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	                        <title>Flux RSS Atelier numérique de 'histoire</title>
	                        <link>http://atelier-histoire.ens-lyon.fr/AtelierHistoire</link>
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	                        <language>fr</language>
<item><title><![CDATA[&lt;strong&gt;Les Pentes de la Croix-Rousse, un laboratoire social des politiques de la ville : le Développement Social des Quartiers &#40;1990-1993&#41;&lt;/strong&gt;]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/277</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/19890601-19891230">June, 1989 au December, 1989</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/423">Mairie du 1er arrondissement, Lyon</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/422">Siège de la COURLY, Lyon</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/727">DSU</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/725">Croix-Rousse</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/724">Politiques de la ville</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/723">DSQ</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/722">Quartier</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/111">Lyon</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/384">Histoire urbaine</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/728">Gentrification</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/4">"Histoire urbaine contemporaine,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>Selon un ouvrage de sociologie urbaine, « Les cœurs des villes sont aujourd'hui l'objet de dynamiques multiples et de réinvestissements importants tant de la part des acteurs politiques et économiques que des acteurs sociaux »<sup>1</sup>.</p>
<p>La ville de la fin du XXe siècle est un espace investi par les politiques. Après l'été 1981, où les « guérillas urbaines » on défrayé la chronique, les quartiers des grandes villes sont sous les projecteurs. La Politique de la Ville, née en 1982, va investir le champ urbain : « Elle affiche sa volonté de lutter contre l'exclusion sociale et la ségrégation urbaine, légitimant son intervention dans presque tous les champs de l'espace urbain : la revitalisation des quartiers par l'habitat et l'aménagement ; la recréation du lien social par l'éducation, la culture, la santé ; la valorisation de la citoyenneté par la réhabilitation des services au public »<sup>2</sup>. En effet, la Politique de la ville est une politique sociale territorialisée qui mêle problématiques sociétales et préoccupations urbaines. Comme pour répondre aux sociologues, qui annonçaient la « fin des quartiers », la Politique de la Ville reflète le renouveau de l'intérêt pour cet espace réduit de sociabilités et d'interactions. Dès lors, les pouvoirs publics, largement représentés par les collectivités territoriales et les municipalités, impulsent, sinon appuient une mutation du quartier : leur volonté de lutter contre la précarisation, la ségrégation et d'endiguer la dégradation de certains espaces publics amène les décideurs politiques à s'interroger sur l'avenir des villes et les moyens de le maîtriser.</p>
<p>L'une des premières procédures de la Politique de la ville sera la procédure de Développement Social des Quartiers (DSQ). Au moment de leur candidature à la procédure, en 1989<sup>3</sup>, les Pentes de la Croix-Rousse bénéficient des « attributs du type » mais aussi de la « singularité du quartier »<sup>4</sup>, pour reprendre J-Y.Authier. En effet, si la procédure de DSQ a déjà été introduite dans de nombreux anciens quartiers centraux, les Pentes de la Croix-Rousse semblent être un laboratoire dynamique et inédit pour la politique de la ville à l'échelle du quartier. Tout au long de la procédure, les dossiers réalisés par les différentes équipes en charge du projet auront à cœur de rappeler les enjeux d'un tel dispositif dans ce quartier en particulier.</p>
<p>Le quartier des Pentes est un quartier caractérisé par une forte centralité (extrême proximité du centre-ville); mais c'est aussi un site complexe, avec une trame urbaine particulière et un bâti adapté à une ancienne activité économique, celle des canuts. La complexité de cet espace réside dans sa très forte densité, la plus forte de Lyon, même si, les recensements de l'INSEE montrent que la population a diminué de 20 % entre 1975 et 1982. Par ailleurs, la présence sur le site de cheminements pittoresques et de vestiges archéologiques doivent être préservés et remis en valeur. L'historicité du quartier constitue sa spécificité et l'enjeu principal de son intégration dans cette procédure.</p>
<p>En ce qui concerne les caractéristiques socio-démographiques, elles sont celles que l'on retrouve dans la plupart des territoires concernés par la Politique de la ville : une population modeste qui comprend de nombreux ménages aux revenus non imposables et des demandeurs d'emploi, dont la part a augmenté de 17 % entre 1982 et 1989. Le revenu annuel moyen du quartier est, à cette époque, le plus faible de toute la ville de Lyon ; une population constituée de beaucoup de personnes seules et pour une large part, d'une population vieillissante ; en outre, une population cosmopolite puisqu'un nombre important d'habitants est issu de l'immigration (16 % de la population en 1982). En résumé, le quartier est alors habité par une population fragile en forte demande d'insertion.</p>
<p>L'objectif pour les acteurs du DSQ, est de promouvoir les Pentes de la Croix-Rousse, en faisant des habitants, les acteurs même de cette promotion – en faire un espace intégré et rayonnant dans la mondialisation – par un effort de rénovation urbaine, de patrimonialisation, et de soutien à l'innovation sociale ; de le réhabiliter pour y attirer une nouvelle population tout en conservant la mixité sociale qui fait la richesse du lieu. Ainsi, solidarité, insertion, réussite, ouverture et cohabitation sont les maîtres mots de l'émergence d'une réelle volonté de développer un partenariat dynamique – construit à partir d'un réseau associatif, déjà très fort avant l'inscription dans le dispositif – autour de la promotion, de la rénovation et du développement social et économique du quartier. Ainsi, en investissant différents domaines – que ce soit celui de l'éducation, de l'habitat et du logement, du commerce, de la santé ou encore de la culture – les objectifs pour les acteurs, sont de permettre à la ville de Lyon d'être exemplaire sur le plan de la qualité humaine des relations entre tous les habitants d'un même quartier et de concrétiser de grands projets permettant à la ville d'être présente dans le peloton de tête des eurocités et des villes qui comptent sur le plan international ; enfin de doter la ville d'une qualité de vie exemplaire en la rendant « plus belle à regarder, plus sûre et agréable à vivre, et plus solidaire ». Conseiller municipal de la Mairie du 1<sup>er</sup> arrondissement, M. Courtial affirme, lors d'une réunion organisée en 1989 : « Une ville solidaire c'est aussi refuser la ville à deux vitesses, la ville ségrégée et rejetante pour les plus démunis ».</p>
<p>Cependant, un regard sur l'ensemble de la procédure, de ses réussites comme de ses échecs, permet de s'interroger sur la procédure DSQ : l'issue d'une inscription dans un tel dispositif a-t-elle vraiment pour objectif de promouvoir une mixité sociale ? En effet, le quartier des Pentes de la Croix-Rousse, ancien quartier central, n'échappe pas au mouvement de gentrification que décrit Anaïs Collet dans l'ouvrage issu de sa thèse : « Les Pentes permettent ainsi de rencontrer plusieurs générations de gentrifieurs se côtoyant dans un espace à la fois semblable et profondément renouvelé, emblématique de la gentrification « à la française », qui est aussi aujourd'hui, un des plus chers et des plus touristiques de Lyon »<sup>5</sup>. En effet, la procédure DSQ – par les dynamiques de promotion et de rénovation qu'elle impulse – n'est pas étrangère à la mutation du quartier en un quartier dit « bobo » qui attire alors une nouvelle population constituée de jeunes cadres dynamiques, qui forment aujourd'hui la nouvelle classe moyenne supérieure, qui ne semble pas réellement cohabiter avec une ancienne population plus précaire et attachée à son quartier.</p>
<p>Cette analyse nous amène à nous interroger sur l'essence même de la Politique de la Ville : peut-on rénover et promouvoir un quartier, sans en altérer profondément ses caractéristiques, chassant ainsi une population attachée à son espace pour y accueillir une nouvelle génération plus aisée dont les pratiques du quartier seront totalement différentes ?</p>
<p>1 BIDOU-ZACHARIASEN Catherine (dir.), <em>Retours en ville. Des processus de 'gentrification' urbaine aux politiques de revitalisation des centres, </em>Descartes et Cie, Paris, 2003, p.9.</p>
<p>2 ANDERSON Antoine, <em>Politiques de la ville. De la zone au territoire</em>, La Découverte et Syros, Paris, 1998, p.20.</p>
<p>3 Le document provient des Archives Municipales de Lyon, carton <strong>1559 WP 023. </strong></p>
<p>4 AUTHIER Jean Yves, « Les citadins et leur quartier. Enquêtes auprès d'habitants de quartiers anciens centraux en France », <em>L'Année sociologique</em>, 2008/1 Vol.58, p. 21-46.</p>
<p>5 COLLET Anaïs, <em>Rester bourgeois. Les quartiers populaires, nouveaux chantiers de la distinction</em>, La Découverte, Paris, 2015, p. 28.</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[&lt;strong&gt;L’essor urbain de Bordeaux dans les années 1780 vu par des voyageurs &lt;/strong&gt;]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/276</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/17830301-17870831">Mars, 1783 au Août, 1787</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/421">Place Royale, Bordeaux</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/385">Récit de voyage</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/233">Rénovation urbaine</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/720">Essor urbain</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/716">Commerce atlantique</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/718">Bordeaux</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/721">La Rochefoucauld</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/4">"Histoire urbaine contemporaine,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>En France, les échanges avec le Nouveau Monde, et en particulier avec l’Amérique du Nord, ont suscité une forte croissance des activités de la façade maritime occidentale, aussi bien dans les grands ports que dans leurs arrière-pays. L’essor urbain de Bordeaux attire la curiosité de marins et de voyageurs tels que le jeune noble François de la Rochefoucauld qui rédige, en 1783, à l’âge de 18 ans, un récit de voyage intitulé <em>Voyages de France,</em> qu’il destine à son père. Il y raconte son séjour dans la capitale guyennaise dont il décrit la croissance, l’architecture et le commerce. Toutefois, un récit de voyageurs comme celui-ci peut donner une vision biaisée de ce que pouvait représenter le volume du trafic portuaire et du commerce colonial pour le port de Bordeaux. L’économiste anglais Arthur Young fait aussi part de son admiration lors de son passage à Bordeaux en août 1787, décrivant le trafic portuaire et l’agitation qui règnent sur les quais. Si Bordeaux semble rayonner par son nouvel essor urbain et la richesse de sa population, c’est en grande partie grâce au commerce colonial florissant dirigé vers l’Amérique et aux réexportations européennes.</p>
