>
<p>(3)    Weil, <em>op.cit.</em> p. 158</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[Bombardement d'un immeuble parisien par les Gothas en 1918]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/60</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/19180308-19180309">Mars 8, 1918 au Mars 9, 1918</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/283">Agence Rol, Paris</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/93">5 rue Geoffroy-Marie, Paris</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/261">Aviation militaire</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/260">Ghotas</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/243">Première guerre mondiale</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/244">Bombardements</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/529">Agence Rol</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/530">Agence photographique</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/11">"Atelier des chercheurs,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/11">Atelier des chercheurs</a><p>La photo donne une vue d’ensemble, au matin du 9 mars 1918, du bombardement subi par l’immeuble situé au 5, rue Geoffroy-Marie dans le 9<sup>e</sup> arrondissement de Paris. Le raid meurtrier est bien décrit par Jules Poirier dans son ouvrage sur <em>Les bombardements de Paris</em> : dans la soirée du 8 mars, l’alerte fut donnée un peu après 20:30. Une soixantaine d’avions allemands, appartenant aux 1<sup>ère</sup>, 2<sup>ème</sup>, 5<sup>ème</sup> et 7<sup>éme</sup> escadres volaient en direction de Paris. Une soixantaine d’avions français et l’artillerie – près de 10000 obus sont tirés –  assuraient la défense de l’agglomération. Seuls trois avions allemands, des Gothas, réussirent à passer. Ils larguèrent 28 bombes sur Paris et près d’une soixantaine sur la banlieue. « 5, rue Geoffroy-Marie, une bombe de 100 kg, après avoir traversé les étages supérieurs, éclata au 2e étage. Le mur de refend ayant cédé, la maison s’écroula et un incendie se déclara dans lequel plusieurs locataires trouvèrent la mort ; une vingtaine de réfugiés dans les caves furent sauvés par les pompiers, qui durent pratiquer des ouvertures dans les murs des maisons voisines. »  (p.120).</p>
<p>Les raids aériens qui viennent de recommencer sur Paris en ce début d’année 1918 sont maintenant bien anticipés par les autorités et la population est prévenue par « les voitures des Sapeurs-Pompiers qui circulaient en faisant entendre alternativement le son de la trompe d’incendie et celui d’une sirène à main » (p. 51). Cela explique que, pour le raid de la nuit du 8 mars 1918, des habitants se soient réfugiés dans les caves.</p>
<p>La photo présentée fait partie d’un ensemble de 6 photos prise par l’Agence Photographique Rol à la suite du raid des gothas du 8 mars (la mention figure sur certaines des légendes). Celle qui a été retenue offre le plan le plus large. Elle est prise depuis la rue Richer vers la rue Geoffroy-Marie et le photographe se trouve à un peu plus d’une centaine de mètres de l’immeuble qui s’est effondré, juste après l’impasse de la Boule rouge que l’on devine plus qu’on ne la voit. En fait le photographe s’est installé devant le 32 de la rue Richer – c’est à dire devant le bâtiment des Folies Bergère ; il est légèrement en hauteur – probablement à l’entresol du Music Hall – et la photo est en légère plongée de manière à passer au dessus de la foule des curieux. D'ailleurs, dans l'angle gauche, devant la porte de l'English-American Bar, un jeune homme lève les yeux vers l'objectif. En fonction de la position de l'ombre dans la rue, on peut conclure que la photo a été prise en milieu de matinée.</p>
<p>La rue Geoffroy-Marie est à 45° de le la rue Richer dont on voit une partie sur la droite de la boulangerie-pâtisserie qui fait l’angle. L’autre angle (avec la rue de la Boule Rouge, hors champ) est occupé par un bar, <em>l’English American Bar</em> dont les enseignes invitent à se méfier des contrefaçons. Il faut aussi noter la présence d’un <em>English Bar</em>, du côté des numéros impairs, juste après deux enseignes signalant des hôtels. Dans la rue Richer, des voitures hippomobiles, très chargées et sans doute gênées par l’attroupement rappelle que le quartier du Faubourg-Montmartre est pendant la journée une zone d’intense activité (vêtement, confection, articles de Paris…)</p>
<p>La nuit venue, à proximité des Grands Boulevards, la rue Geoffroy-Marie est très fréquentée par les nombreux soldats qui viennent en permission pour quelques jours dans la capitale et qui souhaitent profiter de la vie nocturne. Dans la foule des curieux, maintenue à bonne distance de l’immeuble écroulé par un cordon de gendarmes, sont d’ailleurs présents de nombreux militaires : certains semblent porter des uniformes des troupes alliées (on croit distinguer un soldat canadien à l’extrême gauche de la photo). Dans la foule, rassemblée vraisemblablement en milieu de matinée – regardez les ombres de cette rue orientées vers le sud-ouest et où les immeubles ont une vingtaine de mètre de haut – rares sont les curieux qui ne portent pas de couvre-chefs, feutres, melons, képis, calots, casquettes (rares). Et parmi les femmes celles qui sont en cheveux se comptent sur les doigt d’une seule main…</p>
<p>A mi-chemin entre la foule des curieux et l’immeuble écroulé, un groupe de trois personnes ramène une grosse malle sans doute extraite des décombres. Au niveau de l’immeuble, une lance à incendie est encore en action, pour éteindre les dernières flammes ou pour étouffer la poussière encore très dense au dernier plan, juste avant que la rue Geoffroy-Marie ne débouche dans la rue du Faubourg-Montmartre.</p>
<p>L’importance des dégâts est bien montrée par une autre photo – le lien figure dans la bibliographie – prise depuis l’intérieur de la parcelle du numéro 5. L’immeuble a été reconstruit en 1923 comme l’indique la façade visible aujourd’hui.</p>
