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	                        <title>Flux RSS Atelier numérique de 'histoire</title>
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<item><title><![CDATA[&lt;strong&gt;La réglementation de la prostitution à Lyon pendant la Première Guerre mondiale&lt;/strong&gt;]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/252</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/19141210">Décembre 10, 1914</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/364">Quartier Général, Lyon</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/362">Dépôt de mendicité d'Albigny, Albigny sur Saône</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/188">Prostitution</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/243">Première guerre mondiale</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/191">Maladies vénériennes</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/658">Réglementarisme</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/503">Armée</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/491">Santé</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/3">"Atelier numérique de l'histoire,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>Dans un arrêté, daté du 10 décembre 1914<sup><sup>(1)</sup></sup>, le gouverneur militaire de Lyon<sup><sup>(2)</sup></sup>, le général Meunier, commandant de la 14e Région, renforce la réglementation du service sanitaire, soucieux de la santé des troupes menacée par « la contagion engendrée par la prostitution publique et clandestine. » La répression de la prostitution telle qu'elle se manifeste durant la Première Guerre mondiale s'inscrit dans le système réglementariste aussi appelé « système français » qui trouve son origine au lendemain de la Révolution. Il s'agit de tolérer la prostitution tout en la contrôlant étroitement. Dans un premier temps, l'angoisse prostitutionnelle est liée à des préoccupations d'ordre moral et social avant de devenir médicales à partir des années 1870-1880. Cependant, la crainte du péril vénérien ne se répand véritablement dans l'opinion publique qu'au tournant du XXe siècle et prend une dimension nouvelle dans le contexte du déclenchement de la guerre en 1914. L'arrêté du 10 décembre en est la conséquence directe. Pour la première fois, les autorités civiles et militaires collaborent activement sur ce sujet. Le temps de guerre apparaît alors comme un moment de gestion renforcée d'un problème public où les mesures prises pour la « sécurité nationale » entrent en contradiction avec les libertés individuelles.</p>
<p>La réglementation et la répression de la prostitution sont renforcées tout au long du XIXe siècle en France. A Lyon, l'arrêté préfectoral du 27 décembre 1878 sert de référence pour les nouveaux arrêtés pris dès le début de la guerre, souvent à l'instigation des autorités militaires. Le choix du vocabulaire est représentatif d'une certaine vision de la prostituée qui cristallise toutes les angoisses. Cette dernière est considérée comme le vecteur d'un véritable « danger national » qu'il faut prévenir. L'article intitulé « Sur le front intérieur du péril vénérien (1914-1918) » de Jean-Yves Le Naour indique que l'inquiétude des pouvoirs publics et militaires les conduit à mener une « offensive tous azimuts contre cet ennemi intérieur que d'aucuns jugent plus dangereux que le boche. » La lutte anti-vénérienne prend une dimension morale constituant un véritable enjeu dans l'effort de guerre. La force du soldat ne doit pas être affaiblie. Instances militaires, civiles et médicales s'allient dans cette lutte. Le docteur Carry, président de la Commission médicale du service sanitaire à Lyon, durant la guerre, joue ici un rôle majeur. Les réglementations mises en place ne sont pas harmonisées sur l'ensemble du territoire et chaque ville prend ses dispositions. Lyon accorde une grande importance au service sanitaire car 4000 permissionnaires environ y séjournent quotidiennement au cours de la guerre<sup><sup>3</sup></sup>. Pour Jean-Yves Le Naour, la prise de conscience d'un danger n'a lieu qu'en décembre 1915 lors de la Commission permanente d'hygiène et de prophylaxie sanitaire. Toutefois, l'existence d'arrêtés pris en 1914 montre que l'angoisse vénérienne est une préoccupation réelle pour les autorités dès le début de la guerre.</p>
<p>Les prostituées constituent le point de fixation de l'angoisse vénérienne. Lors des cas de contamination, la femme est systématiquement mise en cause et le militaire malade enjoint à la dénoncer. L'article 5 du titre II concernant les mesures sanitaires spécifie que « Les Chefs de corps, les Médecins chefs des hôpitaux militaires devront signaler d'urgence à l'autorité civile les cas de maladies vénériennes constatées chez les militaires, avec toutes les indications susceptibles de favoriser la recherche et le contrôle sanitaire de la femme à qui peut être imputée la contamination. » Alain Corbin, dans son ouvrage sur <em>Les filles de noce </em>rappelle les piliers du système réglementariste. La surveillance exercée sur les prostituées est permanente. Il s'agit d'enfermer les prostituées dans un milieu clos, à la fois invisible pour la société et transparent pour ceux qui doivent les contrôler. Les dossiers et les fichiers des administrations hospitalières, policières et pénitentiaires se sont perfectionnés. Dans ce domaine, la ville de Lyon innove. Dès le XIXe siècle, les administrations en charge de la prostitution sont concentrées dans un même bâtiment pour en renforcer l'efficacité. La série d'interdictions et d'obligations qui pèse sur ces femmes les enferme dans un « système carcéral »<sup><sup>4</sup></sup>. Celui-ci prend tour à tour la forme de la maison close, de l'hôpital, de la prison ou du dépôt de mendicité. Au début de la guerre, les maisons closes sont au nombre de six dans la ville de Lyon et les femmes les habitant ne sont qu'une cinquantaine. Ce mode de prostitution est en déclin. Le nombre de femmes isolées, proche de cinq cent, est lui en augmentation.<sup>5</sup> Les prostituées contaminées sont majoritairement envoyées à l'hôpital de l'Antiquaille dans la section des Chazeaux, sur les pentes de Fourvière, qui est dévolue aux vénériennes. Si cela est estimé nécessaire, elles sont envoyées en punition à Albigny au nord de Lyon, étant ainsi rejetées à l'extérieur de l'agglomération lyonnaise. La frontière est souvent floue entre ces différents lieux d'enfermement. Leur libre-arbitre est presque inexistant alors qu'à l'opposé la police des mœurs chargée de réprimer la prostitution dispose d'un pouvoir arbitraire quasi absolu. Les articles 3 et 4 du titre premier précisent les peines disciplinaires. Les prostituées sont rarement enfermées pour de longues durées, celles-ci n'excèdent pas un mois en temps normal et la raison de ces arrestations peut être le simple refus de se soumettre à la visite sanitaire. Celle-ci est, en effet, obligatoire comme le spécifie l'article premier du titre II. Alain Corbin indique que cet examen est perçu comme une atteinte à la pudeur, voire un véritable viol d'où la réticence voire la rébellion de certaines filles. Ces dernières en craignent aussi les conséquences. Reconnues malades, les prostituées sont conduites à l'hôpital et souvent retenues contre leur gré. Elles sont également limitées dans leurs déplacements. L'article 5 du titre premier « interdit aux filles soumises de stationner dans les rues avoisinant les casernes et établissements militaires. » Ainsi, les prostituées sont réifiées et déniées de leurs droits les plus élémentaires.</p>
<p>De tels arrêtés sont pris tout au long de la guerre sur l'ensemble du territoire national, notamment à partir de 1915 et des premières permissions. Avec la multiplication des déplacements des soldats et leur présence dans les villes, les autorités souhaitent renforcer les surveillances et les interdictions. L'accueil de nombreux soldats malades ou blessés ainsi que la proximité du camp retranché de Sathonay placent la ville de Lyon au centre des préoccupations sanitaires. L'arrêté du 29 mars 1916 vient compléter celui du 10 décembre 1914 renforçant les peines disciplinaires. L'arrêté préfectoral réglementaire du 31 décembre 1917 précise pour sa part la définition de la prostituée et des lieux de prostitution. La prise en charge du problème prostitutionnel a donc bien lieu à tous les niveaux. Malgré les voix discordantes des abolitionniste, l'idée que la nécessité du temps de guerre justifie l'atteinte aux libertés individuelles pour l'intérêt national fait consensus.</p>
<p>1 Archives départementales 5M245 n°127, santé publique et hygiène.</p>
<p>2 Le général Meunier est installé au Palais du gouverneur militaire (aujourd'hui, 38 avenue Foch)</p>
<p>3 Archives départementales, 4M508 bis.</p>
<p>4 Expression proposée par Alain Corbin dans son ouvrage, <em>Les filles de noce, Misère sexuelle et prostitution au XIXe siècle</em>, Ed. Flammarion, Paris, 1982.</p>
<p>5 Archives départementales, 5M252.</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[Témoignage sur le terrorisme d'Etat au quotidien en Argentine entre 1976 et 1983]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/248</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/20120425">April 25, 2012</a><br><strong>Localisation:</strong> <br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/653">Terrorisme d'Etat</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/652">Politique mémorielle</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/651">Mémoire</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/650">Proceso nacional</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/649">Dictature</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/648">Argentine</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/489">Mémoire et traces</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/364">Violences</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/363">Assassinat</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/3">"Atelier numérique de l'histoire,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p> </p>