<p>De 1700 à 1790, Bordeaux passa de 45 000 à 110 000 habitants, devenant ainsi la troisième ville du royaume. L’immigration alimenta l’accroissement naturel de sa population, la ville attirant en majorité des hommes jeunes provenant des régions voisines. Mais la vocation portuaire de la ville capta une population plus lointaine : anglo-saxonne, hanséatique, et antillaise. D’autre part, la ville s’embellit grâce à la politique de trois intendants et ce, malgré l’hostilité de l’échevinage, du parlement, et d’une partie de la population. Les « rues » dans lesquelles il y a « plus de monde que jamais » ainsi que la « Bourse remplie de boutiques les plus brillantes » sont les résultats de la nouvelle politique urbaine menée par un de ces intendants : Claude Boucher (de 1720 à 1743). Il procéda à de multiples remaniements urbains tels que le remodelage des lieux d’échange, l’ouverture de portes, l’élargissement des rues et des places, et la rénovation des quais. Il ouvrit la ville sur la Garonne et fit sauter le carcan médiéval et celui du <em>castrum</em> romain. Bordeaux lui doit une nouvelle façade sur le fleuve, consacrée par Joseph Vernet dans ses tableaux, et une grande Place Royale (actuelle Place de la Bourse) en l’honneur de Louis XV, édifiée par Jacques Gabriel et achevée par son fils en 1755. La construction de cette place de Bordeaux consacra l’attachement de la ville, traditionnellement rebelle, à la monarchie et au roi Louis XV dont une statue est érigée au centre de la place, tournée vers la Garonne, associant ainsi le roi au port (facteur de prospérité de la ville). Son plan original se démarqua de celui d’autres places royales en France : le quadrilatère traditionnel fut transformé en un espace polygonal, en terrasse, ouvrant une perspective théâtrale sur le fleuve, perspective qui s’inverse lorsque le voyageur arrive par bateau. L’intendant Boucher fut le véritable initiateur du « style bordelais » : les bâtiments en pierres blanches au style classique et aux arcades en plein cintre devinrent alors typiques de la ville. Le successeur de Claude Boucher, Louis Urbain Aubert de Tourny (intendant de 1743 à 1757) acheva donc la place Royale et perça de grands cours reliés par des places (Saint-Julien, Dauphine, Tourny). Il assécha les marais environnants pour favoriser et contrôler l’expansion urbaine et uniformisa les façades des bâtiments des quais, vitrine de la Bordeaux marchande.</p>
<p>Arthur Young admirait l’opulence de Bordeaux et la richesse des bourgeois bordelais : « le mode de vie des marchands d’ici est très somptueux ». Théâtres, clubs, hôtels particuliers et grands jardins sont ouverts, attirant une population bourgeoise et polyglotte. La ville devint aussi un refuge religieux : juifs et protestants bordelais étaient de riches armateurs profitant des réseaux atlantiques. « Les deux tiers de la généralité de Bordeaux étaient occupés au vin », denrée à forte valeur ajoutée qui fit la richesse de la région. La prospérité éclatante de Bordeaux au XVIII<sup>e</sup> siècle se fondait essentiellement sur la production viticole et surtout sur son négoce qui stimulaient l’activité portuaire, révélant ainsi la vocation maritime de la ville. De grandes fortunes s’édifiaient alors, dégageant des élites marchandes au train de vie luxueux dont Francisco Antonio de Miranda, en 1789, fournit un des témoignages critiques, que cite Louis Desgraves, sur ce mode de vie par le biais de son journal de voyage.</p>
<p>Cette métamorphose urbaine et sociale de Bordeaux est due à l’essor du commerce colonial et aux réexportations européennes. L’essor atlantique entraînait le développement des économies, des sociétés des arrière-pays reliés à ces ports, mais aussi de la France « profonde » éloignée de la mer. Les farines et vins d’Aquitaine devinrent des marchandises à forte valeur ajoutée suscitant un essor fulgurant du port de la Gironde. Entre 1720 et 1790 le volume du commerce colonial avec l’Amérique fut multiplié par huit alors qu’avec l’Europe il ne le fut que par 1,6 remarque Pascal Brioist. Le développement du commerce du café accompagné de l’entrée en exploitation de l’île de Saint-Domingue pour son sucre, son café et son indigo firent exploser la demande des pays du Nord de l’Europe conduisant, à partir de 1750, au boom commercial et urbain de Bordeaux. En effet, à partir des années 1780, près de la moitié des réexportations coloniales françaises vers le reste de l’Europe se faisaient depuis Bordeaux, soit quatre fois plus qu’à Nantes pour le sucre et quatre fois plus qu’à Rouen pour le café selon Pascal Brioist. Cette croissance reposait sur les échanges avec les marchés européens, en particulier ceux de l’Europe du Nord et de la ligue hanséatique (comme Hambourg, Amsterdam, et Stettin).</p>
<p>La connexion des ports de l’Europe du Nord avec Bordeaux était assurée par la présence d’une centaine de firmes de commissionnaires allemands dans le plus grand emporium européen de France. Ces commissionnaires assuraient la réexportation des denrées coloniales, en dépit des volontés mercantilistes du pouvoir de Colbert, qui voulait que ces réexpéditions à partir de ports français vers les autres ports européens soient faites par des vaisseaux français et non par des firmes étrangères afin d’empêcher la fuite de capitaux vers l’étranger. C’est une des raisons majeures qui firent échouer le mercantilisme colbertiste. A la Révolution française, l’essentiel de la dette de l’Etat français était dû à l’aide apportée aux <em>Insurgents</em> américains pendant leur guerre d’indépendance (1776-1783). En aidant les Treize colonies, la France avait espéré des retombées commerciales mais le fruit de leur aide n’arriva jamais, car l’Amérique indépendante préféra se tourner vers l’Angleterre qui intégra à leur commerce ces nouvelles relations avec facilité. Le seul commerce transatlantique qui demeura pour la France fut celui avec les Antilles et les volumes colossaux de sucre qu’elles produisaient. « Les caboteurs » que mentionne François de la Rochefoucauld désignent ces petits marchands qui se chargeaient de réexpédier et de revendre - évidemment à un meilleur prix qu’ils ne les avaient achetées - les marchandises coloniales arrivées à Bordeaux en longeant les côtes françaises, espagnoles ou portugaises.</p>
<p> </p>
<p>Vue par les voyageurs, la cité est « le luxe énorme en tout ». La ville est métamorphosée par les grands travaux de ses intendants, permis par l’explosion de son commerce au XVIIIe siècle.</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[&lt;strong&gt;Endiguer l’antimilitarisme à Lyon pendant la première guerre mondiale : perquisition au « Nid Rouge ».&lt;/strong&gt;]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/275</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/19170308">Mars 8, 1917</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/420">20 rue Molière, Lyon</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/715">Foire de Lyon</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/542">Préfecture</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/243">Première guerre mondiale</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/114">Surveillance</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/240">Tract</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/714">Pacifisme</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/705">Le Nid Rouge</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/706">Henri Bécicard</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/707">Jeanne Chenevard</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/708">Anarchisme</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/710">Police politique</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/711">Sûreté</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/712">Manifestation</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/713">Général Ebener</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/4">"Histoire urbaine contemporaine,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>« Vous, hier, exploités, dépossédés, méprisés, on vous a appelés frères et camarades quand il s'est agi de vous envoyer au massacre et à la mort. » [1] Lors de la conférence de Zimmerwald de 1915, le pacifisme semble donner de l’espoir aux socialistes antimilitaristes et s’éloigner des courants trop proches de « l’Union sacrée ». En 1916, les grandes batailles continuent avec Verdun et la bataille de la Somme. Les groupes libertaires socialistes et anarchistes s’organisent dans l’attente d’une paix immédiate, sans victoire. La révolution russe de février 1917 ravive les espérances d’une issue différente de celle qu’espèrent les partisans de l’union sacrée. Pour contrer la pensée et la propagation du pacifisme, le gouvernement militaire tente, en multipliant les gardes à vue et les perquisitions,  de mettre un terme à ce mouvement pacifiste. C’est dans ce contexte que, le 8 mars 1917, le chef de la sûreté, à la demande du gouverneur militaire, organise une perquisition 20, rue Molière à Lyon, siège d’un groupe d’antimilitaristes, «le Nid Rouge ».</p>
<p>Le « Nid Rouge » est un rassemblement de propagande qui utilise la chanson comme moyen privilégié. Fondé par Henri Bécirard et Jeanne Chenevard, entre le 26 aout et le 16 septembre 1916[2], il a pour but de regrouper des membres de plusieurs tendances politiques. La sureté les qualifie tous d’anarchistes mais Claire Auzias[3] précise que des socialistes y participent. Influencé par Sébastien Faure, le rédacteur du journal « Ce qu’il faut dire » (CQFD), Bécirard met en place cette société qui regroupe des membres de C.Q.F.D et des adhérents du C.R.R.I (Comité pour la Reprise des Relations Internationales). Leur motivation première est de militer contre la guerre face aux partisans de l’Union sacrée.</p>
