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	                        <title>Flux RSS Atelier numérique de 'histoire</title>
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	                        <language>fr</language>
<item><title><![CDATA[Lettre de la Mère Angélique de Saint-Jean Arnauld d'Andilly du 19 juillet 1659]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/110</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/16590719">Juillet 19, 1659</a><br><strong>Localisation:</strong> <br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/435">XVIIème siècle</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/431">Histoire religieuse</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/432">Port-Royal</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/433">Jansénisme</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/340">Education</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/8">"Histoire de l'enseignement,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>Le document que nous présentons ici est une lettre de la sœur Angélique de Saint-Jean Arnauld d’Andilly adressée à son frère Charles-Henri de Luzancy. Depuis quelques années l’histoire s’intéresse à la lettre comme objet d’étude. La lettre permet en effet d’entrer dans l’intimité d’une personne, même si cette dernière se met en scène. Dans le cas de cette religieuse, la lettre montre sans aucun doute ce qu’elle ressent beaucoup mieux que tous ses autres écrits tels que sa relation de captivité et ses discours publiés.</p>
<p>L’auteur était une religieuse, devenue abbesse de Port-Royal des Champs en 1679. Née en 1624, elle était entrée très jeune comme pensionnaire à Port-Royal de Paris avant de décider d’y rester comme postulante puis novice. Elle fit profession en 1644 et se retrouva en 1648 parmi les religieuses qui accompagnèrent la grande mère Angélique Arnauld, sa tante et réformatrice de l’abbaye, à Port-Royal des Champs qui avait été réhabilitée par les solitaires après des travaux d’assèchement des marais. En 1653, elle devint sous-prieure du monastère et responsable des novices, charge qu’elle occupait en 1659, au moment où l’assemblée du clergé s’apprêtait à exiger que les religieuses de Port-Royal signent le Formulaire condamnant les cinq propositions hérétiques supposées être contenues dans l’<em>Augustinus</em> de l’évêque d’Ypres Cornélius Jansen. Dans ce contexte elle écrivit à son frère, Charles-Henri de Luzancy, troisième fils de Robert Arnauld d’Andilly né en 1623, qui avait été page de Richelieu et qui, après un début de carrière dans l’armée, avait dû se retirer du fait de la petite vérole. Il s’adressa alors à Saint-Cyran  puis quitta tout pour servir Dieu à l’âge de 18 ans et se retira en 1642 à Port-Royal des Champs. Les troubles dont cette maison fut affligée l’obligèrent à en sortir trois fois. En effet, à partir de 1659, l’abbaye fut suspectée d’être proche des frondeurs et les solitaires durent quitter Port-Royal des Champs. Il mourut le 10 février 1684, quelques jours après sa sœur.</p>
<p>En 1659, la sœur Angélique de Saint-Jean se trouvait donc à Port-Royal de Paris où elle s’occupait des novices. Toutefois, elle était pleinement consciente des menaces qui pesaient sur l’abbaye. En effet l’abbaye était liée au jansénisme depuis plusieurs années déjà. L’Abbé de Saint-Cyran, grand ami de Jansénius, avait été le confesseur de la mère Angélique Arnauld et son successeur, Monsieur Singlin, était lui aussi janséniste. L’opposition entre les jansénistes et les jésuites étaient très forte. Ces derniers, craignaient que les jansénistes deviennent trop influents et ils cherchaient donc à les éloigner de la cour. De plus, une controverse théologique importante les opposait autour de la question de la grâce et de la prédestination, à propos des travaux de Saint Augustin.</p>
<p>Toutefois, jusqu’en 1661, l’abbaye de Port-Royal fut peu inquiétée dans ces querelles. Ce qui préoccupait plus la sœur Angélique de Saint-Jean comme on le voit dans cette lettre c’est la santé de la mère Angélique Arnauld. Cette dernière était sa tante et elle mourut en 1661. Cette abbesse était la figure de proue du monastère et de la famille Arnauld avant Antoine Arnauld son dernier frère. En effet elle avait entrepris la réforme de l’abbaye dont elle était l’abbesse à partir de 1608.</p>
<p>Cette lettre montre l’affection que la sœur Angélique a pour son frère et la force des liens qui unissent les différents membres de la famille Arnauld, soulignées dès la première ligne par la formule « mon cher frère ». Puis, elle insiste plusieurs fois sur l’amitié qui les unit afin de justifier sa liberté de parole. De plus, elle mentionne son père mais aussi la maladie de la mère Angélique, maladie qui intéresse toute la famille. Elle écrit ainsi « ces nouvelles étaient aussi pour vous », signe que ses lettres permettaient la circulation des informations à travers tout le réseau familial et plus largement tout le réseau proche de l’abbaye.</p>
<p>Il n’est pas seulement question de la famille dans cette lettre, mais les marques d’affection concernent aussi tous ceux qui fréquentent l’abbaye, comme Monsieur de Bagnols, décédé en 1657 et qui était un des grands donateurs de la maison, mais aussi Madame de Chevreuse, Marie Aimée de Rohan, une grande de ce monde, que l’on pourrait ranger dans celles que l’on a appelé les « bonnes amies de Port-Royal », à la fois bienfaitrices et dévotes. Par la correspondance, le réseau janséniste échange aussi des nouvelles des personnages essentiels qu’étaient les confesseurs. Il s’agit alors de Monsieur Singlin et de « Monsieur de Gournay », nom de code pour désigner Monsieur de Sacy, cousin de la sœur Angélique de Saint-Jean avec qui elle entretint toute sa vie des liens très forts.</p>
<p>Dans cette lettre il est aussi question d’éducation. La sœur Angélique de Saint Jean déplore que les enfants de leur « saint ami », c'est-à-dire de Guillaume du Gué de Bagnols qui avait tellement œuvré pour les négociations qui portaient sur le formulaire, ne soient pas pris en charge par les solitaires. En effet, jusqu’alors ses trois garçons avaient été éduqués au château de Saint Jean de Troux, avec cinq ou six enfants pauvres, par des solitaires de Port-Royal des Champs. La sœur Angélique de Saint Jean déclare à ce propos « il n’y a que Port-Royal et les lieux de son ressort exempts de cet air si corrompu qui règne aujourd’hui dans le monde ». Cet air dont parle la religieuse c’est non seulement celui du monde mais c’est aussi celui des jésuites. Elle ajoute plus loin « le bonheur est en vérité pour les filles en ce siècle ; il y a longtemps que vous êtes d’accord qu’elles ont des avantages que vous leur pouvez envier ». Il y a non seulement celui de pouvoir entrer dans le monastère de Port-Royal mais également celui de pouvoir y étudier comme c’est le cas pour Gabrielle du Gué de Bagnols, fille de Guillaume du Gué de Bagnols.</p>
