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	                        <title>Flux RSS Atelier numérique de 'histoire</title>
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<item><title><![CDATA[Mémoire au sieur marquis de la Ferté, conseiller du Roy en ses conseilz et son ambassadeur en Angleterre]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/298</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/16411005">Octobre 5, 1641</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/457">Amyens, Amiens</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/810">Diplomatie</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/811">France-Angleterre</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/812">Ambassade</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/22">"Humanités numériques 2018,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/20">Université de Lyon</a><p>Le dix octobre 1641, le secrétaire des Affaires étrangères, Léon Bouthillier, comte de Chavigny, envoie des instructions à Jacques d’Étampes, marquis de la Ferté-Imbault, ambassadeur résident du roi de France en Angleterre, sous la forme d’un mémoire. Un mémoire est un document confidentiel contenant à la fois des instructions secrètes et des informations sensibles, à la différence des instructions, qui sont confiées à l’ambassadeur lors de son départ et peuvent être présentées au souverain étranger. Ce type de courrier permet d’appréhender les deux pans d’une mission diplomatique : d’une part, il s’agit de représenter le roi de France et de soutenir son prestige à l’étranger ; de l’autre, l’ambassadeur doit travailler à la défense des intérêts français par divers moyens. Des pratiques liées à ces deux aspects sont présentes dans ce mémoire.</p>
<p>Le marquis de la Ferté est envoyé en Angleterre auprès de Charles I<sup>er</sup> pendant une période de difficultés militaires de la France, dans la guerre de Trente Ans et face à des révoltes nobiliaires, mais aussi de troubles politiques et sociaux en Grande-Bretagne, à la veille de la guerre civile (1642-1649). Les couronnes britannique et française sont alors en bons termes malgré les accrochages des années 1620 et les différences religieuses, en partie grâce au fait que la reine d’Angleterre est la sœur de Louis XIII. La Ferté est donc envoyé pour renforcer l’alliance des deux pays, mais surtout pour recruter des soldats en Écosse, en vertu de l’« Auld Alliance » entre les deux États, en partie pour limiter l’instabilité politique.</p>
<p>Ce mémoire est donc double. On peut le lire comme un témoignage des pratiques diplomatiques de l’époque moderne, à travers la correspondance, les codes sociaux liés à une ambassade et les techniques employées. Mais il s’agit aussi aussi d’un récit des événements secouant l’Europe et l’Angleterre au début des années 1640.</p>
<p> </p>
<p>Ce mémoire est un témoignage des pratiques diplomatiques du XVII<sup>ème</sup> siècle, d’abord en tant que communication entre un ambassadeur et le Secrétaire des Affaires étrangères (SAE). En effet, celui-ci entretient une correspondance régulière avec l’envoyé, et échange avec lui deux ou trois courriers (les « ordinaires ») par mois. Ce mémoire n’est rien d’autre qu’une forme un peu plus sophistiquée et développée de ces ordinaires. Ce type d’échanges est caractérisé par l’emploi de formules très contournées, souvent destinées à anonymiser quelqu’un ou à dissimuler le véritable sens des paroles à un éventuel indiscret, les postes n’étant pas sûres à l’époque. On y trouvait même parfois des noms de code, voire des passages chiffrés.</p>
<p>Ce mémoire révèle également les méthodes employées. On y parle d’une éventuelle pension à verser à une personne, ce qui était une pratique très courante pour s’en attirer les faveurs : de telles pensionnages étaient largement acceptés mais peu efficaces. Le travail principal de l’ambassadeur était le recueil d’informations sur l’état des affaires, auprès de Britanniques (plus ou moins favorables au roi) ou de ses collègues ambassadeurs, et dans une moindre mesure la propagation de fausses nouvelles («  une chimère forgée par les Espagnolz pour amuser toujours les Anglois s’ilz peuvent »). Il devait également essayer d’influencer les décisions politiques dans le sens des intérêts français, le plus discrètement possible. Ce type d’action restait assez ponctuel.</p>
<p>Ces pratiques avaient lieu dans un cadre aristocratique : en effet, l’ambassadeur passait beaucoup de temps à la Cour, mais aussi à des réceptions privées, lors desquelles il était censé soutenir le prestige du roi de France (souvent en disputant le premier rang aux autres ambassadeurs). Pour cela, il tenait aussi lui-même des réceptions, à ses propres frais, ce qui s’avérait souvent ruineux. Tous ces efforts de sociabilité étaient également des moyens de s’attirer des faveurs ou de glaner des informations, par le biais de la conversation, outil principal du gentilhomme et en particulier de l’ambassadeur.</p>
<p> </p>
<p>L’ambassadeur était également pris dans les relations internationales à l’échelle européenne. L’action des diplomates français était donc coordonnée par le SAE : la centralisation de l’information et de la décision était censée permettre plus d’efficacité. Mais surtout, l’autorité était celle du roi : Louis XIII a signé ce mémoire (ce qui le distingue d’un simple « ordinaire »), et le SAE (comme les autre ministres) le suivent dans ses déplacements, comme le montre le fait que le courrier soit envoyé d’Amiens, où se trouvait le roi pour gérer la campagne militaire.</p>
<p>La Ferté devait d’abord gérer les relations entre l’Angleterre et la France. Les deux pays étaient alliés mais il existait des tensions entre eux, notamment du fait de l’existence à Londres d’une faction de Français opposés à la politique de Richelieu, réunis autour de Marie de Médicis, la reine-mère en exil, et de la très catholique Henriette-Marie, sa fille, reine d’Angleterre et sœur de Louis XIII. Pour recruter les soldats écossais dont la France avait besoin, la Ferté travaillait donc plutôt avec le Parlement, notamment la Chambre des Commons, à dominante anglicane et très opposée aux « papistes » espagnols, ainsi (de plus en plus) qu’au roi.</p>