<p>Le 24 février 1917, certains membres du « Nid Rouge » se réunissent pour mettre en place une manifestation pacifiste proposée par Henri Bécirard. Sur proposition de Théophile Leclair, un anarchiste, elle doit se tenir le 18 mars 1917, à un moment ou de nombreux visiteurs étrangers assistant à l’inauguration de la Foire de Lyon. Et il s’agit également de l’anniversaire de la Commune de 1871[4]. Le 4 mars 1917, le préfet du Rhône expose au Ministre de l’Intérieur ses inquiétudes dans un rapport concernant cette manifestation pacifiste[5]. Le cabinet de la sûreté du Ministre de l’Intérieur répond le 7 mars et demande au préfet de tout mettre en œuvre pour endiguer la manifestation[6]. Le lendemain, une demande émise par le général Ebener, gouverneur militaire de Lyon, prescrit la perquisition. Le service de la Sûreté de l’agglomération lyonnaise met en place l’intervention. Constant Adler, commissaire de police, chef de la sûreté, officier de police judiciaire et auxiliaire du procureur de la république est en charge de la perquisition. Il est à la sûreté à Lyon depuis janvier 1913[7]. Il est accusé par le député républicain socialiste Charles Bernard[8], de manquer d’intégrité et de protéger, avec son adjoint Xavier Fabiani, sa propre fournisseuse de cocaïne[9].</p>
<p>Le 8 mars à 21H30, l’équipe d’intervention d’Adler entre au 20 rue Molière afin d’y trouver des imprimés et tracts pacifistes ou anarchistes. Sur le rapport est décrit le local du « Nid Rouge » : « il comprenait une grande salle de réunions et concerts, avec deux petites pièces contiguës […] assises devant un décor grossier de spectacle »[10]. La perquisition se fait en présence des 17 individus du « nid rouge » lesquels chantaient « accompagnés d’un piano à queue ». Parmi ces individus se trouvent  Louis Marie Chenevard, artiste, sa compagne – la future madame Chenevard – Jeanne Viollet, confectionneuse, connue pour diriger l’ouvroir « l’égalitaire », première femme membre permanente à l’Union Départementale CGT du Rhône, co-fondatrice du Nid Rouge. Se trouvent aussi Chenet Marie Louise, confectionneuse ; Louis Poncet, employé de commerce ; Théophile Leclair, cuisinier et conseiller prud’homal ; Marchal René, épicier ; Lacote Marie Angèle, ménagère ; Palluy Claude, dactylographe ; Michel Henry, soldat ; Guelpaz Antoine Benoit, manœuvre ; Radix Louis, négociant en café ; Gardet Antoinette, ouvrière ; Froquet Clémence, polisseuse et quatre étrangers : Mane Jean, espagnol, tourneur ; Menos Diego, espagnol, typographe ; Bovone Eugène, italien, menuisier ; Maecler Fritz Emile, Suisse, ouvrier.</p>
<p>Suite à la réunion du 24 février, il était prévu que le "Nid Rouge" imprime et diffuse 10000 tracts. C’est en vue de trouver ces tracts que les policiers vont fouiller les locaux. Ils en dénichent quelques uns sur Marchal, Palluy et dans une armoire. Ils découvrent également une presse lithographique, des journaux de Sébastien Faure, un registre de comptabilité d’une réunion et des chansons. Jusque là, le butin était bien maigre pour les agents de la sûreté, mais arrive à 22 Heures un ouvrier espagnol,  Manoel Balcells ; il est porteur de 3000 tracts pacifistes pour la manifestation du 18 mars. Il sera placé en garde à vue et interrogé.</p>
<p>Cette perquisition n’est pas sans conséquence pour le « Nid Rouge », même si Adler le qualifie en fin de rapport «d‘importance très minime, avec des ressources paraissant fort modestes », le regroupement ressort affaibli de cette perquisition. Déstructurés, leurs membres cesseront la propagande et se cantonneront aux concerts jusqu’en 1923. Cela donnera aussi une leçon de discrétion au milieu libertaire les imprimés se faisant désormais légalement à l’imprimerie Traquet[11]. Par ailleurs, le 9 mars, le préfet envoie le rapport au ministère de l’Intérieur en précisant qu’aucun des individus ne serait poursuivi, outre le soldat Michel qui serait signalé au gouverneur militaire et demande à ce que les étrangers soient expulsés. Il précise : « la manifestation projetée par cette société paraissant définitivement enrayée. »[12] Le 30 mars, le Ministre de l’Intérieur ordonne l’expulsion des cinq étrangers. Nous ne connaissons pas l’étendue de la manifestation. La puissance de la censure a contribué à la faiblesse de cet événement qui a eu peu de retentissement et qui n’a pas troublé la très médiatisée Foire de Lyon.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>[1] Manifeste de la conférence de Zimmerwald, du 5 au 8 septembre 1915</p>
<p>[2] Lors d’une réunion du 26 aout 1916 Henri Becirard émet l’idée de la création d’un nouveau groupe ; nous ne connaissons pas la date précise, mais le 15 septembre, dans un rapport d’une réunion du comité général de l’union des syndicats, il est question de la promotion du « Nid Rouge ». ADR, 4M260 26 âout et 15 septembre 1916.</p>
<p>[3] AUZIAS Claire, <em>Mémoires libertaires, Lyon, 1919-1939,</em> Paris, L’Harmattan, 1993, 316 pages</p>
<p>[4] Sûrement espionnée, la réunion est détaillée dans un rapport du 24 février 1917, AD du Rhône 4M260</p>
<p>[5] AD du Rhône 4m260, 4 mars 1917</p>
<p>[6] AD du Rhône 4M260, 7 mars 1917</p>
<p>[7] Journal officiel de la République française. Lois et décrets. 1881. 1913/01/20 (A45, N19), p550</p>
<p>[8] PASCAL Jean, “Les pharmaciens députes, de 1848 à nos jours”, <em>Revue d'histoire de la pharmacie</em>, Année 1991, Volume 79, N° 288, pp. 47-67</p>
<p>[9] Journal officiel de la République française. Débats parlementaires. Chambre des députés. 1881-1940. 1916/07/07, p 1500</p>
<p>[10] AD du Rhône, 4M260.</p>
<p>[11] PINOL Jean-Luc, <em>Origines et débuts du communisme à Lyon: 1918-1923</em>, Mémoire, Texte imprimé, 1972, 732 pages</p>
<p>[12] AD du Rhône, 4M260, 9 mars 1917</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[Enjeux propogandistes de l'Université l'Aurore à Shanghai]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/273</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/19160101-19181231">1916 au 1918</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/416">Université l'Aurore, Shanghai</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/704">Jésuites</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/702">Propagande française</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/699">Education supérieure</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/680">Histoire de l'éducation</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/701">Université l'Aurore</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/413">Shanghai</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/4">"Histoire urbaine contemporaine,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>Ces correspondances entre le Quai d’Orsay et les diplomates couvrent une série d’affaires à propos de l’Université l’Aurore, de l’allocation annuelle à la reconnaissance du diplôme. Vu les qualités des correspondants et les sujets abordés, il est évident que le gouvernement français attache de l'importance à cet établissement phare de l’enseignement supérieur, inauguré en 1903, sous administration jésuite.</p>
<p>Pendant les cinquante premières années de l’existence de la concession française (1849-1943), l’œuvre éducative municipale connût un développement assez limité par rapport à d’autres œuvres urbaines. Elle compte moins que les écoles des missionnaires. L’éducation n’étant pas la priorité de la concession, la précarité de la scolarisation et le déséquilibre des ressources éducatives suscitent beaucoup de critiques et polémiques. Avant tout, Shanghai est considérée comme une ville de passage pour les étrangers. Cette œuvre commence à retenir l’attention de l’autorité française au fur et à mesure de l’expansion de la concession, notamment après son troisième élargissement, en 1914. Elle est désormais considérée comme une infrastructure importante pour faire rayonner la puissance française.</p>
<p>Au début du siècle, l’éducation supérieure s’inscrit dans la feuille de route du Conseil Municipal pour concurrencer <em>Nanyang College</em> et <em>Saint-John College</em> où l’anglais l’emporte sur le français. L’idée est déjà présente dans un projet inabouti, appelé « l’université sino-française à Shanghai », en 1901, qui précède celui de l’Aurore. Ce projet contient la création d'une école de belles-lettres, d'une école de médecine avec hôpital, et d'une école des arts et métiers, dont la construction aurait dû être financée par une loterie.</p>
<p>L’organisation de l’Aurore correspond en effet à ce projet. Elle comprend non seulement les unités d’enseignement comme la section supérieure de droit et de médecine, de sciences et cours préparatoire, mais aussi des installations affiliées comme un hôpital, un musée d’histoire naturelle et des institutions scientifiques. Après des débuts mouvementés, l’ensemble prend forme, en 1908, avec l’installation définitive à Lujiawan, un quartier peu peuplé annexé en 1914 à la concession française. L’école des arts et métiers, l’Institut Technologique Sino-Français qui existent entre 1921 et 1940, sont le fruit de la coopération entre la France et le gouvernement chinois. Ils prennent la place de la <em>Deutsche Medizinschule</em> abandonnée par la défaite allemande en 1918. Ces deux écoles constituent l’œuvre principale de l’éducation supérieure française à Shanghai.</p>
<p>Non touché par l’anticléricalisme de la métropole, l’autorité française à Shanghai s’entend bien avec le milieu catholique et tire parti des jésuites et des maristes, expérimentés dans l’éducation. L’Autorité française cherche à maintenir sa présence dans l’œuvre éducative missionnaire par le soutien financier et le protectorat religieux. Cette symbiose religio-politique est basée sur un intérêt commun et s’étend au domaine de l’éducation supérieure. L’autorité française considère l’Aurore comme « une œuvre française » qui, au-delà de la sphère missionnaire, est censée « maintenir un caractère pleinement français, à l’exclusion de tout caractère confessionnel » par la signature d’un accord avec les missionnaires. Il en résulte que les activités apostoliques dans le campus sont très limitées. Jusqu’en 1949, seulement 20% des élèves et étudiants sont catholiques, le nombre de baptêmes annuels ne s’élève qu’à une vingtaine.[1]</p>
<p>Les correspondances évoquent le soutien de l’Etat à l’Aurore sous deux aspects principaux :</p>
<p>1° La dimension financière. Le Ministre des Affaires Etrangères et la Municipalité accordent annuellement une allocation à partir de 1913 et se cumulent avec d’autres subventions d’Etat dont l’indemnité des Boxers – suite à l’insurrection des Boxers en 1901 - et des réductions d’impôt en vue de «<em> maintenir à l’Université projeté son caractère français, tant pour l’enseignement qui y sera donné que par le personnel qui y enseignera </em>». Le chiffre atteint 625,000 francs annuels en 1926, beaucoup plus que d’autres œuvres scolaires[2]<em>. </em>En 1925, le Père Joseph de la Servière reconnait l’importance de ce soutien :« <em>Les subsides du gouvernement français couvrent, en partie, les frais énormes occasionnés par les honoraires de nos professeurs laïcs, par nos constructions, nos laboratoires, nos bibliothèques. Disons plus : ils permettent à l’université, dans la crise financière actuelle, de ne pas suspendre ou ralentir sa marche.</em> »[3]</p>