<p>Cette attaque du 8 mars suit celle du 30 janvier 1918 qui a vu la reprise des bombardements par avion qui avaient cessé pendant deux ans. Elle est très différente de celles lancées en 1914 avec des avions beaucoup plus légers. Entre aout et décembre 1914,  le passage dans le ciel parisien des petits <em>Tauben</em> pendant la fin de l’année 1914 est souvent une sorte de spectacle que les Parisiens observent avec plus de curiosité que d’angoisse même si les bombes, en particulier les bombes incendiaires, peuvent, cependant, entraîner des dégâts importants.</p>
<p>Les mutations des attaques aériennes sur Paris, entre 1914 et 1918, sont bien résumées par la préface que le général Niessel, membre du conseil supérieur de la guerre, donne à l’ouvrage de Jules Poirier <em>Les bombardements de Paris, 1914-1918</em> : « Le dimanche 30 août 1914, première alerte : 1 avion, 5 projectiles de 3kg, 5 victimes. Le lundi 16 septembre 1918, dernière journée des bombardements aériens : 50 avions sur Paris et sa banlieue, 85 projectiles dont 3 de 100 kg, 37 victimes »</p>
<p> </p>
<p>Localisation : l'immeuble bombardé et l'Agence Rol, 4 rue Richer, à deux cents mètres des Folies Bergère, 32 rue Richer, d'où a été prise la photo.</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[Premiers bombardements par des canons longue portée sur Paris, 23 mars 1918]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/58</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/19180323">Mars 23, 1918</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/283">Agence Rol, Paris</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/90">15 rue Charles V, Paris</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/373">Parisiner Kanone</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/247">Grosse Bertha</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/246">Artillerie</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/245">Canons longue portée</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/244">Bombardements</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/243">Première guerre mondiale</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/530">Agence photographique</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/11">"Atelier des chercheurs,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/11">Atelier des chercheurs</a><p>Après avoir subi depuis la fin janvier 1918, les bombardements des Gothas, la capitale est exposée, à partir du 23 mars, aux bombardements des canons à longue portée que les Allemands ont installé au nord-ouest de Crépy-en-Laonnois, à quelque 120 km de Paris.</p>
<p>Le 23 mars 1918, le premier projectile tombe à 7h 20 devant le n° 6 du quai de Seine dans le 19<sup>e</sup> arrondissement et à 8h15, le 4<sup>e</sup> arrondissement est touché, au 15 rue Charles V. Une demi-heure plus tard, le même arrondissement est touché rue François-Miron au numéro 8. Une vingtaine d’obus s’abat sur la capitale jusqu’à 15 heures sans que les autorités, et encore moins les Parisiens, ne comprennent ce qui se passe. Serait-ce une attaque aérienne à très haute altitude comme le laisse entendre un communiqué du ministère de la Guerre vers le milieu de la matinée ? En début d’après midi, l’explication n’est toujours pas évidente comme le rapporte un rédacteur du journal <em>Le Temps</em> au moment du bouclage et dont Jules Poirier se fait l’écho (p. 219) : le ministère demande au journal de ne pas publier un commentaire sur le caractère aérien du bombardement et d’attendre un communiqué officiel. Il tombe enfin à 15 heures : « l’ennemi a tiré sur Paris avec une pièce à longue portée… les mesures pour combattre la pièce ennemie sont en voie d’exécution ». Les journalistes n’arrivent pas à y croire car, pour tout un chacun, il était alors impossible d’envoyer des obus – cela avait été le cas lors du bombardement de Dunkerque – à plus de 30 km. Du coup, pour éviter que la nouvelle ne soit interprétée comme un percement du front, <em>Le Temps</em> accompagne le communiqué d’un commentaire : « ajoutons à l’explication officielle qu’on vient de lire que la plus courte distance du front à Paris est de plus de 100 kilomètres ».</p>
<p>L’obus tombé sur l’immeuble du 15 rue Charles V, juste derrière le lycée Charlemagne, tue un habitant selon les relevés de Jules Poirier. Sur la photo, on voit bien comment l’obus a détruit les étages supérieurs de l’immeuble sans pour autant provoquer d’incendie. L’immeuble, dont les murs révèlent la modestie, est situé en bordure de l’îlot insalubre n° 16, dans un quartier populaire qui abrite de nombreux ateliers – on distingue bien les toits d’un atelier ou d’une petite entreprise à l’arrière de l’immeuble.</p>
<p>Pour les Parisiens, les obus étaient plus dangereux que les bombes. Sur les 297 tués suite aux différents types de bombardements recensés par Jules Poirier, moins d’une centaine sont imputés aux avions, 27 aux zeppelins et près de 200 aux canons à longue portée. Aucun guetteur ne pouvait donner l’alarme et la population n’avait pas le temps de courir dans les abris ou dans les bouches de métro pour se protéger. L’épisode le plus meurtrier, survenu une semaine après le 23 mars, accroît encore les craintes. Un obus tombe sur l’église Saint-Gervais, à quelques pas de l’Hôtel de Ville et non loin de la rue Charles V, le 29 mars 1918, à 16h 30. C'est le seul obus tiré ce jour là mais il atteint l’église pendant la cérémonie des Ténèbres du Vendredi Saint et provoque le décès de 91 personnes. Pour le cardinal Amette, « un tel crime commis dans de telles conditions, en un tel jour et à une telle heure, soulève la réprobation de toutes les consciences ».</p>
<p>Les trois pièces qui prennent part au bombardement de Paris le 23 mars sont installées sur des bretelles de voies ferrées situées sur le Mont-Joie, au nord-ouest de Crépy-en-Laonnois. L’aviation et l’artillerie française s’efforcent de les réduire au silence le plus vite possible. Une pièce fut détruite dès le 24 mars mais les autres purent continuer les bombardements, par intermittences, jusqu’au mois de mai. Une pièce fut ensuite installée dans le bois de Corbie, à l’est de Beaumont-en-Beine et elle bombarda Paris jusqu’au début du mois d’août.</p>
