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	                        <title>Flux RSS Atelier numérique de 'histoire</title>
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<item><title><![CDATA[Les enjeux de présentation d’un notable lyonnais : le cas Rambaud.]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/129</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/18070819">Août 19, 1807</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/198">70 rue Saint-Dominique, Lyon</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/111">Lyon</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/481">1er Empire</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/482">Notables</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/483">Statistique</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/485">Rambaud (baron)</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/7">"Ressources documentaires et exploitation des sources en histoire contemporaine,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>Dès les premiers mois de l’Empire, Napoléon exigea de ses préfets, nouveaux agents de la centralisation à l’échelon local, qu’ils constituent des listes identifiant les individus les plus recommandables de leur département. Ainsi, en 1806, le pouvoir central demanda que soient nommément recensés les « 30 contribuables les plus imposés » de chaque département. De même, en 1807, dans une logique assez similaire, le ministre de l’Intérieur, Jean-Pierre Bachasson, comte de Montalivet, intima aux préfets l’ordre de dresser une « statistique personnelle et morale », qui préfigurait celle, plus ambitieuse, de 1810. La statistique, véritable «  «machine à explorer la société », apparaissait en effet aux yeux du régime impérial autant comme un moyen de contrôler ses fonctionnaires que comme un outil apte à préciser les contours de l’élite naissante et à favoriser ultérieurement la fusion entre notables issus de l’Ancien Régime et ceux liés à la Révolution et à l’Empire. De fait, c’est dans ce contexte de « mise en fiches » des personnels administratifs et judiciaires, que s’insère précisément le document retenu. Rédigée le 19 aout 1807 par Pierre-Thomas Rambaud, grand notable lyonnais et futur maire de la ville sous la Seconde Restauration, cette lettre répond aux requêtes informatives émanant du préfet du Rhône, Charles-Marie Fortuné, marquis d’Herbouville.</p>
<p>La susdite lettre s’articule en trois temps principaux. En premier lieu, Rambaud fournit quelques informations relatives à son état-civil et à sa situation familiale. Né en 1754, il a donc 53 ans en 1807, ce qui est finalement un âge assez avancé, au regard de l’âge moyen, situé entre 40 et 46 ans, des fonctionnaires lyonnais. Sans surprise, sa résidence principale est sise à Lyon, très précisément au 70, rue Saint-Dominique, à l’instar de celle d’autres notabilités comme Leclerc, Monicault ou encore Morand de Jouffrey. Rambaud est sans nul doute bien intégré au sein des réseaux de sociabilité lyonnais, puisque à proximité immédiate de son domicile, réside une quinzaine d’autres notables, principalement place Bonaparte – l’actuelle place Bellecour –, place de la Charité, ou encore rue du Pérat. En quelques mots, il évoque également sa situation familiale. Marié depuis 1789 à Marguerite Fabre, la fille, richement dotée, d’un administrateur des Hospices civils de Lyon, il est en outre père de deux garçons, l’un étant décédé en bas âge.</p>
<p>Par ailleurs, Rambaud présente dans un second temps – au demeurant, le plus développé de sa réponse – sa carrière administrative et politique depuis 1782, date à laquelle ses parents, moyennant 20 000 livres, lui achetèrent une charge de premier avocat du Roi en la sénéchaussée et siège présidial de Lyon. La Révolution n’interrompt pas sa carrière et contribue, bien au contraire, à révéler sa capacité d’adaptation tant aux événements qu’aux transformations politiques incessantes qui caractérisèrent les premières années de la décennie révolutionnaire. Comme il l’indique dans sa lettre, il est en effet, en 1791, consécutivement désigné président des tribunaux de Lyon et commissaire du Roi auprès du tribunal de district, et ce, « jusqu’au 10 août 1792 », fin effective de la royauté.  De même, il précise que ce n’est qu’après la chute des « Montagnards » survenue au début du mois de thermidor an 2 (juillet 1794), qu’il accéda de nouveau à des charges administratives. En effet, au cours de l’année suivante, il est successivement nommé accusateur public à Lyon puis élu député de département du Rhône au Conseil des Cinq-Cents, aux côtés d’Etienne Mayeuvre-Champvieux ou de Paul-Emilien Béraud notamment. Il veille d’ailleurs à souligner qu’il ne siégea au sein de cette assemblée que jusqu’en l’an 7 (1798), et ne fait pas mystère de son ralliement à Bonaparte à la suite du coup d’Etat survenu les 18 et 19 Brumaire an 8. Sans doute Rambaud entrevoit-il alors les perspectives d’avenir pour les ambitieux compétents. De fait, c’est précisément sous le Consulat et plus encore sous l’Empire, qu’il devint un notable influent et reconnu, comme en témoignent les honneurs et distinctions reçus : une nomination comme procureur à la cour d’appel, mais aussi l’obtention de la « croix » de la Légion d’honneur.</p>
<p>Enfin, Rambaud achève sa lettre à d’Herbouville par quelques lignes relatives à sa fortune et à ses biens. Alors même qu’un document établi par les services préfectoraux indique qu’il détient près de 25 000 francs de rentes, Rambaud, plus allusif, fait état d’une « fortune assez considérable ». Les « quelques maisons » mentionnées sont probablement celles qu’il possède à Lyon, rue Saint-Louis et rue Saint-Amboise, et qu’il légua en dernier ressort à son fils. On note également sa précision quant à la détention d’un « domaine national »[1], signe s’il en est que cette question reste source de tensions vivaces, même sous le régime impérial.</p>
<p>La réponse de Rambaud, quoique empreinte d’un certain laconisme, révèle cependant en filigrane une volonté bien réelle de se dépeindre comme un serviteur loyal et dévoué au pouvoir en place, autrement dit le régime napoléonien. A ce titre, ce grand notable s’attache soigneusement à retracer un parcours intègre et sans taches, toujours au service de l’Etat – quel que soit le régime alors en place –. Comme en témoigne sa lettre, cette posture, proche de l’opportunisme, voire du « girouettisme », l’incite de fait à un certain nombre de raccourcis et d’omissions. On remarque ainsi la grande réserve avec laquelle il rend compte de son action sous la monarchie constitutionnelle. Il se garde bien évidemment d’évoquer sa participation active dans la mise en liberté de quatre prêtres réfractaires arrêtés à Lyon en 1791. De même, sont totalement occultés les hautes responsabilités qu’il exerça lors du soulèvement fédéraliste lyonnais de 1793, ainsi que l’exil forcé en Suisse qui s’ensuivit. On peut s’en étonner, d’autant que d’autres notables lyonnais, à l’instar du maire Fay de Satonay, allèrent, quant à eux, jusqu’à revendiquer ouvertement leur engagement en 1793. Enfin, seuls quelques mots laissent transparaître sa fonction de député au Conseil des Cinq-Cents, alors même que sa participation aux débats fut tout à la fois éclectique, active et assidue. Probablement faut-il y lire la volonté de ne pas être irrémédiablement associé à un régime discrédité dès l’époque consulaire.</p>
<p>En conséquence, cette lettre de Rambaud est donc intéressante plus pour ses nombreux non-dits que pour son contenu proprement dit. Elle met en exergue l’échec de la politique de « mise en fiches » voulue et organisée par Napoléon, les informations fournies par l’intéressé n’étant guère soumises au contrôle des scribes de la préfecture. En contrepoint, on comprend aisément comment les enquêtes de notabilité ont pu constituer un réel enjeu de présentation de soi pour le personnel administratif et politique servant le régime napoléonien. Perce en effet dans cette réponse de Rambaud au préfet d’Herbouville la volonté de s’affirmer comme le modèle même du notable-propriétaire vivant de ses rentes et mettant ses compétences au service de la chose publique et de l’Etat en tant que haut fonctionnaire. De fait, à l’exemple de bien des magistrats présidiaux de la fin de l’Ancien Régime, Rambaud intégra la notabilité impériale, marquant ainsi « le triomphe des positions acquises ».</p>
<p>[1] En réalité, Rambaud possédait pas moins de trois biens nationaux, dont deux furent acquis aux mois de mars et avril 1791.</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[&lt;em&gt;Unité ! &lt;/em&gt;La construction d'une internationale intellectuelle face au fascisme]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/124</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/19360101-19360131">Janvier 1, 1936 au Janvier 31, 1936</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/183">Siège des Editions Universelles, Paris</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/263">Marius Moutet</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/12">SFIO</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/148">PCF</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/464">LDH</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/13">Internationalisme</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/438">Socialisation politique</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/463">Réseaux sociaux</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/145">Anti-fascisme</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/262">Socialisme</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/130">Communisme</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/7">"Ressources documentaires et exploitation des sources en histoire contemporaine,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>La première double page du premier numéro du journal antifasciste <em>Unité pour l’aide et la défense</em>, sorti en janvier 1936, peut être envisagée comme un document cohérent. La page de droite se compose de l’article fondateur du mensuel, intitulé « Qui nous sommes – ce que nous voulons ». La page de gauche présente les principaux collaborateurs, le sommaire du premier numéro et les modalités d’achat du journal.</p>