<p>L’éducation à Port-Royal était très particulière en effet, elle fut définie une première fois par la mère Angélique Arnauld mais ensuite de façon plus détaillée par la sœur Jacqueline de Sainte-Euphémie Pascal[1]. Cette éducation visait tout d’abord à élever l’âme des enfants et d’ailleurs la sœur Angélique de Saint Jean s’inquiète de « l’air corrompu » c'est-à-dire de la morale et de l’éducation religieuse des petits garçons. Mais c’était aussi une éducation fondée sur l’affection. Et c’est pourquoi Racine estimait que l’abbaye de Port-Royal offrait une éducation hors du commun. Ce qui faisait l’originalité de Port-Royal des Champs, y compris dans l’éducation, c’était la place des solitaires. Lancelot, un de ces solitaires, avait en effet des visions très modernes sur la façon d’éduquer les petits enfants et l’instruction des garçons se faisait par exemple tout en français.  Mais la sœur Angélique de Saint Jean mentionne aussi l’importance de la prière dans sa lettre « il faudra que notre enfant (…) redouble ses prières ». Il ne faut pas oublier qu’en ce XVII<sup>e</sup> siècle l’éducation, surtout pour les filles, est avant tout religieuse et que la prière est vue comme une pratique utile et efficace</p>
<p>[1] Dans le <em>Règlement pour les enfants</em> publié dans les <em>Constitutions de Port-Royal</em>.</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[Lettre de la Mère Angélique de Saint-Jean Arnauld d'Andilly du 8 mai 1661]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/109</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/16610508">Mai 8, 1661</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/162">Monastère de Port-Royal, Paris</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/433">Jansénisme</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/340">Education</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/434">France XVIIème siècle</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/432">Port-Royal</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/8">"Histoire de l'enseignement,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>Le document présenté ici est une lettre de la Sœur Angélique de Saint-Jean, sous-prieure de Port-Royal de Paris, adressée à Mademoiselle du Gué de Bagnols, une de ses novices et ancienne pensionnaire de Port-Royal de Paris. Cette lettre permet de comprendre les principes éducatifs prônés par la sœur Angélique de Saint-Jean et surtout leur mise en application. Elle montre en effet les liens particuliers entretenus entre la sœur et sa novice.</p>
<p> </p>
<p>La sœur Angélique de Saint-Jean était une abbesse de l’abbaye de Port-Royal des Champs[1]. En 1656, les Petites Écoles situées sur le site de Port-Royal des Champs où les petits garçons étaient éduqués par les Solitaires, avaient été dispersées sur ordre du roi et sous la pression des Jésuites. En 1661, le roi interdit au monastère de recevoir des pensionnaires et des postulantes aussi bien aux Champs qu’à Paris. Dans ce contexte, le 5 mai 1661, Gabrielle du Gué de Bagnols (1642-1<sup>er</sup> novembre 1686) fut obligée, parmi d’autres novices comme Mademoiselle de Luynes, de quitter Port-Royal de Paris où elle avait été élevée pour le Val-de-Grâce.</p>
<p> </p>
<p>En 1653 avait commencé la bataille autour des questions jansénistes, le pape ayant publié une bulle condamnant les cinq propositions de l’œuvre de Jansénius comme hérétiques. L’archevêque de Toulouse, Monsieur de Marca, avait établit un formulaire qui devait être signé par tous les clercs, y compris les religieuses. En réalité la bataille ne commença véritablement qu’en 1661 pour le monastère de Port-Royal. Ce monastère avait jusque là été protégé mais ses liens avec Pascal, qui avait publié ses <em>Provinciales</em> à partir de 1656, et surtout avec le Grand Arnauld dont la sœur Angélique de Saint-Jean était la nièce, rendirent la situation du monastère critique aux yeux du roi. Dans le contexte d’après fronde, Louis XIV se méfiait de toute volonté d’indépendance face au pouvoir. De plus, il était dirigé par un jésuite. Les jésuites étaient pour différentes raisons opposés aux jansénistes. Ainsi selon Jean Racine dans <em>l’Abrégé de l’histoire de Port-Royal</em> «  une des choses qui rendaient cette maison plus recommandable, et qui peut être lui a attiré plus de jalousie, c’est l’excellente éducation qu’on y donnait à la jeunesse ».</p>
<p> </p>
<p>C’est dans ce contexte que la sœur Angélique de Saint Jean, maitresse des novices, écrit à une de ses « filles » comme elle appelle ses novices. Elle appelle d’ailleurs plusieurs fois Gabrielle du Gué de Bagnols « ma chère sœur » comme si cette dernière, en étant novice, était déjà entrée dans le giron de la communauté, qu’elle faisait partie du réseau port-royaliste. En effet, la destinataire de la lettre est chargée aussi de donner des nouvelles de l’abbaye à celles que la sœur Angélique de Saint Jean appelle « nos chères enfants », c'est-à-dire aux autres novices qui se trouvent au Val de Grâce. Car, non seulement la lettre permet d’entretenir des liens personnels, mais elle est aussi un acte communautaire, ainsi la mère Angélique écrit au nom de plusieurs sœurs, et elle affirme d’ailleurs « tout le monde vous salue ».</p>
<p> </p>
<p>La lettre témoigne de la douleur de la sœur Angélique de Saint-Jean, qui, en utilisant le verbe « arracher », montre bien l’affection maternelle que portait cette abbesse à ses novices. Cette affection n’est pas si exceptionnelle, compte tenu du fait que les religieuses de Port-Royal voulaient véritablement éduquer les filles, non pas seulement les instruire. Ainsi, il est écrit au Chapitre XVI des <em>Constitutions de Port-Royal du Saint Sacrement</em> «  l’on pourra recevoir au monastère des petites filles pour les instruire en la crainte de Dieu durant plusieurs années et non pour un an seulement ». Cette lettre illustre bien les principes éducatifs prônés par Port-Royal et que Jacqueline Pascal a mis par écrit dans son <em>Règlement pour les enfants de Port-Royal</em> publié dans les Constitutions du Monastère en 1665. Ainsi, elle affirme dans son règlement : « Nous devons avoir beaucoup de charité et de tendresse pour elles » et « pour servir utilement les enfants, nous ne devons jamais leur parler ni agir pour leur bien sans regarder Dieu ».</p>
<p> </p>
<p>Il est intéressant de voir que sœur Angélique de Saint-Jean appelle les autres sœurs de la communauté les « mères », ce qui semble indiquer que les enfants élevés par les religieuses, ainsi que les novices, les appelaient ainsi. Non seulement elles étaient leurs mères spirituelles, mais elles leur enseignaient aussi tout ce qu’une fille devait alors savoir pour élever convenablement une famille. Et Racine écrivit en effet : « On pourrait citer un grand nombre de filles élevées dans ce monastère, qui ont, depuis, édifié le monde par leur sagesse et par leur vertu. On sait avec quels sentiments d’admiration et de reconnaissance elles ont toujours parlé de l’éducation qu’elles y avaient reçu ».  Certes, Racine n’est pas très objectif, mais cependant il est vrai que Port-Royal et plus généralement son enseignement influencèrent beaucoup de jeunes filles.</p>
<p> </p>
<p>La maitresse des novices qu’est sœur Angélique de Saint-Jean se charge ainsi de leur éducation théologique et elle fait vraiment œuvre ici de guide spirituel comme pourrait le faire un confesseur. Elle s’appuie sur des extraits des textes saints mais aussi sur la dévotion particulière de sa protégée, sur sa devise tirée du psaume 17. Elle tente, au travers de cette lettre, d’affermir la foi de celles qui ont du quitter l’abbaye et de leur redonner courage. Le ton de la mère Angélique de Saint Jean est celui d’une éducatrice qui dit-elle se « réjouit de vous [Gabrielle du Gué de Bagnols] voir croître », elle ne cesse d’utiliser des impératifs et le devoir est un thème omniprésent dans cette lettre.</p>