<p>2° La dimension scolaire. Les Français s’efforcent d’intégrer l’Aurore au système éducatif français sur le plan régional et international. L’Aurore est censée être le pôle éducatif en Extrême-Orient comme l’Université d’Indochine. En procédant à la reconnaissance du diplôme et en soutenant un programme de bourses, le gouvernement français facilite l’interaction entre les écoles de métropole et celles de Shanghai. A partir de 1915, le diplôme du cours préparatoire de l’Aurore est équivalent au baccalauréat français, permettant aux élèves de poursuivre leurs études en France.</p>
<p>Toutes ces mesures sont incontestablement influencées par les politiques des puissances rivales. L’indemnité des Boxers est premièrement utilisée par les Américains en 1909 dans le domaine de l’éducation supérieure ; elle permet de construire des œuvres éducatives et alimente un système de bourses pour les élèves chinois. Aiguillonné par les facilités exceptionnelles accordées aux étudiants chinois par les Etats-Unis, par l’Angleterre et par le Japon, la France décide de reconnaitre le diplôme délivré par certains établissements chinois et de faire venir des étudiants chinois en métropole. Le Ministre des Affaires étrangères écrit dans la deuxième lettre : « <em>Afin de pouvoir lutter avantageusement avec ses rivales notre propagande scolaire en Extrême-Orient devrait pouvoir s’inspirer de méthodes analogues.</em> »</p>
<p>L’effort français de la formation de la future élite chinoise repose spécialement sur les domaines de l’industrie et du commerce où la France est devancée par des puissances concurrentes comme l’Allemagne ou le Japon. La menace de ces deux pays est évoquée à plusieurs reprises dans ces lettres. On y ressent notamment la peur française vis-à-vis de la faculté de médecine de Shanghai tenue par les Allemands, amplifiée par la première guerre mondiale. De telles craintes, économiques ou culturelles, l’inquiétude sur l’affaiblissement français émaillent les correspondances tout au long de l’existence de la concession ; elles expliquent aussi l’élargissement de l’œuvre française à Shanghai.</p>
<p> </p>
<p>[1] Archives jésuites, FCH323, Dehergne s.j., Note sur la brève histoire de l’Aurore (1903-1951)</p>
<p>[2] Centre d'Archives Diplomatiques de Nantes, 635po/a 120, 122</p>
<p>[3] extrait des ‘Relations de Chine’, ‘Une Université en Chine, l’Aurore de Shanghai’, p. 22</p>
<p> </p>
<p>Les deux documents présentés sont :</p>
<p>1) Lettre du consul suppléant de Shanghai au ministre de France [ambassadeur extraordinaire], M. Alexandre- Robert Conty, le 4 février 1916, au sujet de « l’université française à Shanghai »</p>
<p>2) Lettre du ministre des Affaires étrangères au Ministre de l’Instruction Publique et des Beaux-arts, le 21 janvier 1918, au sujet de « la facilité accordée aux étudiants d’Extrême-Orient pour poursuivre leurs études en France »</p>
<p>Ils se trouvent aux Archives Diplomatiques de Nantes sous la cote : 635/po/b72</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[La prostitution clandestine : échapper au contrôle sanitaire à Lyon durant la Grande Guerre]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/271</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/19171231">Décembre 31, 1917</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/260">Préfecture du Rhône, Lyon</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/243">Première guerre mondiale</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/188">Prostitution</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/112">Garnis</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/697">Débits de boissons</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/658">Réglementarisme</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/4">"Histoire urbaine contemporaine,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p> </p>
<p>La Première Guerre mondiale est un moment de recrudescence de la prostitution clandestine. La misère matérielle et la misère sexuelle des soldats favorisent un tel développement. Pour endiguer ce phénomène et restreindre la contamination vénérienne, la réglementation de la prostitution, propre à chaque ville, est renforcée. Dans ce contexte, l'arrêté préfectoral du 31 décembre 1917<sup>1</sup>, concernant l'agglomération lyonnaise, apparaît comme une synthèse des dispositions prises antérieurement par les différentes administrations compétentes. De telles mesures s'inscrivent dans une logique de contrôle sanitaire qui a pour soubassement une définition précise des prostituées et des lieux où elles se prostituent. Ces lieux deviennent alors un véritable point de fixation et la connaissance de leur situation géographique un instrument de pouvoir pour réprimer la « débauche ». Le titre V de cet arrêté a pour but d'interdire formellement l'existence de ces espaces marginaux considérés comme dangereux pour la santé publique, particulièrement, dans le contexte de guerre. Les autorités civiles et militaires poursuivent un double objectif : l'invisibilité de ces lieux aux yeux de la population et la transparence administrative pour exercer un contrôle total.</p>
<p>La prostitution n'étant pas considérée comme un délit aux yeux de la loi, certains lieux sont reconnus officiellement et autorisés par le préfet pour pratiquer cette activité. C'est le cas des maisons de tolérance et des maisons de rendez-vous dites de « deuxième catégorie » auxquelles l'arrêté du 31 décembre consacre plusieurs articles. Elles sont tolérées car elles sont soumises à un contrôle très strict. Toutes les pensionnaires sont inscrites sur les registres et subissent, de façon hebdomadaire, la visite sanitaire. A l'inverse, les garnis et débits de boissons sont des lieux de débauche clandestins qui, par définition, échappent au regard « panoptique »<sup>2</sup> de l'administration. Les descentes fréquentes des agents du service des mœurs dans un garni ou dans un débit ne suffisent pas à enrayer une prostitution clandestine qui est devenue, pour le docteur Reuss<sup>3</sup>, la forme de prostitution la plus fréquente à Lyon. Ces filles publiques constituent une population mouvante qui hante le centre de la ville et, notamment, les abords des gares et des casernes. Leur méthode est souvent celle du racolage pour ensuite emmener le client dans un garni.</p>
<p>Lieu fréquemment associé à la figure de la fille publique, le garni suscite crainte et soupçon. Anne Granier dans son mémoire « Vivre dans un garni à Lyon pendant l'entre-deux guerres » nous donne le nombre de 4480 garnis et maisons meublées en 1914. Ces chambres, louées meublées, sont déjà victimes d'une mauvaise réputation au XIXe siècle. Elle écrit : « Le premier soupçon qui porte sur les garnis mêle à la fois l'hygiène et la morale, dans la plus pure tradition des hygiénistes du XIXe siècle. » C'est pourquoi ces lieux sont soumis, en permanence, à la surveillance de la police des hôtels et garnis. Pour A. Faure et C. Levy-Vroelant, « le garni est un habitat « sous surveillance », un habitat discriminé et discriminant. » Celui qui loge en garni peut disparaître sans laisser de traces. Les femmes seules sont souvent mal vues quand elles ne sont pas simplement refusées. Alain Corbin estime que le tarif pour louer une de ces chambres est de deux ou trois francs. Les filles publiques y attirent leurs clients mais habitent souvent dans un autre hôtel. Les enquêtes de police menées durant la guerre témoignent de la réalité de ce phénomène. Ainsi, Marthe Bussman est recherchée en août 1914 après avoir habité différents garnis de la ville, avoir menti sur son identité et être partie sans payer de son dernier logement, un hôtel meublé tenu par le sieur Dumas, 167 avenue de Saxe. Elle est décrite comme une fille d'une conduite légère et de mauvaise moralité.<sup>4</sup> Cependant, les interdits ne concernent pas uniquement les filles publiques mais également les logeurs à qui il est spécifié dans l'article 45 qu'il est interdit «  à toutes personnes tenant hôtel, maison meublées, chambres garnies (…), de recevoir habituellement, dans un but de prostitution, des femmes de débauche ». Les logeurs sont, en effet, souvent complices des filles qu'ils hébergent quand ils ne sont pas leur souteneur. Ce sont eux, notamment, qui peuvent les avertir d'une descente de police. Les plaintes du voisinage sont nombreuses : une lettre anonyme, datée du 20 janvier 1915, dénonce, par exemple, l'existence d'une maison de prostitution clandestine au 3 rue de la Poulaillerie.<sup>5</sup> Ces garnis ne sont pas concentrés dans un seul quartier, d'où la difficulté pour exercer une surveillance constante. La rue Smith ou encore la rue Chaponnay et la rue de l'Epée sont des adresses connues, situées non loin des gares et des casernes.</p>
<p>Les cafés, brasseries, comptoirs ou restaurants compris sous le terme « débits de boissons » suscitent également la crainte des autorités car ils abritent souvent des activités clandestines. Ils sont réputés pour leur clientèle populaire faite principalement d'ouvriers et de soldats. Suite à l'arrêté du 4 août 1914, la fermeture des débits de boissons est rendue obligatoire à partir de 23 heures mais les enquêtes de police sont la preuve des nombreuses infractions. Ces lieux, détournés de leur but initial, sont souvent préférés aux maisons de tolérance. Les hommes peuvent s'y donner l'illusion d'un jeu de séduction avec des prostituées qui jouent les serveuses ou des serveuses qui se livrent occasionnellement à un commerce sexuel tarifé. Des plaintes du voisinage ont lieu tout au long de la guerre pour dénoncer cette prostitution clandestine. L'infraction à la loi du 1er octobre 1917, qui est reprise dans cet arrêté, peut mener à un « emprisonnement de six jours à six mois et à une amende de cinquante francs à cinq cents francs ». La surveillance exercée sur les débits de boissons n'est pas nouvelle. Dès 1883, à Lyon, les femmes travaillant dans un débit de boisson, sont obligées de posséder un certificat de bonne vie et mœurs. Cette obligation est renouvelée et renforcée par le ministère de l'Intérieur le 30 mai 1917. Le certificat doit être renouvelé tous les trois mois. L'existence de condamnations antérieures à l'arrêté de décembre 1917 montre que ce dernier vise à « réviser, compléter et coordonner la réglementation de la prostitution » déjà en place. Par exemple, le 22 novembre 1915, le café d'un dénommé Thomas, situé 61 rue Bonnel est fermé pour trois mois, considéré comme étant un « danger pour les militaires de la garnison ».</p>
<p>L'existence de ces lieux de débauche clandestins, et cela malgré le renforcement de la réglementation, est l'illustration d'un relatif échec du réglementarisme tel qu'il a été mis en place au XIXe siècle. Si la maison close connaît un certain âge d'or durant la Grande Guerre, celle-ci est un modèle en déclin. Le projet de clôture, d'invisibilité et de transparence voulu par les autorités civiles et militaires est mis à mal par l'existence d'une prostitution clandestine qui ne se laisse pas aisément surveiller et qui menace – dans l'esprit de l'administration – la santé publique.</p>