<p>Très souvent les bombardements par canons à longue portée ont été, faussement, attribués à la grosse « Bertha ». Jules Poirier dénonce cette interprétation : « ces engins que Paris baptisa Bertha ou Grosse Bertha, on ne sait pas pourquoi, s’appelaient officiellement, en Allemagne, la pièce <em>Ferngeshùtz</em>, le tube <em>Wilhelmsrohr</em> ; l’ensemble, pièce et tube, <em>Parisiner Kanone</em> ou <em>Parisgesschùtz</em>. La Dicke Bertha était un mortier de 420, en service depuis la guerre. Elle sortait des ateliers Bertha Krupp, l’héritière des grandes usines d’Essen. Elle ne fut jamais employée contre Paris ; elle servit contre les gros ouvrages de fortification permanente. La confusion du nom vint, sans aucun doute, des articles nécrologiques qui furent publiés à l’occasion de la mort de l’ingénieur Krausenberger, qui avait dirigé, dans les usines Krupp, la construction du <em>Parisiner Kanone</em> et de la <em>Dicke Bertha</em>» (p. 207-208). Alors que l’obusier disposait d’un tube de 5 m de long, le canon à longue portée construit pour bombarder Paris avait un tube d'une longueur de 34 m.</p>
<p>Dans son article, accessible en ligne avec le lien ci-dessous, Alain Huyon revient sur la prouesse technique et sur l'absence de traces laissées par le <em>Parisiner Kanone</em>. Pour autant, cette arme légendaire n'a pas réussi à démoraliser, en dépit de son efficacité, la population de Paris : l'objectif stratégique n'a pas été atteint.</p>
<p> </p>
<p>Localisation : immeuble bombardé et Agence Rol, 4 rue Richer.</p>
<p> </p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[Le monument aux morts d'Oran installé à La Duchère]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/10</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/19680713">Juillet 13, 1968</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/148">Square du Souvenir Monument aux morts, Oran</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/16">Place Bachaga Boualem, Lyon</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/387">Enjeux mémoriels</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/43">Oran</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/47">Guerre d'Algérie</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/44">Pieds-Noirs</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/45">Grands ensembles</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/48">Monuments aux morts</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/49">Français d'Algérie</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/11">"Atelier des chercheurs,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/11">Atelier des chercheurs</a><p>L'inauguration du monument aux morts d'Oran, le 13 juillet 1968, dans un grand ensemble au nord de Lyon, la Duchère, est emblématique des mutations de la France des années 1960 : elle montre comment se sont transformées les manières d'habiter et comment des populations qui vivaient hors de la France métropolitaine ont été « rapatriées » dans le cadre des conflits coloniaux.</p>
<p>Au sortir de la seconde guerre mondiale, la situation du logement à Lyon est, comme dans beaucoup d'autres villes, difficile. Elle est marquée par la rareté de l'offre, par la taille réduite de nombreux logements et par un inconfort prononcé. A partir des années 1950, les pouvoirs publics cherchent des solutions. L'une de celle qui est retenue pour Lyon correspond à une nouvelle implantation sur la colline qui surplombe le quartier ouvrier de Vaise, la Duchère. Un grand fort avancé, construit pendant la première moitié du XIXe siècle, domine la colline  et protége Lyon d'un eventual ennemi venant du nord. L'opération de construction de la Duchère commence après celle du grand ensemble de Bron qui a servi de laboratoire pour l'agglomération lyonnaise au milieu des années 1950. La Société centrale pour l'Equipement du Territoire, filiale de la Caisse des Dépôts, repère le site puis la municipalité lyonnaise en fait une de ses operations prioritaires. La construction débute en 1960, au moment de la construction de Sarcelles en région parisienne. L'objectif est d'édifier un des premiers grands «grands ensembles » puisque ce ne sont pas moins de 6000 logements qui sont prévus sur la centaine d'hectares de la Duchère avec quatre sous-quartiers (Balmont, le Plateau, la Sauvegarde et le Château) disposés autour du fort dont le terrain est utilisé pour des installations sportives. La Duchère compte d'ailleurs 20 000 habitants en 1968 alors que tous les immeubles ne sont pas terminés.</p>
<p>La ville de Lyon avait été jumelée, avec Oran, dès juillet 1956, à l'initiative d'Edouard Herriot dont la famille avait eu une propriété à Oran. Lorsque les Français d’Algérie, les Pieds Noirs, quittent dans la précipitation ce qui devient l'Algérie indépendante le 5 juillet 1962, nombreux sont ceux qui arrivent dans la région lyonnaise. Louis Pradel, le nouveau maire de Lyon après le décès d'Herriot, décide de réserver plus du tiers des logements de la Duchère, à l'accueil des rapatriés d'Afrique du nord. Cette décision explique la relation étroite entre le grand ensemble et cette population. La Duchère des années 1960, est un chantier mais c'est aussi un chantier à la campagne qui ne génère pas chez les premiers habitants des réactions de type sarcellite, bien au contraire. L'impression de vivre à la campagne aux portes de la ville l'emporte d'autant plus que la forte proportion d'habitants ayant un passé commun renforce les solidarités, qu'organise d'ailleurs la mise en place de diverses associations de rapatriés. Selon les différents quartiers de la Duchère, la proportion des natifs d'Algérie varie de 6% à plus de 52%. La part moyenne serait de l'ordre de 32% mais on s'accorde à considérer que ces proportions sont sous-estimées.</p>