<p> </p>
<p>Le plus intéressant, et le plus novateur peut être, est le dernier paragraphe de la lettre. La Mère Angélique de Saint-Jean s’y laisse emporter par son affection et développe une comparaison très significative. Elle se compare à une nourrice, ce qui souligne bien qu’elle se considère comme une mère et non simplement comme une éducatrice, qui nourrit ainsi sa protégée par ses enseignements. Elle affirme ainsi « il n’y a de différence entr’elles [les nourrices] et moi sinon que je vous ai nourrie douze ans, et qu’elles ne les [les enfants] nourrissent que deux ». Puis la comparaison s’étend à la nourriture que la sœur donne à ses novices. Mais le fait qu’elle la désigne comme du lait montre bien la volonté protectrice des sœurs. Ainsi elles souhaitaient faire de leur pensionnat et de leur noviciat une sorte d’îlot préservé du péché du monde.</p>
<p> </p>
<p>Cette lettre montre donc que l’éducation dans un couvent n’est pas du tout incompatible avec l’affection et l’amitié. Une amitié en Dieu, comme auraient dit les religieuses de Port-Royal. Mademoiselle de Bagnols n’est pas la seule avec qui sœur Angélique de Saint-Jean entretient ce genre de correspondance. Elle fit de même plus tard avec Mademoiselle de Séricourt ou Mademoiselle de Courcelles. Toutefois, la lettre que nous présentons ici n’est que le début d’une longue correspondance puisque, en 1682, deux ans avant sa mort, la mère Angélique de Saint-Jean adresse encore une lettre à Mademoiselle de Bagnols.</p>
<p> </p>
<p>[1] Voir sa biographie abrégée dans la lettre de la même religieuse adressée en 1659 à son frère Monsieur de Luzancy et publiée sur l’Atelier numérique de l’histoire.</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[Reconnaissance de la colonie pénitentiaire agricole de Oullins comme établissement d’utilité publique]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/69</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/18530506">Mai 6, 1853</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/107">Colonie pénitentiaire agricole, Oullins</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/292">Oullins</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/269">Délinquance juvénile</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/336">Bâtiment pénitentiaire</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/8">"Histoire de l'enseignement,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>« L’esprit de désordre et de vagabondage chez les jeunes garçons est une des plaies sociales qu’il est de la plus haute importance de combattre[…], le mal existe, c’est un fait constant, le remède est dans les colonies agricoles ». Ainsi s’exprime le Conseil d’administration de la Société Saint Joseph dans son rapport de 1853. Ces prisons aux champs, auxquelles le Conseil fait référence sont une des nombreuses expérimentations pénales du XIXe siècle.</p>
<p>La distinction entre les mineurs et les adultes faite par le Code Civil de 1810 a été le point de départ de nombreux débats sur le traitement de la délinquance juvénile. Des quartiers séparés dans les prisons sont créés, des sociétés de patronage sont mises en place, afin d’aider le jeune condamné à se réinsérer dans la société. Mais dans la seconde moitié de la Monarchie de Juillet, le temps des expériences philanthropiques laisse place à celui de la peur sociale et politique, le gouvernement veut mater cette jeunesse délinquante, susceptible de constituer un terreau contestataire. Les colonies pénitentiaires agricoles avec leur mission moralisatrice reposant sur le travail de la terre et l’encadrement catholique apparaissent comme la solution appropriée. Elles remportent un grand succès et émergent un peu partout en France, comme à Mettray. Leur nombre s’accroit avec la promulgation de la loi d’août 1850 déclarant le placement d’office en leur sein de certaines catégories de mineurs condamnés.</p>
<p>Avant le Second Empire, leur création résulte généralement d’une initiative privée. Napoléon III souhaitant garder le contrôle sur ces établissements pénitentiaires décide de les soumettre à son approbation. C’est dans ce contexte qu’est promulgué le décret impérial du 6 mai 1853. Ce décret adressé au Supérieur de la Société de Saint-Joseph, l’Abbé Joseph Rey (1798-1874), reconnaît la colonie pénitentiaire d’Oullins comme établissement d’utilité publique.</p>
<p>Ce décret se réfère à des lois et des ordonnances antérieures. L’article premier de la loi du 5 août 1850 relative à l’éducation et au patronage des jeunes détenus, prévoit que ces derniers doivent recevoir « soit pendant leur détention préventive, soit pendant leur séjour dans les établissements pénitentiaires, une éducation morale, religieuse et professionnelle ». Elle aborde le thème de la nécessité d’une éducation correctionnelle. Cet article est repris et figure au premier plan du règlement de la Société de Saint Joseph, « la Société de Saint Joseph se voue à l’instruction primaire des enfants pauvres, orphelins et abandonnés » et se consacre à « l’éducation correctionnelle des jeunes détenus et à celle des enfants indisciplinés qui lui sont remis par les familles ».</p>
<p>La Société a à sa charge plusieurs types d’enfants, les indigents livrés à eux-mêmes ; « les jeunes détenus acquittés en vertu de l’article 66 du code pénal comme ayant agi sans discernement, mais non remis à leurs parents » (art. 3 de la loi d’août 1850) ainsi que « les jeunes détenus condamnés à un emprisonnement de plus de six mois et qui n’excède pas deux ans » (art. 4) ; les enfants placés par droit de correction paternelle.</p>
<p>L’enseignement revient au corps religieux des Frères de Saint Joseph. Leur statut est déterminé par les articles  cités de la loi Falloux, qui concernent leur nomination et leur révocation.Ils enseignent les rudiments de l’instruction primaire, c’est-à-dire la religion, la lecture, l’écriture, le calcul. Les enfants sont également soumis à l’apprentissage d’une profession manuelle afin d’avoir « les moyens de vivre honorablement », il s’agit majoritairement des métiers d’horticulteur, d’ajusteur et de cordonniers. Reconnaissant qu'elle dispense un enseignement primaire ainsi que l’apprentissage d’un métier en vue de favoriser la réinsertion et d’éviter la récidive, le Conseil d’Etat élève la colonie pénitentiaire d’Oullins au rang d’établissement d’utilité publique.</p>
<p>A la fois établissement d’éducation et maison pénitentiaire, cette institution cherche avant tout à corriger et à normaliser les comportements de ses jeunes détenus en misant sur le mélange du cloître, de la prison, du collège et du régiment pour moraliser cette jeunesse. La colonie d’Oullins se vante d’avoir une mission éducative. Pourtant les trois heures de classe quotidiennes  sont dérisoires face aux dix heures de travail. Ce temps d’enseignement ne présente pas d’intérêt financier pour la colonie qui tire une grande partie de ses revenus et de ses profits du travail des détenus. Le retour dans le droit chemin passe par le travail de la terre au grand air, une activité jugée réformatrice qu’ils sont censés poursuivre dans leur vie future. Ces colonies situées à la campagne prétendent écarter cette jeunesse de la ville corruptrice mais elles ne sont peut être au fond qu’un moyen d’éliminer de la ville les vagabonds et les délinquants.</p>