<p>1 Archives départementales du Rhône, série 5M245, n°136.</p>
<p>2 Expression proposée par M. Foucault dans le chapitre III de<em> Surveiller et punir</em>, Paris, Ed. Gallimard, 1975.</p>
<p>3 Reuss L., <em>La Prostitution au point de vue de l'hygiène et de l'administration en France et à l'étranger</em>, Paris, 1889.</p>
<p>4 Archives départementales du Rhône, série 4M162.</p>
<p>5 Archives départementales du Rhône, série 4M22.</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[La première proclamation de Caussidière et Sobrier, délégués au département de la police en février 1848]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/266</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/18480224">Février 24, 1848</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/417">Ancienne préfecture de police de Paris, Paris</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/287">Seconde République</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/288">Révolution de 1848</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/696">Proclamation</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/703">Préfecture de police</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/4">"Histoire urbaine contemporaine,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>Dépassé par les émeutes parisiennes, Louis-Philippe abdiqua le 24 février 1848. Aussitôt, « le contingent de journalistes et d'agitateurs inséparable de toute révolution »<sup>1</sup> se réunit dans les bureaux du journal <em>La Réforme</em> pour se partager les portefeuilles du nouveau gouvernement. Deux républicains avancés affiliés à la société secrète des <em>Nouvelles Saisons</em> héritèrent de la direction du département de police – nouvelle appellation, comme le souligne Jean Tulard, de la préfecture de police<sup>2</sup>. Quelques heures plus tard, les deux hommes pénétraient dans l'hôtel situé rue de Jérusalem et s’attellaient à la rédaction de leur première proclamation.</p>
<p>Il s'agit donc d'un acte exceptionnel pour plusieurs raisons : premièrement, c'est l'une des premières proclamations de la République (qui ne dit pas encore son nom). Deuxièmement, il a été rédigé et signé par deux républicains avancés, qui avaient connu les persécutions de la police de Juillet, et qui devaient, du jour au lendemain, occuper un poste d'ordre. Enfin, les rues de Paris se trouvaient encore couvertes de barricades, le commerce ne fonctionnait qu'au ralenti, la sécurité publique n'était plus assurée. Quelles furent les premières mesures décidées par les délégués au département de la police ?</p>
<p>Le texte peut être examiné en deux temps. Sous la nouvelle formule « Au nom du peuple souverain », les délégués Sobrier et Caussidière débutent leur proclamation par la présentation du gouvernement provisoire. La liste de ses membres est établie, avec simple mention des noms de ces grandes figures républicaines, sauf pour Albert, dont l'emploi est précisé : « ouvrier mécanicien » – d'une part, parce que ce militant des <em>Nouvelles Saisons</em> n'était pas une figure politique officielle, d'autre part parce que la présence au gouvernement était alors un acte symbolique de premier ordre. Ainsi que souligné par Garnier-Pagès<sup>3</sup> dans son <em>Histoire de la Révolution de 1848</em>, deux noms manquent : celui de Dupont de l'Eure, président du conseil (à titre honorifique, pour ce vétéran de la première Révolution française), et le sien – Garnier-Pagès en tiendra longtemps rigueur à Caussidière. Cette amorce permet à Caussidière et Sobrier de se situer par rapport aux nouvelles autorités, dont la légitimité est appuyée : « [le gouvernement] est composé, <em>de par la volonté du peuple</em>, des citoyens » etc. Il faut souligner ici un certain décalage entre l'idée et les faits. Le gouvernement provisoire s'est en réalité négocié dans les bureaux de <em>La Réforme</em>, dans un consensus entre les membres de ce journal et ceux du<em>National</em>, quelques heures avant la rédaction de cette proclamation. Les délégués à la préfecture enchaînent naturellement sur la présentation des fonctions de second ordre, celle d'Etienne Arago à la direction générale des postes et la leur à la préfecture. Leur travail est soumis d'une part à « la volonté du peuple », d'autre part au gouvernement provisoire, dont ils doivent exécuter les mesures.</p>
<p>A cette première partie consacrée à la présentation et à la légitimation des nouvelles institutions succède un ensemble de mesures ayant trait au rétablissement de l'ordre à Paris.</p>
<p>Un certain nombre de décisions répondent à la fois aux besoins nés de la révolution, et à la nécessité de marquer le retour de la République par des mesures « sociales ». La réquisition des boulangers, commandée par le gouvernement provisoire, a pour but d'assurer aux Parisiens l'accès au pain. Un arrêté du lendemain ordonnera aux marchands de bois de prêter main-forte aux boulangers. L'aide offerte aux familles des citoyens morts ou blessés entre le 22 et le 24 février obéit aux mêmes injonctions. Les archives de la préfecture de police conservent les traces de l'activité de Caussidière et ses subordonnés pour offrir aux familles le soutien de la Nation. De nombreuses lettres de citoyens demandant de l'aide pour leur survie, ainsi que des certificats témoignant du patriotisme de certains Parisiens pendant les journées révolutionnaires sont ainsi conservées à Pantin<sup>4</sup>.</p>
<p>La volonté de chercher un équilibre entre mesures d'ordre et mesures « révolutionnaires » apparaît dans les décisions concernant les prisonniers : la libération des détenus politiques est un acte de première importance pour les républicains, permettant à des militants de longue date et « martyrs » du mouvement, tel Armand Barbès, de retrouver la liberté. Les délégués insistent sur le fait que cette décision est prise conformément à la volonté du gouvernement provisoire. Surtout, elle est contrebalancée par la confirmation que seront « conservés dans les prisons (…) les détenus constitués en prison pour crimes ou délits contre les personnes ou les propriétés. » Moyen pour les autorités de prévenir les rumeurs d'anarchie.<sup>5</sup> Sobrier et Caussidière assument ainsi la continuité de la fonction préfectorale, et prouvent qu'ils prennent à leur charge le maintien de l'ordre à Paris.</p>
<p>Quelques lignes de cette proclamation, glissées parmi les mesures précédemment citées, méritent toute notre attention. Garnier-Pagès y découvrit « ce fantôme de trahison [qui] devait être fatal à la République »<sup>6</sup>. Les délégués appellent explicitement le peuple à « ne point quitter ses armes, ses positions, ni son attitude révolutionnaire » – formule inédite sous la plume d'un préfet de police. La justification avancée par Caussidière et Sobrier (le peuple « a été trop souvent trompé par la trahison ») ne peut être comprise sans faire référence au rendez-vous manqué de 1830, qui vit un monarque succéder à un autre monarque, au désespoir des républicains. Comme le rappelle Maurice Agulhon, « on gardait trop, à Paris, le souvenir d'une autre victoire populaire, celle de Juillet 1830, où, à l'Hôtel de Ville, pour n'avoir pas imposé la République, on avait vu surgir un nouveau roi »<sup>7</sup>. La République n'est pas proclamée à cette heure, la régence a tout juste été repoussée ; le surprenant appel des délégués vise à maintenir la pression populaire sur le gouvernement provisoire et assurer celui-ci de la détermination du peuple.</p>
<p>La stratégie de Caussidière, républicain social face à un gouvernement modéré, apparaît clairement dès ce premier acte : il s'agit d'une part de rassurer le gouvernement provisoire et les propriétaires en se montrant disposé à occuper un poste de police. Du retour de l'ordre à Paris dépendent l'image et l'avenir du nouveau gouvernement. Les circonstances appellent un certain nombre de décisions exceptionnelles pour le bon fonctionnement de la cité : les boulangers sont ainsi mobilisés, et une aide d'urgence est mise en place. D'autre part, ce premier acte envoie clairement un signal au peuple et réaffirme l'engagement militant de Sobrier et de Caussidière. Selon les mots que lui prête de la Hodde, Caussidière désirait « faire de la préfecture la place forte de la révolution »<sup>8</sup>. Son premier soucis fut de s'assurer du soutien populaire, pour renforcer son poids face au gouvernement et se rendre indispensable.</p>
<p>Derrière cet acte d'urgence traitant de la sécurité des Parisiens et des conséquences des émeutes sur la ville et ses habitants se dissimulent donc des enjeux très politiques.</p>
<p><br /> <br /></p>
<p>1 Furet, 640.</p>
<p>2 Tulard, 136. Caussidière serait officiellement nommé préfet de police, et non plus délégué provisoire, le 17 mars.</p>
<p>3 Garnier-Pagès, 25.</p>
<p>4 Archives de la Préfecture de Police de Paris, AA427.</p>
<p>5 La proclamation du 27 janvier confirmera cette peur : « Des bruits alarmantes (…) annonçant le projet formé d'attaques contre les propriétés et de dévastations, éveillaient la crainte de ceux qui se croient menacés ».</p>
<p>6 Garnier-Pagès, III, 26.</p>
<p>7 Agulhon, 43.</p>
<p>8 Hodde, 106.</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[Contester la voiture pendant les &quot;Trente Glorieuses&quot;]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/250</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/19660101-19661231">1966</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/360">78 rue de l'Université, Paris</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/659">Droits du piéton</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/657">Voiture</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/660">Environnement</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/656">Contestation</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/655">Trente Glorieuses</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/384">Histoire urbaine</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/141">Transports</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/661">Histoire environnementale</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/4">"Histoire urbaine contemporaine,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>L’expression « Trente Glorieuses » que l’on doit à Jean Fourastié, désigne en France les années s’écoulant entre 1945 et 1973. Celles-ci sont généralement et quasi unanimement reconnues comme une période de prospérité et de développement sociétal. Elles correspondent de façon générale à l’installation progressive, après la seconde guerre mondiale, des modèles de production et de consommation de masse. Mais ces années sont aussi celles de la promotion de l’idée de progrès, particulièrement par le biais de la maîtrise d’une technique moderne et d’une approche scientifique de questions humaines. C’est le temps des experts et des spécialistes et, à cet égard, c’est aussi celui de la création de l’aménagement planifié à l’échelle nationale. On considère généralement que cette « idéologie progressiste » correspondait alors au point de vue global des citoyens. Pourtant cette période n'est pas dépourvue de contestations et de voix discordantes face au "progrès". La vision nouvelle de l’aménagement des transports des années 1950 à 1970 met par exemple au centre de son dispositif la voiture, qui gagne progressivement l’ensemble des couches de la société. De ce fait la question de sa présence dans l’espace devient cruciale particulièrement dans les villes où la voiture pose problème : les agglomérations françaises,  ne semblent pas structurées pour accueillir les nombreux automobilistes de l'après-guerre. Inévitablement, la ville devient un espace de conflit entre différents usages et la voiture un objet de mécontentement.</p>
