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	                        <title>Flux RSS Atelier numérique de 'histoire</title>
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<item><title><![CDATA[Lettres patentes en faveur des petites écoles de Charles Demia, Lyon, 1681.]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/81</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/16810319">Mars 19, 1681</a><br><strong>Localisation:</strong> <br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/340">Education</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/338">Petites écoles</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/339">Charles Demia</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/232">Diocèse de Lyon</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/9">"Méthodologie Master 1,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/5">Université Jean Moulin Lyon 3</a><p>Le 2 décembre 1672 lorsque Charles Demia est nommé Directeur et Intendant des petites écoles de Lyon avec tous les pouvoirs nécessaires pour remplir sa tâche, une difficulté majeure demeure. Le budget global des cinq écoles de garçons déjà fondées s'élève à 3000 livres annuelles et le prêtre ne les a pas en caisse. Il décide de demander au roi Louis XIV l'autorisation de recevoir dons et legs afin de financer son projet lyonnais. La réponse du roi arrive en mai 1680 sous forme de lettres patentes enregistrées au Parlement le 19 mars 1681 et dix jours plus tard au greffe du siège présidial de Lyon. Ainsi, par ces lettres scellées du sceau de cire verte qui leur donne un caractère perpétuel, le roi rend public et opposable le bien fondé de l'oeuvre éducative de Charles Demia. Le souverain reconnaît et autorise le Bureau des écoles qui fut créé en 1672 à recevoir dons et legs ainsi qu'un ''revenu assuré pour la subsistance des maitres des écoles et éducation des pauvres et jeunes clercs''. Cela dans le but ''d'affermir et rendre perpétuel'' ces établissements d'éducation puisqu'en peu de temps fut reconnue ''la nécessité et utilité des petites écoles pour l'instruction des enfants du pauvre peuple de Lyon''.</p>
<p>C'est pour Charles Demia une étape décisive puisque cette reconnaissance officielle assure un avenir matériel aux écoles et procure une certaine légitimité à la congrégation des sœurs de saint Charles (la Communauté des maîtresses d'école) qu'il fonde cette même année 1680 afin de poursuivre et développer sa mission éducative auprès des plus pauvres. Pour ce prêtre né à Bourg en Bresse en 1637, élève des jésuites de Bourg et de Lyon dès 1648 et brillant étudiant en droit civil et en droit canonique, bien du chemin fut parcouru depuis la visite pastorale décisive de l'automne 1664. C'est en effet en tant que ''visiteur extraordinaire'', mandaté par l'archevêque de Lyon Mgr Camille de Neuville, qu'il découvre la misère du peuple et des ''pauvres enfants'' mal nourris et analphabètes. De retour à Lyon, où il se fixe définitivement en 1665, il décide d'alerter les autorités municipales et religieuses de la ville sur cette misère des plus jeunes. L'année suivante, il rédige les ''Remontrances faites à Messieurs les Prévost des Marchands, Echevins et Principaux habitants de la ville de Lyon : touchant la nécessité et utilité des écoles chrétiennes pour l'instruction des Enfants Pauvres''. Elles sont publiées en 1668 et connaissent un très grand succès y compris parmi les théoriciens de l'éducation de l'époque. Son appel est d'abord d'ordre matériel. Il réclame aux autorités un local en quartier populaire et une rente annuelle de 200 livres afin d'assurer le traitement d'un maître d'école. Il lui faut attendre plus de 4 ans les subventions municipales. D'ici là, il choisit de se tourner vers la Compagnie du Saint Sacrement à laquelle il adhère en 1669 pour pouvoir réaliser le projet contenu dans sa devise d'ordination : ''il m'a envoyé pour évangéliser les pauvres''. Pour lui, cela signifie à la fois éduquer les enfants pauvres et former des prêtres en les mettant à leur service. C'est ainsi qu'à côté de l'ouverture de la première école de garçons pour les ''pauvres enfants'' le 9 janvier 1667 dans le quartier populaire de Saint Georges, il décide en 1672 d'ouvrir un petit séminaire sous le patronage de saint Charles dans les locaux de l'école saint Nizier. A Lyon existaient déjà quatre autres séminaires dont l'accès était cependant réservé aux plus fortunés puisque l'année de pension et d'études s'élevait à 300 livres. En choisissant d'ouvrir son ''auberge cléricale'', Charles Demia veut en faire un lieu pour les ''pauvres clercs'' afin que les ''jeunes gens disgraciés des biens temporels'' soient formés et préparés à devenir à la fois de bons curés de paroisse et de bons maîtres d'école. Ils y recevront une formation religieuse solide et une formation pédagogique spécifique qui fera d'eux des clercs-instituteurs. Ils seront à la tête des écoles tant à Lyon que dans les villages où ils seront ensuite envoyés comme curés de paroisse. Pour y parvenir, il leur offre une formation à la fois théorique et pratique sur le terrain, qu'il consigne dans le Trésor clérical publié en 1682 et qui concerne ''les conduites pour acquérir et conserver la sainteté ecclésiastique''. On y avertit les séminaristes de leurs devoirs et obligations inhérentes à la vie sacerdotale.</p>
<p>Charles Demia demande à son archevêque une autorisation officielle pour son œuvre. C'est ainsi que le 7 mai 1674, Louis XIV donne à Camille de Neuville toute autorité pour toute nouvelle ouverture d'école avec l'obligation de respecter les règlements dictés par lui-même. Par délégation c'est une reconnaissance de l'oeuvre et de l'autorité de Charles Demia qui fut nommé deux ans plus tôt Promoteur Général du Bureau des écoles de garçons après en avoir été Directeur et Intendant. L'institution peut dès lors essaimer partout dans le diocèse. Les premières écoles pour filles ouvrent en 1675 avec des maîtresses pour s'en occuper car à cette époque à Lyon seules existent les Ursulines pour les jeunes filles fortunées. Peu de temps après, en 1678 plusieurs s'unissent sur le modèle du séminaire saint Charles afin de mener à leur tour vie commune pour apprendre la vie religieuse et le métier de pédagogue. Elles ont alors pour tâche d'instruire chrétiennement et humainement les jeunes filles pauvres afin de les préparer à devenir de bonnes chrétiennes et de bonnes épouses connaissant les rudiments du catéchisme et habiles à exercer quelques travaux manuels indispensables à la bonne marche du foyer. En 1675, Demia commence à mettre en forme les ''Règlements pour les écoles'' qu'on lui réclame dans certains diocèses voisins où ses établissements commencent à essaimer. À partir de ces textes primitifs, le manuscrit final des ''Règlements pour les écoles des Pauvres de l'un ou l'autre sexe de la ville de Lyon'' est établi en 1684 et imprimé en 1688. Ce traité de pédagogie générale et d'administration des écoles des pauvres est le fruit d'une vingtaine d'années de pratique pédagogique.</p>