<p>En effet, cette relation entre les deux pays a eu lieu dans le cadre de la guerre de Trente Ans. France et Grande-Bretagne se trouvaient toutes deux dans le camp protestant, mais James I<sup>er</sup> a vite dû s’en retirer (pour des raisons financières surtout), et le rôle du souverain britannique était alors surtout diplomatique. L’insistance de Bouthillier pour impliquer la Grande-Bretagne dans l’« affaire du Palatin », pour le rétablir à la dignité électorale, était donc assez vaine. Cela vient en partie d’un certain manque de clairvoyance des Français, notamment du SAE, par rapport aux tensions politiques croissantes en Grande-Bretagne et aux germes de la guerre civile entre le roi et son Parlement.</p>
<p> </p>
<p>Ce mémoire est donc bien lisible de deux manières, à la fois comme un indice des pratiques de la diplomatie de l’Europe moderne et comme une ouverture sur les relations entre les États dans cette période de conflit, aux échelles nationale et européenne. La relation de l’ambassadeur à son gouvernement, les techniques qu’il emploie pour remplir sa mission, les tensions internes de la Grande-Bretagne et les oppositions internationales y sont illustrées, mélangeant les différentes échelles, tant spatiales que d’importance, en œuvrant « tant pour le bien commun des deux Couronnes et des sujectz de l’une ou de l’autre que pour parvenir au restablissement du Palatin ».</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[Les survivants du pont Miyuki trois heures après le bombardement atomique d'Hiroshima]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/297</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/19450806">Août 6, 1945</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/454">Pont Miyuki, Hiroshima</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/499">Blessés</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/805">Bombe atomique</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/806">Hibakusha</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/807">Hiroshima</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/579">Japon</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/651">Mémoire</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/808">Photographie</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/477">Seconde Guerre Mondiale</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/809">Survivants</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/22">"Humanités numériques 2018,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/20">Université de Lyon</a><p> </p>
<p>«Était-ce cruel de les photographier ou au contraire était-ce la chose la plus juste à faire. J'étais tiraillé entre ces deux sentiments» (Yoshito Matsushige)</p>
<p>Pris, à quelques secondes d'intervalle par Yoshito Matsushige, vers 11h du matin, sur le pont Miyuki à Hiroshima le 6 août 1945 à 2,3 km de l'hypocentre, ces deux clichés constituent un témoignage unique de l'enfer dans lequel la ville venait d'être plongée puisque ce sont les seuls immortalisant les victimes le jour même de la catastrophe.</p>
<p>Désemparé et ne sachant plus quel était son devoir, Matsushige a longuement hésité avant de les prendre. Pas seulement témoin mais aussi victime, il déclara des années plus tard que «la scène était si cruelle qu'[il] n'arrivai[t] pas à appuyer sur le déclencheur». En plus de ces clichés, il en prit quatre autres ce jour-là.</p>
<p>Associée aux reconstitutions 3D et aux informations précieuses apportées par les témoignages et les souvenirs des survivants, l'étude de ces deux photographies, la deuxième étant une vue plus rapprochée, a permis de restituer et de mieux comprendre ce qui s'est passé sur ce pont.</p>
<p>Figuraient dans cette foule de survivants photographiés surtout des enfants, reconnaissables à leur tenue d'écolier, ou de jeunes adultes. Si certains sont restés anonymes, une dizaine ont pu être identifiés dont trois sont encore en vie: Tsuboi Sunao, Mitsuko Kouchi et une dame voulant garder l'anonymat. A également été photographié le père de Kouchi mais décédé depuis et était présent sur le pont mais non photographié Mitsuo Kodama qui se souvient s'être demandé «pourquoi une personne photographiait une scène si horrible, ça faisait bizarre de voir quelqu'un avec ça dans les mains».</p>
<p>Attaché comme photographe à l'armée de terre et reporter local pour le journal Chûgoku Shinbun, Matsushige, 32 ans, était chez lui avec sa femme enceinte au moment de l'explosion. Tsuboi, 20 ans, marchait dans la rue après avoir pris son petit déjeuner dans son restaurant habituel et Kouchi, 13 ans, réquisitionnée comme beaucoup d'autres de son âge pour participer à l'effort de guerre, se trouvait à la poste où elle travaillait avec ses amies. Matsushige, à 3 km de l'hypocentre, ne fut que légèrement blessé, Tsuboi, à 1,2 km, eut le visage irradié et le dos, en sang, complètement brûlé, tandis que Kouchi et ses amies, à 1,6 km, furent projetées, brûlées et sérieusement blessées par les vitres soufflées.</p>
<p>Se situant à la limite des gigantesques incendies qui s'étaient emparés de la ville et permettant d'en rejoindre une partie bien moins touchée, le pont était devenu un passage obligé pour survivre. C'est pourquoi de nombreux survivants, souvent inconsciemment, ont décidé de s'y rendre.</p>
<p>Se dirigeant vers son journal pour voir ce qui venait de se passer, Matsushige, qui avait retrouvé son appareil photo dans les décombres de sa maison, rebroussa chemin face aux flammes et à la chaleur, il prit alors la direction du pont. Tsuboi, blessé et exténué, voulut se rendre à l’hôpital mais face à l'horreur du spectacle il fit de même. C'est ainsi que Matsushige, se retrouva à photographier Tsuboi, Kouchi et les autres.</p>
<p>Les victimes, qui attendaient et ne sachant où aller, apparaissent pieds nus avec les cheveux brûlés, les vêtements déchirés ou en lambeaux et leurs corps sont meurtris de brûlures. Certains, sans vie ou épuisés, sont étendus sur le sol, d'autres sont recroquevillés de douleurs, comme la petite fille, à bout de force, sévèrement brûlée. La plupart des survivants ont été pris de dos laissant ainsi entrevoir peu de visages. Si le principal édifice a en partie résisté, ce ne fut pas le cas pour les autres ni même pour le parapet du pont qui, complètement soufflé par l'explosion, a totalement disparu.</p>