<p>En 1966, le maire de Lyon considère qu'il serait légitime de créer au sein de la Duchère un monument qui rappellerait l'Algérie. Le choix se porte sur le monument aux morts d'Oran. Louis Pradel charge Napoléon Bullukian, un industriel du bâtiment, de procéder, en accord avec une entreprise d'Oran, à la dépose du monument et à son transfert. Les démarches sont longues mais le monument (sans son socle, haut de 8 m.) quitte le port d'Oran le 15 décembre 1967. Il arrive à Lyon avant la fin décembre 1967.</p>
<p>La cérémonie d’inauguration a lieu le 13 juillet 1968. Roger Fenech, natif de Tunisie et président de la Fédération nationale des rapatriés, et Louis Pradel, maire de Lyon, interviennent à cette occasion. Le 9 novembre 1968, une nouvelle cérémonie a lieu en présence du général Edmond Jouhaud, ancien n° 2 de l'Organisation Armée Secrète, dont l'amnistie a été prononcée avec celle d'autres dirigeants de l'OAS le 15 juin 1968. A ses côtés se trouve le Bachaga Boualem, chef traditionnel algérien partisan de l'Algérie française. Par la suite, la place où est installée la statue prend le nom de place Bachaga Boualem.</p>
<p>De nombreuses plaques commémoratives ont été apposées au monument au cours des années. La plupart rendent hommage aux soldats de l'Armée d'Afrique (dont certains ont libéré Lyon avec de Lattre de Tassigny) ou aux victimes de la guerre d'Algérie. Dix ans plus tard, Roger Fenech est élu député de la 2e circonscription de Lyon qui comprend la Duchère. En 1999, il ne reste que quelque 12000 habitants à la Duchère dont certains bâtiments ont été détruits. A Oran, sur le front de mer, le socle, recouvert de mosaïques, est devenu la Stèle du Maghreb (voir le lien à la fin de la bibliographie).</p>
<p>La transplantation du Monument, la réappropriation du socle par les Algériens sont autant de signes des enjeux mémoriels de la guerre d'Algérie.</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[Elections de conseillères municipales privées à Villeurbanne en 1935]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/7</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/19350511">Mai 11, 1935</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/7">Ecole de filles de Cusset, Villeurbanne</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/8">Ecole maternelle Antonin Perrin, Villeurbanne</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/9">Ecole de garçons rue du docteur-Dolard, Villeurbanne</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/23">Antiféminisme</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/22">Élections municipales</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/21">Genre</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/20">Vote des femmes</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/12">SFIO</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/11">"Atelier des chercheurs,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/11">Atelier des chercheurs</a><p>Cette photographie publiée dans <em>La Vie lyonnaise </em>du 11 mai 1935 est assortie d’un commentaire ironique qui donne le point de vue de la rédaction du magazine sur l’opération que l’on voit se dérouler sur le cliché : quatre femmes tiennent un bureau de vote  situé dans ce qui peut apparaître comme une cuisine (et donc paraissent être là à leur place « naturelle ») et deux hommes sont du côté des urnes en train de voter. En 1935, cette situation paraît cependant incongrue : les femmes en France n’ont pas le droit de vote et l’on comprend difficilement à première vue comment cette scène est possible.</p>
<p><strong><em>Le contexte</em></strong></p>
<p>Cette scène est due à l’initiative d’un maire socialiste, Lazare Goujon, maire de Villeurbanne depuis 1924. En mai 1935 se déroulent des élections municipales où il se présente pour la troisième fois pour un renouvellement de son mandat.  La proposition du maire de faire élire à cette occasion des conseillères municipales privées est à mettre en perspective avec la situation internationale, nationale et locale.</p>
<p>- <em>Internationale : </em>la France est le  premier pays à avoir accordé le suffrage universel masculin en 1848. Mais dans l’entre-deux-guerres, les Françaises sont mises au ban des réunions internationales féministes du côté des pays « non évolués », car la France est très en retard pour le vote des femmes. La Pologne, l’Espagne, le Royaume Uni, la Russie en Europe, la Nouvelle-Zélande, les États-Unis, la Turquie enfin, l’ont déjà accordé.</p>
<p>- <em>Nationale : </em>depuis 1919, la Chambre des députés s’est prononcée favorablement, à plusieurs reprises, sur le suffrage des femmes, mais le Sénat s’y est toujours opposé. Il s’agit donc par cette expérience villeurbannaise de tenter contourner les entraves législatives de la Chambre haute. Le parti socialiste  SFIO, et dans la France entière, plusieurs communes ou départements ont voté des résolutions en faveur du vote des femmes ainsi que, l’Association des maires de France lors de son congrès (1934) tenu dans le Palais du travail à Villeurbanne  célébrant le cinquantenaire de la loi municipale de 1884.</p>
<p>- <em>Locale : </em>Lazare Goujon propose donc à son conseil municipal le 26 mars  1935 de « tenter une expérience (..) la création de conseillères municipales privées désignées par le corps électoral » en même temps que les élections municipales officielles et ce, par les électeurs ayant déjà déposé leur bulletin de vote dans l’urne. Le second vote a lieu dans une salle adjacente (d’où l’ironie du commentaire de la photographie). Sur le cliché, les hommes sont donc des électeurs qui se prononcent sur les listes pour élire les  conseillères privées  qui tiennent le bureau de vote sans, paradoxalement,  pouvoir voter elles-mêmes. Pour le maire sortant, cette initiative de dernière minute visait sans doute à s’attirer les suffrages de ceux qui sont favorables au vote des femmes, car sa politique de construction d’un nouveau centre urbain (le Palais du Travail puis les Gratte-ciel et le nouvel Hôtel de Ville)  est  à ce moment très critiquée par l’opposition communiste pour son coût exorbitant et la réélection de Lazare Goujon est menacée.</p>