<p>Sous le Second Empire, l’Etat autorise et même encourage la création de colonies privées, tout en veillant à garder la mainmise sur ces établissements. Fondée en 1835, la Société avait pour mission de recueillir et élever gratuitement les « jeunes garçons vagabonds et corrompus, ou délaissés ». Le refuge Saint Joseph n’est transformé en colonie pénitentiaire que le 10 février 1849, après une convention passée entre le ministre de l’Intérieur et le supérieur du refuge d’Oullins, l’Abbé Rey.</p>
<p>Afin d’obtenir la reconnaissance d’établissement d’utilité publique, la Société a dû soumettre ses statuts à l’approbation du Cardinal, le 23 mars 1853 ainsi qu’au préfet du Rhône, le 29 mars 1853. Puis, la Société a pu faire sa demande de reconnaissance à l’Empereur. Les lois énumérées dans ce décret de mai 1853 révèlent le contrôle de l’Etat sur ce genre d’établissement. La loi du 5 août 1850 stipule que si les établissements privés sont fondés et dirigés par des particuliers, ils n’en requièrent pas moins l’autorisation de l’Etat (art.5). Cette autorisation sera potentiellement conférée après étude par le ministre de l’intérieur de ladite demande ainsi que des plans, statuts et règlements intérieurs de ces établissements (art.6). Il en va de même pour le directeur de la colonie, qui doit être agréé par l’Etat (art.7). Une fois reconnue, la colonie est en mesure de recevoir des subventions de la part de l’Etat (art. 20).</p>
<p>Napoléon et son ministre de l’instruction et des cultes mettent en avant l'autorité de l’Etat dans l’article 3 du décret, en rappelant que sans son approbation, l’établissement ne pourrait pas recevoir de détenus. De même, si elle n’exécute pas ses lois et ses statuts, l’Association Saint Joseph pourra être révoquée (article 4). Enfin, d’après l’article 910 du Code civil, ces établissements ne sont donc pas disposés à jouir des dons ou legs au tant qu’ils n’ont pas été approuvés par décret impérial.</p>
<p>Prison, religion et agriculture sont les mots d’ordre de la colonie pour parvenir à la « régénération morale d’une jeunesse pervertie ». La Société de Saint Joseph n’a pas la volonté de chercher les causes de la délinquance, seul son traitement importe. Reconnue établissement d’utilité publique, cette réponse disciplinaire semble convenir à l’Etat. Lorsque, au milieu du Second Empire, ce dernier mesurera l’importance des coûts budgétaires de telles institutions, qui profitent essentiellement aux fondateurs et aux administrateurs, il privilégira les colonies pénitentiaires publiques mais sans jamais remettre en cause leur fondement et leur fonctionnement.</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[Projet de construction d’un groupe scolaire à Lyon : émergence de la sphère publique républicaine]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/66</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/18780905-18780915">Septembre 5, 1878 au Septembre 15, 1878</a><br><strong>Localisation:</strong> <br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/236">Planification urbaine</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/77">Hygiénisme</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/79">Architecture</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/256">IIIème République</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/266">Construction scolaire</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/267">Place Guichard</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/290">Enquête municipale</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/207">Bâtiments scolaires</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/8">"Histoire de l'enseignement,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>Du 5 au 15 septembre 1878, le Préfet-Maire de Lyon Abel Berger lance par délégation au commissaire-enquêteur et adjoint au maire du 3<sup>e</sup>, Jean-Baptiste Théral, une enquête auprès des habitants du quartier quant au projet de construction scolaire sur la future place Guichard.</p>
<p>La mise en scène de l’action municipale au travers de cette sollicitation semble être emblématique d’une phase de transition de la République monarchiste à la « République républicaine ». Ainsi, c’est moins le contenu de l’enquête ou ses résultats qui seraient les plus significatifs, mais le processus de sensibilisation qui résulte du mode de transmission de l’information initié par la municipalité et l’encouragement à l’exercice des libertés publiques.</p>
<p>L’émergence de cette sphère publique républicaine s’effectue parallèlement à une relative instabilité à l’échelle municipale, qui conditionne les transformations du cadre des échanges entre Etat, municipalité et habitants. Dans un contexte de retournement conservateur annonçant l’Ordre moral, la loi sur la municipalité d’exception du 4 avril 1873 supprime jusqu’en 1881 la Mairie centrale de Lyon. La ville est alors dirigée par des Préfet-Maire, dont la succession symbolise une perte d’autonomie au profit de l’Etat. Cependant, après la crise du 16 mai 1877, les républicains s’insèrent progressivement dans le paysage politique national. Ainsi Pierre-Yves Suteau indique-t-il que si « cette sphère publique ne modifie pas encore en profondeur la configuration du gouvernement municipal, son apparition augure du développement, non seulement dans les lois républicaines mais aussi dans les moeurs, d’une pratique quotidienne des libertés publiques dans l’espace public municipal ».</p>
<p>En premier lieu, il serait légitime d’interroger la réception de l’enquête réellement attendue par la municipalité et la prise en compte effective des témoignages potentiellement émis. La fonction préfectorale s’apparente alors à une courroie de transmission ministérielle, le Préfet-Maire -nommé par décret du Président de la République- n’a théoriquement que peu d’emprise sur les décisions concernant les affaires locales. Suteau souligne « une situation paradoxale où le Préfet-Maire, bien que sous l’autorité hiérarchique directe du Ministre, prend une certaine autonomie de décision dans l’intérêt de la Ville », contredisant la thèse du « préfet-nomade » non attaché à la « fortune communale ».</p>
<p>De plus, l’impartialité et l’indépendance du projet pourraient être mises en question du fait de la charge élective d’adjoint au maire du commissaire enquêteur, également membre du conseil des directeurs de la caisse d’épargne et de la commission administrative du bureau de bienfaisance de Lyon. Il « reconnait sa grande utilité » dans le procès verbal et souhaite « qu’il soit donné suite le plus promptement possible à son exécution ».</p>
<p>Aussi, bien que le mandat de paiement du terrain soit conclu le 30 juin 1879, la date du lancement de cette enquête peut surprendre dans la mesure où le rapide consensus des acteurs impliqués autour des opportunités représentées par l’acquisition du terrain était clairement explicité lors de la séance du conseil municipal du 7 août 1878. Le terme de « projet » -et non l’idée d’un accord déjà formulé, de négociations entreprises- ouvre et clos le propos de l’affiche, se contentant ainsi de véhiculer l’information aux habitants tout en prétendant les questionner.</p>