<p>Kouchi, en tenue d'écolière dont la manche est déchirée, apparaît sur les deux photographies. Il s'agit de la jeune fille au foulard, vue de dos, qui est blessée au bras et dont les cheveux sont brûlés. Près d'elle, son père, grièvement brûlé au bras, était entrain de se faire soigner. Elle indiqua, par exemple, que la jeune écolière aux bretelles croisées juste à coté d'elle était la dame souhaitant garder l'anonymat. De plus, elle se souvient de Matsushige, portant un uniforme, et de la jeune femme tenant son bébé carbonisé dans les bras qui criait son nom dans l'espoir qu'il se réveilla. Aujourd'hui encore, elle a une prière pour cette femme et se reproche de ne pas avoir eu un geste pour elle.</p>
<p>Tsuboi n'apparaît que sur la première photographie. Il est assis, sur la gauche, à coté d'un autre jeune garçon au crane rasé. Il expliqua, notamment, que les deux hommes en uniforme, appartenant à la sécurité civile, étaient chargés de soigner les blessés ajoutant que le bidon à terre contenait de l'huile de vidange, utilisée ce jour-là en remplacement de l'huile de colza traditionnellement employée dans les cas d'urgence de brûlure. Comme les blessés s'en induisaient le corps, Tsuboi raconta qu'ils «ressemblaient vraiment à des monstres» puisqu'ils devenaient encore plus noirs.</p>
<p>Le petit garçon aux oreilles singulières était sans doute l'oncle Akira de Rie Kutsuki qui raconta que sa grand-mère, en voyant la photographie pour la première fois, a toute suite su qu'il s'agissait de son fils. C'est en suivant ses camarades d'école qu'il se serait retrouvé sur le pont.</p>
<p>Par ailleurs, la présence d'autant d'enfants sur ce pont reste toujours inexpliquée, car bien qu'un certain nombre, comme Kouchi, avaient été réquisitionnés, beaucoup avaient été envoyés à l'été 1945 dans les campagnes environnantes par crainte des bombardements américains. Alors pourquoi tous ces enfants se trouvaient là, sur ce pont ? Était-ce un point de ralliement donné en cas d'attaque aérienne ?</p>
<p>Par le biais des témoignages des précisions ont également été apportées sur ce qui s'est passé à la limite du cadre puisque celui de Matsushige ne permet pas, par exemple, de voir la rivière et les corps qui commençaient à s'y accumuler car de nombreux brûlés voulant apaiser leur souffrance s'y sont jetés mais exténués de douleurs s'y sont finalement noyés. Ainsi, arriver au pont ne suffisait pas, fallait-il encore survivre et y trouver de l'aide, et finalement beaucoup n'y ont trouvé que la mort. Tsuboi s'est d'ailleurs vu mourir sur ce pont et craignant que son corps ne soit identifié, il y grava à l'aide d'un caillou «Tsuboi va mourir ici». Le cadrage ne montre pas non plus le va-et-vient incessant des camions militaires passant juste à coté du pont ou encore l'évacuation de certains blessés. «On m'a ordonné d'aider en priorité les militaires. Les femmes et les enfants n'étaient pas importants», se souvient Goro Takeuchi, alors jeune cadet de l'armée envoyé pour évacuer les blessés.</p>
<p>Ainsi, à travers ces deux photographies transparaissent deux aspects de la politique impériale. Il ne fallait sauver que les hommes capables de continuer la guerre et il était interdit de photographier des événements montrant un pays quasiment à terre et susceptibles de décourager le peuple japonais. Par conséquent, n'ayant reçu aucun ordre des autorités militaires, Matsushige n'aurait jamais dû prendre ces clichés.</p>
<p>Tous ces survivants, aussi bien ceux d'Hiroshima que de Nagasaki, portent le nom d'<em>hibakusha</em>. Bien que ce statut ait été crée pour les aider, ils ont été très rapidement stigmatisés et exclus car ils faisaient peur, expliquant ainsi que certains, comme la dame à coté de Kouchi, ont préféré, et ce même encore aujourd'hui, garder l'anonymat.</p>
<p>«Quand on sera mort, il n'y aura plus personne pour raconter ces histoires» (Mitsuo Kodama)</p>
<p>Conservés aujourd'hui au siège du Chûgoku Shinbun, les négatifs, sérieusement détériorés, ont été restaurés dans les années 70.</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[Contrebande de tabac à Lyon, 20 décembre 1788]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/296</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/17881220-17881222">Décembre 20, 1788 au Décembre 22, 1788</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/452">Rue Thomassin, Lyon</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/403">Consommation</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/111">Lyon</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/802">Contrebande</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/803">Tabac</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/804">Procès verbal</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/22">"Humanités numériques 2018,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/20">Université de Lyon</a><p>Ce document, conservé aux archives départementales et métropolitaines de Lyon, est un procès-verbal de saisie de tabac rédigé par les employés des fermes à Lyon contre Jean-Baptiste Joubert le vingt décembre 1788. Il s’agit d’un document formel, dans lequel on retrouve de nombreuses formules caractéristiques des procès-verbaux, ainsi que la nécessité de signer et de dire exactement la vérité. On peut citer la phrase suivante : « de tout quoi nous avons redigé le présent procès verbal que nous certiffions véritable ». A la requête du procureur du roi en l’élection de Lyon, les représentants de la Ferme en cette ville font des perquisitions et se saisissent de toutes les marchandises prohibées. Ce document fournit de précieux renseignements sur l’état de la contrebande de tabac à Lyon à la fin du XVIII<sup>e </sup>siècle, même s’il ne permet pas d’appréhender la manière dont elle est réprimée, puisque la condamnation est entre les mains du procureur du roi en l’élection de Lyon. Le document permet également d’interroger les relations entre la Ferme et la population à la veille de la Révolution Française.</p>
<p> </p>