<p><strong><em>La campagne électorale</em></strong></p>
<p>Trois listes sont en présence pour l’élection de ces conseillères privées : celle soutenue par le parti communiste, le Bloc ouvrier et paysan ; celle du parti des réalisations féminines, soutenue par l’Union française pour le suffrage des femmes (proche de la SFIO) ; enfin celle du Rassemblement des forces familiales et sociale, soutenue par le Comité de défense des intérêts communaux (partisan lui du vote familial) et situé à droite de l’échiquier politique.</p>
<p>Chaque liste organisa des réunions publiques et contradictoires[1]. Le Parti des réalisations féminines se déclare …apolitique ! Les femmes communistes présentent « l’élément féminin comme un des facteurs essentiels dans la conquête du pouvoir par les masses ouvrières et la réalisation du socialisme dans l’État prolétarien ». Les points mis en avant sont le soutien à la maternité et à l’enfance (crèches, garderies, cours d’enseignement ménager..), indemnités de chômage aux jeunes qui n’ont pas  encore de travail ; surveillance de l’hygiène publique : au total un programme maternaliste, centré sur les travailleuses.</p>
<p><strong><em>Les résultats</em></strong></p>
<p>La transformation du centre-ville mise en oeuvre par la municipalité a entraîné un redécoupage des bureaux de votes de Villeurbanne pour les élections municipales de mai 1935.  La ville est découpée en 14 bureaux. L’arrêté préfectoral précise que le premier bureau de vote de Villeurbanne, ou bureau central, se trouve  à l’Hôtel de Ville alors que, par exemple, les quelques 1200 électeurs du second bureau, votent à l’école des filles de Cusset, rue Frédéric-Faÿs. Le lieu  photographié correspond  soit à une salle dite de « travaux manuels » d’une école où les cours d’éducation ménagère (dont la cuisine) existaient dans les instructions officielles  du ministère de l’Instruction publique depuis les années 1930, soit une salle de « réunion-cantine » : il en existait une par exemple  dans le 3<sup>ème</sup> bureau de l’école maternelle rue Antonin Perrin. Sept bureaux de vote  sont situés dans une école dotée d’une cantine scolaire[2] (hypothèse qui pourrait se vérifier par la présence d’une hotte imposante sur la photographie). Mais rien dans l’article ne permet d’identifier avec certitude le lieu précis où le cliché a été pris.</p>
<p>Seuls  60% des Villeurbannais ayant voté au deuxième tour des élections municipales l’ont fait aussi pour les conseillères privées et les femmes communistes ont obtenu la majorité absolue des suffrages exprimés. Les quatre élues sont donc toutes sur la liste communiste (dont la fille de l’ancien maire communiste Jules Grandclément).</p>
<p>Ce projet, porté par le socialiste Lazare Goujon dans une démarche éducative, symbolique et militante, a finalement été mis en œuvre par ses farouches opposants, les communistes élus à la municipalité le 12 mai 1935. L’action villeurbannaise a été pionnière et a servi de déclencheur et d’exemple pour d’autres municipalités, qui, avec des modalités diverses, ont fait une place aux femmes dans la vie politique locale, ceci en toute illégalité sinon légitimité, puisqu’il faut attendre avril 1944 pour que les femmes métropolitaines soient déclarées officiellement électrices et éligibles.</p>
<p>[1] Voir  la carte des circonscriptions électorales et les cartes  des résultats réalisées par Jean-Luc Pinol dans le catalogue d’exposition <em>Le Palais du travail, </em>op.cit., Villeurbanne, Le Rize, 2011, p. 50-51 et p. 74-77.</p>
<p>[2] Les sept bureaux de vote situés dans une école dotée d'une cantine scolaire sont : le 2<sup>ème </sup>bureau : Ecole de filles de Cusset, rue Frédéric Faÿs, le 3<sup>ème</sup> bureau : Ecole maternelle, rue Antonin-Perrin, le 4<sup>ème</sup> bureau : Ecole de garçons, rue Docteur-Dolard, le 6<sup>ème</sup> bureau : Ecole de garçons, 118 cours Emile Zola, le 9<sup>ème</sup> bureau Ecole de garçons, rue Armand à Croix-Luizet, le 12<sup>ème</sup> bureau : Groupe scolaire, rue Jules-Guesde, le14<sup>ème</sup> bureau : Groupe scolaire, rue Pélisson. Je remercie Boris de Rogalski de m’avoir fourni ces informations.</p>
<p> </p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[La naissance des prudhommes à Lyon]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/6</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/18060318">Mars 18, 1806</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/89">Palais des Tuileries, Paris</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/28">Chambre de commerce</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/27">Tribunal de commerce</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/19">Tribunaux</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/10">Travail</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/24">Fabrique</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/25">Corporations</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/26">Organisation du travail</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/11">"Atelier des chercheurs,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/11">Atelier des chercheurs</a><p>La révolution avait libéré le monde du travail des entraves réglementaires, et permit une reconnaissance nouvelle du mérite de l’artisan et de l’inventeur. Mais ces conditions n’étaient pas encore suffisantes. Chaptal, ministre de l'Intérieur sous le Consulat, était aussi conscient de la fragilité d’un grand nombre de manufactures, reposant sur des opérations complexes et sur un savoir-faire encore très empirique. Cette fragilité globale nécessitait de protéger l’entrepreneur, ce qui passait, pour Chaptal, par une garantie essentielle : celle de la police des ateliers.</p>