<p>Une association, Les Droits du Piéton, d’origine parisienne est créée en 1959.  Elle gagne rapidement en importance et prend la forme d’un réseau national de sections, installées dans chaque grande ville, département ou région. Le document présenté est ainsi une reproduction du septième numéro de son organe d’information et de revendication, non daté explicitement mais proche de ou postérieur à 1966, date la plus ancienne mentionnée dans un article[1]. Cette revue permet d’observer, plus qu’une opposition à des mesures ponctuelles qui sont la marque du phénomène NIMBY (Not In My BackYard), une remise en question plus profonde de la philosophie de l’aménagement telle qu’elle semble alors être promue en France. Le propos n’y est en effet pas restrictif en termes géographiques et les protestations ne se contentent pas de plaintes mais se veulent constructives. Ici, c'est la voiture qui est prise pour cible, et les membres de cette association notent son entrée fracassante et massive dans les villes françaises, bousculant la vie des citoyens. Car le cœur du problème est bien la relation d’opposition entre une philosophie du progrès qui mettrait en avant la voiture et d’autres usagers de l’espace urbain, plus vulnérables mais considérés comme dans leur bon droit lorsqu’ils arpentent la ville, les piétons. Tous les griefs faits à la voiture sont présentés en introduction : saturation de l’espace urbain, circulation aberrante, mise en danger de la santé et détérioration directe du patrimoine architectural ou impossibilité de pouvoir en profiter… Les victimes de ce que la rhétorique de l’article présente comme un anti-progrès, sont désignées : les faibles, mères de famille, enfants et infirmes. L’attaque prend alors une dimension morale contre une forme d’aménagement qui semble dénaturer la société. En observant le dernier article, une apologie de Manhattan, ville qui saurait combiner présence des voitures et des hommes, on pourrait même penser que cette critique morale est le cœur du propos. Cependant la contestation est aussi structurée et s'appuie sur des spécialistes, une telle démarche soulignant l’esprit d'un temps de règne de l'"expert". Au début de l’article introductif, il est d’ailleurs affirmé que la plupart des adhérents sont des médecins, des professeurs, des journalistes, des ingénieurs… Outre l’aspect moral, la critique se fonde donc sur le sérieux et la pertinence de la contestation avec les expertises de certains membres mentionnés en troisième page, les professeurs Fontan et Brière de l’Isle (dont les noms sont en caractères majuscules).</p>
<p>C'est donc plutôt une manifestation d'émergence d'écologie politique que semble donner à voir ce document. L’opposition ici est profonde et conceptuelle, voir le jeu sur le terme « Progrès » en grands caractères dès la première page. Mais il ne semble pas que soient simplement opposées ici deux définitions du progrès mais plutôt deux visions  de l’environnement humain, particulièrement dans les villes. Le sujet du litige n’est pas la voiture mais sa place dans la ville et les choix politiques pris pour l’administrer. Car, comme on le voit ici, cette protestation est  fortement rattachée au politique : le second plus long article est bien une lettre du président de l’association adressé à Georges Pompidou, alors Premier Ministre de Charles de Gaulle, qui fait état des plaintes des adhérents des Droits du Piéton contre la politique d’aménagement dans le cadre des transports et de la voiture. Au-delà de l’appel fait à l’autorité politique pour qu'elle change ses opinions ou prenne d’autres expertises en considération, cette lettre porte également un projet politique. L’association, par son président, appelle en effet à la création d’une commission chargée de réfléchir à la question de la place de la voiture dans les villes. Celle-ci se veut basée sur la présence d’experts de la question mais aussi sur panachage d’opinions puisqu’il y est suggéré d'intégrer des membres d’Automobiles clubs, a priori plus favorables à la voiture en ville. Des solutions politiques qui se veulent véritables et réfléchies sont aussi mises en avant dans l’article intitulé « Ce que nous voulons ». Il ne s’agit pas simplement d’appeler à l’action institutionnelle mais bien de proposer, sous la forme d’études de la part de professeurs de droit, des mesures concrètes en termes législatifs. L'association s’appuie également sur l’arsenal juridique de la République et on en rappelle le respect nécessaire. Par ailleurs c’est dans un rapport plus militant et local à la politique que s’illustre cette revue, une partie intitulée « Parmi quelques communiqués » en page trois, est consacrée au traitement de cas locaux qui peuvent servir d’illustrations aux arguments de l’association. En cela, on peut donc parler d’une forme d’écologie politique qui diffère de celle, plus reconnue et de plus en plus visible à la même période, des militants naturalistes. Ecologiste en ce qu’elle emploie des arguments en faveur d’une administration raisonnée de l’espace physique (quand à la place que prennent les voitures) mais aussi en faveur de la reconnaissance de la détérioration de l’environnement atmosphérique dans les villes par la voiture et du danger pour la santé des habitants. Enfin la dénonciation des menaces qui pèsent sur le plaisir à pouvoir apprécier la ville et son patrimoine architectural ou sur la flânerie, rappellent les réactions des naturalistes dans leurs défenses des forêts et du droit aux balades dans une nature intacte.</p>
<p>Ce tract permet donc de poser un nouveau regard sur les contestations qui, dans la France des « Trente Glorieuses », manifestent l'émergence d'une sensibilité politique écologiste autre que naturaliste. On peut par son biais affirmer que l'idéologie progressiste des aménageurs planificateurs faute proche de l'Ecole de la Charte d'Athènes n'a attendu ni le XXIe siècle ni Mai 1968 pour avoir des opposants, nombreux qui plus est</p>
<p>[1]. Le document provient des Archives Municipales de Lyon, carton 1070 WP 13.</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[La création de la bibliothèque des officiers de Lyon en 1874 : la revanche par la lecture]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/172</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/18740201-18740228">Février 1, 1874 au Février 28, 1874</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/240">46 rue de la Charité, Lyon</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/111">Lyon</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/503">Armée</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/524">Bibliothèques</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/525">Culture écrite</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/526">Bibliothèques militaires</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/527">Officiers</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/528">Lecture</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/4">"Histoire urbaine contemporaine,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>En 1874, la ville de Lyon comptait déjà plusieurs dizaines d’institutions de lecture publique, dont l’emprise sur la population ne cessait de croître; pourtant, si l'on en croit une lettre -non signée, mais provenant probablement des officiers de garnison de Lyon- adressée aux "messieurs du conseil municipal" pour les inciter à soutenir financièrement la bibliothèque de garnison en cours de création, cette institution nouvelle est d'une absolue nécessité, étant la seule à même de « développer l'intelligence et [d’]élever le cœur », de « faire comprendre la vérité et la grandeur du régime républicain ». Cette création est en effet le fruit immédiat d’une période qui a mis l’armée au centre de toutes les attentions : la défaite de 1871 était encore fraîche dans les esprits lorsqu’en 1873 Mac-Mahon, accédant à la présidence, instaura ce que l’on ne tardera à appeler  l’Ordre Moral[1], dans l’établissement duquel l’armée devait jouer le premier rôle. L’armée –et tout spécialement les officiers- étant tenus pour responsables de l’échec, ils furent au centre du vaste projet de réorganisation militaire que l’Assemblée nationale vota en 1872 sous l’impulsion de Thiers, projet qui –entre autres mesures- suggérait la création de bibliothèques spécifiques, tout en laissant une large part de responsabilité aux municipalités.<br /> Le sol lyonnais était alors particulièrement favorable pour cette installation : une importante présence militaire, notamment avec le camp de Sathonay fort de 8000 hommes, se conjuguait à un dynamisme culturel certain dans une période d’essor massif de l’instruction publique.<br /> <br /></p>
<p><strong>Apprendre la revanche </strong></p>
<p>L’idée de créer des bibliothèques militaires n’est pas tout à fait neuve –elle est évoquée dans les cercles officiels depuis 1860- et c’est un projet comme il en existait de nombreux pour les écoles ou les quartiers populaires[2], commun dans ses formes comme dans ses buts, qui fut transfiguré par l’imminence de la revanche. Celle-ci causa d’abord une urgence nouvelle : si dans les années 1860, où le réseau de lecture publique commençait à peine à s’organiser, une création nouvelle aurait été -selon les mots même des bibliothécaires en place- une « coûteuse redondance », « rendre [les officiers] supérieurs par la connaissance » est en 1874 devenu un but justifiant tous les sacrifices. Elle fut également cause d’un changement dans la destination des savoirs dispensés : alors que le projet initial privilégiait des ouvrages à la portée technique immédiate, la réalisation finale s’approchait de la bibliothèque idéale telle qu’elle était alors conçue. Elle se composait « non seulement d’ouvrages spéciaux sur l’art militaire, mais encore de livres sur l’histoire ancienne et moderne, de littérature de tous pays, de mémoires, de philosophie (…) », et les seuls ouvrages écartés l’étaient pour « raisons morales ».  Il ne s’agissait donc pas d’apprendre les matières strictement militaires nécessaires à des stratégies nouvelles, mais de « régénérer son esprit en le retrempant dans les sources vives et fécondes de l’instruction », et l’histoire de cette création nous renseigne donc, plus largement, sur les attentes placées en la lecture publique alors chargée d’un rôle de salut quasi-universel, devant aussi bien éduquer le peuple qu’apprendre la revanche.</p>