<p>Ce mensuel s’inscrit dans la lutte antifasciste française réagissant à la démonstration de force de l’extrême droite du 6 février 1934. Mais la seule dimension nationale n’est pas suffisante pour comprendre tous les enjeux soulevés par le mouvement antifasciste. L’arrivée au pouvoir de Mussolini en Italie en 1922, de Pilsudski en Pologne en 1926, puis celle de Salazar au Portugal en 1932 et d’Hitler en Allemagne en 1933, la répression sanglante du mouvement social dans les Asturies en 1934, la guerre entre républicains et nationalistes en Espagne en 1936 et la force des Ligues en France impulsent la création d’un mouvement internationale contre le fascisme, rassemblant des individus aux convictions politiques diverses. Paradoxalement, longtemps peu encline à étudier la circulation internationale des idées, l’historiographie a souvent considéré l’antifascisme comme une simple émanation de Moscou. S’il est vrai que les partis communistes sont à la proue de la lutte antifasciste et que la création d’une rhétorique contre l’extrême droite devient le pendant de l’apologie de l’Union Soviétique, il est inexact de croire que l’antifascisme est le simple résultat de l’influence Stalinienne. Ainsi en France, la création des premiers comités antifascistes est l’initiative de membres de la Ligue des droits de l’Homme, et les premières manifestations « spontanées » suivant le 6 février 1934 (quoique vite revendiquées par les appareils) sont le fait de militants de base (SFIO, radicaux, PCF) et de simples citoyens.</p>
<p>L’antifascisme est donc à son origine une nébuleuse. Ce journal cependant est plutôt structuré par des communistes : sur les dix neuf auteurs identifiés de la page de gauche, huit ont déjà été membres d’un parti communiste avant 1936, organisation politique la plus représentée, donc, dans ce journal. Au moins deux des intervenants du mensuel sont membres de la SFIO à de très hauts postes comme Marius Moutet. Au moins trois individus sont adhérents du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes aux plus hautes fonctions. Des organisations para communistes sont aussi représentées : l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires, et l’Union des écrivains prolétaires et révolutionnaires, groupant communistes et « compagnons de route ».</p>
<p>Pour autant, la rhétorique antifasciste ne s’adresse pas aux seuls ouvriers, et n’est pas hostile au régime républicain « bourgeois », discours tenu par le PCF jusqu’en 1934. L’article de présentation du collectif et du journal est parsemé de référence à l’humanité, à « la civilisation », montrant une volonté de transcender les différences de classes et de partis. « La terreur a frappé avec une cruauté sans précédent <em>toutes les classes de la société</em>. Toutes les races, toutes les opinions, toutes les professions manuelles et intellectuelles sont représentées parmi ces victimes. »</p>
<p>Ce changement de discours communiste (les partis ayant un discours proche de ce journal) peut s’expliquer par au moins deux facteurs. Premièrement, la diversité des appareils se réclamant de l’antifascisme appelle à des compromis rhétoriques pour rendre le combat commun possible. Deuxièmement, la sociologie des producteurs de rhétorique. A l’époque, le PCF est le seul parti en France à pouvoir se prétendre ouvrier. Plus de quarante pour cent de ses élus sont ouvriers ou fils d’ouvriers en 1946 (les élus des années d’après guerre étant les militants des années 1930) contre moins de vingt pour cent pour la SFIO. Or la sociologie des auteurs est éloquente. Si l’on se penche sur les capitaux scolaires des dix-neuf auteurs, seuls six n’ont pas de diplôme (parmi lesquels André Malraux…) ou les renseignements ne permettent pas de les établir, quatre sont docteurs, deux sont normaliens et agrégés, au moins cinq sont « seulement » licenciés. Les professions indiquées en en-tête sont « écrivains », « professeurs », et « avocats » et sonnent comme des arguments d’autorité pour légitimer la cause défendue. Il est possible que leur position sociale aussi rende ces auteurs plus sensibles à l’idée de Rassemblement populaire qu’à celle d’intérêt de classe. Prolongeant cette analyse sociologique, on remarque sans surprise que les hommes sont de loin majoritaires dans la rédaction (quatorze hommes pour cinq femmes). Une seule des femmes est membre d’un parti politique (Anna Seghers), ce qui confirme que le « sexe du militantisme » (P. Roux et O. Fillieule, 2009), est masculin. On remarque que ces femmes incarnent en un sens encore plus l’élite de l’époque que les hommes de la rédaction, puisque deux d’entre elles sont normaliennes et agrégées (docteure pour l’une des deux au moins) et une est licenciée de lettres, alors même que dans l’entre-deux guerres, « en règle générale, on n’attend pas des filles des performances scolaires qui leur donnerait un métier et une vie indépendante » (Bard, 2001). C’est dans ce contexte social que se comprend la recomposition du discours politique de gauche, et notamment la fin de l’article qui demande à plusieurs organisations non nécessairement communistes, voire de tendance plutôt radicale comme la LDH, de participer à ce mouvement et qui affirme que « [ses] colonnes sont ouvertes aux différentes conceptions ».</p>
<p>Le besoin d’ouverture à plusieurs conceptions politiques ayant pour point commun l’antifascisme est aussi rendue nécessaire par la prétention internationaliste du mouvement. <em>Unité</em> se présente comme « destiné à approfondir l’idée de solidarité internationale ». Ainsi, cinq nationalités sont représentées dans parmi les rédacteurs. Parmi les sept individus non français, les allemands sont particulièrement organisés en réseaux d’artistes et écrivains exilés à Paris. Ainsi Anna Seghers cofonde en 1935 l’Union de défense des écrivains allemands à Paris. Ces exilés s’organisent aussi autour de journaux précis, comme <em>Neuen</em> <em>Deutschen</em> <em>Blätter</em> (<em>Les nouvelles feuilles allemandes</em>) ou <em>Das Wort </em>(<em>la parole</em>). Il faut de plus remarquer que la section « abonnement » en bas de la page de gauche se destine non seulement à la France, mais aussi à la Suisse, à la Belgique, et à la Tchécoslovaquie. Pour finir, si l’on s’intéresse au sommaire, le premier article concerne l’Ethiopie, le troisième le procès de Leipzig, le cinquième évoque les « enfants de tous les coins du monde », un autre évoque Rudolph Claus, un social démocrate allemand.</p>
<p>C’est donc seulement en les replaçant dans les enjeux politiques et les réseaux de sociabilités nationaux et internationaux qu’on peut comprendre les recompositions politiques et rhétoriques de la gauche dans le cadre du mouvement antifasciste. « Les textes circulent sans leur contexte », et la vie intellectuelle n’est donc pas « spontanément internationale ». Mais « il y a une internationale des mandarins qui fonctionne très bien » (Bourdieu, 2002). Ainsi la capacité de parler plusieurs langues, de voyager, correspond aux éléments « distinctifs » jusqu’alors des élites culturelles et est la condition sociale <em>sine qua non</em> ou presque de la circulation internationale des idées et des métissages intellectuels.</p>
<p> </p>
<p>La localisation correspond au lieu d'édition du document.</p>
<p> </p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[Sportives : construction d’un contre-modèle dans la presse féminine phalangiste]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/107</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/19580201">Février 1, 1958</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/157">Castillo de la Mota, Medina del Campo</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/158">Madrid, Madrid</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/23">Antiféminisme</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/426">Espagne</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/420">Sport</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/421">Propagande</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/422">Phalange</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/423">Féminité</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/424">Franquisme</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/7">"Ressources documentaires et exploitation des sources en histoire contemporaine,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>Cet article, tiré d’une revue phalangiste spécifiquement destinée aux femmes et éditée à partir de 1954, participe de la création de contre-modèles contre lesquels le régime franquiste, dont l’un des axes idéologiques a bien été, dès 1936, une « croisade morale » visant à reconquérir les valeurs éternelles de l’Espagne incarnées par les femmes, contre la modernité des « rouges », doit se construire. La figure de la « sportive », cumulée à celle de « l’étrangère », remplit ce rôle de repoussoir pour la femme espagnole. S’agissant d’un article de propagande produit par une organisation parafasciste, dominante au niveau idéologique (même si la Section Féminine n’a jamais réussi à se constituer en organisation de masse, contrairement à Acción Católica), il nous informe plus sur les émetteurs, les normes en vigueur et le dispositif discursif, que sur les destinataires des discours.</p>
<p>Le sport et la question de pratiques différenciées en fonction du genre cristallisent bon nombre de discours, en majorité masculins, notamment médicaux et politiques, sur les femmes,  à propos des normes de beauté, de sexualité, de moralité et bien sûr de genre, puisque le sport, en lien avec une certaine militarisation, est conçu comme le domaine par excellence des hommes et du masculin. Si une dose « prudente » d’exercice est recommandé aux femmes, ainsi que la pratique modérée de sports considérés comme féminins (danse, gymnastique, natation, basket) dans le cadre notamment de la Section Féminine de la Phalange, toute pratique intensive, pouvant conduire à la professionnalisation, est interdite, tout comme la pratique des sports considérés comme masculins (sports de combat, football – « sport roi » et non-mixte –, athlétisme, interdit jusqu’en 1961), que l’on retrouve ici comme emblèmes de la « déviance » de ces femmes. Chez les femmes, l’exercice doit servir à former des corps de mère et d’épouse, soit un corps pour les autres, pour le mari et le(s) fils, dont la santé dépend de la santé de la mère. A l’opposé donc de l’Allemagne nazie ou de l’Union Soviétique, l’Espagne franquiste n’a pas utilisé les femmes comme moyen d’expression de sa puissance au niveau international. Dans ce domaine, la prédominance de l’Eglise catholique, l’une des spécificités du franquisme, ainsi que ses impératifs de moralité et de pudeur, expliquent en partie que les femmes n’aient pas accédé à la scène internationale.</p>