<p>A sa mort, le 23 octobre 1689, à 52 ans, Demia laisse derrière lui une vingtaine d'écoles et une congrégation religieuse qui s'affermit avec l'ouverture d'un noviciat. Son œuvre s'inscrit dans le fort courant qui, à partir des années 1660, porte les élites urbaines à se pencher sur l'instruction des classes populaires, pour des raisons à la fois religieuses, d'ordre public et économiques.</p>
<p> </p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[Pétition pour l'établissement d'un magasin militaire d'habillement à Lyon]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/77</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/17940606">Juin 6, 1794</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/111">31 rue de la Bourse, Lyon</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/111">Lyon</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/31">Révolution française</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/330">Administration militaire</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/183">Pétition</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/9">"Méthodologie Master 1,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/5">Université Jean Moulin Lyon 3</a><p>En date du 18 prairial an II (6 juin 1794), le document présenté est une copie « certifiée conforme à l’original», d’une pétition adressée par le citoyen Hanotin, administrateur de l’habillement détaché à Lyon, aux administrateurs du district de Commune Affranchie (nom donné à Lyon le 12 octobre 1793 suite au siège de la ville soulevée contre la Convention). Si le document original était adressé à l’administration du district de Commune Affranchie, la copie était destinée à l’administration départementale du Rhône. Par sa pétition, Hanotin fait état de l’absence d’un magasin militaire géré par l’administration à laquelle il est rattaché (Administration de l’habillement, équipement et campement des troupes) et des inconvénients qui en découlent. Son objectif était d’obtenir l’ouverture d’un magasin militaire géré par son administration. Cette pétition à l’intérêt d’esquisser les difficultés logistiques et le manque d’organisation auxquels étaient confrontées les armées républicaines, particulièrement au niveau de la constitution de réserves et de l’approvisionnement en fournitures d’effets d’habillement et d’équipement.</p>
<p>A cette date, la République française est opposée à la Première Coalition (1792-1797). Décrétée par la Convention le 23 août 1793, la « levée en masse » prévoyait l’enrôlement de 300.000 hommes qu’il fallait équiper, armer et habiller. Pour parvenir à vêtir et équiper les milliers de recrues incorporées, les dons aidant mais ne suffisant pas, il a fallu réquisitionner des corps de métier (les cordonniers le sont par les décrets des 25 octobre et 8 décembre 1793) et établir des ateliers de confection. Outre l’établissement des ateliers il a fallu installer des magasins militaires dans lesquels étaient entreposés les effets confectionnés pour les armées et les matières premières nécessaires. Alors que Lyon comptait de nombreux ateliers et administrations civiles et militaires, elle ne disposait d’aucun magasin militaire d’habillement (il faut comprendre par là un magasin dirigé par l’Administration de l’habillement), alors qu’un arrêté du Comité de Salut public en date du 19 pluviôse an II (7 février 1794) impose à chaque chef-lieu de district, de disposer d’un magasin d’habillement devant contenir de quoi vêtir et équiper mille fantassins et cent cavaliers. Ainsi, comme le signale Hanotin, les effets confectionnés dans les différents ateliers étaient stockés dans un magasin géré par une tierce personne ou administration, puis directement envoyés à l’Armée du Midi, sans que l’administration en charge de l’habillement ne puisse être informée des quantités produites puis envoyées, de telle sorte que l’Armée du Midi devait recevoir des effets dont elle n’avait plus besoin et qui auraient pu être utiles à d’autres troupes nécessiteuses. Ce manque d’organisation conduisait donc au gaspillage.</p>
<p>Les problèmes soulevés par Hanotin ne sont pas propres à Lyon et de nombreuses villes ayant des magasins et ateliers rencontraient la même désorganisation. On peut d’ores et déjà comprendre que la pétition s’inscrivait dans un projet plus vaste de réorganisation. En effet, l’établissement du magasin géré par l’Administration de l’habillement devait ensuite déboucher sur une rationalisation et une complète réorganisation, destinées à exploiter au mieux les ateliers et la position de la ville. La réorganisation devait aussi permettre à l’Administration de l’habillement de pouvoir jouer le rôle auquel elle était destinée, à savoir gérer l’approvisionnement des troupes en effets d’habillement, rôle qu’elle avait  du mal à tenir dans la mesure où elle ne contrôlait rien et ne disposait d’aucune information. Pour remplir sa mission, l’Administration de l’habillement disposait d’administrateurs, d'inspecteurs et de commissaires détachés dans toute la France et auprès des armées, ayant pour mission de veiller à l’état de l’habillement des troupes et au bon approvisionnement de ces dernières. Ainsi les magasins militaires d’habillement gérés par l’Administration de l’habillement étaient placés sous la responsabilité d’un garde-magasin (le citoyen Greppo pour Lyon), chargé de la réception, du contrôle, de la garde et de l’expédition des effets, ainsi que de la tenue des registres. A noter que les garde-magasins furent placés sous la surveillance des commissaires des guerres à compter du 23 vendémiaire an 4 (16 octobre 1795).</p>