<p>L’ampleur de l’opération d’aménagement de la place Guichard par la municipalité est à ce titre éclairante. Le 24 décembre 1878, la commission impliquée préconise l’acquisition par la ville « d’une espèce de baraquement infect et sans importance qui avoisine ledit terrain, et qui n’en est séparé que par une petite ruelle (qui) sert d’entrepôt d’immondices, et n’est fréquentée que par des gens mal famés, qui s’y cachent quand la police fait sa ronde par là ». A travers les débats qui entourent la construction du groupe, se lit la réalité d’un quartier populaire des années 1880 avec ses ruelles malpropres que la municipalité cherche, dans une perspective « hygiéniste », à assainir. Cette démarche pourrait s’inscrire dans un désir d’estomper le contraste encore frappant à la fin du siècle entre les grandes artères à l’allure bourgeoise et les petites rues à maisons basses et insalubres. A l’instar de la formule de Marianne Thivend, l’ouvrier du troisième arrondissement semble ici « remplacer le canut croix-roussien dans les peurs sociales ».</p>
<p>En moins d’un mois, entre l’émission des instructions du préfet le 29 août et le procès verbal le 21 septembre, le déroulement de l’enquête est fixé pour une durée de dix jours seulement. L’empressement de la municipalité pour l’acquisition de ce terrain semble ainsi avoir été imposé aux habitants. D’autre part, dans un quartier majoritairement ouvrier, la durée des journées de travail, les difficultés qui incombent à la lecture de documents rédigés par des experts ainsi qu’un potentiel éloignement de leurs préoccupations sont autant de limites à l’accessibilité réelle au dossier.</p>
<p>Pourtant, le parti pris de l’affichage implique une réelle volonté d’informer et indirectement de promouvoir le projet. Thivend indique que « d’un côté, on « répare » la ville en profitant de la construction de l’école pour assainir un vieux quartier populaire. De l’autre, on « construit » la ville en faisant de l’école un agent de structuration des quartiers ».</p>
<p>La presse relaie cette volonté de contrôle qui s’accompagne d’une dimension pédagogique symbolisée par la promotion de l’école de la République. Ainsi la Construction lyonnaise, oeuvrant pour une solide culture républicaine et laïque, indique-telle qu’il faut multiplier ces : « campagnes du pauvre dans les quartiers populeux pour permettre aux plus déshérités de reposer leur vue sur un peu de verdure et d’offrir à leurs enfants un endroit sain et aéré, tout autre que la rue, pour s’y ébattre en toute sécurité », faisant de l’école un « agent d’unification du territoire urbain ».</p>
<p>Il s’agit donc davantage d’une mise en scène de l’information plutôt que d’une véritable enquête, les potentiels résultats ne sauraient infléchir le projet. La coquille vide à laquelle s’apparente le procès verbal, clos le dernier jour de l’enquête, ne fait non seulement état d’aucune déclaration mais précise que « le silence des intéressés est une preuve évidente que le projet dont il s’agit ne froisse aucun intérêt public ou privé ». Les cahiers de délibération ne retracent cependant pas l’intégralité des débats au sein du conseil. En dépit de cette contrainte, cette assertion reflète l’idée que l’habitant se prononce aussi par son silence et que ce dernier témoigne d’une absence d’opposition vive au projet ; mesure de l’opinion qui -malgré son caractère approximatif- est précieuse pour la municipalité.</p>
<p>En sollicitant ainsi la parole publique, la municipalité invite aussi les habitants à se déplacer jusqu’au « lieu privilégié des évènements de leur vie de citoyen » tel que Pierre-Yves Saunier nomme la mairie d’arrondissement, lieu d’exécution des projets, constituant les prémices d’une intégration progressive dans le processus décisionnel à l’échelle locale.</p>
<p>Ainsi les arrondissements sortent « renforcés de ces projets<strong>…</strong>à la fois comme cadre d’expression des intérêts locaux et comme véritable « classe socio-spatiale ». Les premières pétitions d’habitants sont ainsi adressées au Préfet-Maire à la fin des années 1870 au sujet de l’enseignement.</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[Construction d’un « palais » scolaire à Lyon]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/65</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/18780807-18810407">Août 7, 1878 au Avril 7, 1881</a><br><strong>Localisation:</strong> <br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/207">Bâtiments scolaires</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/267">Place Guichard</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/266">Construction scolaire</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/256">IIIème République</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/79">Architecture</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/77">Hygiénisme</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/236">Planification urbaine</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/289">Abraham Hirsch</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/8">"Histoire de l'enseignement,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>L’achat par la municipalité lyonnaise le 7 août 1878 d’un terrain situé rue Vendôme en vue de la construction d’un groupe scolaire constitue le premier stade d’une opération de renouvellement urbain de grande envergure au cœur du troisième arrondissement, ayant pour aboutissement la création de la place Guichard, votée par décret d’utilité publique le 7 avril 1881.</p>
<p>Le présent extrait du registre de délibération du conseil municipal pose les bases d’un projet de construction de l’un des « palais » scolaires, école publique et laïque qui sert, par ses pierres, sa monumentalité et son architecture ambitieuse à l’affirmation d’un fragile régime républicain qui cherche ses fondements, et manifeste à tous le pouvoir qu’il incarne dans l’espace urbain.</p>
<p>L’accroissement des acquisitions réalisées de 1875 à 1878 marque l’orée d’un vaste programme de construction scolaire dont la municipalité profite pour mener d’importantes améliorations de voiries en vue d’« assainir » certaines zones dans les quartiers dits populaires, tels que la Croix-Rousse, la Villette ou la Part-Dieu. L’ampleur de ces investissements s’explique par un contexte de hausse des valeurs foncières à partir de la fin des années 1870, contraignant la municipalité à acheter des terrains avant qu’ils ne soient trop coûteux. De plus, la loi du 1<sup>er</sup> juin 1878 oblige chaque commune à approprier ou à construire un bâtiment scolaire, amplifiant la dynamique initiée par la loi Guizot de 1833. Il faut en ce sens prendre en compte la progressive initiative des autorités républicaines lyonnaises à partir des élections législatives de 1876, marquant la fin des prétentions monarchistes à la Chambre des députés avec l’élection d’une majorité républicaine.</p>