<p>La construction de ce contre-modèle passe par une rhétorique qui privilégie l’affect, en associant la masculinité féminine à l’abject, la laideur, la monstruosité. Il est question d’ôter toute crédibilité à la subversion des normes, puisque celle-ci correspond à « l’horreur » : de véritables repoussoirs sont créés. La première personne du pluriel qui soutient ce jugement, expression de la voix de la majorité ou du bon sens, donne l’image d’une menace d’exclusion sociale sur ces femmes ridiculisée, ou sur toute personne qui aurait le désir de leur ressembler. Il s’agit bien d’une dénonciation concrète et incarnée, puisque ce sont les corps même qui sont jugés et décrédibilisés. Ce mépris que l’on pourrait qualifier de genre, pour ces femmes qui empruntent les codes et les pratiques réservées aux hommes, se superpose à un mépris de classe (cf. la référence aux dockers notamment), ce qui appose un double stigma à ces femmes. Rappelons ici que la revue, malgré sa prétention universelle (elle prétend s’adresser à « toutes les femmes ») tient un discours élitiste et inadapté à la situation sociale de l’Espagne de l’après-guerre (conseils de nutrition, puis de mode, en des temps de pénurie), plutôt dirigé à la femme bourgeoise et oisive. Son prix relativement élevé (5 pésètes) confirme l’impossibilité pour des femmes de classes populaires d’y accéder. Il est toutefois révélateur de l’idéologie officielle et de l’image que le régime, et surtout son organe le plus proprement fasciste, la Section Féminine de la Phalange, souhaitait imposer aux femmes.</p>
<p>Entre la femme coquette et évaporée et la sportive masculine, pôles d'identification négatifs, la femme espagnole doit adopter des qualités d’austérité, d’abnégation, de sobriété, de résistance joyeuse à la souffrance, sur le modèle de la patronne de la Section Féminine de la Phalange, Santa Teresa de Jesús. Juste milieu entre deux excès, elle doit faire valoir dans son corps ces principes d’équilibre et d’harmonie qui gouverne les codes de beauté de l’époque, laissant apparaitre une influence classique que l’on retrouve dans les autres régimes fascistes. La beauté comme harmonie de proportions et la perfection entendue comme juste milieu entre des extrêmes qu’il s’agit de condamner s’affichent donc comme des prescriptions morales visant le maintien de l’ordre social. En effet, comme il apparait cet article et dans de nombreux discours politiques et médicaux, les actes et l’apparence informe sur l’être, puisque le corps, selon une conception thomiste de l’individu, est un reflet de l’âme : l’agir, l’être et l’apparaître se superposent totalement. Si donc la féminité est une tâche à actualiser sans cesse, ce qui rappelle l’ambiguïté constitutive des discours sur la « nature féminine », qu’il faut à la fois retrouver, perpétuer et corriger, c’est parce qu’elle ne touche pas seulement le corps mais l’âme à travers lui. Une femme à l’apparence masculine n’est donc pas seulement un monstre, elle est une aberration morale, susceptible de faire basculer les hiérarchies et institutions sociales (on retrouve notamment de nombreux liens établis entre sport et lesbianisme, sport et célibat ou sport et stérilité). Elle perd même, du même coup, sa qualité d’être humain en perdant sa dignité, comprise comme adéquation servile au genre et à la société.</p>
<p>Cette entreprise de diabolisation à l’échelle individuelle contre ces sportives, réifiées et anonymes, gagne en puissance en se confondant avec une diabolisation à l'échelle internationale. La conception de la femme comme réceptacle des valeurs non seulement de la famille mais de la nation est en effet un cadre de lecture valable pour comprendre les discours phalangistes. Le contexte géopolitique nous informe en ce sens : si dans les premiers temps de l’après-guerre c’est la femme moderne incarnée par la femme américaine (la star de cinéma ou la sportive, Helen Stephens par exemple) qui est fustigée, ce qui correspond à l’alliance stratégique de l’Espagne franquiste à l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste et qui fait des Etats-Unis un de ses principaux ennemis idéologiques. Après la défaite des puissances de l’Axe et le rapprochement progressif de l’Espagne et des Etats-Unis (un accord bilatéral est signé en 1953, prélude à une période de relative ouverture économique), on peut remarquer un glissement dû au contexte de la Guerre Froide: les dénonciations touchent plus les femmes des pays qui se trouvent derrière le rideau de fer, comme ici, ce qui correspond au fort composant anticommuniste du régime franquiste depuis son origine. La « mauvaise étrangère » a changé de camp. Genre, classe et nationalité se croisent donc dans cette dénonciation.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p>Source: “Los extremos son malos”, “La mujer, ante todo, femenina”, <em>Teresa: revista para todas las mujeres</em>, février 1958, p. 34.</p>
<p>Les localisations correspondent au lieu d'édition de la revue (Madrid) et au siège de la S.F de la Phalange (Castillo de la Mota, donné par Franco à Pilar Primo de Rivera).</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[Violences contre les Italiens de Lyon suite à l’assassinat du Président Carnot]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/98</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/18940625">Juin 25, 1894</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/141">Café Isaac Casati, Lyon</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/137">21 rue de la République, Lyon</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/139">Consulat italien de Lyon, Lyon</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/140">Union musicale italienne, Lyon</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/147">Italiens</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/40">Immigration</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/68">Voyage officiel</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/256">IIIème République</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/71">Rue de la République</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/361">Sadi Carnot</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/363">Assassinat</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/372">Violences xénophobes</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/366">Commerces</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/7">"Ressources documentaires et exploitation des sources en histoire contemporaine,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>Dans la nuit du 24 au 25 juin 1894, l’annonce du décès du président Sadi Carnot des suites du coup de poignard porté par l’anarchiste italien Sante Geronimo Caserio, à l’occasion de la tenue de l’exposition internationale et coloniale, provoque un déchaînement de violences à l’encontre de la communauté italienne à Lyon.</p>
<p>Le présent document éclaire les différents facteurs qui ont provoqué la prise à partie de la plus ancienne communauté étrangère sur le sol lyonnais. L’éclatement des tensions résulte autant des effets indirects de l’instrumentalisation politique du décès du président que des relais du discours officiel, qui se font les complices de ces violences et les accentuent considérablement, lorsqu’ils ne les légitiment pas.</p>
<p>L’acte de Caserio est en effet d’autant plus porteur de désordre qu’il atteint la représentation d’un pouvoir fragilisé. Ses fondements sont d’autant plus incertains que seule la violence permet alors son assise et que la population l’estime discrédité et corrompu. Ainsi, le crime réveille et stimule l’ensemble des tensions latentes et les exacerbe, ce qui explique que cet assassinat soit ressenti avec autant d’acuité. D’autres facteurs s’ajoutent à ce mécontentement : « rivalité économique et animosité politique conjuguent leurs effets pour mettre le feu aux poudres ». L’embauche des Italiens déclenche une trentaine de conflits, entre 1890 et 1913, pas toujours sur les lieux de travail prétendument défendus et ce même après l’issue de la crise. L’hostilité collective s’intensifie et prend une nouvelle forme à l’annonce du décès du président Carnot. Moins d’un an après le massacre d’Aigues-Mortes, cet événement forme l’acmé des défoulements collectifs et populaires à Lyon, les 24, 25 et 26 juin 1894 : « l’ouragan humain se déchaînait dans son entière violence. Toutes les vieilles rancunes, décuplées par le forfait d’un misérable de nationalité italienne, se donnaient libre cours ». Cet incident, qui témoigne du regard alors porté sur les Italiens, montre que même si Lyon est un « vieux centre d’immigration italienne », ces immigrés ne sont pas à l’abri de la « forte poussée xénophobe des trois dernières décennies du siècle ».</p>
<p>Cet « horrible crime » est vivement ressenti par la population parce que Carnot, en fonction depuis sept ans, avait renouvelé la pratique présidentielle et s’était imposé comme une figure mobilisatrice, familière et relativement populaire. Cette relation plus affective avec la présidence a pu déterminer la signification de l’assassinat et accentuer la colère des lyonnais à l’annonce de son décès.</p>
<p>Plus que cette dimension traumatique, la signification extrêmement lourde donnée aussitôt au crime par les autorités a aussi stimulé les échauffements. L’enjeu de l’instrumentalisation de la mort présidentielle est d’autant plus important que cette dernière s’insère dans un contexte de psychose collective, renforcé par l’impuissance du régime à éviter les attentats. La construction du bouc-émissaire préserve donc le pouvoir d’une éventuelle mobilisation de l’ensemble du corps social, qui aurait pu menacer les assises fébriles du régime. Une image apolitique et consensuelle du président défunt est développée, pour que cette mort fédère les citoyens autour de la République, qui doit être défendue : le maire de Lyon, Gailleton, exhorte les citoyens en « ce jour de deuil national et de terrible épreuve », à rester « serrés autour du drapeau de la République ». En voulant donner un impact exceptionnel et structurel à l’événement dans les mémoires collectives, les autorités ont donc indirectement accentué la violence des réactions lyonnaises.</p>
<p>La façon dont la presse à relayé l’incident a aussi renforcé l’animosité des habitants à l’égard de la communauté italienne. D’abord, la sensation avec laquelle les « derniers détails » sont relatés s’inscrit dans un contexte de fascination pour les « faits divers » à la fin du siècle. Dans cette idée, des rubriques quotidiennes sont créées pour mettre l’affaire au devant de la scène politique ; on mobilise également les symboles communs aux autres moyens de communication sollicités dans cette « sur-médiatisation » : la couleur du deuil arbore nombre des éditions du 25 juin.</p>
<p>Aussi, les journaux accentuent le climat de peur et le sens de l’assassinat, qu’ils transforment en événement-écran pour détourner l’attention des citoyens du scandale politico-financier de Panama, en reléguant au second plan cette atteinte à la crédibilité du parlementarisme. L’amplification est telle que les journaux relaient les craintes croissantes d’un nouvel attentat et les rumeurs inquiétantes, comme celle de l’état de siège de Lyon le 25 juin, rapidement démentie par les autorités. Alors que le pouvoir s’appuyait sur la presse pour diffuser son discours, il s’avère dépassé par la résonance qu’elle construit autour de l’événement, et qui pourrait contrarier l’effort réalisé pour mobiliser le peuple autour du régime.</p>