<p>L’établissement du magasin militaire permettait la centralisation des productions des différents ateliers, productions qui pouvaient être quantifiées avec précision et il était alors possible de consigner dans le détail les effets entrants et sortants. Cette centralisation permettait ainsi à l’Administration de l’habillement de connaître précisément les effets stockés à Lyon et de répondre correctement aux besoins des différentes armées environnantes. La centralisation effectuée, il était alors possible de rationaliser les expéditions aux troupes en contrôlant mieux le risque de gaspillage. La centralisation des productions offrait alors la possibilité, à l’Administration de l’habillement, de tenir son rôle. La réorganisation était d’autant plus nécessaire que la position géographique de Lyon était stratégique par « <em>l’importance de la population et la situation de cette commune et</em> <em>les ressources des fabriques qui l’environnent</em> ». D’une part, l’importance de la population permettait, en fonction des besoins, de mobiliser une forte main-d’œuvre dans les ateliers. D’autre part, la situation de Lyon à la confluence du Rhône et de la Saône constituait un atout important, puisque pour faire parvenir les effets confectionnés aux armées, l’administration locale passait par des entrepreneurs fluviaux.</p>
<p>Pour son magasin, Hanotin avait une idée très précise de ce qu’il voulait et avait repéré des lieux propices, puisqu’il propose « <em>pour l’établissement de ce magasin, l’Église du cydevant collège, l’arrière Église, les classes et tout le premier étage à l’exception de l’emplacement occupé par l’atelier des guêtres</em> ». A noter que ces lieux « <em>ne sont embarrassés que par quelques malades […], quelques sacs de grains, et de quelques ménages</em> ». Les locaux demandés par Hanotin correspondent à l’actuel Lycée Ampère, autrefois appelé Grand Collège, et l’église est en réalité la Chapelle de la Trinité. L'édifice avait servi au casernement des troupes de la Convention après le siège de Lyon. Hanotin justifie son choix, d’une part par la présence proche d’administrations civiles (l’Hôtel de ville n’est qu’à quelques mètres) ou militaires avec lesquelles l’Administration de l’habillement traite régulièrement et d’autre part par la proximité de plusieurs ateliers. Toutefois, deux autres éléments peuvent expliquer son choix. D’une part la superficie importante qu’offre le Grand Collège permet le stockage d’un volume considérable de produits et d’autre part l’édifice se situe sur les quais du Rhône, c’est-à-dire juste à côté du principal axe de transport fluvial de la région.</p>
<p>Ainsi, à l’heure où des milliers d’hommes étaient mobilisés pour la défense de la patrie, il apparaissait nécessaire pour l’administration de s’organiser afin de répondre efficacement au dénuement des troupes. Le magasin demandé par Hanotin fut  établi dans le Grand Collège à une date qui n’est pas précisément connue. Toutefois les premières correspondances et traces attestant de la présence du magasin ne datent que de novembre 1795. Durant toute la Révolution et sous l’Empire, le magasin du Grand Collège resta en activité.</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[Le pillage de la ville d'Anse]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/74</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/18140318">Mars 18, 1814</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/116">Anse, Anse</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/319">Fiscalité</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/318">Administration municipale</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/317">Occupation militaire</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/316">Premier Empire</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/9">"Méthodologie Master 1,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/5">Université Jean Moulin Lyon 3</a><p>Cette lettre est signée par le maire de la ville d’Anse, Sébastien Revin, et son adjoint, Charles Carteret, et par différents membres du Conseil Municipal ainsi qu’un certain Vaillant, le doyen des notaires du canton d’Anse. Dans la mesure où ce document se trouve dans les archives départementales, nous devinons que cette lettre n’est qu’une copie du texte original  envoyée au Préfet de l’époque, le comte de Bondy. Mais dans le même dossier, nous trouvons une autre missive où il est fait référence à une pétition des Ansois, adressée à « <em>leurs altesses</em> ». Il est donc vraisemblable que le texte qui nous intéresse accompagnait la pétition.</p>
<p>Bien que cette lettre ne possède pas de date, il est possible de la situer assez précisément. En effet, elle est adressée au duc de Berry et à son père le duc d’Artois. Or ce dernier est de passage dans la ville entre le 17 septembre 1814, où il part de Mâcon et le 20 du même mois, où il est à Lyon. Cependant la présence du duc de Berry n’est indiquée dans aucune autre source. Sans doute les magistrats d’Anse, mal informés, ont-ils imaginé que son fils l’accompagnait ?</p>
<p>Le contenu de la lettre traite des événements qui ont eu lieu dans la vallée de la Saône et de leurs conséquences pour la petite ville du sud du Beaujolais, qui a été le théâtre d’affrontements violents en mars 1814.</p>
<p>Cette même année, l’Empire s’écroule et les troupes étrangères peuvent enfin entrer sur le territoire national du pays qui depuis des années les a dominées, envahies et humiliées. Le commandant en chef des troupes coalisées, l’Autrichien Schwarzenberg, a dirigé en direction de Lyon une puissante armée. Afin de protéger la deuxième ville de l’Empire, Napoléon a envoyé le 5 janvier 1814 le maréchal Augereau, duc de Castiglione, afin de former une armée qui doit remonter la Saône pour venir l’aider dans ses combats cruciaux en Champagne. Après des premiers mouvements satisfaisants contre les troupes du général Bubna, qui doit même se replier sur Genève, l’Armée de Lyon, combattant à un contre trois et manquant cruellement d’équipement est contrainte de retraiter sur Lyon. En effet, pour parer à la menace, le commandant suprême des troupes Alliées, Schwarzenberg dépêche un corps commandé par le prince de Hesse-Hombourg qui descend le long de la Saône.</p>
<p>Pour le stopper, le 18 mars, Augereau livre bataille dans les villes d’Arnas, Saint-Georges de Reneins, au nord de Villefranche. Le rapport de force trop inégal le contraint à abandonner le terrain et à laisser les forces autrichiennes pénétrer à Villefranche, sous-préfecture du premier arrondissement du Rhône, dans l’après-midi du même jour. Au moment de l’entrée de l’avant-garde dans la ville, une balle atteint l’officier commandant la troupe, qui meurt peu après. Croyant que cette mort est due à la présence de partisans (civils ayant pris les armes), les autorités autrichiennes envisagent de faire brûler la ville et la livrer au pillage. Grâce à l'intervention du curé de la paroisse Notre-Dame des Marais, Claude Genevey, le drame est évité. Les soldats poursuivent leur progression vers le sud et bivouaquent dans la plaine d’Anse, située à une lieue. La violence que les troupes n’ont pas pu déverser sur la sous-préfecture, le sera donc sur cette petite ville de 1 130 habitants. La délibération du Conseil Municipal d’Anse en date du 12 juin 1814 décrit les événements. Il ne s’agit pas pour nous ici de raconter en détail ces jours de pillage mais de comprendre l'argumentation de cette lettre.</p>