<p>Aux yeux de la municipalité, l’« offre du sieur Guinet » ne peut qu’être exceptionnelle et est présentée comme telle lors du conseil au sein duquel elle suscite consensus. Marianne Thivend précise que « si ce terrain fait immédiatement l’unanimité, c’est pour sa superficie, sa situation de façade sur trois rues et son prix ». La conséquente taille de la parcelle, finalement établie à 2799, 48 m2 ; mais aussi la situation centrale dudit terrain et son prix catalysent nombre d’opportunités pour l’ « utilité publique ». Leitmotiv des sources impliquées, le prix résulte de « pourparlers » avec le propriétaire du terrain, entrepreneur et « expert agissant pour son compte personnel» qui «consentit à abaisser sa demande à 50 f au m2» -d’ailleurs seulement en partie- au lieu des 60 initialement demandés. Par ailleurs, Abraham Hirsh, architecte en chef de la ville, propose en mai le prolongement de la rue Chaponnay, dans le tronçon compris entre les rues Vendôme et d’Arquebuse, afin que le groupe puisse ainsi profiter de l’atout de quatre façades sur la rue. « Homme du maire » et conseiller privilégié en matière de grands travaux, il exerce un rôle primordial dans l’élaboration des projets des 4 premiers groupes scolaires érigés entre 1876 et 1880<strong>. </strong>Notons que cette forte influence impulsée par les élus se justifie doublement : il s’agit de renforcer le contrôle sur la réalisation du projet de construction tout en manifestant le souci d’assurer le respect des normes pédagogiques impliquées.</p>
<p>Le souci d’ouvrir ce « haut-lieu » sur l’espace public relève autant du désir de conformité avec les préoccupations hygiénistes que de celui de rendre visible le groupe scolaire depuis ce même espace. Volonté qui correspond aux vœux formulés par l’inspecteur d’académie le lendemain de la rédaction du document étudié : « l’administration municipale doit tenir à ce que les édifices scolaires aient un aspect monumental et embellissant la ville ». Aubin évoquait déjà en 1873 « des écoles qui apprennent à l’enfant que leurs pères honorent et pratiquent l’instruction ». La monumentalité, en plus d’être exprimée au travers de modèles préétablis, s’accroît par la mise en valeur du bâtiment lui-même, par le dégagement de l’espace dans lequel il s’insert et rayonne.</p>
<p>Cette monumentalité trouve aussi sa raison d’être dans un contexte de relégation de l’enseignement religieux dans la sphère privée. Jusqu’au milieu des années 1870, la ville est en conflit ouvert avec l’Eglise et avec un pouvoir central encore bien peu républicain ; l’école apparait alors comme un emblème politique du pouvoir municipal par opposition aux congrégations enseignantes, particulièrement bien implantées à Lyon. La prise de fonction de Courcière, « homme neuf non impliqué dans le conflit » est emblématique car elle « signale que les temps sont mûrs pour l’application de la politique scolaire républicaine ». A partir de 1876, Lyon est assurée du soutien du pouvoir central et peut apparaitre comme le « fer de lance de la laïcisation ». Les laïcisations deviennent systématiques sous l’effet de la circulaire ministérielle de février 1879.</p>
<p>« Ces opérations, qui font l’unanimité au sein du conseil municipal dans les années 1880, sont menées en moins de dix ans ». Ce « temps record » nécessaire au consensus est d’autant plus intéressant à la lumière de l’instabilité de ses décideurs et de la relative fébrilité des rouages décisionnels dont ils dépendent. Ainsi Courcière, initialement en fonction à Toulouse, est nommé inspecteur d'académie en résidence à Lyon l’année même de l’acquisition du terrain entrevu, tandis qu’il était en poste à Montpellier en 1877.</p>
<p>C’est au travers d’enjeux politiques d’aménagement de grande envergure, que l’acquisition cristallise les assentiments au-delà de ceux qui sont strictement inhérents au projet scolaire. La commission propose en effet de scinder le terrain en deux, le groupe scolaire avec ses dépendances pouvant être édifié sur un emplacement de 1400 m2. Décision pourtant contredite par le constat de George Louvier -architecte du département jusqu’en 1881 en remplacement d’Antoine Chenavard- soulevant <strong>« </strong>l’exiguïté frappante du terrain », par l’architecte chargé du projet, Adolphe Coquet, et la commission des bâtiments scolaires. Le 10 juillet et le 7 aout 1879, la municipalité profite ainsi de la constructionpour lancer les procédures d’acquisition de trois autres îlots nécessaires à la création de la place Guichard, par un remembrement des parcelles situées au Nord du futur groupe scolaire.</p>
<p>A cet égard, la rapidité de l’acquisition et de la construction fut privilégiée à la question des coûts. Le processus d’acquisition engage un dépassement des dépenses initialement prévues par la municipalité. Presque 10 000 f supplémentaires sont ajoutés au « crédit spécial de 135 000 f » dans le registre de 1879 (représentant alors 70% du budget prévisionnel), somme encore amplifiée par le versement d’une allocation de 200 000 f « en vertu d’un crédit ». C’est du reste ce qui amène A. Coquet à constater que, malgré la diminution de la surface à construire, le nombre d’ouvrier est resté le même - il est vrai qu’il critique l’explosion des dépenses parce que son salaire est resté « au dessous du taux légal ».</p>
<p>La ville dispose d’une relative autonomie dans la réalisation de ses projets, du fait qu’elle soit alors peu contrôlée par les diverses instances départementales et bénéficie de peu de subventions (la prévalence étant accordée aux petites et moyennes communes). Lyon dépense 12 millions de francs pour l’édification de 37 bâtiments scolaires entre 1876 et 1914. Ainsi « la politique foncière de la ville s’adapte au tissu urbain et quand elle le transforme, sans programme préalable d’urbanisation véritable ».</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[Rapport sur la propriété des bâtiments du collège et l'établissement de l'escalier de la bibliothèque au Conseil Municipal de la ville de Lyon par une Commission spéciale]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/44</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/18451106">Novembre 6, 1845</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/28">Place du Pont, Lyon</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/207">Bâtiments scolaires</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/56">Collège</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/57">Instruction</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/8">"Histoire de l'enseignement,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>En 1845, alors que l'académie de Lyon change de recteur, un projet municipal de construction d'un escalier pour la bibliothèque de la ville, incite le conseil municipal à prendre possession du logement du recteur. Cet événement s'inscrit dans une période de tension entre la ville de Lyon et l'Université: le rapport de 1845 permet d'entrer au cœur du conflit. La bataille que se livrent la ville et l'Université pour la propriété des bâtiments est-elle liée à une attention portée à l'instruction ou révèle-t-elle les enjeux symboliques associés au collège?</p>