<p>Le programme <em>"derechos humanos"</em> mis en place en 2012 par la Bibliothèque Nationale de Buenos Aires fait partie d'une plus vaste opération de travail sur la mémoire de l'épisode traumatique de la dictature du Proceso Nacional, qui a eu lieu entre 1976 et 1983. Ce programme recueille des témoignages qui proviennent de personnes ayant été victimes du terrorisme d'Etat sous la dictature. Il s'agit de témoins volontaires qui présentent dans l'entretien quelle a été leur vie durant cette période, souvent autour d'un événement traumatique : enlèvement d'un parent, disparition d'un fils,... Il s'agit ici du témoignage d'Aurora María Zucco de Belocchio qui présente la vie de sa famille, avant et pendant la dictature, en se centrant sur la disparition d'une de ses filles : Irene Inès Belocchio. Celle ci a été enlevée à son domicile le 5 Aout 1977 avec son compagnon. Ce témoignage a été recueilli le 25 Avril 2012 au domicile de la mère d'Irène, et il dure 1h36. La volonté de réaliser cet entretien au domicile de d'Aurora Maria est un choix qui facilite sa prise de parole, dans un univers familier. Il s'agit d'un entretien semi-dirigé ce qui permet  une certaine liberté pour évoquer les événements. Dans ce cas la personne qui dirige l'entretien revient souvent au fil directeur de l'entretien, pour limiter l'éloignement par rapport au sujet principal qui doit rester : l'enlèvement d'Irène.</p>
<p>A travers ce témoignage plusieurs thématiques représentatives de cette période sont développées telles que la disparition des personnes considérées comme «<em> subversives </em>», la question des <em>« orphelins des disparus »,</em> et le rôle de l'Association des <em>Madres de la Plaza de Mayo. </em>On note d'ailleurs que l'interviewée arbore le foulard blanc qui caractérise les Madres de la Plaza de Mayo, ainsi que les photos de sa fille et de son gendre en médaillon. Ce témoignage est précieux car il offre une vision d'une ample période chronologique, allant des années où I. Perón est au pouvoir, aux années post-dictature, et car il présente l'interprétation de cette période par un témoin engagé auprès de l'Association qui a été la première à dénoncer les violences du terrorisme d'Etat.</p>
<p>Les dix premières minutes du témoignage se composent d'un retour sur les origines et l'histoire de la famille. Cette entrée en matière permet avant tout de mettre à l'aise l'interviewée en la faisant revenir sur des souvenirs de jeunesse et sur la vie de la famille durant l'enfance de leurs filles et fils. Ensuite l'entretien s'oriente peu à peu sur la vie d'Irène, dans l'enfance et dans l'adolescence, une fois encore cette introduction permet de ne pas entrer dans le vif du sujet qui est un épisode traumatique. Le témoignage fait référence aux préférences politiques de la famille, en particulier à l'affection de l'interviewée pour Isabel Perón, la femme de l'ancien président, qui gouvernait en 1976 lorsque les Forces Armées ont pris le pouvoir. Elle aborde ensuite le thème du militantisme politique de sa fille à travers les organisations étudiantes. Ensuite vient l'épisode du 24 Mars 1976, le jour du coup d'Etat. Aurora évoque un «<em> pressentiment</em>», elle explique : <em>«Yo sentia que algo no estaba bien.. todo lo que habiamo disfrutado con el regreso de Peron » (« Je sentais que quelque chose n'allait pas... nous avions tant profité avec le retour de Perón »).</em> Ici elle fait référence aux politiques sociales et économiques menées par le gouvernement de Perón qui ont notamment favorisé les classes moyennes. Ce regret doit être nuancé au regard des autres archives dont nous disposons. De fait si le gouvernement de J. Perón a pu participer au bien être social des argentins, il n'en est pas de même du gouvernement de sa femme, marqué tout au long de 1975 par la crise économique et les violences liées à l'affrontement entre la Triple A (Alliance Anticommuniste Argentine) et aux groupes d'extrême gauche (Montoneros, ERP).</p>
<p>Ensuite l'interviewée évoque la venue à multiples reprises de policiers qui cherchaient sa fille, Irène, jusqu'au domicile familial. Il faut bien comprendre qu'il s'agit ici des premières marques du terrorisme d'Etat par la mise en cause de l'image protectrice de l'Etat, car celui ci montre qu'il est capable d'utiliser sa force contre ses propres citoyens. Ces interventions mènent Irène à quitter le domicile parental et à se réfugier dans des lieux clandestins, qu'elle tient secrets pour ses parents, afin de les protéger et de se protéger. Les relations entre mère et fille sont maintenues à travers une <em>« chaîne de connaissances »</em> qui informent la mère des lieux où elle peut rencontrer sa fille, ou grâce à des appels à partir de téléphones publics, c'est d'ailleurs ainsi qu'Aurora Maria apprend la naissance de son petit fils. Le moment charnière du témoignage évoque la disparition d'Irene et le sort de son enfant. Aurora explique qu'une nuit, à 3 h30, une femme s'est présentée à sa porte avec l'enfant d'Irène (qui avait 36 jours) et a expliqué qu'Irene et son mari venaient d'être enlevés et que le bébé lui avait été confié. Les précisions temporelles : <em>« un sabato », « a las 3 y media de la mañana», « el 5 de Agosto",</em> mettent en relief l'importance du choc subi par l'interviewée. Elle évoque ensuite ses démarches auprès des ministères et de la police pour avoir des informations sur sa fille et son gendre. Selon les termes officiels, sa fille « <em>reste disparue jusqu'à aujourd'hui ».</em></p>
<p>A travers ce témoignage, on peut se poser la question de la  subjectivité des archives orales. Il s'agit d'un problème largement soulevé par l'historiographie, et il est nécessaire de mettre en lumière que ce type de sources est autant subjectif que peuvent l'être les sources écrites. Dans ce cas précis les traces de subjectivité sont remarquables dans les évocations du gouvernement de Perón, ou encore dans l'évocation du souvenir du 5 Aout 1977. Dans le premier cas on peut compléter, voire critiquer les informations données, grâce à l'ouvrage de V. Palermo et M. Navaro<em><em>, La Dictadura Militar 1976/1983, del golpe de Estado a la restauración democrática</em></em><em>, </em>qui montre les difficultés économiques du gouvernement qui a précédé la junte. Dans le deuxième cas, la mémoire de l'épisode du 5 Aout doit être analysée en tenant compte de la nature traumatique de ce moment et des possibles amplifications, ou réécritures, que cela peut entraîner. On atteint ici les limites du témoignage oral, il suffit cependant d'en avoir conscience pour ne pas se laisser enfermer dans celles ci. De même  on pourrait se demander en quoi cet entretien, qui est constitué a posteriori, pourrait être une source à part entière. Il faut ici citer les réflexions proposées par l'IHTP en 1992 dans le dossier : <em>La bouche de la vérité. La recherche historique et les sources orales : </em><em>« Une campagne d'entretiens destinés à une utilisation ultérieure par d'autres historiens, a une spécificité qui s'apparente au travail archivistique. »</em></p>
<p>Ainsi le travail de la Bibliothèque Nationale de Buenos Aires est un outil vraiment intéressant pour les chercheurs en histoire car il offre un panel de témoins dont l'âge, la classe sociale et le parcours sont assez variés, ce qui permet d'observer une grande variété de trajectoires individuelles au sein de l'expérience de la dictature.</p>
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<item><title><![CDATA[&lt;em&gt;L'intermédiaire, journal des mariages&lt;/em&gt; : l'industrie du mariage entre deux siècles]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/139</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/18780301-18780331">Mars, 1878 au 1878</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/205">Siège de l'Intermédiaire, Lyon</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/497">Mariage</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/265">Publicité</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/494">Agence matrimoniale</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/495">Industrie du mariage</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/498">Presse matrimoniale</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/3">"Atelier numérique de l'histoire,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>Le lyonnais de la fin du XIXe a pu voir passer une de ces feuilles de presse. Sur ces quelques pages du numéro de mars 1878, <em>L'intermédiaire, journal des mariages</em> pare sa vitrine de ses plus beaux atours : telle jolie blonde de 20 ans "dotée de 140 000 francs", tel grand baron de 36 ans, ou encore tel "sous lieutenant ayant un titre nobiliaire"... Ce document couche sur papier les indices d'une pratique, celle du courtage matrimonial, phénomène marginal qui prend de l'ampleur dans le paysage sociétal de la fin du XIXe siècle[1]. Il se structure dans les "bureaux de confiance" ou "bureau d'affaires" qui finissent par adopter l'appellation d'agence matrimoniale. Versant public de cette activité de journal matrimonial ouvre les portes de ce monde singulier.</p>