<p>Le discours journalistique sur le crime, souvent agrémenté de commentaires défavorables à Caserio, est tributaire de l’affect : on donne à voir « le plus infâme des attentats » comme un acte de haine, soumis à l’impératif destructeur des libertaires ; il en résulte une confusion entre anarchisme et terrorisme. La diffusion et la reconstruction de l’événement ont ainsi pu contribuer à l’élargissement du processus d’incrimination, de la figure de Caserio à la communauté italienne-bouc émissaire.</p>
<p>En identifiant la nationalité de l’auteur de « cet horrible forfait », nouvelle qui se répand « avec la rapidité de l’éclair », on assiste à une inversion du processus d’incrimination : c’est la collectivité italienne entière qui est soudainement prise pour cible pour le crime commis par un Italien. Conséquemment, un paradoxe s’établit entre la circonscription spatiale des populations perçues comme dangereuses et l’étendue spatiale des violences à leur encontre : cette dernière fait écho à l’étendue de la diffusion des discours hostiles à Caserio. Les épicentres des échauffements sont donc multiples et ne se limitent pas au consulat italien ou à la Guillotière, où leur nombre était important.</p>
<p>Les manifestants mettent notamment à sac le café d’Isaac Casati, localisé rue du Bât d’Argent, à proximité du lieu de l’assassinat ; mais aussi le restaurant Philippe Casati, qui est situé place Bellecour. A l’instar de ce dernier, les commerçants italiens apposent même sur leurs vitrines des pancartes expliquant qu’ils sont Français.</p>
<p>Les violences n’étaient donc pas aussi spontanées que cela : les « bandes furieuses » se sont d’abord agglomérées et déplacées pour atteindre les espaces les plus fréquentés de la ville. Si les petits commerces sont majoritairement touchés, les établissements italiens saccagés, -tel que l'Union musicale italienne, alors localisée rue Mazenod- ne remplissaient pas seulement des fonctions économiques, puisqu’ils constituaient des lieux de sociabilités où ces immigrés se retrouvaient.</p>
<p>Si l’ensemble des représentations italiennes de l’espace urbain est concerné, c’est parce que ce sont les symboles identitaires, les devantures et enseignes qui portent des patronymes italiens qui sont visés. En brisant les vitres de ces établissements sur les grandes artères de la voirie lyonnaise, il s’agit de briser l’image de la communauté dans l’espace public. Or, s’attaquer collectivement à ce groupe étranger lui renvoie indirectement une image de lui-même, lui permettant de prendre conscience de sa cohésion.</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[Illustration du Petit Journal sur l'assassinat du Président Carnot à Lyon]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/97</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/18940702">Juillet 2, 1894</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/137">21 rue de la République, Lyon</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/138">Siège du Petit Journal, Paris</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/371">Palais du Commerce</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/147">Italiens</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/40">Immigration</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/68">Voyage officiel</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/256">IIIème République</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/71">Rue de la République</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/361">Sadi Carnot</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/363">Assassinat</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/364">Violences</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/369">Le Petit Journal</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/370">Palais de la Bourse</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/7">"Ressources documentaires et exploitation des sources en histoire contemporaine,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>Le 24 juin 1894, l’anarchiste italien Sante Geronimo Caserio poignarde le président Sadi Carnot lors de son passage à Lyon, à l’occasion de la tenue de l’exposition internationale et coloniale.</p>
<p>Le présent document participe de l’instrumentalisation de la mort du président, qui cherche à valoriser le régime républicain pour lequel Carnot se serait sacrifié. Le sens donné au crime montre qu’il est récupéré pour servir à la construction identitaire du régime et renforcer sa légitimité. Visant à mettre un terme à la série d’attentats anarchistes, ces iconographies ont pu contribuer à la projection de l’incrimination de la figure de Caserio à la collectivité italienne.</p>
<p>Revendiqué comme un acte anarchiste, ce crime souligne la crise endogène à laquelle le pays est confronté, en remettant en cause la forme des institutions d’un régime encore jeune, incertain, controversé et fragilisé : l’agitation boulangiste entre 1889 et 1891 et le scandale de Panama encore présent dans les consciences provoquent un mécontentement de la population, qui estime que le régime est corrompu et ne sait pas répondre à la question sociale autrement que par la violence. Depuis les événements de Clichy en 1891, le pouvoir réaffirme son assise au travers de la capacité de répression qui sanctionna son accession. Dans le même temps, la violence des propos diffusés par la presse anarchiste encourage la « propagande par le fait ». En réponse, le pouvoir instrumentalise le « péril terroriste » à ses fins : en « criminalisant » l’opposition sociale, il vise à effrayer la population, ce qui développe une psychose collective. Parallèlement, plus de 400 anarchistes sont arrêtés. La répression et la sévérité des jugements rendus amplifient la virulence de la presse anarchiste et les désirs de vengeance, donnant naissance à une série d’attentas qui visent les symboles du pouvoir entre 1892 et 1894. La guillotine auréole Ravachol de la gloire du martyre en 1892 et les actes d’Auguste Vaillant au Palais-Bourbon en 1893, d’Emile Henry début 1894 et de Caserio, s’inscrivent dans la lignée de ce « héraut des idéaux révolutionnaires et libertaires », étendard de la cause anarchiste. L’attentat de Caserio n’est donc pas isolé, mais il forme à la fois la « véritable apothéose de la vague terroriste » et son achèvement.</p>
<p>Ce document mobilise de nombreux moyens de communication pour relayer l’événement : articles, dessins et poèmes résument même les audiences et participent à la résonance exceptionnelle du crime. Ce dernier occupe pendant plusieurs mois les premières pages des quotidiens français les plus lus, notamment le Petit Journal, d’autant plus diffusé qu’il correspond à une nouvelle forme de journalisme : peu onéreux par rapport aux autres journaux, il expédie 80% de ses tirages en province, où il est vendu par des crieurs à la sortie des usines. Connaissant alors son apogée, il représente un million d’exemplaires en pleine crise boulangiste, proportion vraisemblablement doublée cinq ans plus tard. Relais des discours des autorités, ces organes de presse participent de l’ampleur considérable que l’on cherche à donner à l’événement, ce qui explique la force de son inscription dans les mémoires collectives.</p>
<p>Si ce crime est perçu comme l’ « un des plus grands que l’histoire ait eu à flétrir », c’est parce qu’il n’est pas tant jugé comme un acte anarchiste que comme un régicide. La nature de sa revendication est d’ailleurs éclipsée : décrit dans sa fourberie et sa préméditation, son geste est uniquement présenté comme un acte de haine. L’assassin est représenté de dos, titubant et sans chapeau dans la confusion, ce qui le place en porte-à-faux de la société qu’il trahit. L’utilisation des couleurs valorise le bouquet qui lui aurait servit de prétexte pour dissimuler le poignard et s’approcher du président. Contrairement à l’iconographie presque héroïque que fait Le Petit Journal de Ravachol au moment de son arrestation, celle-ci participe de l’incrimination de Caserio, dont on ne mentionne pas le nom : c’est uniquement le crime, l’atteinte à la République qui est mise en avant. Ainsi, on cherche à détruire l’image que le peuple a de la figure de l’anarchiste, souligner l’achèvement de cette spirale révolutionnaire et dissuader ceux qui s’opposeraient de nouveau à l’ordre qui s’affirme.</p>
<p>La représentation de l’ « assassin » tient donc une place secondaire dans cette iconographie, qui veut louer la figure de Carnot. En fonction depuis sept ans, ce dernier a pu instaurer un lien privilégié avec le peuple, jusqu’alors limité par la « Constitution Grévy ». Pour autant, la figure présidentielle est encore inachevée et hésite entre anciennes et nouvelles formes de souveraineté : les déplacements réguliers dans les villes sont autant d’occasions de donner à voir la République et de l’ancrer dans les mœurs. C’est ce qui explique l’attachement des citoyens à la figure présidentielle, ainsi que le rôle d’acteur collectif conjointement donné par l’image et le discours journalistique à la foule, qui « attrape le meurtrier ». Cette représentation se présente comme une prolepse de la prise à partie de l’ensemble de la communauté italienne le soir du crime.</p>
<p>Le martyre vécu par le président est souligné pour l’associer à un soldat sacrifié pour la cause Républicaine, combat qui doit être prolongé par le peuple. La couleur de la blessure, associée à celle de son écharpe présidentielle, tranchent avec les teintes sombres et ternes de l’iconographie : Le Petit Journal est l’un des premiers à utiliser la presse rotative à impression polychrome, inventée par Hyppolite Marioni en 1889.</p>
<p>On ne choisit pas de représenter le président juste avant le coup porté mais bien l’instant d’après, ce qui permet de solidariser la représentation autour des réactions immédiates suscitées par le crime. La constitution des lignes de fuite souligne le rejet dont il fait l’objet. L’illustration vise à montrer que représentants du pouvoir et citoyens condamnent unanimement l’assassinat. Bien que la haute société et les soldats soient majoritairement représentés, la constitution de l’image veut souligner qu’en blessant Carnot, ce n’est pas seulement la République à laquelle on porte atteinte, mais l’ensemble du peuple. Or, cette iconographie est diffusée dans le milieu perçu par les autorités comme populaire. Le crime, perçu comme « une marque de damnation », est réutilisé de façon à ce qu’il fédère la population autour de la République.</p>