<p>Au XVII<sup>e </sup>siècle, la consommation de tabac connaît un fort essor en Europe en lien avec le commerce atlantique. Cette plante addictive est très appréciée, à la fois pour ses vertus prétendument médicinales et pour son rôle dans les interactions sociales. Cherchant un moyen pour financer ses entreprises belliqueuses, Louis XIV décide de fiscaliser la consommation. Sous l’influence de Colbert, il instaure le 27 septembre 1674 un monopole royal sur le tabac, confié à la Ferme Générale dès 1681. Ce monopole concerne d’abord la distribution et la vente, puis la fabrication. Il revient alors aux employés des fermes de l’organiser et d’en surveiller l’application et le respect. Le commerce du tabac est très réglementé, et s’effectue dans des lieux précis que sont les magasins et entrepôts d’État. Cela permet au pouvoir royal de tirer quelque profit sur la consommation grandissante de tabac et de renforcer son propre pouvoir fiscal. Cette mesure contribue au développement d’une économie parallèle pour le commerce de tabac, facilité dans le cas de Lyon par la proximité géographique avec la Franche-Comté, qui est en dehors de la Ferme de tabac, la Savoie, qui est une province étrangère ou encore la Suisse, les deux dernières étant de véritables entrepôts de tabac de contrebande. En 1788, sous le règne de Louis XVI, le monopole est toujours en vigueur.</p>
<p> </p>
<p>Il existe à Lyon un commerce parallèle de tabac, comme en témoigne l’activité d’Antoine Delaye et de Jean-Baptiste Joubert. Ce commerce est illicite puisque le tabac ne provient pas, ou du moins pas en totalité, de la ferme générale. On observe à travers ce procès-verbal un réseau de revente en cascade : en effet, Delaye achète du tabac à Joubert pour le revendre « à un prix au dessous de celui de la ferme générale » à des particuliers. Cela montre aussi qu’il existe une certaine demande pour acheter du tabac à moindre coût.</p>
<p> </p>
<p>Ce commerce semble assez lucratif et les autorités n’arrivent pas à le faire disparaître. Jean-Baptiste Joubert est un récidiviste car il a déjà été condamné le seize février 1787 pour commerce de faux tabac. Il ne revend pas du tabac de contrebande mais coupe le tabac de la ferme avec du tabac de contrebande, voire avec d’autres produits comme du crottin de cheval sec, trouvé lors de la perquisition. Cela peut sembler assez aisé pour lui car il est rapeur, c’est-à-dire qu’il travaille dans une manufacture de tabac et se charge de mettre le tabac en poudre à l’aide d’une râpe. Il a donc les connaissances et les outils nécessaires pour mélanger différentes sortes de tabac sans que personne ne s’en rende compte. Il possède en effet chez lui « un moulin, et autres ustenciles propres à la préparation du tabac ». Couper le tabac de la Ferme avec le tabac de contrebande lui permet alors de réaliser des économies et d’échapper à d’éventuelles condamnations en prouvant qu’il a bien acheté du tabac de la ferme. L’escroquerie est en quelque sorte double, puisqu’elle concerne aussi bien la Ferme que la clientèle qui achète un tabac de moindre qualité, probablement coupé au crottin sec.</p>
<p> </p>
<p>Le document met également bien en lumière la haine contre les fermiers qui tend à se généraliser au sein de la population. En effet, les employés des fermes sont malmenés lors de la perquisition au domicile de Jean-Baptiste Joubert, traités de voleur, d’assassins ou encore de « coquins de gabians ». Le terme de gabians est synonyme de douanier ou de gabelou. La violence verbale s’accompagne d’une violence physique puisque Joubert et sa femme se munissent de « bâton et autres instruments » pour maltraiter les employés. De plus, impuissant face à la saisie, le couple multiplie les injures et s’en prend à l’employé Prével en lui donnant des « coups de pieds et de poingts ».</p>
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<p>Lorsque les employés des fermes s’apprêtent à fouiller la chambre et le cabinet, le couple Joubert s’y oppose en « mettant plusieurs fois la tête à la fenêtre, et criant à très haute et très intelligible voix, au feu, au voleur, à l’assassin les coquins de gabians nous volent ». Le couple semble faire appel à la solidarité du voisinage pour se débarrasser des employés, et cela fonctionne puisque les employés disent craindre « le danger évident d’une émeute ». Mais, ces cris peuvent aussi servir à faire diversion pour permettre au couple de s’enfuir ou encore d’attaquer les employés. Il semble clair, à travers cet exemple, que la haine contre les fermiers est répandue. Ils sont perçus comme des oppresseurs et des voleurs, notamment du fait de leur responsabilité dans la collecte des impôts et des taxes.</p>
<p> </p>
<p>On peut observer à travers le procès-verbal l’importance de la réglementation sur le commerce de tabac. Effectivement, puisqu’il s’agit d’un monopole, le prix du tabac et sa vente ne sont pas libres, et il existe un prix fixé par la ferme que chaque vendeur se doit de respecter. Ainsi, Antoine Delaye commet une infraction car les employés des fermes rapportent qu’il « revendoit au public du tabac sans permission de l’adjudicataire général des fermes de France, et à un prix au dessous de celui de la ferme générale ». Cela illustre bien les contraintes qui pèsent sur cette forme de commerce dans la société d’ancien régime. Ces réglementations strictes sont matérialisées par les « marques, cachets et empreintes de la ferme » qui permettent de contrôler la marchandise et de distinguer la contrebande ou la contrefaçon. Les marchandises sont également pesées, et Delaye est en infraction lorsqu’il vend du tabac « aux poids de la soie ». Finalement, au sein d’un commerce si surveillé et contrôlé, les employés des fermes se doivent de connaître les produits. Lors de la saisie effectuée chez Joubert, ils trouvent « un tambour remplis de tabac en poudre que nous avons reconnu d’une odeur, d’un grain et de couleure entierement dissemblable à celui de la ferme, et consequament de contrebande ». Cette connaissance leur permet de distinguer la contrebande du reste et de ne pas tomber dans les pièges des fraudeurs.</p>
<p> </p>
<p>En somme, ce procès-verbal rend compte du commerce parallèle de tabac à Lyon et de la mauvaise réputation des employés des Fermes. Les contraintes pesant sur le commerce de tabac participent au développement de la contrebande. Ces dernières sont vivement contestées dans la deuxième moitié du XVIII<sup>e </sup>siècle par les économistes libéraux mais aussi les magistrats et les philosophes qui souhaitent limiter l’action de l’État dans le champ économique afin de maximiser la croissance.</p>