<p><strong>Entre le monde de l'agence et le monde de la presse</strong></p>
<p>L'entreprise à l'origine de la publication du <em>Journal des mariages </em>fait figure d'hybride et de lien entre deux types d'industrie du mariage : l'agence matrimoniale et la presse matrimoniale. Une transition s'opère au tournant des XIXe et XXe siècles. De fait, si le XIXe a vu fleurir les agences, celles-ci cèdent peu à peu le pas à des initiatives locales de création de journaux spécialisés dans la petite annonce matrimoniale, encouragées par l'essor de la presse hebdomadaire et le contexte démographique après la Grande Guerre. Aussi le rapport de la presse avec l'agence est-il des plus ambigus.</p>
<p><em>L'intermédaire</em> se situe précisément au coeur de cette hybridation. L'éloge des agences matrimoniales fait figure de paradoxe car la plupart des journaux matrimoniaux du début du XXe prennent grand soin de se distinguer des agences, véritable anti-modèle, pour se prémunir des critiques que subissent leur confrères[2]. Pourtant certaines de ces publications en sont bien issues, simple service de l'agence ou dernière survivance de celle-ci, mais le discours fait souvent en sorte de laisser planer le doute. Dans le cas présent le <em>Journal des mariages </em>n'est pas une feuille de presse mais la vitrine publique d'une agence tenant salon sur la place Bellecour. À l'inverse des feuilles matrimoniales spécialisées, le journal ne présente, semble-t-il, qu'un échantillon des stocks disponibles:<em>"Les offres et demandes qui se trouvent ci-desous ne représentent qu'une faible partie de notre répertoire. Nous sommes en mesure de satisfaire à toutes les demandes qui pourraient nous être faites". </em>Il s'agirait donc là d'une véritable feuille de réclame comme pourraient en publier des maisons de commerce.</p>
<p><strong>Un moyen de rencontre avant-gardiste pour un mode de rencontre traditionel</strong></p>
<p><em>"Nous sommes assurés que les préjugés qui battaient en brèche notre mission éminemment utile ont disparu, emportés par l'irrésistible bon sens public qui juge une œuvre autant par son but que par ses résultats"</em></p>
<p>La publication est l'occasion d'un discours de re-présentation mais surtout de justification et légitimation de leur activité. La prétendue confiance dans le bon sens public révèle combien la stratégie publicitaire doit composer avec cette réputation de « maisons d'illusion », « miroirs à alouettes », et « officines infectes » qui exploitent la crédulité de leurs clients [3]. Aussi doivent-il démontrer le bien fondé de leur entreprise. L'argumentaire révèle la frilosité du XIXe en matière de mœurs : la publicité dans toute sa modernité n'a pas pour vocation de servir la nouveauté mais bien la tradition : <em>"Nous dirons d'abord que dans tous les temps et dans tous les pays, il y a eu des intermédiaires pour les mariages. Nous n'avons donc rien innové, nous avons spécialisé." </em>L'agence se présente comme un versant professionnel des intermédiaires rituels aux pourparlers matrimoniaux. La publication des annonces n'exempte donc pas les candidats au mariage du passage par les bureaux, car la rencontre ne peut se faire par correspondance. Le journal n'est donc pas seulement destiné aux potentiels célibataires concernés, mais à tous les intéressés par une affaire, le mot ayant ici toutes ses connotations : <em>"Les personnes qui auront procuré un parti recevront la moitié, le tiers ou le quart de la somme provenant de la commission suivant le concours qu'elles pourront prêter". </em>Il s'agit d'élargir le monde des relations qui gravitent autour de l'agence. L'entreprise prend des allures de bureau de renseignements avec comme argument de vente la facilité des démarches; leur ambition est de "préparer la voie en facilitant les recherches diverses et préliminaires qui sont indispensables" à l'union assortie. Mais il est aussi plus avantageux de montrer que leurs clients n'ont pas fait appel à l'agence en désespoir de cause mais par choix de déléguer à un tiers, professionnel qui plus est, ces questions délicates.</p>
<p>On sent donc que l'industrie du mariage de la fin du XIXe pense en termes de relations et non en termes de réseaux au sens où peuvent le faire les premiers réseaux sociaux de rencontre au début du siècle suivant : on se targue moins d'élargir vos horizons matrimoniaux en faisant passer votre annonce sous les yeux de nombreux lecteurs que d'être le bon interlocuteur aux bonnes relations pour votre mariage ou celui de "tel ou tel de [vos] proches". Aussi les mariages que propose l'agence par son concours ne sont-ils pas des mariages d'amour - ceux-ci "n'ont besoin d'aucun intermédiaire"- mais des mariages assortis qui répondent aux critères d'un triptyque clairement défini : "une association de caractères, de sentiments et de fortunes".</p>
<p><strong>Entre sphère privée et sphère publique : la question irrésolue</strong></p>
<p>L'utilisation de la publicité révèle la difficulté qu'a l'agence à se définir entre les sphères privées et publiques. Le secret et la discrétion au sein des murs de l'agence sont l'esprit même de la profession. Le XVIIIe et le XIXe ont fait de l'agence matrimoniale le lieu où se réfugient les individus avec tares, les jeunes filles séduites et perdues mais riches, ou les nobles endettés [3]... Le recours à l'agence matrimoniale fait l'objet d'un tabou social. Aussi y a-t-il une quasi-contradiction de principe quant à l'utilisation de la publicité. L'ambiguité est patente : si la confiance du client ne s'acquiert que "dans l'intimité du tête-à-tête", l'agence tient tout de même à s'"expliquer publiquement". De même, l'introduction d'une rubrique "correspondances" repose sur le prétexte, léger, de l'absence de timbre-réponse dans les lettres. Ce sont en fait autant d'exemples donnés au lecteur de la façon dont les affaires des clients sont traitées. Ces réponses publiques à des questions privées révèlent combien la frontière entre les deux sphères est labile. L'évocation du procès dans lequel est pris le gérant est l'occasion de mentionner que celui-ci tourne en sa faveur; une telle information ne trouve sa place qu'à titre de réponse à une question spécifique.</p>
<p>Ce document cristallise la délicate mutation que connait l'industrie du mariage au tournant des XIXe et XXe siècles. L'utilisation de la presse ne s'accompagne pas de la création d'un réseau social mais sert la tradition du courtage matrimonial et contraint le journal à une prise de position ambigüe entre les sphères privées et publiques qui ne se résolvent pas sans ébranler les fondements mêmes du métier au siècle suivant.</p>
<p>[1] Dominique Kalifa, « L’invention des agences matrimoniales », <em>L’Histoire</em>, vol. N°365, n<sup>o</sup> 6, 1 Juin 2011, p. 76.</p>
<p>[2] La précision est quasi systématique durant l'Entre-deux-guerres, par exemple : " Nous tenons à bien faire remarquer à nos abonnés que l'Écho du Foyer n'est pas une agence matrimoniale" <em>L'écho du Foyer, </em>Paris, 1920</p>
<p>[3] Jean Claude Bologne, <em>Histoire du célibat et des célibataires</em>, Hachette littératures, 2007, p402.</p>
<p>La localisation est faite au siège du journal, 17, Place Bellecour à Lyon.</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[Les événements de mai 68 à la faculté de médecine de Lyon]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/101</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/19680503-19680606">Mai 3, 1968 au Juin 6, 1968</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/131">Faculté de médecine, Lyon</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/380">Etudes de médecine</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/378">Externat</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/379">Cogestion paritaire</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/376">ACEML</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/377">AGEL</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/375">UNEF</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/374">Faculté de médecine</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/239">Université de Lyon</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/128">Mai 68</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/3">"Atelier numérique de l'histoire,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>Ce tract, édité et distribué par des étudiants en médecine de Lyon, signe leur entrée dans la ferveur du mouvement de mai 68, prônant "le rejet du paternalisme et de la féodalité hospitalière". Suite à une réunion, en date du 15 mai, est entamée la tentative de mobilisation des étudiants de la faculté mixte de Médecine et de Pharmacie.</p>
<p>Le 3 mai, la Sorbonne est envahie par la police pour évacuer quelques 300 militants étudiants qui tiennent meeting suite à la fermeture de leur faculté à Nanterre. La résistance et la violence mise en œuvre ce jour par ces mêmes étudiants face aux forces de l’ordre entraine une réaction en chaine à l'origine de Mai 1968.</p>