<p>Non seulement l’événement rassemble les représentants du pouvoir que l’anarchiste souhaitait atteindre ; mais il permet la diffusion d’une propagande républicaine. Le pouvoir fait du 24 juin 1895 une journée de deuil national, multiplie les inaugurations et donne à voir les références à la République. En donnant à cet événement une signification fondamentale, les autorités cherchent à récupérer le décès pour stimuler une dynamique mobilisatrice et unitaire autour du régime, afin de construire l’identité républicaine. Plus qu’une admonition, on montre que le coup de poignard est contre-productif, puisqu’il unifie la société autour d’une condamnation unanime et permet le renforcement de ses assises et sa radicalisation : le gouvernement de Casimir Perrier complète les « lois scélérates », édictées suite à l’attentat de Vaillant, visant à réprimer toute forme de contestation du pouvoir. Bien que le discours souligne l’inutilité du crime et la longévité du régime, le décès dont on nuance l’importance, est loué.</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[« Des traîtres face au glaive de la Loi »- «Jean Rimberg» et la Commission militaire de Lyon]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/84</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/17931025">Octobre 25, 1793</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/77">Hôtel de ville, Lyon</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/342">Commission militaire</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/111">Lyon</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/38">Siège de Lyon</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/341">Royalisme</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/31">Révolution française</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/7">"Ressources documentaires et exploitation des sources en histoire contemporaine,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>Le 29 mai 1793, les sections lyonnaises renversèrent le montagnard Chalier et ses partisans. Ces derniers furent remplacés par des hommes tels que Coindre, Ampère ou Bémani, aux sentiments politiques modérés. Dans le même temps, la Convention se trouvait confrontée à une série de soulèvements fédéralistes, principalement dans le sud-est, mais également en Normandie. Elle assimila les événements du 29 mai à un soulèvement fomenté par la faction girondine. L’attitude des nouvelles autorités municipales lyonnaises fut pour le moins ambivalente à cette occasion. Arguant de leur zèle républicain, elles tentèrent dans le même temps de prendre des contacts avec les départements et les autres villes insurgés. Une expédition militaire fut également envoyée dans le Forez à la fin du mois de juin. La rupture entre Lyon et Paris fut effective après l’exécution de Chalier, survenue le 16 juillet. Dans le même temps, la force armée lyonnaise, ayant à sa tête Précy et un grand nombre de royalistes, se mit en place. Le cours des événements s’accéléra alors, le siège de Lyon par les troupes envoyées par la Convention débutant le 5 août. Il dura un peu plus de deux mois et trouva son épilogue dans la sortie que firent Précy et ses troupes à l’aube du 9 octobre.</p>
<p>La sortie de l’armée lyonnaise marqua donc la fin du siège et le début d’une nouvelle phase. Tandis que le fameux décret annonçant que <em>« Lyon a fait la guerre à la liberté. Lyon n’est plus. »</em> était promulgué, la répression pouvait débuter. De fait, une commission militaire, tribunal d’exception mis en place par les représentants en mission, se transporta à Lyon. Sa mission était définie par une loi du 28 mars 1793, qui prévoyait le jugement dans les 24 heures de tout émigré ou « rebelle » pris les armes à la main. A Lyon, cette commission eut vocation à juger les « rebelles » capturés pendant les quelques jours que dura la sortie initiée par Précy ; elle statua dès le 11 octobre 1793 et fit fusiller 106 personnes. Les membres de l’état-major du général susnommé furent parmi les tout premiers à comparaître. C’est dans ce cadre que s’insère l’interrogatoire de <em>« Jean Rimbert, Suisse, général des rebelles de Lyon »</em> en date du 25 octobre 1793.</p>
<p>Si ce document peut apparaître stéréotypé quant à sa forme, il ne l’est nullement quant à son contenu. S’il est stéréotypé, c’est surtout au regard de son organisation interne, reprenant un ordre et des formules convenus. Si au contraire, il se démarque de bon nombre d’autres interrogatoires, c’est du fait de la personnalité même du prévenu. En effet, Jean Rimbert est l’un des plus hauts gradés de l’état-major de Précy à avoir été capturé durant la sortie des « rebelles ». Pourtant, toutes les données afférentes à son état-civil sont erronées. « Jean Rimbert » n’est qu’un nom de guerre. Derrière ce pseudonyme se cache en réalité François-Gabriel de la Roche-Négly, né le 6 octobre 1757 au château de Chamblas, en Auvergne. Il n’est donc pas né <em>« dans le pays de Vaux »</em>, n’a pas <em>« environ 50 ans »</em> comme il se plut à l’affirmer durant son interrogatoire. La Roche-Négly participa à la guerre d’Indépendance américaine comme lieutenant au régiment de Gâtinais. L’origine du pseudonyme qu’il se choisit en 1793 est très probablement à lier avec un haut fait d’armes de ce régiment durant la guerre de Sept Ans. Selon la tradition régimentaire, c’est au camp de Rhinberg que l’officier Louis d’Assas poussa son fameux cri <em>« A moi, Auvergne, c’est l’ennemi ! »</em>, contribuant par là à éviter aux troupes françaises d’être prises par surprise par les Anglo-Hanovriens.</p>
<p>La Roche-Négly est interrogé par une commission de cinq membres : Massol, président de ladite commission, Béranger, capitaine, Faure, lieutenant, Pellerin, capitaine et David, sergent. Les questions posées au prévenu concernent deux thématiques principales : son action durant le siège et lors de la sortie de l’armée lyonnaise, mais également ses relations potentielles avec Précy ou des correspondants à l’étranger. L’objectif principal de ces questions est bien entendu de déterminer le degré de participation effective du prévenu au soulèvement de la ville. Il est à noter que l’issue du procès est toutefois jouée d’avance, puisque selon les lois promulguées au printemps 1793, tout chef des rebelles ou rebelle à l’autorité légitime est passible de la peine de mort. <em>« Officier-général de l’armée lyonnaise »</em>, comme le présente son jugement, La Roche-Négly n’avait donc aucun espoir d’échapper à cette sentence.</p>
<p>Cet interrogatoire donne à voir, en filigrane, ce que fut l’expédition du Forez, opération militaire qui ne prit fin que le 15 septembre 1793, soit trois semaines seulement avant la prise de Lyon par les troupes de la Convention. Le prévenu tente d’induire en erreur ses juges sur ce sujet, mêlant éléments véridiques et informations fantaisistes. Quoi que La Roche-Négly ait pu affirmer, le témoignage du capitaine Claude-Joachim Puy permet d’assurer qu’il était déjà présent à Saint-Etienne lorsque l’armée départementale lyonnaise vint y cantonner. Il arrivait très probablement du Velay, sa région natale. La mort de Servans, commandant du corps lyonnais, tout autant que le charisme et l’expérience militaire de La Roche-Négly, l’imposèrent comme le nouveau chef de l’armée départementale. Au cours de l’interrogatoire, La Roche-Négly confirme être responsable de la capture du général républicain Nicolas lors d’un coup de main mené nuitamment. Cet épisode témoigne d’une part des qualités tactiques de « Rimberg » et, d’autre part, des apports induits par son expérience de la « petite guerre » durant les années qu’il passa dans le Nouveau Monde. Le récit de son service à Lyon, au retour de l’expédition du Forez, apparaît quant à lui sujet à caution. Après avoir défendu le poste d’Oullins, il quitta effectivement sa charge de général à la fin du mois de septembre 1793. Il continua de servir comme simple fusilier, comme en témoigne une lettre du chevalier Henri-Isidore de Melon adressée au général Précy.</p>
<p>Probablement influencée par la logique du « complot », motif récurrent des années 1793-1794, la commission cherche à déterminer les liens potentiels que La Roche-Négly a pu entretenir avec l’émigration, les fédéralistes ou encore les coalisés. Le croyant citoyen suisse, elle en vient à l’interroger sur de possibles contacts avec des correspondants helvétiques. Cette question ne manque pas d’à propos, d’autant que plusieurs membres de l’état-major de Précy ont transité par la Suisse avant de rejoindre Lyon. La Roche-Négly ne dément cependant pas l’espoir d’une aide extérieure, aide qui resta pourtant une chimère durant toute la durée du siège. Les Piémontais, entrés en Savoie à la fin du mois d’août 1793, furent en effet bien vite repoussés par le général Kellermann. Quant aux fédérés marseillais ou jurassiens, ils furent soit vaincus militairement, soit ramenés à une ligne idéologique plus sage par crainte d’une intervention armée des troupes de la Convention.</p>
<p>Ce document rend donc compte du fonctionnement de cette commission militaire, tribunal d’exception devant lequel une comparution équivaut bien souvent à une sentence de mort. Il donne également à voir les liens de solidarité entre Lyonnais et Forez, tout autant que l’existence d’un réseau royaliste cohérent durant le soulèvement.</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[La sortie de l'armée lyonnaise, 9 octobre 1793]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/83</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/17931009">Octobre 9, 1793</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/77">Hôtel de ville, Lyon</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/85">Vaise, Lyon</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/341">Royalisme</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/208">Précy</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/31">Révolution française</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/111">Lyon</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/7">"Ressources documentaires et exploitation des sources en histoire contemporaine,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>A la fin du mois de septembre 1793, les Lyonnais, soulevés contre la Convention depuis près de trois mois, étaient dans une position critique. Les troupes assiégeant leur ville grossissaient chaque jour. Ainsi, le 23 septembre, les représentants en mission, Couthon et Châteauneuf-Randon, reçurent le soutien de près de 27 000 hommes arrivant du Puy de Dôme. La ville se trouvait donc encerclée par près de 60 000 hommes ; les liaisons avec le Forez voisin étaient coupées. Les combats atteignirent leur paroxysme dans la journée du 29 septembre, durant laquelle les troupes de la Convention attaquèrent le périmètre fortifié en plusieurs points. Les Lyonnais repoussèrent les attaques menées contre La Mulatière, Perrache et les Brotteaux, mais au prix de pertes sévères. Ce succès en demi-teinte ne permit pas à l’état-major lyonnais d’envisager raisonnablement une prolongation de la résistance derrière les fortifications de la ville. C’est dans ce contexte que s’insère le document. Rédigé par le général royaliste Précy et envoyé aux officiers commandant les redoutes, il prévoit une sortie hors des murs de la ville pour la nuit du 8 au 9 octobre. Nous connaissons la version envoyée au chevalier Henri-Isidore de Melon, plus connu dans les rangs lyonnais comme « le général Arnaud ».</p>