<p>On constate en effet que ses auteurs tendent à présenter leur ville comme ayant souffert de l'époque révolutionnaire et que la situation actuelle résulte de l’absence de leur « <em>gouvernement légitime et sage</em> ». Il est en effet de bon ton de se proclamer victime de la Révolution quand on s’adresse à des princes de sang qui rentrent de vingt ans d’exil ! Ils présentent ensuite  les méfaits des troupes autrichiennes et leurs crimes dans cette ville. Nous y retrouvons les lieux communs des dégâts et violences commis par une armée en campagne à savoir : vols, pillages, incendies, viols et meurtres. Il faut également se rappeler les violents sentiments anti-autrichiens des populations de l’époque, hérités des guerres de l’Ancien Régime (Marie Antoinette en avait été une célèbre victime).</p>
<p>Le narré des faits insiste sur les souffrances subies par la population. La délibération du conseil municipal mentionnée ci-dessus évoque ainsi : « <em>le viol, l’assassinat, le pillage, l’incendie, tout ce que la brutalité d’une soldatesque effrénée peut imaginer fut commis pendant trois jours et trois nuits</em> ». Les violences furent bien réelles. En effet sur les quarante Ansois décédés entre janvier et juillet 1814, la moitié disparut au cours du mois de mars, époque de l'occupation de la ville, et quatre (dont l’ancien maire de la ville) durant la seule journée du 18 mars, jour de l’arrivée des Autrichiens, ces « <em>scélerats monstrueux</em> ». Le coût total de ces différentes destructions et enlèvements est évalué à plus de 400 000 francs, une somme très élevée. Or, le 29 juin 1815, en région parisienne, la ville d’Argenteuil, qui compte près de 5 000 habitants est soumise à un traitement comparable qui dure pendant une semaine et qui voit les troupes anglaises et prussiennes dévaster la ville. Le total des pertes tant en rapines que destructions est là aussi évalué à près de 400 000 francs. La ville d’Anse ne grossirerait-elle pas quelque peu les sommes ? Bien évidement, les auteurs s’en défendent (« <em>par les etats fournis, certifiés sincères</em> ») mais des documents retrouvés dans les archives montrent que de toute évidence la préfecture se méfie des comptes qui lui sont envoyés, signe que les communes ont tendance à déformer les chiffres. De plus, les états des réquisitions effectuées à Anse envoyés à la préfecture ne font nulle part référence à des sommes aussi élevées ! Cette exagération probable ne servirait-elle pas à émouvoir davantage les princes et obtenir plus facilement leurs faveurs ?</p>
<p>Le collège de notables demande donc aux princes d’obtenir pour cette commune un allègement des charges qui pèsent sur elle. Il sous-entend que leur démarche s'inscrit dans un élémentaire esprit de justice. En effet comment peut-on imposer des habitants sur des biens ou des propriétés qu’ils n’ont plus ? Par ailleurs comme dans toutes les communes rurales qui vivaient de l’exploitation agricole, la plus grande des calamités était une mauvaise récolte. Ce fut le cas cette année où la vigne n’a pas donné de fruits. Les raisons de cette catastrophe ne sont pas expliquées. Grêle ? Gelées tardives ? Champs ravagés par les Autrichiens (ce cas de figure se retrouve dans d’autres communes) ? Il faut également se rappeler que les réquisitions de denrées vont durer jusqu’en juin, ruinant encore plus la ville.</p>
<p>Ce type de lettre est assez fréquent dans les archives, non seulement à cause des occupations militaires de cette époque mais aussi en raison des intempéries ou des calamités agricoles. Ainsi, la commune de Jullié, dans ce même département sollicite également des dégrèvements de charges à la suite d’un orage d’une exceptionnelle violence qui a ravagé les vignes.</p>
<p>Le passage du duc d'Artois constituait aux yeux des notables, une chance à ne pas manquer. Ils espéraient qu’en adressant leurs pétitions à des princes, elles auraient plus de chance d’aboutir en raison la facilité évidente qu'ils auraient de faire remonter ces prières au plus haut niveau. En effet, quel meilleur moyen d’obtenir une grâce du Roi, si ce n’est en la demandant par l’intermédiaire de son frère et de son neveu ?</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[Henri II et la voirie lyonnaise]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/73</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/15560403">Avril 3, 1556</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/110">Hotel de Milan rue Grenette, Lyon</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/111">Lyon</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/302">Henri II</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/301">Voirie</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/75">Urbanisme</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/9">"Méthodologie Master 1,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/5">Université Jean Moulin Lyon 3</a><p> </p>
<p>Ce document, conservé aux Archives municipales de Lyon, est composé d’une lettre patente donnée par Henri II à Villers-Cotterêts le 3 avril 1556, suivi d’une note administrative rappelant les conditions de sa lecture publique le 1<sup>er</sup> mai 1557. Henri II s’adresse à ses représentants en province, le lieutenant et le sénéchal de Lyon, afin qu’ils fassent respecter les directives royales émises par ses prédécesseurs et lui-même sur l’aménagement de la ville de Lyon. L’immixtion du pouvoir royal dans les affaires locales de voirie au XVI<sup>ème </sup>siècle constitue un tournant dans l’histoire de l’urbanisme lyonnais.</p>
<p>En effet, durant les siècles précédents, la réglementation de la voirie était un domaine que se partageaient les autorités locales, l’archevêque et le consulat, dans le cadre de leur pouvoir de police. Le roi n’y intervenait que de manière indirecte, par le biais de ses représentants. Jusqu’ici son intérêt résidait plus dans la défense de la ville que dans l’entretien des rues. Or, dès la fin du XV<sup>ème</sup> siècle, il s’évertua à réglementer directement la voirie lyonnaise. En 1495, Charles VIII demanda au consulat d’élaborer une série de mesures pour l’entretien des rues lyonnaises, dans le sillage d’une directive encadrant toutes les villes de son royaume.</p>