<p>Les étudiants lyonnais se mettent en grève générale dès le mardi 7 mai 1968. Cela, suite à l'appel, la veille, de l'Union Nationale des Etudiants de France (UNEF) et de l’Association Générale des Etudiants de Lyon (AGEL). Les locaux de la faculté du quai Claude Bernard et de l'INSA sont alors occupés. La faculté mixte de médecine et de pharmacie, les facultés de Droit et de Sciences Economiques sont alors réfractaires à l’entrée dans le mouvement. A la date du 11 mai 68, comme en témoigne l’exposé que le Doyen Jean-François Cier fit au corps professoral le 24 mai 1968, les étudiants représentant de l’Association Corporative des Etudiants en Médecine de Lyon (ACEML), souhaitent "rester en dehors de l'agitation et des grèves". A Paris, à la même date, la mobilisation n’a pas, non plus, gagné les étudiants en médecine mais, à Strasbourg, les premiers communiqués sont publiés dès le 9 mai.</p>
<p>Le 14 mai que les carabins parisiens se réunissent pour la première fois au lendemain de la grande manifestation du 13 mai qui se solde par l'occupation de la Sorbonne. L’Association des étudiants en médecine de Paris est débordée par un comité d'action. A Lyon aussi, la situation évolue rapidement. Dans la soirée du 15 mai se réunissent dans l'amphithéâtre de chimie les étudiants en médecine et en pharmacie de Lyon, et ils rédigent le présent tract. Les revendications citées sont diffusées aux autres étudiants de la faculté dès le lendemain matin, aux portes du domaine Rockefeller. Il n’est spécifié nulle part sur ce document ou dans les archives disponibles le nombre exact d'étudiants ayant voté les mesures citées succinctement. Néanmoins, d'après le témoignage d'un étudiant mécontent de la situation dans une lettre adressée au Doyen Cier, ils  n’auraient été qu’une quinzaine, issu des différentes années d’études. Dès lors, ces mêmes étudiants, se déclarant représentatifs de toutes les années de médecine et de pharmacie, votent plusieurs motions dont la première s'inscrit dans la lignée avancée par les autres facultés : le report des examens de quinze jours. Etant en petit comité, et comme l'indique la rhétorique utilisée, ils invitent tous les étudiants de la faculté à occuper les amphithéâtres à partir du lendemain, et à se réunir en plus grand nombre lors d'une nouvelle Assemblée Générale. Le Doyen Cier qui était en déplacement à Paris, accueille cette nouvelle avec satisfaction compte tenu du climat d'agitation qui règne dans les grandes villes de France. Le tract mentionne d'autres revendications, à noter principalement la participation paritaire étudiants-professeurs aux organismes dirigeants la faculté et la réforme du statut hospitalier des étudiants en médecine. Ces prises de position ne font pas l’unanimité, l’ACEML et les élus étudiants sont porteurs d’un projet plus conservateur, attendant principalement le sacre de leurs efforts et souhaitant passer les examens.</p>
<p>La "folle nuit de la faculté de médecine" citée par le journal Le Progrès lors de sa réédition le 8 juin 1968, a lieu le soir du samedi 18 mai : près de 3000 étudiants avaient répondus présent à l'appel d’une nouvelle Assemblée Générale. C'est avec une écrasante majorité qu’est voté un texte qui a vocation à être présenté au Corps professoral défendant la cogestion paritaire de la faculté. Par la même occasion, le report des examens de 15 jours, voire plus, est confirmé afin de pouvoir travailler à une réforme en profondeur de l'institution. Cette nuit-là est également créé le Comité de Coordination des Etudiants en Médecine de Lyon (CCEML), en dehors du contrôle strict de l'ACEML. Le texte voté différe du modèle final ; en effet la version initiale était jugée inacceptable par le Doyen et les professeurs. Mais tous les étudiants ne sont pas d'accord : ceux qui veulent suivre le mouvement prennent sur leur temps de travail pour se concentrer et donner une forme de réalité à leur idéalisme. Les autres, notamment les responsables de la corporation et élus étudiants, choisissent de lutter pour leurs idées opposées, ou pour la majorité de rester chez eux ou à l’hôpital pour se concentrer à leurs études.</p>
<p>Suite à cette Assemblée Générale, cinq commissions sont créées : Méthodes de l'enseignement, Contenu de l'enseignement, Examens, Autonomie et Cogestion de la faculté, et Externat. Ces commissions ont pour but de travailler sur chacune de leurs thématiques afin d'être force de proposition pour la rénovation de l'institution, suivant les différentes motions votées. La faculté est occupée. Les différents amphithéâtres sont le lieu de débats auxquels prennent part étudiants et, parfois, professeurs, dans une ambiance sérieuse. Deux statuts s’opposent dans les facultés de médecine. D’un côté, les externes ayant un enseignement « pratique » en milieu hospitalo-universitaire, participant à la vie des services hospitaliers contre rémunération à la suite de la réussite du concours de l’Externat ; de l’autre, les étudiants « hypos » recevant exclusivement l’enseignement universitaire et dont la présence à l'hopital dépend de la bonne volonté d'un patron. Seule la réussite au concours de l’Externat permet l’accès à celui de l’Internat et, par conséquent, à une formation mixte, réputée meilleure que la formation universitaire seule. Cette dualité est clairement remise en question.</p>
<p>La majorité des facultés de médecine de France s’est jointe au mouvement. Certaines facultés, notamment à Rennes, Toulouse, Grenoble et Lille, font grève totale et les facultés de Nantes, Nancy, Amiens, Bordeaux, et Tours sont occupées. Plusieurs facultés ne se joignent pas au mouvement, ce sont celles de Marseille, Montpellier et Besançon. A la faculté de médecine de Paris, c'est la démission du Doyen et de tous les professeurs qui est réclamée par les leaders du mouvement en témoignage de solidarité.</p>
<p>Le 24 mai est décidé à Lyon une grande manifestation dont le cortège part de la faculté de Lettres. Le trajet est progressivement modifiée par les forces de police et la manifestation avance en direction du pont Lafayette. Certains étudiants en médecines prodiguent des soins à base de jus de citron en cas d’atteinte pas les gaz lacrymogènes. Dans la nuit que le commissaire René Lacroix trouve la mort Pont Lafayette. Une nouvelle Assemblée Générale Etudiante se réunie le 27 mai et elle vote une nouvelle motion concernant la cogestion de la faculté (1843 oui pour 139 non). Mais, les étudiants se trouvent face au refus du Corps professoral. Aux termes de plusieurs assemblées, les professeurs statuent le 6 juin en faveur de la cogestion non paritaire de la faculté.</p>
<p>Par la suite, plusieurs des revendications avancées dans les facultés de médecine lors de ce mois de mai, sont acceptées. En 1969, le concours de l’Externat est supprimé et les Universités refondées. Les étudiants sont désormais représentés aux conseils de facultés.</p>
<p> </p>
<p>Source : Archives départementales du Rhône, série T, archives de la faculté mixte de médecine et de pharmacie, 3716 W 662</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[L'entrée du Cardinal-légat Enrico Cajétan à Lyon : conflits de préséances et livrées officielles.]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/95</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/15891109">Novembre 9, 1589</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/135">Cathédrale Saint-Jean, Lyon</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/134">Porte Saint-Sébastien, Lyon</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/224">Entrée solennelle</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/163">Municipalité</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/231">Réforme catholique</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/360">Costumes</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/359">Préséances</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/3">"Atelier numérique de l'histoire,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>Le 27 février 1589, deux consuls, vêtus de leur lourde robe d’apparat, parcourent à cheval les rues de Lyon et font lire sur les places la proclamation d’adhésion de la ville à la Ligue. Par cet acte, une image de la cité est convoquée, unie derrière un manifeste de foi catholique et la fidélité due aux magistrats Cette révolte contre l’accession de Henri de Navarre, au trône de France est le résultat d’une phase de radicalisation religieuse, rappelant singulièrement les phénomènes de confessionnalisation. La prise de la ville en 1562 par les réformés, malgré leur soumission dès l’année suivante à l’autorité royale marque la fin d’une cohabitation relativement heureuse dans la cité marchande, tout en jouant pour les catholiques le rôle d’un acte fondateur traumatisant. En 1567, les protestants sont expulsés de la ville. C’est dans ce contexte de tensions religieuses que le consulat lyonnais choisit, poussé par le gouverneur, le duc de Nemours et l’archevêque, Pierre d’Epinac, de se ranger sous la bannière ligueuse.</p>
<p>Proche de Sixte Quint qui avait fulminé le 9 septembre 1585 la première bulle d’excommunication à l’encontre de Henri de Navarre, lui déniant tout droit à la couronne de France, Enrico Cajetan, légat pontifical, arrive aux environs de Lyon le 8 novembre 1589. Sa mission : exhorter « <em>les devoyez</em> » « <em>de penser à leur salut et retourner à la bergerie de laquelle ilz se sont d’eux mesmes distraictz</em> ». Le consulat, apprenant son arrivée, organise une entrée solennelle, célébrant la relation personnelle entre le légat et la cité désireuse de devenir l’équivalent catholique de Genève, une capitale de la Catholicité. Le passage de Cajetan colore durablement l’épisode ligueur : incarnant une nouvelle forme de piété, le légat instaure, par une bulle du 30 novembre 1589, la confrérie des pénitents noirs du Saint Crucifix, établis dans la chapelle Saint Marcel[1]. L’entrée du cardinal Cajetan se déroule comme celle d’un souverain, manifestant la légitimité pontificale à pouvoir déposer les rois ne suivant pas les préceptes de la juste foi.</p>