<p>Cette volonté de sortir de Lyon s’expliquait en premier lieu par la situation matérielle à laquelle faisaient face les Lyonnais. Les bombardements effectués chaque nuit par les assiégeants avaient causé de sérieux dommages. Un incendie avait complètement ravagé l’Arsenal, empêchant toute production d’armes à destination de l’armée départementale lyonnaise. Dans le même temps, le manque de vivres était critique. Il n’était plus envisageable de faire rentrer, comme en août, des vivres dans la ville. L’encerclement était en effet total depuis le 16 septembre. De plus, les hauteurs de Sainte-Foy, dédiées à l’activité agricole, étaient tombées aux mains des troupes de la Convention au cours des combats du 29 septembre. Seuls les soldats recevaient désormais une ration de pain ; la viande des chevaux tués lors des combats du 29 se vendait au plus haut prix. Quant aux autorités municipales, elles hésitaient sur les mesures à prendre. Le 2 octobre, elles envisagèrent la reprise des visites domiciliaires afin de trouver des denrées, mais également une sortie du petit peuple hors de la ville. Aucune de ces propositions ne fut finalement mise en application.</p>
<p>Cette conjoncture difficile influait fortement sur le moral de l’armée lyonnaise. Composée de quelques milliers de citoyens armés pour la défense de leur ville, elle n’avait ni l’endurance, ni la discipline d’une armée de métier. L’encadrement de cette petite force départementale était pourtant de qualité ; il était majoritairement composé d’officiers ayant servi dans l’armée royale avant 1789. Souvent d’obédience royaliste, ces derniers désiraient la poursuite de la lutte. Mais la troupe, réduite à une quasi-famine, n’était pas prête à les suivre. Entre le 2 et le 7 octobre, les désertions se multiplièrent, majoritairement parmi la troupe, qui, de surcroît, ne recevait plus sa solde. Les fortifications de Lyon furent néanmoins gardées jusqu’au 8 octobre par des effectifs largement réduits.</p>
<p>La famine qui menaçait la ville à brève échéance, tout autant que la lassitude au sein de l’armée, expliquaient les appels à la reddition formulés au sein des assemblées de diverses sections. Le 8 octobre, ces dernières furent autorisées à se réunir à la Loge du Change pour discuter de la conduite à tenir. Au cours de cette journée, elles engagèrent les négociations avec les représentants en mission attachés à l’armée des Alpes. De son côté, Précy, commandant l’armée assiégée, ne pouvait se résoudre à une reddition, perçue comme déshonorante. Divers plans, visant à sortir de la ville, avaient été conçus au cours du siège. Les concepteurs desdits plans – Précy, mais également Virieu – avaient envisagé de se replier en direction des monts du Forez ou de la Suisse. Toutefois, ces plans ne furent pas mis à exécution avant le début d’octobre, Précy craignant que la nouvelle de l’abandon des fortifications ne soit connue avant que l’armée lyonnaise ne puisse sortir hors des murs de la ville. Quoi qu’il en soit, cette sortie avait toutefois été anticipée. Les agents de Précy parvinrent ainsi à faire croire à Couthon que la sortie était programmée pour la nuit du 2 au 3 octobre. Les nuits précédant la sortie, Précy donna également l’ordre de battre « la générale » afin de tromper l’armée assiégeante sur ses véritables intentions.</p>
<p>Dans sa lettre à « Arnaud », Précy donne trois informations principales. Il lui recommande en premier lieu d’éviter les fraternisations. Des événements semblables avaient en effet eu lieu dans les jours précédant la sortie, introduisant une confusion certaine. Il recommande également le plus grand secret quant aux préparatifs de la sortie. Par ailleurs, Précy n’est en effet pas sûr de pouvoir compter sur l’ensemble des postes, d’autant que certains sont affectés par des désertions massives depuis le 6. Il s’agit donc de réunir les hommes les plus fidèles, déterminés à prendre part à la sortie. Dans ses <em>Souvenirs</em>, le commandant du secteur de Vaise, la Chapelle, raconte ainsi que dans la soirée du 8, il prévint les Lyonnais sur lesquels il comptait, de l’imminence de la sortie. Enfin, le général en chef des Lyonnais indique Vaise comme lieu de concentration des troupes. Même si des ordres furent effectivement donnés, ils ne furent connus que tardivement par certains commandants de poste. La réunion des troupes se fit donc dans une certaine confusion au bois de la Claire, qui faisait partie du secteur fortifié. Selon la Chapelle, les troupes commandées par Précy arrivèrent à l’aube, tandis que l’arrière-garde, commandée par le comte de Virieu, ne se réunit au corps principal que vers sept heures du matin. Accompagnés de nombreuses femmes, mais aussi d’enfants, les 1200 hommes réunis pour la sortie se mirent en route sous le feu des assiégeants. La route de la Suisse lui étant coupée, Précy choisit de faire retraite en direction du Forez, où il comptait, comme il l’affirma plus tard, sur le relief pour échapper aux troupes lancées à sa poursuite. La retraite de l’armée lyonnaise se transforma bien vite en déroute, et bon nombre des hommes qui sortirent de la ville le 9 octobre furent tués en chemin ou exécutés à Lyon dans les deux mois suivants.</p>
<p>Malgré sa brièveté, ce document est néanmoins intéressant puisqu’il est la seule pièce conservée détaillant les consignes de Précy en vue de la sortie. Les sources archivistiques sont autrement plus abondantes pour ce qui a trait au déroulement de la sortie, bien qu’elles émanent très majoritairement des Républicains. Par ailleurs, un tel document donne un aperçu de l’improvisation qui présida à l’action des Lyonnais. Il est également révélateur du secret qui dut nécessairement entourer l’action des royalistes présents à Lyon jusqu’à la toute fin du siège.</p>
<p> </p>
<p>*Cette lettre a été rédigée selon toute vraisemblance à l'Hôtel de Ville et elle évoque le faubourg de Vaise</p>
<p>** La dernière ligne du document n'est vraisemblablement pas de la main de Précy mais il n'a pas été possible d'itentifier l'auteur.</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[Meeting anti-fasciste à la Bourse du Travail de Lyon.]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/25</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/19341025">Octobre 25, 1934</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/50">Bourse du Travail, Lyon</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/150">Communistes italiens</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/149">PCI</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/148">PCF</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/147">Italiens</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/146">Meeting</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/130">Communisme</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/131">Bourse du Travail</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/145">Anti-fascisme</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/40">Immigration</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/7">"Ressources documentaires et exploitation des sources en histoire contemporaine,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>Ce document est une affiche qui porte sur l'organisation politique d'un rassemblement contre Mussolini le 25 octobre 1934 à Lyon. Sa production et sa mise en circulation visent à rassembler les communistes et militants français et italiens afin de les mobiliser pour un meeting, au 39 cours Morand dans le quartier des Brotteaux. Imprimée au 46 rue de l’Université à l'Imprimerie Intersyndicale lyonnaise, elle fut mise sur la scène publique par plusieurs organisations communistes françaises, dans le cadre d'une volonté de rapprochement des organisations pour former une opposition forte aux dérives du régime de Mussolini.</p>
<p>Parmi ces organisations politiques, les Comités prolétaires antifascistes et le Secours rouge international sont au premier plan, mais aussi l'Union Régionale des Syndicats Unitaires, le Parti Communiste SFIC, l'Association Républicaine des Anciens Combattants et les Jeunesses Communistes.</p>
<p>Le contexte dans lequel ce document s'insère s'avère être particulièrement intéressant, au sens où Lyon occupe une place essentielle dans la migration italienne reposant sur l'opposition politique. Cette migration s'accentue des suites des débordements fascistes et se développe également à Marseille ou encore à Paris. Elle débute dès les premières violences fascistes en 1920 et se renforce  après la Marche sur Rome en 1922, ainsi qu'après la création des lois Fascitissimes en novembre 1926, qui sonne la fin des libertés d'expression et de presse, la création de la police politique (OVRA) et la dissolution des partis.</p>
<p>La dénonciation des abus du régime fasciste apparaît dans tout le corps de l'affiche et forme le moteur de l'initiative et de l'incitation au rassemblement «per elevare il vostro grido di protesta». Les nombreuses violences et «assassinat(s) de milliers d'ouvriers» par les «chemises noires», «hordes» au service de Mussolini commencent dès 1920. Les Squadristes s'en prennent en effet aux locaux des syndicats, des journaux, aux bourses du travail et aux municipalités socialistes italiennes. Par la suite, ils ont pour mission d'éliminer systématiquement les opposants déclarés qui pourraient nuire au régime.</p>
<p>Il est ainsi fait référence à l'anarchiste italien Sozzi, exilé en Espagne avant d'être assassiné sur ordre de Mussolini en prison. De même, le député socialiste Mattéotti attaque Mussolini en 1924 sur les violations de la liberté électorale. Représentant alors une menace potentielle pour le régime fasciste, il est enlevé au mois de juin 1924 pour être tué, son corps n’étant retrouvé qu’au mois d’août.</p>
<p>Michele Della Maggiora se réfugie à Marseille de 1924 à 1926 avant d'être arrêté, jugé et exécuté le 18 octobre 1928 pour les meurtres de deux fascistes dans son village de Toscane, Ponte Buggianese. Des tracts du Comité prolétaire antifasciste et patronal des victimes fascistes sont distribués par des militants afin de commémorer cet assassinat un an plus tard à Aubagne.</p>