<p><br /> <strong>Les officiers contre le peuple<br /></strong><br /> « Avides d’apprendre », « prompts à saisir les bons enseignements » : si le portrait réservé aux officiers est flatteur; la rhétorique de l’éloge masque les catégories sociales desquelles cette attention et ces crédits –extrêmement rares, en ces temps où les ministères liés à l’instruction au sens large se dispersent dans de nombreux projets- sont détournés. Les sommes mentionnées sont en effet exceptionnellement hautes ; à titre de comparaison, il fut refusé en 1873 aux bibliothèques populaires un budget de fonctionnement près de quatre fois inférieur, alors même que leur public de destination est incomparablement plus vaste. Il s’agit donc bien d’un transfert, de moyens et d’ouvrages[3], du peuple vers les officiers, d’autant plus facile que la tendance à l’élitisme et au resserrement social du public est encore bien ancrée au conseil municipal, prompt à réassigner aux classes laborieuses des habitudes d’indolence et de désintérêt qui ont en réalité été constatées d’abord chez les officiers. L’on peut citer à cet égard une lettre de Monfalcon, bibliothécaire en chef de la ville de Lyon, qui avertissait déjà en 1861 qu’« au reste le point difficile ce n’est pas de créer (…) des bibliothèques militaires, c’est d’inspirer aux sous-officiers et officiers la pensée et la volonté d’y avoir recours. »[4]. De même, les « simples » soldats furent exclus de cette initiative, et l’éventualité d’une institution qui leur serrait explicitement dédiée fut à peine évoquée. Sur ce point encore, la bibliothèque des officiers fut symptomatique d’un certain état de la lecture publique : les établissements destinés aux soldats- dont il existait des ébauches officieuses- étaient implantés directement dans les casernes, c’est-à-dire hors la ville, alors que l’extrême centre était encore le lieu presque exclusif des réalisations culturelles municipales.<br /><br /></p>
<p><strong> Une stratégie d’implantation urbaine élitiste<br /></strong></p>
<p>Les officiers et l’administration s’accordèrent pour écarter l’idée d’une installation dans les casernes, trop éloignées du centre, trop peu prestigieuses. En outre, les premiers souhaitaient un lieu « « hors de l’enceinte militaire, (…) où ils sont autorisés à fumer, à boire et à porter l’habit civil » (Boishult, 2009, p.29). Ni les uns ni les autres ne songèrent à s’écarter de la presqu’île, centre historique des institutions culturelles, alors que de leur aveu même il s’agit d’un quartier « où la population est très dense, où les locations sont d’un prix très élevé (…)» : le lieu doit en effet représenter directement les ambitions culturelles de l’institution. Celui choisi, le 46 rue de la Charité – aujourd’hui classé sous la dénomination « Hôtel de Sarron »- est central, à deux rues de la Grande bibliothèque, bien éclairé et élégant, mais aussi cher, délabré et peu pratique pour la nécessaire manutention des ouvrages. Ce choix, caractéristique des bibliothèques de l’époque, équivaut à une déclaration d’intention : la proximité avec les lieux de la légitimité plutôt qu’avec les lecteurs, les crédits dépensés en réfections avant même l’achat du fond de référence, tout laisse à penser que c’est la bibliothèque en elle-même, plus que ses usages ou ses usagers, qui doit restaurer le prestige de l’armée.</p>
<p> </p>
<p>[1] « Avec l’aide de Dieu, le dévouement de notre armée (…) et l’appui de tous les honnêtes gens, nous continuerons l’œuvre (…) du rétablissement de l’ordre moral de notre pays » Discours du 25 Mai 1873 à la chambre.</p>
<p>[2] Les premières bibliothèques scolaires apparaissent en 1862, et les bibliothèques populaires d’arrondissement sont alors en cours de création.</p>
<p>[3] Il est d’usage courant de doter les bibliothèques directement en livres plutôt qu’en argent, particulièrement pour les plus populaires d’entre elles. Or, la correspondance de la ville fait apparaître des redirections d’ouvrages : « En d’autres temps peut-être (…) la commission eut émis un avis contraire- et vous eut proposé de céder cet ouvrage à l’une de nos Bibliothèques populaires» (ADR 4T101, Juill. 1874)</p>
<p>[4] Lettre du 28 février, ADR 4T101</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[Les derniers jours de la classe ouvrière Carmausine.]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/171</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/19910712">July 12, 1991</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/239">Houillères du Bassin du Centre-Midi, Carmaux</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/11">Mouvement ouvrier</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/521">Bruno Mazure</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/176">Grève</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/514">Classe ouvrière</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/517">Mine</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/515">Houillères</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/516">Désindustrialisation</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/518">Jean Jaurès</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/520">Antenne 2</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/148">PCF</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/522">Carmaux</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/523">Tarn</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/4">"Histoire urbaine contemporaine,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>« <em>Je voudrais vous faire comprendre que (…) produire, produire encore produire, faire du charbon c’est aujourd’hui la forme la plus élevée de votre devoir de classe, de votre devoir de Français</em> », affirmait en 1946 Maurice Thorez, alors secrétaire général du PCF, aux mineurs de Waziers, dans le Nord. Après une série de grèves insurrectionnelles alors jugées exemplaires pendant l’Occupation, le mineur devient une figure centrale dans le récit du mythe résitancialiste forgé par Charles de Gaulle. Avec la loi de nationalisation des Houillères du 17 mai 1946, le gouvernement Félix Gouin fait du mineur le « premier ouvrier de France » dans l’effort de reconstruction et de redressement industriel du pays.</p>
<p>La lutte et la production sont donc les deux piliers de la mémoire collective des mineurs ayant depuis le XIXe siècle développé une haute conscience de classe. Carmaux est un bassin minier rendu célèbre par une historiographie étudiant la sociabilité politique des « gueules noires ». La thèse de Rolande Trempé a mis en lumière les relations passionnelles entre les mineurs et un certain Jean Jaurès, député de Carmaux de 1893 à 1898 puis de 1902 à 1914. Son soutien à la réintégration du maire socialiste Jean-Baptiste Calvignac à la mine, où il fut licencié au nom de son mandat, le rendit célèbre auprès des travailleurs carmausins. Son combat contre le notable local et propriétaire de l’exploitation minière, le marquis de Solages, en a rapidement fait une figure tutélaire pour les mineurs. Carmaux fut donc le tremplin politique nécessaire à Jaurès, et, réciproquement, la ville fut imprégnée de sa marque socialiste.</p>
<p>Berceau du socialisme municipal sans interruption depuis plus d’un siècle, laboratoire de l’Etat Providence, étape incontournable dans l’étude du mouvement social français, la teneur symbolique de Carmaux contraste avec l’improductivité de ses houillères. C’est dans un contexte de crise majeure de l’exploitation que le journal télévisé d’Antenne 2 du 12 juillet 1991 réalise un reportage sur les manifestations contre un plan social prévoyant la suppression de 370 postes. Le documentaire suit une structure chronologique exposant les différentes séquences de la récession. L’immédiateté de l’actualité a certainement disposé les journalistes à mettre en perspective la fermeture des mines dans un temps court.</p>
<p>La période précédant 1981 est brièvement évoquée par la figure de Jaurès qui aurait « exhorté les mineurs au courage et au combat pour la dignité ». En réalité, le recul de l’exploitation carmausine est bien plus ancien. Le Plan Jeanneney de 1961 visant à « fermer le plus vite socialement possible les exploitations les puits des mines non rentables » cible les régions minières excentrée et fragiles. Les effectifs carmausins amorcent donc une diminution dès 1962. D’autant plus qu’à la même date, les mineurs voient leur frère aveyronnais, Decazeville, arrêter toute production charbonnière, dans une lutte musclée qui servira de leçon aux Carmausins.</p>
<p>La temporalité du reportage suit une cohérence politique. On peut en effet voir en premier lieu François Mitterrand, dix ans plus tôt, inaugurant la campagne présidentielle de 1981 à Carmaux, dans un discours où il reconnait « le droit de vivre » des mineurs. Le reportage fait ainsi allusion à la trente-huitième proposition du candidat sur la relance charbonnière.</p>
<p>Une ellipse temporelle conduit le journaliste à évoquer la fermeture du fond, en 1986, et le projet de mine en découverte, censé reconvertir l’ensemble du personnel dans le plus grand chantier d’Europe après celui d’Eurotunnel. Le charbon étant définitivement abandonné de la politique énergétique européenne et le déblaiement devant durer plusieurs années, l’affaire s’est avérée rapidement extrêmement coûteuse. Les différents plans alternent sur les gigantesques machines de déblaiement et l’ampleur du chantier, et renforce l’ « impression de gâchis », exprimé par une personnalité locale traditionnelle, Jean Coutouly, ancien maire PCF de la commune de Blayes-les-Mines, limitrophe à Carmaux.</p>
<p>Le premier plan social de 1983, absent du documentaire, constitue un tournant de la fureur et un affrontement fratricide entre le maire socialiste, Jacques Goulesque et le ministre de l’Industrie, Dominique Strauss-Kahn. Les mineurs avaient remporté le bras de fer, mais il s’agissait d’une « victoire à la Pyrrhus », que le plan social de juin 1991 a démentie. L’échec de la mine en découverte coûtera deux milliards de francs aux collectivités territoriales et à l’Etat. La paix sociale est onéreuse.</p>
<p>La mise en scène du journal télévisé est saturée de symboles qui convergent vers l’assimilation de Carmaux à un territoire « sinistré ». L’expression du présentateur, Bruno Mazure, est grave, soulignant le recours au registre pathétique dans le traitement des sujets liés à la crise de l’emploi. Dès les premières secondes, une image illustrant le thème du reportage s’affiche. Le téléspectateur découvre la tête d’un mineur de fond, grimée de noir, portant un casque d’about. Cette première image s’appuie sur une représentation traditionnelle du mineur, afin de mieux marquer la distinction avec la tertiarisation du métier et son déclin.</p>