<p>L’entrée, telle que décrite dans les registres de délibérations, est significative à plus d’un titre. Il s’agit en effet pour l’institution municipale de se placer comme le seul véritable responsable du bon ordre mais également du salut de ses administrés : le gouverneur, le duc de Nemours n’est jamais mentionné dans le récit, pas plus que l’administration royale.</p>
<p>La réception se déroule en grande pompe à la porte saint Sébastien, où les échevins ont mis à la disposition du légat une demeure afin qu’il puisse se changer. Le fait de revêtir des habits officiels montre bien les enjeux de représentation qui se jouent au moment de l’entrée. Pour les acteurs de cette fête civique et religieuse, les vêtements officiels signifient le changement d’état de celui qui les porte : il n’est plus un individu mais le représentant d’une institution, membre et garant de celle-ci. Les « <em>habitz pontifficaulx</em> » du cardinal personnalisent sa mission puisque l’entrée n’est faite que lorsque qu’il les a revêtus, de la même manière que les échevins et les officiers perpétuels de la ville[2] reçoivent l’hôte de marque en portant la robe violette, apparue pour la première fois à Lyon dans le syndicat de l’élection de 1576[3]. C’est d’autant plus sensible que les tenues des bourgeois n’ont pas de couleur définie : bien qu’unifiées dans le type de vêtements porté, la seule mention chromatique est attachée à la livrée du corps de ville. Le vêtement en tant que symbole devient le moyen de proclamer une identité : les croix blanches que portent les habitants de la ville sont un signe de reconnaissance rendant publique la catholicité de ceux qui la porte.</p>
<p>L’intérêt porté à la représentation du pouvoir est également souligné par l’enjeu des préséances dans le cortège. Comme lors de l’entrée du cardinal-légat Alexandrin en 1572[4], la question de savoir qui du clergé ou du pouvoir municipal doit avoir la préséance n’est pas anodine : dans un jeu complexe de concurrence entre les deux institutions, il s’agit de bénéficier de la proximité symbolique avec le Prince-légat. Comme lors des processions de la Fête-Dieu, l’organisation des rangs ne doit pas se comprendre linéairement mais circulairement, c'est-à-dire que le point focal de la fête (le Corpus Christi) est le centre symbolique de la procession. Ici, la place la plus honorifique ne se lit pas en termes d’opposition devant/derrière mais dans la proximité au corps, à la fois individuel et symbolique du cardinal. Le parallèle entre l’entrée solennelle et la Fête-Dieu est renforcé par la similitude des pratiques, que ce soit l’ordre de la procession, l’utilisation du dais, ou le fait de tendre de tapisseries les maisons sur le trajet de celle-ci. Dans l’entrée du cardinal Alexandrin, où le conflit de préséance entre le clergé et le consulat s’exprimait dans les mêmes termes, le médiateur chargé de trancher la querelle était le gouverneur du roi : en 1589, symptomatiquement, ce rôle est dévolu au délégué de la papauté. L’arbitrage en faveur du consulat est ici nettement repris comme un élément d’une véritable propagande consulaire visant à constituer la municipalité face à l’Eglise de Lyon (l’ancien seigneur de la ville au XIVe siècle) comme le seul et légitime représentant de « tout le corps de la ville ».</p>
<p>Le dais processionnel manifeste une division de l’espace urbain en véritables zones d’influence. Si les échevins et les représentants de l’Eglise de Lyon se rendent à la porte Saint Sébastien pour baiser les mains du prélat, les chanoines-comtes de Saint Jean attendent eux que le légat se rende à la cathédrale pour lui présenter leur hommage. C’est justement lorsque la procession atteint le cloître de la primatiale (l’entrée percée dans l’enceinte fortifiée du cloître est la porte Froc) que le dais processionnel change : le personnage accueilli passe de la responsabilité du consulat (manifestée par le poële de drap d’or) à celle des chanoines de Saint Jean (portant un dais de damas rouge). Les riches tissus employés pour la confection de ces dais représentent certainement une partie non négligeable des sommes importantes consacrées à l’entrée. Si les documents comptables ne révèlent rien du détail, les frais dépensés par le consulat pour l’arrivée du légat se montent à 655 écus, 54 sols, 6 deniers[5], soient quasiment 2000 livres tournois.</p>
<p>Curieusement, le trajet de la procession n’est pas précisé. Il est probable que le cortège soit parti de la porte Saint Sébastien pour rejoindre l’église Saint Nizier au sud, prenant la rue Mercière en direction de la Saône, passant cette dernière sur le pont devant l’Hôtel de Ville, remontant peut-être à l’église Saint Paul avant de redescendre la rive droite de la Saône vers le sanctuaire de la primatiale.</p>
<p>Contagion religieuse ou contagion épidémique sont l’occasion pour le consulat de représenter son rôle d’unificateur de la communauté : la relation, évoquant les réformés, mobilise le champ lexical de la maladie et de son traitement pour décrire la mission dont le cardinal est investie par le pape. Lieu d’une concurrence des pouvoirs, l’espace public signifie à tous la mise en état de défense de la cité face à l’ennemi, intérieur ou extérieur, qui menacerait l’intégrité des corps, ou pire, de l’âme des habitants.</p>
<p> </p>
<p>[1] AML, 3 GG 120, pièce 63.</p>
<p>[2] Secrétaire, voyer, receveur des deniers communs, capitaine de la ville et procureur.</p>
<p>[3] AML, BB 371, syndicat de 1576 pour l’année 1577.</p>
<p>[4] Claude de Rubys, <em>Histoire véritable</em>, p. 420.</p>
<p>[5] AML, BB125, f°32r°.</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[La municipalité communiste de Villeurbanne réagit à la Guerre d’Espagne]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/80</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/19361026">Octobre 26, 1936</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/106">Place Albert Thomas, Villeurbanne</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/329">Guerre d’Espagne</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/130">Communisme</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/163">Municipalité</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/81">Villeurbanne</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/145">Anti-fascisme</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/426">Espagne</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/3">"Atelier numérique de l'histoire,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p> </p>
<p>Le soulèvement nationaliste du 18 juillet 1936 entraine, en Espagne, une guerre civile meurtrière. Celle-ci marque l’opinion publique internationale. Léon Blum décide de répondre favorablement à la demande de soutien des Républicains espagnols, opposés aux Nationalistes, mais il doit revenir sur cette décision en raison de l’opposition de la droite et de plusieurs hommes politiques importants. La France n’intervient pas, mais la cause des Républicains espagnols est défendue de manière récurrente dans la presse, notamment de gauche. C’est aussi le cas à Villeurbanne, tel qu’en témoigne l’article du 24 octobre 1936 qui parait dans <em>La Voix du Peuple</em>. Il est titré : « <em>Au secours du peuple espagnol</em> ».</p>
<p>Ce document est un extrait des délibérations du conseil municipal de Villeurbanne, qui date du 26 octobre 1936. Le conseil municipal a débattu à propos d’une aide à accorder au « <em>Comité de l’aide aux enfants, femmes et blessés du Peuple espagnol</em> ». Il s’agit d’un comité, mis en place sous l’égide du Comité de Rassemblement Populaire de Villeurbanne ; qui est aussi à l’origine du Comité de Défense du Peuple Espagnol. Il est intéressant d’observer que le Comité d’accueil aux enfants d’Espagne, initiative nationale de la CGT présidé par Léon Jouhaux et Victor Basch, n’a été crée qu’en novembre 1936. Le rapporteur de ce texte se nomme Jean Gelet. Cet élu communiste de la Mairie de Villeurbanne se montrait alors extrêmement actif en ce qui concerne les questions sociales. Même si on dispose de peu d’informations biographiques à son sujet, il est décrit dans un article de <em>La Voix du Peuple</em> du 12 décembre 1936 comme étant « <em>adjoint au maire aux fêtes et loisirs</em> ». Il signe plusieurs articles dans ce journal entre 1936 et 1937, ayant notamment pour titre : « <em>Où en est le chômage dans la ville pauvre ? Notre camarade Gelet nous parle des efforts de la municipalité pour soulager la misère des sans-travail</em> ». Jean Gelet prend aussi la défense de la politique de loisir municipale, dans un article de <em>Lyon Républicain </em>parut le 24 septembre 1936. C’est, de fait, une personnalité municipale active et importante qui rapporte ce texte au conseil.</p>
<p>Pour comprendre cette prise position de position des édiles de Villeurbanne, il faut replacer ce document dans un contexte global et local. On peut, en effet, s’interroger sur l’intérêt pour cette municipalité de prendre cette disposition, et sur son impact réel. La guerre civile en Espagne a eu des répercussions dans toute l’Europe, beaucoup de personnes étrangères s’engageaient dans ce conflit, notamment pour venir en aide aux républicains. En ce qui concerne Villeurbanne, la municipalité que représentent ce conseil est communiste. Le maire, Camille Joly, a été élu en 1935. Il succède au socialiste Lazare Goujon, qui avait occupé cette fonction durant onze ans. C’est lui qui avait initié les grands travaux, dont le quartier Gratte Ciel. D’après Bernard Meuret, c’est en raison de cette politique coûteuse qu’il est battu par les communistes aux élections municipales de 1935. Les crises du début des années 1930 et de 1936 ont frappé la ville violemment. Cette conjoncture permet aux communistes d’être élus à la mairie, mais –comme le souligne Marc Bonneville –ils prennent la direction d’une ville à la situation financière extrêmement précaire. C’est d’ailleurs souligné dans ce document par la formule : « <em>bien que la situation des finances communales ne soit pas satisfaisante</em> ».</p>