<p>Aussi l'emphase du discours politique cherche à utiliser ce crime pour démontrer sa complète absence de légitimité et la parodie de Justice qu'il implique. Maggiora est victime d'accusations illogiques et infondées, étant «coupable de s'être défendu contre les chemises noires», tout comme Di Modugno est «coupable d'avoir fait justice d’un agent du gouvernement de Mussolini». Cette Justice corrompue et manipulée sert les intérêts du Duce, «ivre de sang prolétarien» pour «faire couvrir ses crimes par un semblant de légalité».</p>
<p>D'autre part, le jeune anarchiste Nicolas Di Modugno assassine le 15 septembre 1927 le comte et vice-consul Nardini au consulat italien de Paris. Il s'apprête alors à être jugé en France au moment de la diffusion publique de cette affiche. Il s'agit donc d'une utilisation politique de l'urgente nécessitée de la mobilisation pour exiger son acquittement. L'exposition de sa situation est un prétexte pour mettre sur le devant de la scène les précédentes victimes de l'injustice du régime.</p>
<p>L'idée selon laquelle «ce nouveau meurtre doit être pour les travailleurs un stimulant dans la lutte qu'ils doivent engager contre la terreur fasciste» est emblématique : il s'agit non seulement d'éviter de nouvelles victimes par un effet de contamination en France des détournements et des parodies de Justice, mais aussi de rapprocher les différents mouvements d'opposition pour le service de leurs objectifs communs, en manifestant un soutien à l'égard des victimes et en honorant leurs mémoires. Les communistes italiens et français se regroupent en comités pour mener conjointement des opérations de sensibilisation de l'opinion face aux abus du Duce et de son «tribunal spécial».</p>
<p>Le choix du lieu de cette manifestation n'est pas effectué au hasard. La Bourse du travail de Lyon, «entre services sociaux et révolution sociale», selon l'expression de David Rappe est incontournable pour l'organisation d'événements politiques, professionnels et culturels au sein de la ville. C'est un outil crucial pour les syndicats et leur organisation. Installée sur le cours Morand pour la première fois à Lyon et depuis 42 ans, elle s'apprête en 1934 à être transférée dans ses locaux actuels, Place Guichard.</p>
<p>Au cours de ce meeting, la participation de figures politiques importantes à l'échelle de la région est à souligner. Félix Brun, membre du comité central de l'ARAC en 1923, avant d'être son président national en 1938 et membre de la direction fédérale du Parti Communiste dans le Rhône ; ou encore l'implication de Georges Lévy, membre du Comité directeur du PCF.</p>
<p>Pourtant, en dépit des nombreuses organisations invoquées, ce meeting n'a pas un écho et une importance retentissante ; il marque, cependant, un jalon non négligeable pour l'année 1934.</p>
<p>En effet, à partir de mai 1934, l'Internationale Communiste change d'attitude et invite le PC à s'allier avec tous les démocrates dans le but de lutter contre le Fascisme. Influencé par cette nouvelle directive, Maurice Thorez plaide en faveur d'un rapprochement avec les socialistes le 26 juin à Ivry. Puis, le 6 février marque le déclenchement d'une dynamique d'union des gauches contre le danger que représente le Fascisme et contre les volontés de l'extrême droite d'établir un régime similaire en France. Ainsi, les sentiments unitaires d'une gauche anti-fasciste s'imposent suite à de violents affrontements à Paris entre les communistes, la police et les différentes ligues.</p>
<p>A Lyon, ces volontés d'unification aboutissent en décembre 1934 avec la création du Comité Central Anti-fasciste de la Région Lyonnaise. La majeure partie des organisations présentes au meeting du 25 octobre se retrouvent parmi les 31 organisations fondatrices du CCARL, à savoir le Secours Rouge International, l'Association Républicaine des Anciens Combattants (ARAC) ou encore les Jeunesses Communistes.</p>
<p>Finalement, en Juillet 1937, les Socialistes et Communistes signent un pacte d'unité d'action dans la lutte contre le Fascisme à Lyon, après la formation de l'Union populaire italienne et la victoire du Front Populaire.</p>
<p>L'organisation de ce rassemblement est donc révélatrice des stratégies politiques mises en place par les militants et orateurs pour utiliser la mémoire des victimes afin de mettre en avant l'idée qu'une mobilisation urgente est nécessaire. Si le rassemblement invoqué le 25 octobre 1934 à Lyon n'a qu'une importance relative, il s'insère dans une dynamique de rapprochement effective des courants communistes et socialistes qui s'opposent aux abus du régime fasciste, tant sur le plan des violences et des meurtres commis que sur les détournements croissants de la Justice.</p>
<p>L'affiche a été numérisée par les Archives municipales de Lyon, 2FI_2305</p>
<p>En Octobre 1934, la bourse du Travail se trouve 39, Cours Morand (aujourd'hui Cours Franklin Roosevelt).</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[L' inauguration du nouveau pont Morand]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/24</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/18900714">Juillet 14, 1890</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/49">Pont Morand, Lyon</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/144">Crues</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/143">Brotteaux</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/142">Fleuve</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/141">Transports</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/69">Onomastique urbaine</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/101">Inauguration</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/102">Pont Morand</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/7">"Ressources documentaires et exploitation des sources en histoire contemporaine,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>Ce supplément du Progrès de Lyon,  publié le 22 février 1891 porte sur l'inauguration du nouveau pont Morand, le 14 juillet 1890. Il s'inscrit dans un processus de valorisation de l'héritage lyonnais, au moment où celui commence à se transformer et à perdre, pour certains, de son authenticité.</p>
<p>Il s'agit d’un supplément du journal quotidien et régional <em>Le Progrès de Lyon</em>, qui atteint 140 000 exemplaires à la fin du XIXe. Comme indiqué dans le volet «Prospectus» du premier numéro le 12 décembre 1859, les rédacteurs affirment leur volonté de donner un «ensemble d'études exactes (…)sur tous les grands faits», sans «amplifications». Son édition de 1890 se double de l'hebdomadaire <em>Le Progrès Illustré.</em> Plus spécifiquement, il s'agit de la rubrique «<em>Les choses lyonnaises</em>», dans laquelle le journaliste s'attache non pas tant à célébrer la modernité qu'à mettre en valeur les anciens monuments lyonnais. Sa caractéristique et ce qui en fait le succès est la contribution des gravures du dessinateur et journaliste lyonnais Gustave Garnier. Si le corps de l'article n'est pas signé, il nous est possible de supposer que l'auteur est vraisemblablement Giranne lui- même, ajoutant son propre commentaire au dessin ou Félix Desvernay, avec qui Giranne réalise d'autres articles, par exemple, sur le pont de la Guillotière.</p>
<p>Dans le prolongement des grands travaux d'aménagements urbains initiés par le préfet du Rhône et «Haussmann lyonnais» Vaïsse, l'aménagement et le renouvellement du Pont Morand s'inscrit dans une vaste entreprise de transformation de grande ampleur de l'espace urbain, se concentrant principalement sur le «Vrai Lyon», à savoir la Presqu'île.</p>
<p>Cette métamorphose n'est ici qu'un prétexte pour évoquer plus longuement l'ancienneté de ce deuxième pont du Rhône, réalisé en 1774. C'est Jean- Antoine Morand de Jouffrey, architecte et urbaniste, qui présente en 1776 au Consulat de Lyon son «Projet d'un Plan général de la ville de Lyon et de son agrandissement en forme circulaire dans les terrains des Brotteaux», controversé et rivalisant alors avec celui de Perrache pour la Confluence. Il propose d'abord la création d'un canal circulaire pour évacuer les crues et dévier une partie du Rhône. Ce projet revêt une dimension privée : le pré Morand (l'assèchement d'une partie des marais de la rive gauche et leur urbanisation suivant un plan en damier avec les trois places principales : Maréchal Lyautey, Edgar Quinet et Puvis de Chavannes), la réalisation du pont et un plan public. Il obtient en 1767 l'accord de Lyon puis celui du conseil du roi en 1771 pour sa construction, avec un privilège de 99 ans. Si la continuité de l'appellation (décidée en 1810) est mise en avant, il fut pourtant successivement «pont Saint-Clair», «pont Rouge», «pont de Bois», «pont Affranchi» (1793) ou encore «pont des Victoires» (1794).</p>
<p>Les fonctions de cette construction évolutive reflètent et visent à associer les transformations des arrondissements qu'elle relie et dont les spécificités émergent à partir des années 1850. L'auteur évoque «le quartier des affaires» que sont les Terreaux, crée en mars 1852, concentrant alors les fonctions administratives et économiques (avec les bureaux des principaux fabricants, les courtiers en soierie et les banques). A l'inverse, les «vastes plaines verdoyantes» des Brotteaux remplissent une fonction récréative pour les «plaisirs» des Lyonnais. Bien que son urbanisation s'accélère sous le mandat du maire Vitton, les prémices de l'aménagement des berges du Rhône et surtout les 117 hectares du Parc de la Tête d'Or constituent dès 1857 un atout essentiel pour le quartier.</p>
<p>«Ce curieux chemin de fer, suspendu sur un rail, qui transportait les visiteurs à l'entrée du Parc» est privilégié pour le transport de passagers lors de l'Exposition de 1872. La prédominance du trafic sur ce pont est ancienne, puisque jusqu'en 1865, les Lyonnais devaient payer pour le traverser, à l'exception des élèves issus de certains établissements, des forces officielles de police et des membres du gouvernement. Ce rôle se perpétue : il est desservi par le premier réseau lyonnais de tramways en 1881, construit par la Compagnie des Omnibus et Tramways de Lyon (OTL).. Son inauguration précède d'un an seulement la première ouverture de la Bourse du travail de Lyon au 39 cours Morand, le 8 février 1891. Elle correspond donc à la nécessité de relier des quartiers dont les fonctions urbaines et appropriations, vécus de l'urbanité les distinguent clairement tout en se complétant.</p>
<p>Les divers«bateau(x) curieux» décrits ne sont déjà plus en circulation au moment de la rédaction du commentaire. La «flotille (sic) du fleuve», avec ses «spécimens vermoulus et tremblants» fait pourtant l'objet d'une attention toute particulière. Les <em>Bêches</em> par exemple, sont dans les années 1840 des embarcations longues (de 15 à 24 mètres) et étroites servant aux transports (40 à 100 tonnes de charge). Leur fonction se modifie puisqu'ils désignent, à la fin du siècle des «bateaux de natation» comme celui qui est représenté par Giranne.</p>