<p>Le conflit concerne la propriété des bâtiments du Grand collège. Il s'agit d'un ancien collège jésuite puis oratorien qui abritait, en 1845, le collège royal (établissement d'enseignement secondaire géré par l'Université et aujourd'hui lycée Ampère) mais aussi la bibliothèque, la faculté des sciences, l'auditoire du juge de paix du deuxième arrondissement et des magasins loués par la ville. Des désaccords sont apparus dès 1839: une commission spéciale était chargée de statuer sur l'affectation des bâtiments du collège. Cela supposait que la ville en avait le pouvoir mais le ministre de l'instruction publique n'avait pas validé la proposition issue de cette commission. Le sujet a ressurgi au cours de plusieurs délibérations du conseil municipal en 1842, le 17 juin 1845 et le 2 octobre 1845. Dans le rapport du 6 novembre 1845, il semble à son apogée autour de la question du logement du recteur : les problèmes de propriété étaient déjà apparus à plusieurs reprises quand le proviseur demandait la cession d'une partie des bâtiments pour agrandir le collège sans pour autant générer de tensions et le projet avorté de création d'un second collège royal avait mis au jour des relations difficiles entre la ville et l'Université sans toutefois égalé le climat du rapport. L'affrontement sur la question du logement du recteur apparaît comme point de départ à un état général des affectations des différentes parties du collège.</p>
<p>Ce contexte permet de mieux appréhender l’argumentaire la ville de Lyon tel qu'il est présenté aux membres du Conseil municipal. A travers le rapport apparaissent les différents acteurs du conflit:</p>
<p>- Le conseil municipal: élu au suffrage censitaire, il règle par ses délibérations les affaires de la commune, sous la présidence du maire. En 1837, les conseils se sont vus reconnaître la personnalité civile, ce qui leur permet de défendre les intérêts de la ville en justice.</p>
<p>- Le maire: nommé par le roi, il est détenteur du pouvoir exécutif dans sa commune. Il a un double rôle: agent de l'Etat, il doit faire appliquer les lois sous la tutelle du préfet ; agent de la commune, il doit faire exécuter les mesures prises par le conseil municipal. Dans le cadre du conflit, il faut rappeler qu'il est membre du bureau d'administration du collège royal.</p>
<p>- Le préfet: représentant de l'Etat dans le département, il doit, entre autres, faire exécuter les lois et règlements du pouvoir central.</p>
<p>- Le recteur: représentant de l'Université au niveau des académies, il a un rôle d'application des lois et règlements et d'inspection.</p>
<p>- Le ministre de l'instruction publique: il n'est jamais mentionné mais c'est à lui que revient le pouvoir d'accepter un éventuel accord.</p>
<p>Les rapports entre ces acteurs ne se limitent pas aux échanges conflictuels. Le maire entretient une correspondance avec le préfet de laquelle émane un souhait de conciliation. Le préfet joue un rôle charnière entre le ministre et le maire.</p>
<p>L’examen des délibérations montre que les décisions sont régulièrement approuvées de part et d’autres (c’est le cas pour l’agrandissement des salles de cours), le conflit ne porte donc pas directement sur le collège royal. L’élément crucial semble être de déterminer quelle parole prévaut dans les décisions concernant le Grand collège et à qui revient la propriété. Pour l’Université, il s’agit probablement de maintenir le contrôle sur son domaine, dans une période où son monopole est remis en cause. Dans une lettre du ministre de l’instruction au maire de Lyon en 1838, celui-ci précise qu’il ne s’oppose pas à une vérification de l’attribution des logements dans le collège, mais si elle est réalisée par l’administration académique et non par le conseil municipal. Pour la ville de Lyon, en plus d’être un élément de prestige (cela est notamment perceptible à travers la description faite de la bibliothèque), le Grand collège représente à la fois une contrainte budgétaire et une manne financière. La ville loue les magasins qui s’y trouvent mais elle est également responsable de l’entretien des bâtiments.  Le rapport résume ce point de vue de la ville : « si les prétentions de l’Université venaient à triompher, elle aurait dans son lot, tous les avantages de la chose, et notre titre de propriétaire nous vaudrait uniquement la charge de payer les grosses réparations ». La dimension symbolique attachée au Grand collège semble primer.</p>
<p>Des deux côtés, les argumentaires montrent une volonté de s’ancrer dans une continuité historique, au-delà la coupure révolutionnaire, comme l’illustre l’emploi du terme « Pères ». Le rapport cite le plus possible des textes de loi ou règlements, oscillant entre  le rapport d’une commission et la constitution d’un dossier de plaidoirie. Il s’appuie sur les textes de loi dont l’interprétation peut diverger. L’offre de compromis du préfet est interprétée comme une négation des droits de la ville mais aussi comme une violation des règlements universitaires eux-mêmes. La poursuite du conflit devant la justice apparaît toutefois davantage comme une menace brandie par la ville. Malgré l’agressivité du rapport – l’Université est désignée sous le terme d’ « adversaires » et le refus du droit de propriété est compris comme une « attaque » - il laisse la place au compromis. Or, le conseil municipal a choisi immédiatement de publier la délibération. Cela peut montrer une volonté de rendre public le conflit et d’affermir la position de la ville. Cela permet d’expliquer en partie certaines de ses tonalités.</p>
<p>Enfin, le rapport permet d’en apprendre davantage sur le collège royal : le document détaille les locataires de l’enceinte du Grand collège. Sont présents le recteur et les inspecteurs d’académie, un employé des écritures, le tailleur du collège, l’aumônier du collège royal, un professeur de la faculté de théologie, le proviseur, le censeur et l’économe du collège et sept professeurs. Les logements du recteur, du proviseur et de l’économe semblent spacieux et peuvent être des lieux de réception. Les professeurs sont logés à moins bonne enseigne. La présence des fonctionnaires au sein de l’établissement pose la question de la cohabitation entre familles et collégiens : dans sa correspondance, le recteur demande à ce que les locaux ayant vue sur l’établissement soient laissés à l’Université ; le conseil municipal rappelle l’obligation de clôture du collège et dénonce encore une violation des règlements de la part de l’Université.</p>
<p>La tonalité agressive du rapport en constitue l’une des spécificités. Le conflit a été résolu hors des tribunaux à partir de 1847 : un accord a attribué la nue propriété à la ville et l’usufruit à l’Université. Le projet d’escalier ne semble pas avoir été réalisé mais la question de l’agrandissement du collège a perduré : outre l’octroi progressif de salles, le collège Saint-Rambert est annexé en 1860 au collège royal. Le rapport de 1845 détaille donc un conflit qui illustre de nombreuses problématiques de ces années de construction de l’instruction.</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[Délibération du Conseil municipal de Lyon, le 9 mai 1844, portant sur la création d'un deuxième collège royal à Lyon.]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/14</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/18440509">Mai 9, 1844</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/28">Place du Pont, Lyon</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/57">Instruction</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/56">Collège</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/58">Création collège</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/8">"Histoire de l'enseignement,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>En 1843, un projet de création d’un second collège royal est proposé à la ville de Lyon. Ce collège – établissement d’enseignement public, géré par l’Etat et qui accueille les enfants dont les familles peuvent consacrer du temps et de l’argent à leur instruction - semble être indispensable pour éviter aux enfants des classes aidées de « déchoir » dans un siècle « où le savoir tient la première place ».</p>