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<p> </p>
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<p> </p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[&lt;strong&gt;La SPA de Paris au secours des chevaux&lt;/strong&gt;]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/295</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/19040101-19041231">Janvier 1, 1904 au Décembre 31, 1904</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/450">20 rue Bergère, Paris</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/786">SPA</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/787">Animaux</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/788">Protection des animaux</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/789">Cheval</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/790">Transport</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/791">Mondes urbains</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/22">"Humanités numériques 2018,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/20">Université de Lyon</a><p>Paris, boulevard de l’Enfer, septembre 1843. Une voiture tirée par deux chevaux ralentit puis s’immobilise suite à un embouteillage impromptu. C’est celle du docteur Charles Dumont de Monteux. La ville Lumière fourmille de monde, la circulation y est difficile. Un hennissement attire l’attention du médecin : il se décide à descendre du véhicule pour aller voir ce qu’il se passe. Une scène tragique mais courante se déroule alors sous ses yeux : un cocher tape son cheval, qui est tombé sous le poids de ses marchandises. L’homme n’a aucune pitié pour lui, et les passants guère plus d’empathie pour la pauvre bête. Dumont finit par s’interposer, furieux. Les sergents de ville arrivent, déplacent le cheval sur le bas-côté et font signe aux badauds de se disperser.</p>
<p>Dans les rues de la capitale, où chevaux, bœufs, ânes et mulets sont utilisés pour leur force de traction, il n’est pas rare que des animaux flanchent et décèdent au milieu de la voie. D’autres tombent et ne veulent plus se relever, ce qui déclenche la colère de leurs conducteurs. Face au refus d’obtempérer de leurs bêtes, certains n’hésitent pas à utiliser la méthode coercitive. Il y a une réelle incompréhension des pilotes vis-à-vis de leurs montures, d’autant plus forte que les équidés ne montrent pas ou peu de signes de faiblesse. Ainsi, le cheval qui semblait bien se porter peut subitement décéder d’une crise cardiaque, sans signes avant-coureurs.</p>
<p>La gestion du trafic hippomobile est un réel problème pour les forces de l’ordre, les accidents de voitures n’étant pas rares et pouvant tuer aussi bien les chevaux que les piétons. Des règles sont d’ailleurs mises en place pour sécuriser le passage des citoyens sur la voie publique. Les charretiers sont très mal considérés par l’opinion publique, perçus comme de grossiers personnages (d’où l’expression « jurer comme un charretier ») et incapables de maitriser leur attelage.</p>
<p>On estime à trois millions environ le nombre de chevaux en France au début du 20<sup>ème</sup> siècle. Parmi eux, 2.4 millions sont dits « de trait » : ils tractent des pièces d’artillerie, des fiacres, des bateaux, des wagons ou encore des tramways. Leurs conditions de vie sont dures, le manque chronique d’eau et de nourriture les affaiblit. Leur temps de repos n’est pas toujours respecté. Ils sont plus vulnérables face aux maladies (morve, tétanos, gale). De plus, ils sont mobilisés tout au long de l’année, peu importe les conditions climatiques. On observe de fait des pics de mortalité lors des fortes chaleurs et des grands froids. A leur décès, ils sont très souvent transportés à l’usine d’équarrissage, puis transformés en noir animal (charbon d’os).</p>
<p>C’est dans une optique de protection des équidés qu’est fondée à Paris en 1845 la Société Protectrice des Animaux. Elle est portée par trois notables parisiens, le préfet de police Gabriel Delessert, le vicomte de Valmer et le médecin Dumont. Son premier président est Etienne Pariset, également docteur. Témoins de la brutalité quotidienne des cochers envers les chevaux, ils veulent faire pression sur les pouvoirs publics pour limiter la cruauté. La SPA française s’inspire de la société pour la prévention de la cruauté envers les animaux, créée en Angleterre en 1824[1]. Un an après sa fondation, elle compte près de 200 membres, quasi exclusivement masculins. Pariset obtient même du ministre de l’agriculture, Laurent Cunin-Gridaine, une subvention annuelle de 500 francs. La société est reconnue d’utilité publique en 1860, ce qui lui assure une certaine notoriété en plus de l’aide financière. Dans son sillage, d’autres SPA se constituent, telles celle de Lyon en 1853 et celle de Strasbourg en 1879.</p>
<p>L’affiche publicitaire présentée ici a été réalisée en 1904 par le peintre orientaliste et illustrateur français Léon Carré (1878-1942). On y voit un cocher fouettant avec force son cheval tombé à terre. L’homme semble ignorer la détresse de l’animal écroulé, s’apprêtant à lui donner un coup de cravache. Le deuxième cheval, debout, est en train de hennir de détresse. Au second plan, tranchant nettement avec l’indigence du conducteur, se trouve une famille bourgeoise (reconnaissable au chapeau melon et au manteau noir du mari). Visiblement révoltée par la scène qui se déroule sous ses yeux, la femme lève le bras pour implorer le cocher d’arrêter. Sa petite fille se réfugie dans ses jupons, certainement effrayée par tant de violence. Son mari désapprouve également la situation, serrant dans son poing sa canne, l’air grave. En lettres capitales, dans la moitié supérieure de l’affiche, est inscrit le nom de la SPA ainsi que son adresse.</p>
<p>De manière globale, on note un changement progressif des sensibilités au sein de la société française durant le 19<sup>ème</sup> siècle. Partis des hautes classes sociales, l’attrait pour la nature et les animaux, doublé d’un rejet de la violence, se diffuse lentement dans les mentalités[2]. Le courant romantique, qui exalte l’harmonie entre les humains et le reste des êtres vivants, imprègne les esprits. Des intellectuels défendent avec vigueur les animaux tels Emile Zola (membre d’honneur de la SPA[3]), Victor Hugo ou encore Alphonse de Lamartine.</p>