<p>La loi du 22 germinal an XI rétablissait le livret ouvrier, et ajoutait un instrument de dialogue: les chambres consultatives d'arts et métiers dans les départements. La voie choisie par Chaptal mettait l’accent sur la circulation de l’information, le rétablissement de la confiance et du lien politique, tout en s’inscrivant dans la perspective de rupture avec l’Ancien Régime et de la suppression des corporations.</p>
<p>La Fabrique lyonnaise mena une lutte tenace contre les dispositions de la loi du 22 germinal an XI, par l’intermédiaire notamment de la chambre de commerce de Lyon qui multiplia les projets de tribunaux de métiers.La décision fut tranchée lors du voyage de Napoléon à Lyon du 10 au 13 avril 1805 (germinal an XIII). Des considérations politiques amenèrent l’empereur à céder aux demandes de la fabrique lyonnaise.</p>
<p>Pour la Fabrique lyonnaise, l’institution des prud’hommes était le moyen adéquat de résoudre le problème, par l’instauration de visites à domicile. Le bureau des arts et manufactures du ministère de l'Intérieur examina un projet de règlement en ce sens soumis par la chambre de commerce de Lyon en juin 1807. Les teinturiers devaient tenir un registre d’entrer et de sortie des soies, les manufacturiers un registre d’achat et de vente de leurs matières premières. Le règlement donnait le pouvoir aux prud’hommes d’enquêter sur le vol des matières premières, et de faire juger les affaires par le tribunal de commerce sans appel.</p>
<p>Ces dispositions furent vigoureusement combattues par le chef du bureau des manufactures, Claude-Anthelme Costaz, qui estimait qu'elle donnait trop de pouvoir au conseil de prud'hommes et rétablissait un pouvoir de police qui rappelait trop l'ancien régime des corporations. Le ministère de l'Intérieur s'efforça donc de limiter les pouvoirs des chefs de fabrique et de ne pas donner aux prud'hommes de pouvoir d'initiative. La loi de mars 1806 marquait la naissance des prud'hommes, mais les conditions de son application jouèrent un rôle essentiel pour façonner l'institution.</p>
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<p>La loi fut signée au Palais des Tuileries à Paris. Comme elle concerne la Fabrique lyonnaise, elle a également été localisée à l'Hôtel de Ville de Lyon où se trouvait alors la Préfecture du Rhône, en charge de l'appication de la loi.</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[Le dernier discours de Jean Jaurès en France]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/5</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/19140725">Juillet 25, 1914</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/4">21 rue de Bourgogne, Lyon</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/263">Marius Moutet</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/262">Socialisme</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/18">Discours</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/17">Campagne électorale</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/16">Elections</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/15">Jaurès</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/14">Guerre</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/13">Internationalisme</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/12">SFIO</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/11">Mouvement ouvrier</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/243">Première guerre mondiale</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/11">"Atelier des chercheurs,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/11">Atelier des chercheurs</a><p>Dans le cadre d’une élection législative partielle, Jean Jaurès a prononcé son dernier discours public dans le quartier ouvrier de Vaise, à Lyon.</p>
<p>Le 27 mai 1914, Joannès Marietton, avocat et député socialiste de la 6<sup>e</sup> circonscription de Lyon, décède. Il avait été élu pour la première fois en 1906 et réélu en 1910 et en mai 1914. La 6<sup>e</sup> circonscription de Lyon correspond à la rive droite de la Saône et rassemble des quartiers aussi différents que le Vieux Lyon (Saint-Georges, Saint-Jean et Saint-Paul), Fourvière et Vaise. Dans cette circonscription composite, les élections étaient toujours très disputées : en 1906, Marietton avait été élu au second tour avec 51,4% des suffrages exprimés.  En 1910, il avait obtenu moins de 51% des suffrages exprimés et le 10 mai 1914, il avait été réélu, au second tour, avec un peu plus de 53% des voix.</p>
<p>Le décès  de Marietton entraîne l’organisation une élection partielle. Le premier tour est fixé au dimanche 26 juillet et l’éventuel second tour au 9 Août 1914. Marius Moutet, un avocat alors âgé de 38 ans, conseiller municipal de Lyon et conseiller général de la Croix-Rousse depuis 1906, un des fondateurs de la Ligue des Droits de l’Homme, se porte candidat au nom de la SFIO (Section Française de l’Internationale Ouvrière). En 1905, il avait présidé la première séance du congrès de Lyon qui devait donner naissance à la SFIO et à l’unité socialiste.</p>
<p>Entre la disparition du député sortant et le premier tour de l’élection partielle, l’histoire s’est accélérée. Le 28 juin 1914, l’archiduc d’Autriche, François-Ferdinand et son épouse sont assassinés à Sarajevo, en Bosnie-Herzégovine. La mise en œuvre des alliances menace de précipiter l’Europe dans la guerre.</p>
<p>Dans un café du 51 rue de Bourgogne, un débit de boissons qui fait aussi garni à l’occasion, au cœur du quartier ouvrier de Vaise, où travaillent à la fois les journaliers de la gare d’eau, les manœuvres des ateliers et des usines du quartier,  la foule des grands jours – 2000 personnes selon un rapport de police – se presse le samedi 25 juillet pour écouter Jean Jaurès, le leader de la SFIO.</p>