<p>Le 9 mai 1844, le Conseil municipal de la ville de Lyon s’empare de ce projet, écoute le rapport d’une commission spéciale créée pour l’évaluer et le soumet au vote. La séance est donc rythmée par la présentation du rapporteur de la Commission, un rapport du Maire ainsi que par les délibérations des membres du Conseil. Cette délibération intervient un an après la lettre du Recteur de l’académie de Lyon du 14 mars 1843 invitant le Maire à statuer sur la création d’un second collège et quelques semaines après une lettre de relance du Recteur (en date du 20 janvier 1844). Si le projet semble donc susciter l’adhésion de tous, il peine à voir le jour. En effet, le Conseil municipal avait déjà renvoyé l’examen de la question à une date ultérieure lors des séances du 30 mars 1843 et du 23 novembre 1843. Cet écart est révélateur des hésitations des classes dirigeantes à un moment où le développement de l’instruction est encouragé mais où les capacités financières des villes restent limitées.</p>
<p>Cet engouement pour l’instruction transparaît à de nombreuses reprises dans la délibération et Francis Démier rappelle que les années 1840 représentent un tournant dans la société française vers ce qu’il appelle la modernité. Un effort éducatif est à associer à l’émergence d’une classe de notable qui possède une culture acquise dans les lycées et les facultés. Ce sont aussi des années de critiques envers le monopole de l’Université et où se développe le débat autour de la liberté de l’enseignement. Dans ce contexte, le Conseil municipal de Lyon fait le choix du développement de l’instruction publique. Ce choix est justifié tout d’abord par l’accroissement de la population comme le rappelle le rapporteur de la Commission : « Avant 1793, deux colleges existaient à Lyon ; depuis cette époque, la population s’est accrue d’une manière considérable ; elle a débordé dans les faubourgs, dans les communes environnantes et aujourd’hui l’on compte plus de 200,000 âmes dans l’aglomération lyonnaise ». Or, la ville ne doit pas seulement considérer ces besoins en instruction, elle doit également pouvoir les satisfaire par une offre publique : « Les établissements privés offrent sans doute aux familles des ressources utiles ; mais l’Etat, comme la ville, doivent pas fonder sur eux toutes leurs espérances ; ils doivent pourvoir d’abord aux besoins publics et laisser ensuite à une sage liberté, à une noble concurrence les développements et les progrès. » Face à l’arrivée programmée de la liberté de l’enseignement, la ville développe son offre éducative et tient un discours dans lequel ne transparaissent pas les critiques qui ont pu être adressée à l’Université. L’instruction publique paraît la plus à même de satisfaire les exigences de la population, comme le montre l’essor de l’enseignement primaire. Ce dernier est présenté comme satisfaisant « pleinement » la population ouvrière de Lyon. La ville se situerait dans la première phase du développement de l’instruction primaire identifiée par Antoine Prost : la multiplication des écoles qui permet l’essor du réseau scolaire. Or, ce succès du primaire, alors que le Maire rappelle les effets jugés positifs de la loi Guizot, semble nécessaire à une émulation des classes aisées. En effet, la loi ne vise pas davantage d’égalité entre les hommes mais cherche à consolider l’ordre établi et à repousser le péril démocratique en enseignant la raison. Le maintien de cet ordre ne peut en outre passer que par une instruction supérieure donnée aux enfants des classes aisées, ce qui constitue un argument majeur en faveur de l’érection d’un second collège royal.</p>
<p>Le choix d’un second lycée est également révélateur de la politique de la ville de Lyon. Un collège royal est en effet un élément de prestige (contrairement à un collège communal, géré par la ville). Le développement industriel de Lyon est mentionné et rappelle que cette décision peut influer favorablement sur l’essor économique. Au-delà, cela lui permet de rivaliser avec Paris, mentionnée dans le rapport : ce serait la seule ville avec Paris à posséder plus d’un collège royal.</p>
<p>Toutefois, c’est à la ville de prouver qu’elle a les moyens de sa politique. La délibération fait apparaître le processus de création d’un collège royal : le ministre transmet la proposition à la ville par l’intermédiaire du Préfet, le Recteur d’académie appuie la demande. La loi du 15 novembre 1811 impose à la ville de faire face aux frais d’installation, et notamment d’acquérir un bâtiment propice si la ville n’en possède pas. Le « petit collége » que mentionne le Maire est une annexe du grand collège, où est installé, entre autres, le collège royal de Lyon, aux pieds de la colline de Fourvière. Or, la ville se développe notamment au-delà de la Saône. Le quartier de Perrache est mentionné, mais le rappel récurrent du manque des possibilités financières de Lyon rend difficile la construction presque ex nihilo d’un collège. En effet, le cahier des charges du collège parfait est considérable. La plupart des collèges royaux à cette époque occupent les locaux de collèges de l’Ancien Régime et n’ont pas demandé la mise en œuvre de travaux que nécessite ce second collège. C’est sous cet angle qu’il faut comprendre les hésitations du Conseil qui n’approuve que le principe de création : l’Etat émet une proposition dont les frais de réalisation sont entièrement à charge de la ville. Même si celle-ci espère une aide, elle semble incertaine.</p>
<p>D’autres hésitations se font sentir à la lecture du rapport. L’enseignement des humanités n’est pas privilégié pour ce nouvel établissement : son succès reposerait sur un enseignement plus pratique, avec des cours de commerce. La loi Guizot a instauré les écoles primaires supérieures et le Conseil semble vouloir créer un enseignement équivalent mais destiné aux classes moyennes supérieures. L’accent est également mis sur la complémentarité entre la famille et le collège pour l’instruction : au-delà d’une posture idéologique, cela semble interroger le modèle de la clôture des collèges.</p>
<p>La lenteur de l’examen suggère les difficultés qu’il faut surmonter au niveau pratique. Or malgré les arguments en sa faveur, le second collège de Lyon n’a pas vu le jour. Un conflit s’ouvre en 1845 sur des questions de propriété de bâtiment entre la ville de Lyon et l’Université et il est possible que cet épisode relègue au second plan le projet de création qui n’a pas ressurgi après la modification de régime politique. Un petit lycée a toutefois été ouvert à Saint Rambert en 1864 et la capacité du lycée de Lyon a été augmentée.</p>]]></description></item>
</channel></rss>