<p>C’est dans cet esprit qu’est promulguée la loi Grammont de 1850. Le général et député éponyme souhaite punir la maltraitance animale commise en place publique, qui endurcirait les cœurs et inciterait à la violence envers les humains. Ainsi, les contrevenants à la règle risqueront une amende allant de cinq à quinze francs, assortie d’une peine de prison d’un à cinq jours. La même année, Grammont, qui a servi comme officier de cavalerie, fonde la Ligue Française de Protection du Cheval[4]. Bien que cette loi soit un jalon historique de la protection animale, son domaine d’application reste limité à la sphère publique : les mauvais traitements à l’abri des regards n’entrainent aucune sanction. L’application de la loi au sujet des corridas agite les esprits et ne fait pas consensus au sein des tribunaux[5].</p>
<p>Tout au long du 20<sup>ème</sup> siècle, le développement du train, de la bicyclette et de l’automobile font concurrence à la traction animale, ce qui entraine une baisse notable de la population d’animaux de trait. Les chevaux, en surnombre par rapport à leur utilité, sont envoyés massivement à l’abattoir. Le moteur finit par l’emporter sur l’animal, car il consomme moins de ressources, ne souille pas les rues (crottin) et peut fonctionner en permanence.</p>
<p> </p>
<p>[1] C’est la première organisation au monde œuvrant pour le bien-être animal. Elle est le fruit de la collaboration de 22 réformateurs sociaux britanniques souhaitant une meilleure prise en considération des chevaux d’attelage.</p>
<p>[2] L’historien Keith Thomas explicite ce changement d’attitude dans son livre <em>Dans le jardin de la nature </em>(1983).</p>
<p>[3] « C’est à la souffrance qu’il faut déclarer la guerre, et vous parlez un langage universel, lorsque vous criez pitié et justice pour les bêtes. D’un bout du monde à l’autre, des sociétés sœurs peuvent se fonder, vous entendre et vous répondre ». Discours d’Emile Zola en 1896, lors de la séance annuelle de la SPA de Paris.</p>
<p>[4] L’association existe encore de nos jours.</p>
<p>[5] Ainsi, des courses tauromachiques continuent d’être organisées sur l’ensemble du territoire.</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[Requêtes des courriers des écoles à Charles Démia pour le prier de faire observer les règlements, Lyon, 1678.]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/294</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/16781028">Octobre 28, 1678</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/447">Paroisse saint Georges, Lyon</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/340">Education</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/338">Petites écoles</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/339">Charles Demia</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/780">Requêtes</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/779">Maîtres d'école</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/781">Saint-Charles</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/782">Règlements</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/783">Transgression</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/232">Diocèse de Lyon</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/22">"Humanités numériques 2018,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/20">Université de Lyon</a><p>En 1664, l'archevêque de Lyon, Camille de Neuville, confie à Charles Démia, ancien sulpicien récemment ordonné prêtre et originaire de Bourg-en-Bresse (région lyonnaise), le soin de parcourir la Dombes, la Bresse et le Bugey dans l'optique de s'informer du niveau d'éducation des habitants du diocèse. Le bilan qu'il en tire est très mauvais : selon lui, les enfants, et surtout ceux du petit peuple, vivent dans la débauche du fait de leur manque d'instruction. Il décide donc d'ouvrir des écoles, destinées aux garçons mais aussi aux filles - ce qui est une grande nouveauté - afin d'empêcher la jeunesse de troubler l'ordre public et de sombrer dans le péché.</p>
<p>Le 9 janvier 1667, il ouvre une première école de garçons dans l'actuel cinquième arrondissement de Lyon, au sein de la paroisse Saint-Georges. Puis, son œuvre s'étend et, en dix ans, une petite dizaine d'écoles voient le jour à Lyon, mais aussi à l'extérieur de la ville. Celles-ci sont, bien entendu, non-mixtes, mais il est tout de même nécessaire d'y maintenir une certaine rigueur ; c'est pourquoi, dès 1665, Démia et ses collaborateurs envisagent de constituer un règlement général, qui ne paraîtra, sous sa version imprimée (<em>Reglemens pour les ecoles de la Ville & Diocese de Lyon</em>) que des années plus tard. Il met également peu à peu en place une structure administrative, le « Bureau des Écoles », qui encadre leur fonctionnement et sera effectif en 1679.</p>
<p>Les maîtres d’école sont majoritairement issus du séminaire Saint-Charles, créé le 27 mai 1672 par Charles Démia dans le but de former de futurs ecclésiastiques. Son idée est relativement simple : mêler formation religieuse et formation à l'enseignement. En effet, la plupart des séminaristes sont de jeunes clercs qui se préparent au sacerdoce tout en donnant des cours dans les petites écoles ou qui sont déjà enseignants. Après avoir été ordonnés, ils peuvent devenir maîtres dans les petites écoles (ce n'est pas le cas pour tous). Ainsi, Démia est certain de leur formation : au séminaire, ils apprennent philosophie, théologie et exercices religieux dans la conception du fondateur du séminaire. Mais ces ecclésiastiques, s'ils décident de devenir maîtres des petites écoles, ne peuvent le rester qu'une à trois années, renouvelables une fois ou deux maximum ; les maîtres changent donc souvent.</p>
<p>Quant aux maîtresses, la communauté des sœurs de Saint-Charles, qui vise à leur formation, n'est créée qu'en 1680. Pourtant, en 1678, des maîtresses enseignent déjà puisque c'est cette année-là qu'est créée la « communauté des maîtresses d'école » ; ce sont, pour la plupart, des sœurs auxquelles Démia a fait appel afin de mettre en place les écoles de filles (en 1671, deux filles de la Charité s’établissent notamment dans le quartier populaire de Saint-Georges sur sa demande). Elles n'ont donc, pour l'instant, pas de cadre de formation.</p>