<p>Le puissant tribun espère encore empêcher la guerre et son discours est tout empreint des articles que celui qui est aussi le directeur politique de <em>l’Humanité</em> a rédigé pour le numéro du dimanche 26 juillet 1914. Le journal titre ce jour là « Les Relations diplomatiques sont rompues » et « Les socialistes autrichiens manifestent contre la guerre ». Jaurès écrit dans un article rédigé à Lyon : « Est-ce que vraiment l’empereur d’Autriche va prendre la responsabilité d’un formidable conflit ? » Et il conclut « Ici, à Lyon, l’émotion populaire est très vive et tous les ouvriers, tous les républicains attendent du gouvernement français qu’il fasse le plus grand effort pour le maintien de la paix. »</p>
<p>Venu pour soutenir son camarade de parti, Marius Moutet, dans le cadre d’une élection partielle, Jaurès n’en parle presque pas – il y fait allusion à l’extrême fin de son discours : « J’aurais honte de moi-même, citoyens, s’il y avait parmi vous un seul qui puisse croire que je cher­che à tour­ner au profit d’une vic­toire électorale, si pré­cieuse qu’elle puisse être, le drame des événements. » –  et toute son argumentation est un décryptage de l’état des relations internationales en Europe au cours des dernières décennies.</p>
<p>Jaurès s’enflamme pour dénoncer la guerre qui peut éclater même s’il dit conserver un mince espoir que conforte la déclaration des socialistes allemands dans le <em>Vorwaerts</em>. Expliquant l’engrenage dramatique que les alliances qui unissent les nations européennes risquent inexorablement de provoquer, il affirme que la France, après les événements du Maroc, n’est pas à même de faire la leçon à l’Autriche à propos de la Bosnie-Herzégovine : « nous n’avions pas le droit ni le moyen de lui oppo­ser la moin­dre remon­trance, parce que nous étions enga­gés au Maroc et que nous avions besoin de nous faire par­don­ner notre propre péché en par­don­nant les péchés des autres ».</p>
<p>Pour lui, « La poli­ti­que colo­niale de la France, la poli­ti­que sour­noise de la Russie et la volonté bru­tale de l’Autriche, ont contri­bué à créer l’état de choses hor­ri­ble où nous sommes. L’Europe se débat comme dans un cau­che­mar. »La duplicité de la Russie tsariste, alliée de la France républicaine, est particulièrement soulignée par Jaurès.</p>
<p>Le dimanche 26 juillet, 68% des électeurs de la 6<sup>e</sup> circonscription s’expriment. Ils placent en tête, le candidat de droite Augros mais Marius Moutet, avec ses 3616 voix et les 1988 voix du radical-socialiste Mermillon, est le vainqueur annoncé du second tour, comme le pronostique <em>l’Humanité</em>.</p>
<p>Jean Jaurès est assassiné le 31 juillet 1914 au café du Croissant à Paris en sortant du journal <em>l’Humanité</em>. Le 25 juillet, il a donc prononçé, dans le quartier ouvrier de Vaise, à Lyon, son dernier discours public en France. En effet, il devait intervenir une dernière fois, le 29 juillet 1914, au Cirque Royal de Bruxelles, à l’issue d’une réunion du Bureau Socialiste International.</p>
<p>Le dimanche 9 août 1914, Marius Moutet est élu député avec plus de 56% des suffrages exprimés mais moins d’un électeur inscrit sur deux (48%) s’est exprimé. De nombreux électeurs ont rejoint leur régiment après la déclaration de guerre, le 3 août 1914.</p>
<p>Le nouvel élu, Marius Moutet, apprend la nouvelle par le général commandant la place d’Epinal alors qu’il est caporal dans un régiment d’infanterie qui se bat dans les Vosges. Et <em>l’Humanité </em>du 10 août de commenter : « Entre les deux tours, la mobilisation a arraché bien des citoyens lyonnais à leurs foyers. Le socialisme triomphe quand même dans la grande ville. »</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[Ballon de Lyon]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/3</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/17840119">Janvier 19, 1784</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/102">Brotteaux approximation, Lyon</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/382">Rue Camille Desmoulins, Issy-les-Moulineaux</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/3">Aérostation</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/5">Académie de Lyon</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/6">Invention</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/7">Expérimentation</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/8">Intendant</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/11">"Atelier des chercheurs,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/11">Atelier des chercheurs</a><p>Cette lithographie de Charles Boily (Bibliothèque Municipale de Lyon, Fonds Coste, n° 791) fixe pour la postérité un événement technique et scientifique qui marqua la chronique à la fin du règne de Louis XVI. Le 19 janvier 1784, Joseph Montgolfier et Pilâtre de Rozier réalisaient en effet dans la plaine des Brotteaux l'un des premiers vols habités à l'aide d'une machine qui reçut à cette occasion le nom de « montgolfière ».</p>
<p>Au premier plan, entouré d'une palissade à l'intérieur de laquelle quelques personnalités prirent place, on voit l'estrade aménagée pour le gonflage de l'aérostat, sur un terrain situé à proximité du chevet de l'actuelle église Saint-Pothin au carrefour des rues Créqui et Bugeaud dans le 6<sup>e</sup> arrondissement. Les deux grands mats étaient destinés à soutenir l'enveloppe du ballon. Une foule nombreuse assiste à l'envol, estimée par un témoin à cent mille personnes, ce qui est douteux, la population de Lyon s'élevant alors à environ 150 000 habitants. Il est vrai qu'on accourut parfois de loin pour assister à l'événement, à l'instar des chanoines de Saint-Maurice de Vienne ou plus encore du physicien Horace de Saussure venu de Genève. Derrière cette foule, quelques maisons témoignent de l'aménagement en cours du quartier des Brotteaux. Elles sont dominées par les façades du quai du Rhône, avec le dôme de l'Hôtel-Dieu sur le bord gauche de la gravure. A l'arrière-plan, la colline de Fourvière.</p>