<p>La solidité de cet ancien pont qui «portait vaillamment ses 115 ans» est liée au judicieux système de Morand, qui consistait à construire les piles et ses «16 travées» de bois de façon indépendante. Grâce à cette particularité, il tient en fait 110 ans, de 1775 à 1885, longévité notable pour un pont de bois. Il résiste ainsi effectivement «à la débâcle des glaces», «à la canonnade» du siège de Lyon du 9 août au 9 octobre 1793 qui aurait pu avoir raison de lui. De même, pour les dernières crues importantes du fleuve excessif: l'«avant-dernière» inondation de 1840, celle de 1854 qui détruit le pont Saint Clair et la grande crue de 1856 (4200 m3/s) qui fait le plus de dégâts et est utilisée comme référence pour mesurer les débits. 280 km de digues entre Lyon et Beaucaire furent alors installés de 1860 à 1880 par le service du Rhône. Cette dynamique se confirme avec la construction de 1894 à 1899 des 18,8 km du canal de Jonage pour desservir l'usine hydro-électrique de Cusset. L'aménagement du tissu urbain s'accompagne donc de celui de la gestion du débit du fleuve et de son organisation, en doublant la contenance de son lit.</p>
<p>Le 5 mars 1884 cependant, du fait d'un trafic dense (passage des troupes et des charrois imposants), Gailleton, qui présidait le conseil municipal décide de limiter ce passage en faisant garder le pont et en faisant restreindre son accès.</p>
<p>En dépit de ces mesures, un rapport technique fait état, le 5 janvier 1887, de la dégradation des massifs d'ancrage et du vieillissement inexorable du pont, pointant le dangereux déchaussement des piles. Il est ainsi détruit pour être remplacé par une structure métallique avec un tablier en acier. La ville fait même un emprunt de 2 millions de francs or pour réaliser les travaux. «Monumental», il est réalisé sur le modèle du pont Lafayette et arbore des dimensions bien supérieures au précédent, avec 214,50 mètres de long et une chaussée de 11 mètres.</p>
<p>Cette dynamique de valorisation du patrimoine et de l'héritage urbain pittoresque doit s'inscrire pour l'auteur dans les mémoires, du fait de sa disparition sous l'effet des grands travaux d'aménagements qui s'accélèrent au XIXe à Lyon. C'est donc en démontrant, par sa démarche, l'importance de cet héritage que ce document met paradoxalement en avant l'emprise croissante de la modernité, la force des transformations et du renouvellement urbain qu'elle implique et une prétention à atteindre un rôle plus important à l'échelle nationale.</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[Nouveau réglement des Hospices Civils de Lyon]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/12</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/18451009">Octobre 9, 1845</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/28">Place du Pont, Lyon</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/53">Hospices Civils</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/54">Journal le Censeur</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/55">Enfants abandonnés</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/164">Enfance</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/165">Réglementation</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/7">"Ressources documentaires et exploitation des sources en histoire contemporaine,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>Ce document est un extrait du quotidien « Le Censeur » du vendredi 10 octobre 1845. Il a été récupéré à partir du site de la Bibliothèque Municipale de Lyon de Lyon qui met en ligne les archives de journaux lyonnais. « Le Censeur » est d'inspiration radicale républicaine, s'attachant à prendre la cause des populations ouvrières. L'article n'est pas signé mais on peut supposer que son auteur est Jean-Baptiste Monfalcon, l'un des principaux rédacteurs de la revue, ayant signé dans sa carrière plusieurs articles et ouvrages sur le problème des enfants trouvés. Le Censeur a aussi un rôle d'information publique officielle, en rendant compte notamment des débats du conseil municipal. Ces deux raisons expliquent que le journal retranscrive un nouveau règlement des Hospices Civils. Il s'agit de neuf mesures restreignant la prise en charge par les hospices des femmes enceintes et des enfants abandonnés, dans un but économique.<br /><br />Les Hospices Civils de Lyon réunissent principalement l'Hôtel-Dieu et l'Hospice de la Charité. Les dispositions prises ici concernent néanmoins l'Hospice de la Charité seul. La prise en charge des enfants abandonnés est l'une des vocations premières de cette institution. Il s'agit d'une entreprise massive au XIXème siècle, gérant un personnel nombreux et ayant à sa charge plusieurs milliers d'enfants. Le budget pour l'enfance abandonnée est considérable : il s'agit d'accoucher les mères, de nourrir et vêtir les nourrissons, les placer dans une famille nourricière en campagne, prendre parfois en charge le transport quand la famille ne peut se déplacer, rétribuer cette dernière jusqu'à la douzième année de l'enfant marquant la fin de la tutelle. Trois phénomènes accroissent le nombre d'abandons au XIXème siècle. D'abord, une croissance démographique en lien avec la croissance urbaine des faubourgs. Ensuite, l'accroissement de l'illégitimité qui devient un mode de vie courant chez les populations ouvrières lyonnaises. Et enfin la mise en place d'un tour, suite au décret impérial de 1811 qui en exige un dans chaque département. Le tour est un dispositif placé dans le mur de l'hospice pour permettre l'abandon anonyme de l'enfant. Le débat reste ouvert pour savoir si le tour a provoqué une augmentation de l'abandon ou si celle-ci aurait quand même eut lieu. La Charité doit en tout cas prendre en charge de plus en plus d'enfants. Dans la décennie 1810, le nombre annuel d'admissions est en dessous de 1500. A partir de 1833, le seuil des 2000 est franchi et continue de monter jusqu'aux années 1860. Le budget ne permet pas un tel nombre et le déficit est trop important. La Charité décide donc de restreindre l'accès à l'Hospice.<br /><br />Le conseil d'administration soumet cette proposition au Préfet du Rhône en 1844 et celui-ci la valide sans y apporter le moindre changement. Réduire le nombre d'enfants pris en charge, c'est aussi pouvoir mieux s'occuper de ceux restants. En 1845, un enfant a trois moyens d'être reçu à la Charité. Il peut être né « céans », la mère accouche à la Charité et y laisse son enfant. Il peut être « exposé », donc laissé quelque part dans la ville ou placé dans le tour de l'hôpital. Il peut enfin être « reçu à bureau ouvert », ce qui n'est possible que depuis 1843, où la mère vient déposer son enfant à la Charité en déclinant son identité. Dans les années 1840, le premier mode concerne environ 50% des enfants, le deuxième 40% et le troisième 10%. <br /><br />Les dispositions prises par la Charité portent sur les trois. L'identification d'un enfant exposé est très difficile - bien qu'elle peut se faire avec un billet laissé par la mère sur le nourrisson -. La Charité assure néanmoins que « l'enfant exposé qui serait reconnu appartenir à un département étranger sera mis à la disposition du préfet de son département ». Le terme « mis à la disposition » est intéressant car il sous-entend que la Charité ne s'occupera pas du transport, ce qui fait une économie supplémentaire. La disposition numéro 6 s'occupe du cas du bureau ouvert : aucune étrangère au Rhône ne peut s'y présenter. La prise en compte du département pour Lyon est incohérent. Lyon n'est pas au centre du Rhône mais excentré au sud. Une grande partie de la population de l'Isère ou de l'Ain est plus proche de Lyon que de Grenoble ou Bourg-en-Bresse. La Charité accueille donc beaucoup de filles rurales venant des départements voisins, et prend donc le prétexte du département pour écarter une importante partie des filles-mères réclamant ses services.<br /><br />Les dispositions 2, 4, 5, 6, 7 et 8 concernent les femmes enceintes accouchant à la Charité. L'institution met l'accent sur elles car ce sont les plus faciles à contrôler. L'ensemble des mesures est extrêmement strict. Il faut pour accoucher à la Charité être rhodanienne depuis plus d'un an et délivrer non seulement un certificat de naissance mais aussi d'indigence. De plus, il faut s'inscrire à l'avance à la Charité tout en ne pouvant y être admis que 15 jours avant.  Cela donne les moyens au personnel de la Charité pour tenter de décourager la mère d'abandonner son enfant, ce qui est plus difficile à faire en étant connue des autorités. Ces mesures excluent d'une manière générale une importante partie de la population ouvrière très mobile, toutes les filles de la campagne habitant à Lyon une partie de l'année pour travailler en manufacture, mais aussi les filles qui ne connaissent pas bien la date de leur terme et celles qui sont en incapacité de déplacer quelques jours avant celui-ci. <br /><br />Enfin la disposition 9 se situe à part. Elle refuse purement et simplement les enfants légitimes « nés trouvés », c'est-à-dire les exposés. Ceux-ci sont en nombre important parmi les abandonnés, le mariage n'étant nullement un rempart contre l'indigence. La proportion varie selon les années de 10% à 20% parmi les enfants abandonnés. Si les enfants illégitimes sont symbole de la dépravation et du mal, les enfants légitimes sont plus volontiers perçus comme des pauvres êtres innocents frappés par le malheur, et donc plus dignes d'être secourus. Or l'exposition est toujours un danger extrêmement fort pour l'enfant, qui peut mourir de froid ou de faim, là où la remise directe aux autorités les protègent. Cette mesure a donc un objectif moral de protection des enfants légitimes plus qu'un objectif économique.<br /><br />En conclusion, nous sommes à un tournant de l'hospice de la Charité. L'administration devient extrêmement sélective et se dit prête laisser pour compte des centaines d'enfants abandonnés et de femmes enceintes qui ne répondent pas à des critères stricts. Les motivations ne sont pas seulement économiques, mais aussi morales, et l'institution a sûrement été vue par le Préfet du Rhône comme un moyen de contrôle des classes pauvres. Néanmoins, toutes ces mesures ne se vérifient pas dans les faits. L'impossibilité de contrôler la provenance des enfants, la situation d'urgence dans laquelle agît perpétuellement la maternité et le maintien du tour jusqu'en 1857 maintiennent le nombre d'enfants reçus à la Charité jusqu'aux années 1860. Celui-ci ne régressa réellement que par la mise en place de secours pour les femmes indigentes et la meilleure acceptation de l'illégitimité dans les moeurs.<br /><br /></p>]]></description></item>
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