<p>Cette stratégie visuelle se résume au qualificatif que prend le temps de souligner Bruno Mazure. Le « spectaculaire », s’impose en effet dans le format réservé à l’enquête, quatre minutes sur un journal d’une heure. Une longue partie de la vidéo est consacrée aux deux jours d’émeutes du 6 au 8 juillet, qui ont abouti au blocage d’Albi par les gigantesques camions utilisés par les travailleurs de la Découverte. Contrairement au traitement médiatique de la guérilla urbaine des sidérurgistes de Longwy en mai 1979, l’action des mineurs est clairement présentée comme une lutte typique d’un « sursaut devant la mort »[1]. Le bilan statistique établi dans l’enquête s’appuie sur les seuls effectifs entre 1987 et 1991, à savoir un effondrement de 70%, si l’on recoupe les données exposées. La question du devenir économique de la région est soulevée par une série de plans montrant des vitrines de magasins fermés. Le choix des interrogés est également révélateur de l’impact souhaité sur le téléspectateur. Bernard Fraysse est représentant du syndicat Force Ouvrière, le plus modéré, d’une génération militante plus jeune. José Sanchez, responsable CGT et fortement radicalisé, impliqué dans les affrontements, n’est pas interrogé. Le document sonne donc le glas d’une conception de l’insubordination ouvrière, au profit d’une lutte de la dernière chance, teintée de passéisme.</p>
<p>Au lendemain de la défaite des mineurs de Carmaux, ce qu’il faut désormais nommer l’ancien bassin industriel va apporter son lot de chômage, et sa contribution à la « fracture sociale », <em>leitmotiv </em>de Jacques Chirac lors de la présidentielle de 1995. Moment électoral clé où le Front National double le Parti Communiste à Carmaux. La grève de 1991 traduit non seulement l’agonie d’une industrie traditionnelle, moteur de la formation de la classe ouvrière, mais elle atteste en outre d’un passage définitif d’une centralité du travail à une centralité de l’emploi. Cette dernière est étayée par une « conscience de crise »[2] à laquelle se sont résolus les différents acteurs du mouvement social, et dont l’empreinte dans la couverture médiatique des événements ne fait aucun doute.</p>
<p> </p>
<p>[1] Xavier Vigna, <em>Histoire des ouvriers en France au XXe siècle</em>, Paris, Perrin, 2012, p. 288.</p>
<p>[2] Robert Franck, « Les années grises de la fin de siècle », <em>in Vingtième Siècle</em>, n°84, 2004, pp. 75-82.</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[Se rallier au roi, avril 1814 - L'exemple de la cour d'appel de Lyon.]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/131</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/18140412">Avril 12, 1814</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/199">Cour d'appel, Lyon</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/485">Rambaud (baron)</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/484">Justice</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/341">Royalisme</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/111">Lyon</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/4">"Histoire urbaine contemporaine,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>A la fin du mois de mars 1814, la situation de Napoléon semblait désespérée, tant sur le plan politique que militaire. De fait, après deux jours de combat, Paris capitula le 31 mars et dès le 3 avril, le Sénat Conservateur, habilement manoeuvré en sous-main par Talleyrand-Périgord, décidait, à une écrasante majorité, la déchéance de Napoléon. Au même moment, les maréchaux Berthier, Ney et Lefèbvre, pressaient quant à eux l’Empereur, réfugié au château de Fontainebleau, d’abdiquer en faveur de son fils, le « roi de Rome ». A dater du 8, le conseil municipal lyonnais reconnut Louis XVIII comme « roi de France et de Navarre », et ce, avant même Paris. Quatre jours plus tard, ce fut cette fois au tour de la cour d’appel d’être réunie en corps constitué, afin d’arrêter la conduite à tenir face à la « déchéance de Napoléon Bonaparte », événement ayant pour corollaire de dénouer l’ensemble des fonctionnaires du serment de fidélité prêté à l’Empereur en 1804. Ainsi, c’est dans ce cadre institutionnel que s’inscrit la harangue du procureur-général Pierre-Thomas Rambaud, baron de la Sablière, prononcée devant ses pairs le 12 avril 1814.</p>
<p>Nul doute que la cour d’appel fut réunie à l’instigation de Vouty de la Tour, manifestement soucieux que le silence de cette dernière ne puisse être assimilé par le pouvoir central à de l’indifférence. Il convenait donc de la convoquer afin qu’elle proclamât – publiquement – sa satisfaction à l’annonce de la déchéance de l’Empereur. En revanche, c’est Rambaud, connu de longue date à Lyon pour ses qualités rhétoriques, qui prit la parole et rappela, en préambule, les circonstances, annonciatrices des bouleversements à venir, présidant à cette réunion : « Un acte solennel du Sénat a prononcé que Napoléon Bonaparte avait encouru la déchéance du titre d’Empereur des Français et a pour toujours exclu sa famille ». L’orateur témoignait là de sa remarquable capacité d’adaptation aux événements, lui qui, moins de trois mois auparavant,  avait dans une envolée enflammée, renouvelé « de son plein gré » son adhésion « irréfragable » à Napoléon et à son régime. Aussi radicale qu’elle puisse paraître, cette posture n’était pourtant guère surprenante, d’autant que « mars-avril 1814 constitu[ait] bien un tournant dans la fonction politique et dans l’histoire de l’auto-persuasion des fonctionnaires à pouvoir servir indifféremment des régimes par nature opposés »[1].</p>
<p>Le magistrat se livra ensuite à un éloge appuyé des puissances alliées, où il usa, voire abusa, du champ lexical de la générosité, censé porter aux nues la reconnaissance des Français à leurs vainqueurs : « Les hautes puissances alliées donnent au monde un exemple de grandeur d’âme auquel rien ne nous préparait dans les annales de l’histoire. Elles n’ont occupé la France que pour lui procurer la paix que tous nos vœux ont si longtemps vainement appelée ». L’expression de cette gratitude à l’égard des alliés semble cependant une spécificité lyonnaise, ville qui n’eut à subir ni exactions, ni pillages de grande ampleur. Sans être trop déterministe, on peut également postuler que ces propos de Rambaud reflétaient alors, plus largement, les principes idéologiques d’une grande majorité des élites lyonnaises. L’ex-procureur impérial poursuivit par une nette dichotomie entre, d’un côté, les « hautes puissances alliées » – matérialisées à Lyon par les troupes d’occupation autrichiennes –, garantes de tranquillité à l’échelle nationale mais également européenne, de l’autre, Napoléon, désormais déchu et seul obstacle à l’harmonie européenne. De fait, les paroles de Rambaud induisaient l’idée selon laquelle Napoléon, par ses guerres incessantes, avait contribué à la ruine économique de la ville tandis que la Restauration à venir promettait, quant à elle, la disparition du blocus maritime, la reprise des relations commerciales et la réouverture des marchés étrangers aux productions textiles lyonnaises. De même, son discours était finalement très significatif de l’état d’esprit, à la chute de l’Empire, de nombre de Français – et pas nécessairement des seuls notables –, puisque, au-delà des préoccupations matérielles, le retour à l’état de paix impliquait également la sauvegarde des fils.</p>
<p>Le procureur introduisit alors un nouvel acteur : la dynastie des Bourbons. A cette occasion, contrairement à nombre de délibérations émanant de maires ou de fonctionnaires rhodaniens, il n’établit pas explicitement de lien de cause à effet entre la victoire des coalisés et le rétablissement de la maison de Bourbon. Au contraire, beaucoup plus subtilement, Rambaud avança que les coalisés n’étaient que les protecteurs du tout jeune régime monarchique, sans en être néanmoins à l’origine. Ils n’avaient, selon lui, apporté qu’une  aide – militaire – à la reconquête du trône d’un souverain dont le rétablissement « calmera[it] enfin les inquiétudes de l’Europe ».</p>
<p>Enfin, la harangue de Rambaud laissait planer une certaine ambiguïté quant aux modalités de son propre ralliement et de celui de ses pairs. Assurément, son discours était empreint de flagornerie, et n’échappait pas non plus aux soudaines déclarations d’amour envers les Bourbons, ces « princes augustes de cette race, qui, pendant tant de siècles, a fait le bonheur de la France, et dont la malheureuse interruption a causé tant de mal à la patrie », qui pouvaient enfin s’exprimer après avoir été contenues durant tout l’Empire [« nous pouvons donner un libre cours à nos souhaits, à nos espérances, nous pouvons nous abandonner au mouvement universel qui entraîne les cœurs de tous les Français vers cette antique et noble Maison »]. De même, il s’achevait par un très direct et très explicite « Vive le Roi ». Cependant, les marques de soumission dont Rambaud fit étalage ne servaient-elles pas plutôt les intérêts de futures revendications inhérentes à un programme politique cohérent ? La référence à « la mise en œuvre d’une constitution libérale » – assez proche de l’idée d’une « Charte constitutionnelle » – démontre, précisément, que, dès la chute de Napoléon, les élites s’employèrent à tirer les leçons de l’expérience de l’Empire autoritaire, en posant les fondements d’un texte propre à garantir tout autant une vie politique libérale que la libre expression des particuliers.</p>
<p>Ce discours est, en quelque sorte, une clef pour saisir les revirements individuels d’un magistrat lyonnais face à un contexte de transformations politiques majeures, qui vit se succéder un Empire puis une royauté. De même, il témoigne, plus largement, de la capacité d’adaptation des fonctionnaires. Soumis à des « vents changeants », il apparaît qu’ils avaient parfaitement intériorisé leur vocation de « serviteurs de l’Etat », quels que furent, d’ailleurs, les bouleversements institutionnels et politiques auxquels ils pouvaient être confrontés. De fait, cet appel à rallier la monarchie restaurée s’inclut, à l’évidence, dans une culture de l’effet de parole qui n’engageait pas son émetteur autant que le lecteur aurait volontiers pu le croire.</p>
<p>[1] Serna, Pierre, <em>La République des Girouettes, 1789-1815 et au-delà : une anomalie politique, la France de l’extrême centre</em>, Seyssel, Champ-Vallon, 2005, p. 157.</p>
<p>La localisation correspond au Palais de Justice ancien, où a été construit le Palais de Justice "aux 24 colonnes" dont les travaux se sont achevés en 1847.</p>]]></description></item>
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