<p>Par conséquent, cette décision s’avère révélatrice et intéressante pour comprendre la vie politique de cet espace avant la Seconde Guerre mondiale. Les élus prennent ici une décision symbolique. Malgré les difficultés financières de la ville, ils choisissent de venir en aide aux Espagnols touchés par la guerre civile. Il s’agissait, alors, d’une logique internationale, dans la continuité de la pensée communiste prônée par l’URSS. Camille Joly et ses adjoints voulaient participer au mouvement général initié par Moscou. Ce dont peut témoigner l’utilisation du terme « <em>camarade</em> ». Deux voyages dans la capitale soviétique furent, d’ailleurs, organisés pendant le mandat du maire. Cette décision s’explique aussi par l’importance que prenait la question espagnole à Villeurbanne. Entre septembre 1936 et août 1937, de nombreux articles de presse, principalement dans <em>La Voix du peuple</em>, décrivaient la guerre et l’engagement des citoyens villeurbannais. Deux jours avant ce conseil municipal, le journal racontait que « <em>les syndiqués de l’usine Fibre et </em>Méca » décidaient « <em>de verser une heure de salaire pour les Républicains espagnols</em> ». Cette usine de construction électrique, construite au début du XX<sup>e</sup> siècle selon Marc Bonneville, avait un syndicat particulièrement actif dans la vie communale.</p>
<p>Il faut, cependant, relativiser cette vision de solidarité internationale. La somme promise par le conseil municipal n’est pas très importante. Les 500 francs, extraits du « <em>Budget pour dépenses imprévues</em> »,  ne représentent pas beaucoup à l’époque.  Il s’agissait donc, avant tout, d’une action symbolique. D’un point de vue politique, elle mettait Villeurbanne et ses édiles au premier rang de la contestation contre les nationalistes espagnols ; d’un point de vue pratique, elle permettait de montrer aux syndicalistes de la ville le soutient réel de la municipalité envers cette cause.</p>
<p> </p>
<p>Enfin, pour conclure, il faut signaler qu’entre 1936 et 1938, le conseil municipal de Villeurbanne évoque trois fois la guerre d’Espagne. Le conseil déclare ses « <em>vœux en faveur de l’Espagne républicaine</em> » en 1936 et le 29 mars 1938, et déplore la violence subie par les « <em>malheureuses populations civiles</em> »en Espagne. Mais aucune somme d’argent n’est à nouveau donnée pour venir en aide aux réfugiés et aux blessés républicains. Pour nuancer cette conception de l’action municipale, il faut signaler la mise en place de plusieurs évènements culturels, comme un meeting regroupant des récits des évènements de la guerre d’Espagne dès août 1936, où se rendent « <em>une foule imposante de Villeurbannais, des familles espagnoles enthousiastes, mêlées fraternellement aux ouvriers</em> », selon le journaliste de <em>La Voix du Peuple</em> du 1<sup>er</sup> août 1936.</p>
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<p> </p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[Le rapport du Docteur Carle au Comité de la traite des femmes et des enfants de la Société des Nations.]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/38</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/19350101-19351231">1935</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/69">60 rue de Sèze, Lyon</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/192">Relèvement</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/191">Maladies vénériennes</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/190">Traite</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/189">SDN</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/188">Prostitution</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/206">Traite des femmes</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/3">"Atelier numérique de l'histoire,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>Il s’agit d’un questionnaire établi par la Société des Nations, rempli par le Dr Carle[1] et complété par une série de vingt-trois biographies de prostituées. Nous nous concentrerons sur le questionnaire de la SDN, la série de portraits reprenant pour l’essentiel des idées développées par le Dr Carle dans ses réponses.</p>
<p>Le questionnaire est constitué de trois parties : la première s’intéresse au fonctionnement très général de la prostitution dans le pays et la ville d’étude et aux difficultés liées au relèvement de la femme. La deuxième s’attache aux maladies vénériennes et aux soins dispensés aux prostituées. La dernière tend à dégager un portrait social et moral de la fille publique effectué à partir d'un sondage de cinquante fiches du Bureau sanitaire.</p>
<p>Le contingent pris en compte est constitué de prostituées adultes (plus de 21 ans, âge auquel en France une femme pouvait entrer en maison de tolérance, l’inscription au registre des prostituées pouvant se faire à 18 ans) et de nationalité française. Si le Dr Carle note une augmentation du nombre de prostituées étrangères depuis 1932, il ne les inclut pas estimant que les renseignements demandés déjà incertains pour les prostituées françaises le seraient encore davantage pour les étrangères.</p>
<p>Le document témoigne du souci de la SDN pour le sort des prostituées. On espère pouvoir les « relever », la ligne du Comité de la traite des femmes et des enfants étant fondamentalement abolitionniste d’où l’intérêt des réponses d’un pays réglementariste où la traite des femmes est par ailleurs plus fantasmée que réelle. Cette enquête peut en effet être vue comme le pendant de la double enquête sur la traite effectuée par la SDN en Europe et en Amérique (1924-1927) et en Orient et Asie (1930-1932). On s’intéresse aussi au danger que les prostituées pourraient représenter pour l’ensemble de la population en tant que vecteurs de maladies vénériennes. C’est ce qui est en jeu dans le traitement des prostituées malades. Ce traitement est anonyme, non obligatoire et gratuit. Cependant pour certaines prostituées malades, refusant de se faire soigner et continuant à pratiquer leur métier, on peut dépêcher la police. Ces cas apparaissent comme plutôt rares puisque dans leur majorité les filles se plient aux contrôles médicaux : pour le dernier trimestre de 1935, onze absences chez les filles en maison sur 3075 visites, 232 absences sur 3902 appels pour les filles isolées. Le Dr Carle, spécialiste de la prophylaxie des maladies vénériennes, s’intéresse tout particulièrement à ce point, d’autant qu’il ne voit que peu d’espoir de rédemption pour ses patientes.</p>
<p>La prostitution à Lyon apparaît comme assez dynamique, dynamisme renforcé selon le Dr Carle par les effets de la première guerre mondiale et surtout par la crise économique qui a laissé sans emploi de nombreuses femmes et les aurait poussées vers une prostitution occasionnelle. De la sorte en 1932 la ville de Lyon compte cinq maisons de tolérance (269 prostituées, le chiffre baisse presque constamment sur la décennie 1920-1930), trente maisons de rendez-vous (672 femmes, de plus en plus nombreuses au cours de la même décennie) et 321 filles isolées insoumises, chiffres[2] auxquels il faut ajouter celui, non-mesuré par définition, des prostituées clandestines. Cependant les années trente marquent la fin des maisons de tolérance et un renforcement du contrôle sanitaire sur les prostituées. Alain Corbin écrit ainsi : « Dans la ville de Lyon, qui se situe toujours à l’avant-garde de l’évolution des structures prostitutionnelles, les maisons de tolérance proprement dites ont déjà disparu faute de clientèle ; elles sont remplacées par quarante hôtels de passe dont le docteur Carle a obtenu qu’ils soient surveillés sur le plan sanitaire et, du fait même, reconnus par les autorités. ».[3]</p>
<p>Plus qu’à une situation économique déprimée, c’est surtout au caractère de la femme, au vice, à une enfance difficile que le Dr Carle attribue la « chute » dans la prostitution. La chute n’en est d’ailleurs jamais véritablement une, ce serait davantage un glissement, terme qui reflète une des grandes peurs de la fin du XIXème et du XXème siècle : celle d’une prostitution « insidieuse » ou d’une contagion des comportements prostitutionnels à différentes couches de la société dans un monde où les limites commencent à devenir un peu plus floues.</p>
<p>Le Dr Carle considère avec un certain pessimisme l’œuvre des institutions privées et confessionnelles. Il estime en effet que seuls 2% des cas de relèvement sont réels, les autres seraient motivés par la perspective d’un gîte lors de l’hiver.</p>