<p>Cette préoccupation s’expliquait par la position stratégique qu’occupait la ville. Capitale commerciale rayonnant dans toute l’Europe, Lyon devint une vitrine du royaume qu’il apparut nécessaire d’embellir. Base militaire aux portes de l’Italie, les rois entretenaient une réelle proximité avec elle puisqu’il leur arrivait d’y séjourner avec leur cour. Henri II n’échappa pas à la règle quand, accompagné de Catherine de Médicis, il entra dans la ville le 23 septembre 1548. Ainsi, il avait été directement témoin de la topographie tourmentée qui caractérisait la cité. Ses rues étroites et sinueuses résultaient de l’espace restreint dont le site souffrait, cloisonné par les eaux et les collines. Pour y circuler, les passants se frayaient un chemin à travers les étals des commerces et les charrettes destinées au transport de marchandises.</p>
<p>Henri II avait comme objectif  d’aérer la trame viaire pour faciliter la circulation de ses sujets. En prononçant ces mesures d’alignement, il se dressait plus précisément contre les constructions, publiques comme privées, empiétant sur les rues et les places communes. Il en profita pour rappeler les usages en matière de construction auxquels devaient se soumettre tout maitre d’ouvrage pour édifier ou réédifier un bâtiment. Le personnel de la voirie rattaché au consulat, les maîtres-jurés ou le voyer, devait prendre officiellement les mesures du futur bâtiment, afin d’obtenir le permis de construire. Sans cette autorisation, le contrevenant était puni d’amende et l’édifice illégal détruit. En cela, le pouvoir royal systématise une procédure de construction contrôlée par les autorités, caractéristique de l’urbanisme moderne.</p>
<p>Dans cette lettre, on voit que tout un personnel bien connu du pouvoir royal était en charge de la voirie lyonnaise. Les maîtres-jurés étaient au nombre de quatre : deux maîtres-maçons et deux maîtres-charpentiers assermentés qui, à côté de cette charge honorifique, exerçaient leurs activités d’entrepreneurs. Le voyer, quant à lui, était l’héritier du  commis, un employé permanent du consulat qui vérifiait l’état des rues et des bâtiments, l’avancée et le respect des travaux entrepris au regard de la commande publique, le pavement des rues et enfin la lutte contre la peste. En 1549, ce commis, qui bénéficiait jusqu’ici d’un statut flou, devint voyer nommé par le roi. Henri II avait ainsi déjà empiété sur les prérogatives des autorités locales en matière de voirie. Le consulat lutta pour faire racheter la charge de voyer, dont la nomination devint l’un de ses privilèges. Malgré  le renforcement du personnel chargé de la voirie, l’application effective de ces mesures n’était pas assurée.</p>
<p>Même si cette ordonnance dût être connue de bon nombre de citadins puisqu’elle a fait l’objet d’une déclamation publique l’année suivant sa rédaction, ce type de réglementation autoritaire se confrontait à des réalités rendant sa concrétisation délicate. Au manque de moyens pour les faire respecter s'ajoutait une résistance des citadins, rétifs aux commandements d’un pouvoir lointain et, peut-être, jugé illégitime. Ainsi, la lettre d’Henri II réitérait la volonté de Louis XII, qui déjà en 1509, s’inquiétait des constructions de bois empiétant sur la Saône et sur les places communes. La gêne occasionnée par les jets d’ordures sur les passants ainsi que les risques de pollution des eaux et d’incendie l’ont poussé à légiférer pour faire abattre ces édifices. Or, les habitants rechignaient à les détruire, prétextant les retards dûs aux inondations. Le délai accordé par le commissaire royal fut employé à réédifier plusieurs galeries, ce qui suscita l’envoi de lettres itératives en 1510 et en 1512 afin que soient respectés les termes de l’ordonnance. Cette désobéissance de la population lyonnaise perdura jusqu’au règne de François Ier, qui dut intervenir en 1515 et en 1526 pour faire respecter la volonté de son prédécesseur.</p>
<p>En conclusion, la réglementation mise en place par Henri II n’a pas été suffisante pour désencombrer les rues lyonnaises. Pour y remédier, Charles IX dut élargir les droits du consulat en 1561 en matière de voirie. Désormais, les consuls pouvaient, non seulement ordonner la démolition des saillies, mais aussi procéder à des expropriations pour cause d’utilité publique afin de désencombrer les rues de la ville. En outre, cette lettre témoignait d’une immixtion royale dans un domaine, qui, jusqu’ici était l’apanage des autorités locales. Loin d’être un cas exceptionnel, d’autres interventions similaires ont ponctué les rapports entre le roi et sa  bonne ville au XVI<sup>ème</sup> siècle. Plus qu’un intérêt stratégique porté à une ville prospère de son royaume, le roi manifestait la volonté de réglementer un domaine public, dépassant le cadre de la simple possession seigneuriale. Cette ingérence annonçait un pouvoir royal centralisateur en devenir.</p>
<p> </p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[L'entrée de Marie de Médicis à Lyon en décembre 1600.]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/72</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/16001202">Décembre 2, 1600</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/114">Palais du gouvernement, Lyon</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/311">Entrée royale</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/312">Marie de Médicis</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/313">Gouverneur de Lyon</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/314">Mariage Henri IV</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/315">Cérémonial</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/9">"Méthodologie Master 1,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/5">Université Jean Moulin Lyon 3</a><p>Le 2 décembre 1600, la ville de Lyon achevait ses préparatifs pour l'entrée de la nouvelle reine de France, Marie de Médicis, annoncée pour le lendemain. C'est dans l'optique de cette arrivée imminente que le gouverneur de Lyon rédigea cette ordonnance (dont le texte est conservé aux Archives municipales), afin de faire connaître ses dernières instructions.</p>