<p>Cet épisode appartient aux tout premiers temps de l'aérostation. Les frères Montgolfier, papetiers à Annonay, y avaient expérimenté leur premier ballon à air chaud le 4 juin 1783. A la sollicitation de leur ami Réveillon, ils firent une démonstration devant la Cour, à Versailles, le 19 septembre suivant. Le 21 novembre, en utilisant la même technologie, Pilâtre de Rozier (intendant des cabinets de physique, de chimie et d'histoire naturelle du comte de Provence) et le marquis d'Arlandes réalisèrent à Paris le premier vol habité. Mais le 1<sup>er</sup> décembre, le physicien Jacques Charles réalisait le premier vol à bord d'un ballon gonflé à l'hydrogène. La compétition était donc ouverte entre les deux technologies. Les Montgolfier se lancèrent alors dans un projet fou : construire un ballon capable de relier Lyon à Paris en emportant un équipage.</p>
<p>Pour financer l'opération, Jacques de Flesselles, intendant de Lyonnais, Forez et Beaujolais depuis 1768, autorisa les frères Montgolfier à ouvrir une souscription publique pour un montant de 4320 livres divisé en 360 parts de 12 livres. La fabrication fut confiée au marchand de bois Fontaine, agent commercial des Montgolfier à Lyon. Le chantier occupa jusqu'à 150 personnes. L'enveloppe était composée de 16 fuseaux faits de trois couches de papier froissé piqué à l'aiguille entre deux toiles, la calotte de triangles de toile de coton à trame très serrée et imprégnée de cire. Le losange d'arrimage était en tissu rose et le cône inférieur était constitué de bandes de drap de laine de teintes diverses. Deux peintures allégoriques ornaient l'enveloppe en sa plus grande largeur : l' « Histoire » et la « Renommée ». Au moment de l'ascension, un pavillon portant les mots « Le Flesselles » devait être hissé. Une galerie en bois d'environ 7 mètres de diamètre devait accueillir l'équipage et lui permettre d'entretenir le foyer contenu dans une coupe hémisphérique. On ne devait plus construire d'aérostat aussi volumineux avant la fin du XIXe siècle : 33,5 mètres de diamètre, 41,5 mètres de hauteur, environ 23 000 m<sup>²</sup> de volume. En décembre, Pilâtre de Rozier, auréolé de ses succès parisiens, arriva à Lyon pour épauler Joseph Montgolfier. Il imposa quelques modifications : la plus importante fut d'accrocher la galerie de bois à un filet dans lequel serait glissée l'enveloppe du ballon.</p>
<p>Le travail fut achevé à la fin du même mois et les différentes parties de l'engin transportées aux Brotteaux le 7 janvier 1784. Après plusieurs essais infructueux autant en raison d'incidents techniques que de la météo où d'un certain amateurisme, « le Flesselles » s'éleva enfin dans les airs le 19 janvier à midi et quarante huit minutes, emmenant sept passagers. Mais le vol fut de courte durée : après avoir rasé les têtes, la montgolfière fut d'abord emportée par le vent vers le Rhône, puis elle repartit vers l'est, survola de nouveau la foule enthousiaste et alla s'écraser à proximité de l'actuel Parc de la Tête d'Or, au prix de quelques contusions et dents cassées. Dans la soirée, le prince d'Aremberg qui avait été de l'aventure, offrit à dîner à ses compagnons, puis, à la Comédie où fut donnée <em>Iphigénie en Aulide </em>de Glück, Madame de Flesselles couronna les courageux aérostatiers.</p>
<p>L'épisode est emblématique du progrès scientifique et technique à la veille de la Révolution. Au départ, l'initiative des deux frères Joseph et Etienne Montgolfier, industriels à la tête d'une papeterie de réputation européenne, employant 300 ouvriers et installée dans l'actuelle Ardèche, à Vidalon-les-Annonay. S'ils s'intéressaient, Joseph surtout, aux sciences physiques et naturelles, ils procédaient de manière empirique par tâtonnements. Joseph était préoccupé par le déplacement des corps dans l'air : il imagina aussi bien un parachute qu'une machine capable de voler malgré les vents. Leurs essais suscitèrent la curiosité des milieux éclairés : à plusieurs reprises, Joseph vint présenter ses travaux à l'Académie de Lyon. Deux membres de celle-ci, Barou du Soleil et Regnauld de Parcieu organisèrent la souscription et la compagnie désigna en son sein quatre commissaires pour observer les essais. Elle fonda «  un prix de 1200 livres pour être distribué à celui qui donnera le meilleur moyen de diriger à volonté les machines aérostatiques ». Après leurs démonstrations parisiennes, l'Académie Royale des Sciences attribua aux Montgolfier son prix annuel de 600 livres pour « récompenser la contribution de leurs travaux au développement des sciences dans le royaume ». Les pouvoirs ne restaient pas indifférents. En décembre 1783, Louis XVI anoblit le père de famille, Pierre de Montgolfier, « avec toute sa postérité et descendance » et définit la devise de leurs armoiries : « sic itur ad astra ». L'intendant Flesselles avait déjà soutenu le marquis Jouffroy d'Abbans qui, le 15 juillet 1783, réussit à remonter la Saône avec son « pyroscaphe ». Il apporta également un soutien décisif aux frères Montgolfier. Par ailleurs, l'événement s'inscrivait dans la « police » de la ville, autrement dit le souci de la gestion harmonieuse de l'espace urbain. L'architecte Jean-Antoine Morand, à qui avait été confié l'aménagement du quartier des Brotteaux, fit imprimer un plan de circulation vendu 1livre et 4 sous : pour assister à l'envol du Flesselles, il fallait traverser le Rhône par le nouveau pont de Saint-Clair (opération juteuse pour la Compagnie du même nom montée par Morand lui-même pour la construction du pont, qui encaissait les droits de péage), laisser sa voiture sur des parkings prévus à cet effet ; après le spectacle, on regagnait la ville par le pont de la Guillotière situé en aval. Enfin, si la tentative lyonnaise fut un échec relatif, elle contribua à stimuler l'intérêt pour ce nouveau moyen de transport : le 7 janvier 1785, Blanchard et Jeffries traversaient la Manche, mais à bord d'un ballon gonflé à l'hydrogène.</p>]]></description></item>
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