<p>L’analyse du docteur tend à faire de la prostitution une espèce de mal immuable ou de mal nécessaire qu’il importe de contrôler sur le plan sanitaire. Si les clients masculins ne sont guère mis en cause, la fille est pour sa part décrite à plusieurs reprises comme insociable, bête, précocement sensuelle, avide, pervertie par la modernité – les dancings, le cinéma – ou une « camarade dessalée » rencontrée sur les bancs de l’école ou de l’orphelinat. C’est reprendre l’essentiel des topoï du XIXème siècle sur la prostituée comme créature « naturelle »[4], dangereuse, animale presque. Surtout la prostituée serait une paresseuse. On rencontre alors un autre lieu commun : celui de la prostituée rêvant d’opulence, à la vie facile contrairement aux honnêtes travailleuses; elle ne veut pas quitter la prostitution, tout au plus s’y reconvertir en tant que tenancière ou entremetteuse. Quand elle envisage de quitter la prostitution c’est pour occuper un emploi « non fatigant » comme demoiselle de magasin ou de café – ce dernier emploi flirtant de près avec la prostitution.</p>
<p>Outre ces caractéristiques qui tendent à dessiner une essence de la prostituée, le Dr Carle accorde une certaine importance au milieu : il est ouvrier, modeste dans la grande majorité des cas, la famille serait fréquemment minée par l’alcool ou aurait des antécédents prostitutionnels – dans la tradition de l’hérédité venue du XIXème siècle. Mais si le docteur prend en compte le rôle du milieu dans la « chute » de la femme – et de quelques éléments salvateurs comme l’école qui remettrait sur le droit chemin bon nombre de jeunes filles déflorées entre 13 et 15 ans – ainsi que de la crise économique qui sévit, il semble bien que le tort fondamental est à attribuer à la fille elle-même. De la sorte, la série de portraits qui suit l’enquête tend à montrer que le milieu n’explique pas tout : on retrouve dans les rangs des prostituées lyonnaises des filles « de bon milieu », certaines ont fait des études : 3 filles sur 10 auraient leur certificat d’études. Mais si certaines filles sont « très intelligentes », elles sont alors décrites comme « vicieuses ». En somme, un lieu commun en remplace un autre[5].</p>
<p> </p>
<p>[1] Il est l’auteur d’un certain nombre de contributions sur le sujet dès les années 1890 alors qu’il est encore interne des hôpitaux. Il a notamment écrit une <em>Prophylaxie des maladies vénériennes</em> en 1921.</p>
<p>[2] Chiffres tirés des réponses à une lettre du Ministre de l’Intérieur, datant du 5 avril 1933 et demandant des renseignements par département sur la prostitution en vue de les transmettre à la SDN. Archives départementales du Rhône, 5M521, statistiques dans le département pour les années 1920 à 1933.</p>
<p>[3] Alain Corbin, <em>Les filles de noce. Misère sexuelle et prostitution aux 19<sup>e</sup> et 20<sup>e</sup> siècles</em>, Aubier-Montaigne, Paris: 1978, page 491.</p>
<p>[4] Au sens baudelairien.</p>
<p>[5] Cependant la littérature du XIXème siècle abonde de portraits de prostituées-saintes.</p>
<p> </p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[Les protestants à Lyon en 1562]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/33</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/15620429-15620505">Avril 29, 1562 au Mai 5, 1562</a><br><strong>Localisation:</strong> <br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/139">Eglises</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/140">Iconoclasme</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/138">Protestants</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/3">"Atelier numérique de l'histoire,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>La ville de Lyon entre dans les Guerres de religion dès 1562, deux mois après le massacre de Wassy. Les protestants prennent le contrôle de la ville et restent au pouvoir pendant un peu plus d'un an. Allant à l'encontre de l'image catholique de Lyon, cet épisode a pourtant marqué son histoire. Le document que nous présentons ici est une source majeure sur ces événements. Cette peinture à huile sur bois est nommée <em>Le Sac de Lyon</em> par les Calvinistes en 1562, elle est conservée au Musée Gadagne de Lyon. Son auteur est anonyme, bien que l'on puisse avancer le nom d'Antoine Caron de part la similitude dans l'organisation de la scène avec les <em>Massacres du Triumvirat.</em> Elle semble avoir été composée vers 1562/1564. Ce document renseigne sur l'occupation et le pillage de la ville par les protestants. La scène fourmille de détails et fait référence à des événements précis qui se déroulent à des moments différents, procédé courant à l'époque. Cette source est donc particulièrement intéressante pour comprendre le début de la période protestante à Lyon et nous pouvons l'étudier selon trois thèmes : le contrôle protestant sur la ville, la nature et les formes du pillage, et l'interprétation possible du sens du tableau donné par le peintre.</p>
<p>Le tableau présente une place lyonnaise imaginaire. Le peintre rassemble les différents événements en un même lieu sans se soucier de la topographie urbaine. On reconnaît néanmoins la colline de Fourvière en arrière-plan. Dans le courant d'avril 1562, la rumeur de la venue d'une armée catholique se répand dans Lyon. Un tiers des Lyonnais sont protestants, ce qui en fait l'une des plus grosses communautés de France. Une résistance à cette prétendue armée s'organise ainsi rapidement et un coup de main est donné dans la nuit du 29 au 30 avril 1562. Les soldats prennent les ponts, les places et l'Hôtel de Ville. L'usage de la force est rare et tout se fait sans difficultés. L’œuvre montre en effet une non-violence étonnante. Malgré toute la présence armée, les combats sont inexistants. La population est penchée aux fenêtres regardant les événements d'un air plus curieux qu'effrayé. Les fusils sont portés sur les épaules mais personne ne tire, hormis un soldat au premier plan qui vise hors-champ. Au premier plan à gauche, les soldats ne se servent pas du canon mais s'assoient dessus et lisent avec attention un livre, sûrement la Bible. Des gentilshommes en noir (au centre à droite du deuxième plan) accompagnent et surveillent les soldats, évitant les débordements. Tout se fait ainsi dans le calme et l'ordre. Bien que les catholiques soient majoritaires à Lyon, ils n'ont pas cherché à résister. Il faut aussi comprendre que la prise du pouvoir protestant s'est fait vite, en pleine nuit, de manière intelligente et organisée. Les canons ont été récupérés le plus tôt possible et ils sont ici figurés sur les différents plans du tableau : la ville est donc bien tenue et il est difficile d'organiser une riposte.</p>
<p>Après la prise du contrôle de la ville, les protestants, aux forces trop faibles, font appel au baron des Adrets, qui vient le 5 mai avec son armée. Le baron instaure un pillage en règle, qui se différencie de l'iconoclasme par le caractère moins réglé et moins symbolique. Le baron des Adrets est en effet moins un chef religieux qu'un chef de guerre. Les Eglises Saint-Jean, Sainte-Croix, Saint-Etienne et Saint-Just sont détruites ou dégradées. Le peintre ne figure néanmoins pas vraiment ces destructions. On distingue juste des flammes qui s’élèvent de la coupole en arrière-plan, malgré l'usage d'une couleur fade qui n'a pas résisté au temps et se confond maintenant avec le ciel. Au deuxième plan à gauche, on remarque trois moines tête baissée, encadrés par un soldat. Il peut s'agir d'une mention à la prise de l'église de Saint-Jean qui, elle, a donné lieu à un combat. Les chanoines tentent de résister le 30 avril mais doivent fuir le lendemain face aux artilleries protestantes. C'est ainsi que, à l'arrière-plan du tableau à gauche, trois silhouettes de moine s'enfuient les bras levés.</p>
<p>Au-delà des destructions, c'est la question du pillage qui est mise en valeur par le document. Le peintre en montre ses différentes formes et sa complexité. Au premier plan, des soldats imitent une procession tirée par des bœufs. Une bannière figure Marie (en vierge à l'enfant) et un soldat emporte sur le dos la statue d'un évêque. Cette procession indique bien une victoire franche dans le contrôle de la ville. Au deuxième plan à gauche, une véritable mise aux enchères est mise en place pour la population de la ville. Le pillage est donc à la fois militaire et civil. Mais, dans la pièce sombre à droite du deuxième plan, des officiers consciencieux comptent les différents objets liturgiques qui sont apportés dans d'imposants coffres. Il ne s'agit pas là de vente aux enchères, mais de récupérer sur la consigne du baron tout l'or, argent, fer et cuivre disponible pour financer l'effort de guerre. Cela fait référence à l'inventaire de Saint-Just le 8 mai. C'est aussi là le contraire de la notion de pillage : dresser l'inventaire des objets récupérés, c'est affirmer que rien n'a été volé pour un usage personnel. Le tableau est donc ambivalent, car il présente à la fois le pillage libre et la confiscation régulée. Une troisième forme d'usage iconoclaste est présentée au troisième plan, au centre. Une foule se presse en cercle autour d'un bûcher. Les flammes, cette fois encore assez mal figurées, reçoivent différents objets liturgiques et on reconnaît très bien un Jésus sur la Croix, ce qui est un sacrilège important pour les catholiques. A droite du bûcher et plus près de l'arrière-plan, un autre groupe est à genou en train d'écouter un prêche. Il s'agit donc dans ces deux cas de manifestions bien plus religieuses. Le « sac » de Lyon est donc complexe en refermant des formes diverses, montrant aussi les différents aspects des guerres de religion.</p>