<p>Ledit gouverneur est Philibert de la Guiche, seigneur du fief éponyme. Tout d'abord fidèle sujet d'Henri III, il renouvelle, après l'assassinat de celui-ci, son allégeance au nouveau roi, Henri IV. Ce dernier le nomme gouverneur de la ville de Lyon en 1595, année où il y réalise son entrée royale, alors qu'il voit sa puissance sans cesse confirmée face à la Ligue, déclinante. La Guiche est connu pour être un homme strict, attaché à la discipline et au maintien de l'ordre public. Il l'avait d'ailleurs prouvé en 1572 lorsque, gouverneur de la ville de Mâcon, il était parvenu à empêcher la population de prendre part aux tueries qui ensanglantaient la France à la suite la Saint Barthélémy.</p>
<p>A Paris, le massacre avait été déclenché à l'occasion des noces d'Henri de Navarre, avec Marguerite de Valois, fille de Henri II. Le mariage, célébré le 18 août 1572, avait été annulé par le Pape le 24 octobre 1599. En effet, Marguerite semblait atteinte de stérilité, alors que le nouveau roi, qui avait amplement prouvé sa capacité à concevoir, avait grand besoin d'un héritier. De plus, les Guerres de Religion avaient vidé les caisses du royaume de France, qui se retrouvait criblé de dettes. Pour Henri IV, Marie de Médicis constituait le parti idéal. Sa famille, celle des Médicis, était une famille de banquiers particulièrement riche qui règnait sur le Grand-Duché de Toscane et surtout sur la ville prospère de Florence. La dot de la promise s'élevait à six cent mille écus d'or, une somme importante dont la moitié annulait déjà les dettes du roi de France envers sa belle-famille. Enfin, Marie de Médicis était bien plus jeune que Henri IV : vingt-six ans contre quarante-sept.</p>
<p>Le mariage eut lieu à Florence, par procuration, le 5 octobre 1600. La nouvelle reine embarqua ensuite à Livourne le 17 octobre 1600 pour débarquer à Marseille le 3 novembre. Elle remarqua aussitôt l'absence du roi, qu'elle n'avait encore jamais rencontré. Celui-ci, occupé par la guerre  contre le duc Charles-Emmanuel Ier de Savoie, lui donna rendez-vous à Lyon. En effet, il avait fait de cette ville, plus proche des Alpes que Paris, la base arrière d'où il dirigeait son armée et lançait ses offensives. La reine prit donc la route de Lyon, dont les échevins furent avertis dès le 17 novembre et qui commencèrent aussitôt leurs préparatifs. Après un lent voyage, Marie arriva au château de la Mothe le samedi 2 décembre et fit annoncer son entrée dans la ville pour le lendemain.</p>
<p>L'arrivée de la reine était un véritable événement pour Lyon. Depuis l'entrée royale d'Henri IV en 1595, seule l'arrivée de l'épouse du gouverneur Philibert de la Guiche, en 1598, avait donné lieu à une entrée solennelle. Or, il s'agissait à présent d'introniser la nouvelle en son royaume. Si les entrées royales étaient fréquentes et concernaient de nombreuses villes dans le royaume, une telle intronisation ne se déroulait qu'une seule fois lors d'un règne.</p>
<p>L'entrée royale est un rite politique majeur de la monarchie française et ceci tout particulièrement durant la période de la Renaissance. Elle constitue une mise en scène à la fois de la personne du monarque et de sa "bonne ville". Ce rituel trouve ses origines dans l'Antiquité, l'exemple le plus marquant étant le triomphe accordé aux généraux romains victorieux. Ceux-ci obtiennent le droit d'effectuer une procession dans les rues de Rome, à la tête d'un cortège, sous les acclamations de la plèbe. En France, l'entrée royale célèbre le roi et, par la cérémonie de remise des clefs de la ville, affirme le pouvoir qu'il exerce sur celle-ci tout en montrant la fidélité et l'obéissance dont elle fait preuve à son égard. La ville, et surtout ses élites, cherche à se mettre en avant autant qu'elle glorifie le monarque. L'entrée royale est un rituel très codifié qui doit respecter, dans la mesure du possible, un certain nombre de règles. Dans le cas de l'entrée de la reine, le gouverneur donne les ordres nécessaires pour qu'elles soient appliquées.</p>
<p>Des tapisseries doivent être déployées dans les rues, tout le long de l'itinéraire prévu de Marie de Médicis, lequel a été pensé avec soin et préalablement communiqué au gouverneur et aux magistrats de la ville. Une architecture éphémère est aussi mise en place. Composée de portails et d'arcs de triomphe, elle doit occuper tout le chemin du royal visiteur. Ces éléments de bois sont recouverts de riches tentures qui, ajoutées aux tapisseries qui pendent des fenêtres et des balcons, doivent donner une impression d'opulente richesse, souvent bien éloignée de la réalité. Comme le Prince use des arts pour se mettre en valeur, la ville fait preuve de magnificence, pour la gloire du monarque ou de la reine, certes, mais aussi pour la sienne. Les miséreux sont souvent chassés de la ville lors de la procession, pour que la misère ne vienne troubler le faste apparent et parfaitement artificiel, puisqu'il disparaît en majeure partie dès la fin de la cérémonie. L'ordre est aussi donné par le gouverneur de répandre une couche de sable propre dans les rues et de faire évacuer une partie des badauds pour faciliter la circulation de la procession. Il coordonne aussi le départ des troupes de la ville qui doivent, ainsi que les magistrats, aller accueillir et rendre hommage à la reine au château de la Mothe avant de former le cortège qui l'accompagnera jusqu'à la ville. Décidé à maintenir l'ordre public et à assurer le meilleur déroulement de la cérémonie, Philibert de la Guiche menace les éventuels fauteurs de trouble de sévères sanctions, par exemple pour ceux qui useraient sans raison de leurs arquebuses en présence du cortège de la reine.</p>
<p>Le dimanche 3 décembre 1600, la cérémonie se déroula sans incidents : les troupes se rassemblèrent devant le château de la Mothe et rendirent hommage à la reine, puis la procession défila à travers la ville jusqu'à la maison aménagée pour Marie de Médicis, où elle dut attendre le roi.</p>
<p>Enfin, après presque une semaine d'attente, le 9 décembre au soir, le roi arriva à cheval dans sa bonne ville de Lyon. Il se rendit aussitôt auprès de Marie pour, comme le veut la tradition, consommer l'union. Réticente et doutant de la légitimité de leur mariage, cette dernière fut convaincue par le document brandi par Henri, confirmant la validité du mariage par procuration. L'union fut alors consommée.</p>
<p>Il fallut attendre le 14 décembre pour voir l'arrivée du médiateur du Pape, le légat Aldobrandini, mandaté auprès du roi pour superviser les négociations entre Henri IV et Charles-Emmanuel Ier. IL était accompagné par l'ambassade savoyarde. Une entrée solennelle fut organisée en son honneur le 16 décembre : même parcours, mêmes décors. La routine fut cependant brisée par une altercation entre valets et soldats en fin de cortège. Henri IV trouve la scène si amusante qu'hilare, il participa au chaos en projetant des objets sur la foule depuis sa fenêtre, à l'aide d'une arbalète...</p>