<p>Ces requêtes, datées de 1678, sont donc écrites dans un contexte de progressive mise en place des petites écoles ; peut-être que les dérèglements pointés du doigt dans celles-ci sont ainsi le fait du manque de structures et d'exigences concrètement édictées. Quoiqu'il en soit, l'on voit nettement que l'application, dans les faits, du programme de Charles Démia, n'est que partiellement réussie puisque les courriers font référence dans leur lettre à un manquement assez grave à une décision essentielle du fondateur des petites écoles. Démia avait, en effet, voulu placer les écoles, tout comme le séminaire, sous le patronage de Saint Charles Borromée ; ce jour de la saint Charles (le quatre novembre) devait donc être obligatoirement chômé, par respect de la tradition. Or, fait étonnant, en 1677, certains maîtres ont apparemment décidé d'ouvrir tout de même leurs écoles aux enfants en ce jour sacré. Excès de zèle ? Ou alors, comme le supposent les courriers, ignorance et/ou mépris ?</p>
<p>Le terme de «courriers» peut nous entraîner sur une piste : en effet, Charles Démia obtient du roi, le 7 mai 1674, l’autorisation de prendre en charge les écoles payantes (dites «de riches»), qui s’ouvraient alors un peu partout. Les maîtres et maîtresses de celles-ci sont de pauvres hères sans le sou qui n’ont en aucun cas une formation d’enseignant ; c’est pour cela que Démia décide de les réunir tous les mois, chez lui, en «assemblées», afin de leur apprendre les règles mises en place dans ses petites écoles des pauvres. Des «courriers» (inspecteurs de l’époque) sont également délégués régulièrement dans ces écoles afin de veiller au comportement des enfants mais aussi des maîtres et maîtresses. La transgression s’expliquerait donc d’autant plus si les accusations de ces <em>Requêtes</em> concernaient des maîtres d’écoles payantes, réticents à la fermeture de l’école, probablement à cause de l’absence de rémunération qui en résulterait.</p>
<p>Il est en tout cas intéressant de constater que certains maîtres semblent prêts à désobéir à Charles Démia, soi-disant pour satisfaire les parents. Il faut savoir que Camille de Neuville et Démia avaient déjà, avant cet incident, édicté des ordonnance et règlement – partiels – sous forme de missives en 1675 et 1676 à l'attention des maîtres et maîtresses des écoles. La désobéissance est donc flagrante, les courriers le savent et la réponse de Charles Démia ne se fait pas attendre : il se réfère aux textes cités ci-dessus pour mettre en garde les maîtres. S'il s'avère qu'une prochaine infraction est commise, ceux qui seront pris en flagrant délit seront démis de leurs fonctions pendant deux semaines. De plus, il prend cette décision lors d'une des assemblées des maîtres d'école, ce qui donne encore plus d'autorité à son geste.</p>
<p>On peut supposer que ce genre d'incident est l'un des matériaux qui ont servi à l'élaboration des <em>Reglemens</em> finaux de 1688. Dans ceux-ci, il est d'ailleurs bien précisé que c'est le directeur général, en l’occurrence Charles Démia, qui recrute les maîtres des écoles, ce qui est probablement une mesure de précaution prise pour éviter les dérives. Quant à savoir si ces menaces ont porté leurs fruits, il est difficile de le savoir ; il est possible que oui dans ce cas précis du jour de la saint Charles, mais des correspondances, ordonnances et autres rapports montrent qu'à la fin du XVIIIe et au XVIIIe siècle, des manquements au règlement se font jour de temps à autre.</p>
<p>Les petites écoles (plus que les écoles payantes, d’ailleurs) acquièrent une bonne réputation et sont reconnues officiellement par lettres patentes du roi le 19 mars 1681. L’œuvre de Charles Démia se perpétue après sa mort et permet à de nombreux enfants de bénéficier d'une forme d'instruction : en 1689 (année du décès du Directeur Général des écoles), une vingtaine d'écoles, d'environ cent cinquante élèves chacune, ont déjà été mises en place.</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[La création du premier port moderne de Lyon : Le plaidoyer de la Chambre de Commerce pour la réalisation du Port Rambaud.]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/292</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/19110101-19111231">1911</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/444">Quai Rambaud, Lyon</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/28">Chambre de commerce</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/75">Urbanisme</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/626">Port</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/111">Lyon</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/235">Lyon Confluence</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/750">Rhône</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/784">Navigation</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/785">Saône</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/22">"Humanités numériques 2018,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/20">Université de Lyon</a><p>Le produit étudié est un mémoire descriptif pour appuyer la demande de concession de l’établissement et l’exploitation du Port Rambaud sur la Saône. La date précise est inconnue, mais le documenet date probablement de 1911.</p>