<p>L'interprétation que l'on doit faire du tableau est ainsi moins facile qu'il n'y paraît. Avec son titre, on pense d'abord à une vision catholique qui diabolise les protestants. De plus, deux légendes latines, en haut et en bas, commentent la scène, que l'on peut traduire par « on a peint ici la ruine de Lyon, causée par les dogmes impies de Calvin qui veulent le vol et le sang » et « cette image a été faite pendant que Calvin détruisait les objets sacrés des temples et de la ville ». Ces notices sont violentes et entendent une prise sanguinaire de la ville. C'est pourtant le contraire sur le tableau qui figure le contrôle, le calme et la joie. Olivier Christin avance ainsi l'hypothèse que ce tableau est une représentation idéalisée du Sac de Lyon, telle que l'aurait souhaité Calvin. Ce dernier reproche au baron des Adrets ses violences, dans sa lettre du 13 mai 1562. Le baron ne reste lieutenant général de la ville que jusqu'au 17 juillet 1562, remplacé par le plus modéré Soubise. Dans cette hypothèse, les notices latines du tableau seraient des inscriptions ultérieures, où un catholique a cherché à modifier le sens original du tableau en lui donnant une connotation plus violente.</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[Visiter Lyon et le Palais des Arts : un guide de voyage, par Louis Accarias.]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/19</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/18650101-18651231">1865</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/42">Musée des Beaux-Arts de Lyon, Lyon</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/109">Patrimoine</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/108">Beaux-arts</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/107">Guide</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/106">Voyage</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/105">Louis Accarias</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/104">Palais Saint-Pierre</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/103">Palais des Arts</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/3">"Atelier numérique de l'histoire,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>Dans son <em>Guide sommaire de l’étranger à Lyon</em>, l'avocat lyonnais Louis Accarias (1809-1878) retrace, dans un portrait de la ville qu’il veut concis et efficace, la riche histoire du Palais des Arts. La notice sur le Palais des Arts se trouve pages 8 et 9.</p>
<p>En 1865, le guide de voyage est devenu un genre à part entière. A Lyon au XIXe siècle, la production de ce type d'ouvrages reste stable -selon Pierre-Yves Saunier, ce sont cinq à six nouveaux guides qui paraissent chaque décennie. Mais entre l'ouvrage de l'abbé Aimé Guillon, <em>Lyon tel qu'il était</em>, en 1807 et les éditions du Syndicat d'Initiative des années 1910, le genre évolue. Tout au long du siècle, il construit ses codes et fixe ses canons, sort de l’éloge pour entrer dans le domaine de l’information et s’adapte aux mutations de son temps. A l'origine, les rédacteurs s’adressent aux aristocrates du Grand Tour ; mais ils se tournent aussi vers les voyageurs du nouveau siècle, pris entre l’obligation professionnelle et l’idéal du voyage comme loisir bourgeois. Si les premiers traquent, derrière chaque lieu, l’histoire et le sentiment d’un passé glorieux, si les seconds recherchent davantage l'enseignement qu'ils pourront transmettre à leur retour, l’enjeu, pour Louis Accarias comme pour bien d’autres rédacteurs de guides lyonnais, reste le même : il s’agit de contrer l’éternelle fonction de passage de la ville de Lyon, d’en montrer les merveilles pour susciter l’intérêt. Aussi Louis Accarias fait-il mention, dès les premières lignes de son avertissement, des contraintes temporelles qu’imposent ces « rapides passages » et « séjours de courte durée ».</p>
<p>L’avertissement est en lui-même révélateur des évolutions qu’a connues le genre du guide de voyage. D’abord diserts et érudits, voulant donner une image organisée et précise de la ville à grand renfort d’anecdotes historiques et d’invitations à la contemplation, les guides touristiques connaissent, au cours du XIXe siècle, un assèchement de leur narration –ainsi de Louis Accarias qui, parfois même, ne s’encombre plus de phrases et se contente de propositions concises. A la transformation de leur forme physique –de plus en plus légère et compacte- répond celle de leurs contenus –réduits à des inventaires, décrits avec les termes de l’ingénieur plutôt qu’avec ceux de l’esthète. Aussi Louis Accarias sélectionne-t-il ici une série d’espaces clés qu’il hiérarchise, pour lesquels ils fournit des descriptions rapides qu’il convient ici de déployer.</p>
<p>Son parcours en trois jours place, en deuxième position, la visite du Palais-Saint-Pierre, condensant en quelques lignes l’histoire d’un édifice vieux de plusieurs siècles. La notion de profondeur historique, centrale dans les guides de voyage, n’est pourtant pas tout à fait révoquée ; à partir de quelques formules rapides, Louis Accarias revient sur les grandes étapes de la transformation du Palais des Arts.</p>
<p>En faisant commencer son histoire au XVIIe siècle, il occulte tout un pan de la vie de l’édifice. A son origine se trouve l’église Saint-Pierre, fondée au VIe siècle. Connue sous le nom de « Monastère des filles de Saint-Pierre » à l’époque médiévale, l’abbaye comprend, à côté de cette première église, une seconde plus petite et paroissiale : l’église Saint-Saturnin. Les « chanoinesses nobles » que mentionne l’auteur renvoient aux moniales issues de la haute noblesse qui, jusqu’au XVIIe siècle, régissent la vie de cette abbaye aristocratique. Mais l’expression passe sous silence certaines évolutions ; les critiques à l’encontre du mode de vie des moniales qui apparaissent au XVIe siècle viennent progressivement reconfigurer l’histoire de l’abbaye. Celle-ci, autrefois sous l’autorité directe du Vatican, perd progressivement son indépendance et passe en 1637 sous la tutelle de l’archevêque de Lyon, lequel fait appel à des familles de moindre rang pour en composer les effectifs.</p>
<p>Le XVIIe siècle, sur lequel Louis Accarias ouvre sa description, marque alors un moment majeur dans l’histoire de Palais-Saint-Pierre. D’après les dessins de l’architecte La Valfinière, mais sur la décision des abbesses Anne et Antoinette de Chaulnes, l’abbaye est entièrement reconstruite –l’on retient notamment, de l’oeuvre de La Valfinière, l’élévation de la façade qui s’étire le long de la place des Terreaux, et des deux façades latérales qui l’encadrent.</p>
<p>Les embellissements successifs dont il est ensuite question sont pour partie l’oeuvre de Thomas Blanchet, peintre et architecte lyonnais, et des sculpteurs Nicolas Bidault, Simon Guillaume, Marc Chabry. Le peintre Louis Cretey donne au réfectoire ses allures baroques et compose deux œuvres majeures : <em>La Multiplication des Pains</em> et <em>La Cène</em>.</p>
<p>L’histoire du Palais des Arts change alors de registre avec la Révolution. Suite au décret Chaptal de 1801, l'abbaye devient musée et parvient à échapper à la destruction. Elle est aussi « le siège de plusieurs institutions » d’utilité publique en rapport avec le commerce et l’instruction -aussi la « Bibliothèque » que mentionne Louis Accarias correspond-elle en fait aux sections Arts et Sciences de la Bibliothèque de la Ville. Le lien est toujours étroit entre l’art et l’industrie, comme en témoigne la mention de « l’école dite de Saint-Pierre », qui forme artistes et dessinateurs de fabrique. La création du musée, si elle répond à l’échelle nationale à la volonté de réunir sous les yeux du public les œuvres du clergé et de la noblesse, correspond aussi, à l'échelle locale, au nouvel élan donné au travail de la soie –les dessinateurs pouvant alors former leur œil en contemplant, pour leurs motifs floraux surtout, les œuvres des grands maîtres.</p>
<p>La description de la collection est, une fois de plus, sommaire. Elle évoque toutefois la grande diversité des œuvres accumulées tout au long du XIXe siècle par le musée. L’accent est mis sur les « lyonnais illustres », au sein d'un musée qui compose ses collections à partir de deux sources : les envois nationaux et les productions d’artistes régionaux. C'est notamment à partir du milieu du siècle que la naissance de l'Ecole lyonnaise de peinture d'une part, et les envois de pièces maîtresses comme <em>Les Dernières paroles de l'Empereur Marc-Aurèle</em> de Delacroix d'autre part, enrichissent considérablement la collection. La section archéologique, pour grande part l'œuvre du premier conservateur et archéologue François Artaud, est une autre des richesses de l’institution. S’ajoute à cela la mention du médaillier, le deuxième de France, qui contribue à hisser, avec le reste des collections, le Palais des Arts au premier rang des musées de province.</p>
<p>Laissant de côté la description physique, Louis Accarias se borne enfin à mentionner la largeur du bâtiment. Cette restriction, justifiée dans l’introduction, témoigne –avec la structure de l’ouvrage-, de la mutation dans la manière de voyager qui s’opère dans la seconde moitié du XIXe siècle. La généralisation du voyage en train, l’exigence croissante de rapidité, invitent le guide à faire l’impasse sur les espaces intermédiaires, pour mieux se concentrer sur une série de points clés dont il aligne les descriptions. Pour citer Pierre-Yves Saunier, le guide de voyage devient un « système expert d’éclatement d’un espace urbain », manipulant l’espace et ses significations, hiérarchisant les lieux, en vue d’une utilisation tournée vers le loisir. Dans cette reconfiguration de la ville, le Palais-Saint-Pierre s’affirme comme un des édifices majeurs du patrimoine lyonnais, dépassant le statut d’écrin d’une collection pour devenir à lui seul oeuvre d’art et d’histoire.</p>]]></description></item>
</channel></rss>