<p>Le lendemain, le 17 décembre, le légat célébra une messe avant de donner sa bénédiction aux époux. Aux yeux du peuple, Marie de Médicis, de par son entrée royale, la consommation de l'union et la bénédiction reçue, pouvait dès lors être véritablement considérée comme la nouvelle reine de France.</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[La très médiatisée vêture de Madame Louise]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/71</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/17700718">Juillet 18, 1770</a><br><strong>Localisation:</strong> <br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/310">Clément XIV</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/308">Vie religieuse</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/307">Papauté</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/306">Madame Louise</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/230">Carmel</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/9">"Méthodologie Master 1,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/5">Université Jean Moulin Lyon 3</a><p>La lettre adressée le 18 juillet 1770 par le pape Clément XIV à son nonce, Mgr Bernardin Girault, concerne la prise d’habit de Madame Louise. Elle est extraite des <em>Lettres intéressantes du pape Clément XIV (Ganganelli)</em>, ouvrage de Louis-Antoine Caraccioli, publié en décembre 1775. Les <em>Lettres</em> connurent une diffusion européenne et remportèrent un franc succès comme en attestent les diverses rééditions et traductions.</p>
<p>La prise d’habit marque le début du noviciat, elle se différencie de la profession, cérémonie au cours de laquelle les vœux définitifs sont prononcés. Le pape désirait déléguer au nonce, ambassadeur permanent du Saint-Siège, la responsabilité de présider la cérémonie de vêture de cette fille de France. Un tel événement nécessitait la présence pontificale, même par procuration. Madame Louise prenant l’habit de carmélite, c’était une aubaine pour la papauté dans une période où la religion était critiquée de toutes parts. Elle faisait alors figure de modèle à imiter, comme une allégorie de la victoire de la religion sur l’impiété et les mœurs dissolues du siècle.</p>
<p>Louise-Marie, née en juillet 1737, huitième fille du couple royal formé par Marie Leszczsynska et Louis XV, avait reçu toute son éducation religieuse à l’abbaye de Fontevrault, près de Saumur. Il n'était pas rare que cette éducation à l'ombre d'un monastère, exceptionnelle pour des filles de roi, mais fréquente pour celles de l'aristocratie, se conclue par l'entrée dans les ordres. En 1750, elle rejoignit la Cour et, par conséquent, dut se plier aux exigences de l’étiquette. Mais elle ne retrouvait pas dans les agitations et frivolités versaillaises la sérénité qu’elle avait expérimentée et appréciée à travers le rythme monastique de Fontevrault. Au fil des années, son goût pour la vie religieuse se confirmait. En outre, elle réfléchissait beaucoup à la question du salut. Son père n’y était pas étranger en raison du scandale croissant suscité par sa vie privée, partagée entre maîtresses déclarées choisies hors de la noblesse de cour (la marquise de Pompadour puis, en 1769, Madame du Barry) et petites maîtresses entretenues dans le pavillon du Parc aux Cerfs. Sur les conseils de l’archevêque de Paris, Madame Louise patienta de longues années. Christophe de Beaumont voulait que sa décision soit mûrement réfléchie. Si elle avait fait volte-face après être entrée au carmel, toute l’Eglise en aurait pâti. L’exemple de la comtesse de Rupelmonde, dame de compagnie de la reine, l’orienta peut-être vers l’ordre de sainte Thérèse d’Avila, puisqu’elle avait assisté à sa prise d’habit en 1751. Louis XV donna son consentement en février 1770.</p>
<p>Si le pape parle de « miracle du Très-haut » pour qualifier la vocation de Madame Louise, c’est qu’il a conscience que la religion traverse une période tourmentée et qu’il faut œuvrer pour sa défense.</p>
<p>D’une part, à cette même époque, les puissances catholiques s’allient pour faire pression sur la curie romaine afin d’obtenir, entre autres, la suppression définitive des jésuites. A cette fin, elles occupent une partie des Etats pontificaux (Pontecorvo, Bénévent, Avignon, le Comtat Venaissin). Clément XIV, plus ouvert aux compromis que ses prédécesseurs, voulait rétablir une entente. Il se murmurait qu’il avait été élu parce qu’il se serait engagé, lors du conclave en 1769, à supprimer la Compagnie de Jésus.</p>
<p>D’autre part, dans les années 1750, les attaques des philosophes contre l’Eglise se multiplient ; le <em>Dictionnaire historique et critique</em> de Bayle publié pour la première fois en 1697 a fait des émules. Les philosophes ont repris le flambeau, notamment les Encyclopédistes qui sont à l’origine d’un des plus grands succès éditoriaux du siècle. Qu’il s’agisse du chevalier de Jaucourt, de Voltaire ou de Diderot, tous voulaient faire advenir un nouveau mode de pensée, en-dehors du giron de l’Eglise, fondé sur la raison et l’esprit critique. Ils combattaient ce qu’ils considéraient comme étant le fruit du fanatisme, du despotisme ou de la superstition. Au nom de la raison, ils s’en prenaient à la religion révélée et, en particulier, au catholicisme romain. Quant à Rousseau, s’il concédait l’idée de religion, c’était dans le sens d'une religion naturelle qui s'adressait au cœur et évacuait toute dogmatique (<em>La profession de foi du vicaire savoyard</em>, 1762). L’Eglise ne manquait pas  de défenseurs. Mais, comme l'a montré S. Albertan-Coppola, dans son article « l’apologétique française à l’âge des Lumières », en utilisant les méthodes et le vocabulaire des philosophes pour mieux les contrer tout en restant fermes sur le dogme, ils se mettaient d'une certaine manière à leur remorque. Même si, à l'image de Caraccioli,  ils savaient se montrer ouverts à certaines idées nouvelles, la mobilisation des apologistes, n’a cependant pas été aussi efficace que celle de leurs adversaires.</p>