<p>A cette date, le projet, en étude depuis 1885, se concrétise. Avec la Révolution Industrielle française, les vieux quais de centre-ville ne sont plus adaptés à la réception de grandes barges et des nouveaux automoteurs navigant sur les rivières françaises. A Lyon, la situation est plus complexe car les navires arrivant du Rhône par le nord sont obligés de remonter la Saône jusqu’à la gare d’eau de Vaise, creusée en 1827, et de changer de mode de traction de par la grande différence de navigation entre la paisible Saône et le tumultueux Rhône. Pour palier à la surcharge autour du port de Vaise, les Frères Seguin obtiennent de la Ville de Lyon une vaste concession de 283 000m² comprenant la majeure partie de la Confluence moderne avec la mission de construire une gare d’eau moderne, avec des dizaines d’industries, usines, entrepôts ainsi que les prisons[1] et reliés au chemin de fer naissant liant Saint-Etienne et le centre lyonnais. Avec la lenteur des travaux, la concession est retirée en 1839 et transférée à la Compagnie de Chemin de Fer Paris-Lyon-Marseille (PLM) en 1856. Cette dernière abandonnera la gare d’eau et en comblera certaines parties pour optimiser la zone pour le transit ferroviaire. Le trafic marchand n’étant pas l’exclusivité du chemin de fer, des protestations émanent de la Chambre de Commerce et du Service Spécial de la navigation sur la Rhône réclamant le port tant attendu. En 1909, la décision de l’établissement d’un port moderne raccordé au réseau ferrée est enfin actée : le Port Rambaud, comme on le connait, est né. Jusqu’à 1913, les discussions entre la Chambre de Commerce de Lyon, la PLM, le Service de Navigation sur la Rhône et le Conseil Municipal se font difficiles autour de questions variées : financement du port, concession, droits d’exploitations et gestion de l’espace. C’est dans ce contexte que se place notre source.</p>
<p>Ce mémoire, presque un plaidoyer pour la création d’un port urgemment, nous donne de nombreuses informations sur le projet. Ce courrier ouvert, émis par la Chambre de Commerce à l’attention du Conseil Municipal de Lyon, expose de façon claire les tenants et aboutissants du ports. Le texte décrit la situation de 1911 évoquant la gare d’eau de Perrache, qui « malgré l’état de délabrement de la gare d’eau, malgré l’absence de tout outillage fixe de transbordement (...) donne lieu à un trafic de 25 000 tonnes ». Le chiffre est néanmoins à relativiser car selon le même tableau ce chiffre est une estimtion, la moyenne des années 1903 à 1910 est de 18700 tonnes environ. Le rédacteur veut convaincre de l’urgence du projet, en témoigne cette phrase forte, à l’impératif : « La ville de Lyon, par sa situation géographique, son importance commerciale, l’activité grandissante de sa navigation, doit devenir un port de raccordement de premier ordre ». Pour appuyer le projet, l’auteur cite un texte de loi, celle du 3 décembre 1908[2], avec un appel au législatif : les pouvoirs publics ont les moyens d’établir un port de raccordement dans un lieu où l’intérêt du Commerce l’exige.</p>
<p>Une longue partie est aussi consacrée aux possibilités d’une port important et moderne relié au vaste réseau ferrée de la PLM qui ouvrirait le commerce aux produits et usines régionales : Houille du nord vers le Dauphiné, Fontes de Chasse vers la Saône, pâte à papier vers les Alpes ou encore les vins du midi vers l’Est, avec un tonnage estimé à 100 000 tonnes dans le futur. Les estimations de 100 000 tonnes seront rapidement dépassées, de 14 817t en 1926 à 420 710t en 1954 (Hors hydrocarbures). Jusqu’en 1970, le Port Rambaud est au second rang des ports gérés par les Chambre de Commerce et l’un des plus grands ports fluviaux français, mais après la Seconde Guerre Mondiale, le port ne connait plus qu’un développement limité par sa position sur la pointe de la Presqu’île et par l’essor concomitant du port Edouard Herriot sur la rive gauche du Rhône.</p>
<p>Le mémoire décrit aussi le projet dans ses détails, de sa conception technique avec l’estacade bétonnée, le projet de prolongement futur, les infrastructures présentes et même les droits de perception pour l’utilisation du port. Cette source, avec le recul du XXIe siècle, est globalement juste. Le chantier sera lancé en 1918 et le port construit de la façon expliqué. L’inauguration a lieu le 12 juin 1926 en présence du ministre des Travaux Publics et l’exploitation orchestrée par la Chambre de Commerce de Lyon. Les travaux estimé à 400 000F pour la PLM, 300 000F pour les infrastructures au charge de la Chambre de Commerce et 300 000F pour le terrassement financé par la ville et l’Etat, seront revus à la hausse pour un total de 2 450 000F en 1918.</p>
<p>Ce document est donc un élément important pour la compréhension de la création du port. Le mémoire rassemble de façon claire et limpide les informations disponible avant la mise en chantier du lieu, avec un état des lieux complet de la gare d’eau et une liste non exhaustive des projets d’infrastructures. Le Port Rambaud de Lyon est donc le résultat d’un projet ancien, celui de la création d’un port moderne sur la rive gauche de la Saône. Par port moderne, on parle d’un site capable d’accueillir de puissants navires aux lourdes cargaisons nécessitant des infrastructures dédiées (cuves à hydrocarbures, silos à sucre, bacs à charbon), lié directement au grand réseau chemin de fer national, muni d’un outillage puissants, et, dans le cadre du paysage lyonnais, capable de réceptionner à la fois les barges de la Saône et les navires rhodaniens.</p>
<p>Aujourd’hui, le Port Rambaud, qui cesse toute activité le 31 mars 1994, est au cœur du vaste projet d’aménagement de la Confluence avec la création de nombreux nouveaux bâtiments brisants les codes architecturaux (bâtiments colorés ou audacieux) ou leur rendant hommage (utilisation du béton, métal et verre : les matières de construction d’infrastructures industrielles), s’opposant aux marques du passé industriel qui pont pu être conservées, comme les grues-portiques (Fives-Lille), les rails, l’Entrepôt des Sucres, des Salins du Midi, les Douanes ou même l’estacade bétonnée[3]. La Confluence et le Quai Rambaud sont aujourd’hui au centre d’une démarche de patrimonialisation d’un passé industriel souvent dissimulé couple à de nouveaux enjeux sociaux, environnements ou esthétiques.</p>
<p> </p>
<p>[1] Musées Gadagne, N 4064 : BALTARD Louis-Pierre, <em>Les Prisons de Perrache et la presqu'ile jusqu'au Confluent</em>, Dessin, 1827.</p>
<p>[2] « Est étendu aux propriétaires ou concessionnaires de magasins généraux, ainsi qu'aux concessionnaires d'un outillage public et aux propriétaires d'un outillage privé dûment autorisé sur les ports maritimes ou de navigation intérieure, le droit d'embranchement reconnu aux propriétaires de mines ou d'usines », <em>Loi du 3 décembre 1908 relative au raccordement des voies de fer avec les voies d'eau.</em></p>
<p>[3] GRUDET Isabelle, "Jeu d’images intermédiaires : Le grand projet architectural et urbain", <em>Sociétés & Représentations</em>, N°30, p. 111-122, p. 122.</p>]]></description></item>
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