<p>Au vu du contexte des années 1750-1770 marqué par la lutte entre apologistes et philosophes et les tensions entre Rome et la Couronne, la prise d’habit de Madame Louise constituait un événement considérable. La présence du nonce concrétisait aussi l’idée d’alliance du Trône et de l’Autel et contrariait les tentations d’un clergé gallican qui aurait préféré se servir de cette occasion pour réaffirmer son autonomie vis-à-vis du pouvoir pontifical. Les crises des années 1750 à 1765 – tentative d’imposer le nouvel impôt du vingtième au clergé, querelle des billets de confession, expulsion des Jésuites - ont, par ailleurs, ébranlé la confiance de l’épiscopat en la monarchie. La présence du nonce à la cérémonie et le rôle de premier ordre qu’il y tenait veulent donner un nouveau souffle aux relations entre le royaume de France et Rome. L’union de Madame Louise à l’Epoux céleste pourrait, par extension, être comparée aux mariages politiques organisés pour sceller une entente entre deux Etats autrefois rivaux.</p>
<p>L’ « auguste princesse », surnommée ainsi par le parti dévot, fournit au pape un prétexte pour s’intéresser aux affaires du clergé du royaume de France. En effet, cinq ans auparavant, lorsque l’assemblée du clergé avait demandé au roi de solliciter de Rome la nomination d'une commission composée d'évêques afin de réformer le clergé régulier, Louis XV avait préféré nommer lui-même cette commission, sans en référer au pape. Cette commission composée de cinq conseillers d’Etat - des laïcs - et de cinq archevêques, avait diligenté une enquête sur la gouvernance des ordres et l'état de leurs établissements. Elle avait décidé la suppression des monastères sous-peuplés et reporté l'âge requis pour prononcer des vœux de religion (édit de mars 1768). La légitimité de la vie monastique faisait débat. La résurgence de vieilles thèses antimonachistes était étayée de nouveaux arguments. Les critiques se résument en quelques mots : un monastère est un mouroir, qui plus est, un moine est inutile à la société voire une nuisance, un parasite.</p>
<p>C’est pourquoi l’entrée en religion d’une fille de France signifiait, aux yeux des dévots, la victoire de la foi sur l’impiété du siècle ; siècle qui condamnait jusqu’à l’existence de religieux qui ont choisi de se dévouer à Dieu et à la prière pour le salut des âmes. A cette occasion, l'octroi par le pape d'une indulgence plénière aux carmélites du royaume de France était un symbole fort. Une telle concession met en exergue les espérances que le pape plaçait dans cet événement. A ses yeux, l’occasion était trop belle pour ne pas réaffirmer son autorité auprès d’un clergé de tradition gallicane et exalter la religion en proie à de vives critiques.</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[L'entrée solennelle du cardinal-légat Flavio Chigi]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/53</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/16640531">Mai 31, 1664</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/84">Cathédrale Saint-Jean, Lyon</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/223">Flavio Chigi</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/224">Entrée solennelle</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/225">Légat apostolique</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/9">"Méthodologie Master 1,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/5">Université Jean Moulin Lyon 3</a><p>Au mois de mars de l'année 1664, le cardinal Flavio Chigi, escorté par une suite de prélats et gentilshommes italiens, entreprenait un voyage diplomatique depuis Rome jusqu'à Fontainebleau où il devait rencontrer Louis XIV pour lui présenter des excuses publiques au nom de son oncle, le pape Alexandre VII.</p>
<p>Pour comprendre le contexte politique dans lequel s’inscrit cet événement, il est nécessaire de remonter quelques années en arrière. Le 20 août 1662, à Rome, une querelle éclatait entre un garde corse et un domestique français de la reine Christine de Suède ; poursuivi, ce dernier se réfugia dans les écuries du Palais Farnèse où il trouva le soutien des palefreniers du duc de Créqui, ambassadeur de France auprès du saint Père. Mécontents, les gardes corses assiégèrent la résidence du duc et de son épouse, transformant un incident mineur en une véritable affaire diplomatique. Les Français crièrent à l'attentat lorsque l’ambassadeur  échappa de justesse à un tir essuyé depuis son balcon, tandis que sa femme était assaillie dans son carrosse. La situation s'envenima encore davantage quand des sbires, agents de la police romaine, rejoignirent le mouvement des gardes corses, laissant derrière eux des morts et des blessés français. Il fallut attendre près de deux ans avant que la France et Rome ne mettent un terme aux tensions et aux rumeurs de guerre. Cette réconciliation fut scellée par le traité de Pise, signé le 12 février 1664, qui rendait au Saint-Siège le Comtat d'Avignon en échange de la cérémonie présidée par Flavio Chigi.</p>
<p>Ce fut à la fin du mois de mai 1664 que le cardinal-légat arriva aux portes de Lyon : alerté par le roi du passage d'un hôte si prestigieux, Camille de Neuville de Villeroy, archevêque de Lyon, prit, avec la municipalité, les dispositions nécessaires à la réception du cortège romain.</p>
<p>Ce n'était pas la première fois que la ville de Lyon recevait un hôte de marque : en effet, il était de coutume que les monarques nouvellement montés sur le trône visitent leurs bonnes villes, de manière à ce que les autorités royale et municipale se reconnaissent mutuellement. Et il était courant que des entrées solennelles soient organisées en l’honneur de grands personnages publics. Dans le cas que voici, une dimension religieuse vient s'ajouter à l'ampleur de l’événement, ce que ne manquèrent pas de noter les artistes en charge de la retranscription de la cérémonie, dont les fastes devaient refléter la gloire de toute la catholicité. Quarante ans plus tôt, l'entrée lyonnaise du cardinal-légat François Barberini était déjà marquée par cette réunion des catholiques autour de la Rome tridentine. Aussi, en 1664, tout fut mis en œuvre pour faire de Lyon une petite Rome.</p>
<p>L'extrait sur lequel s'appuie notre présentation est issu du cahier des délibérations consulaires de la Ville de Lyon. Il relate les mesures prises par la municipalité en vue de la célébration de l’entrée du cardinal Chigi. La cérémonie était fixée au samedi 31 mai 1664, soit une semaine après la publication des ordonnances, émises le samedi 24 mai. A cette date, le légat était déjà arrivé <em>incognito</em> à Lyon mais résidait avec sa suite dans l'abbaye d'Ainay,  où il trouva tout le confort nécessaire pour se remettre de son voyage. Sur ordre du roi, l'archevêque et le prévôt des marchands organisèrent une réception à la hauteur du personnage, n'hésitant pas à jouer sur des symboles forts pour mettre en avant la paix et la prospérité dans lesquelles s’inscrivaient depuis des siècles les relations entre Rome et Lyon.</p>
<p>Le déroulement de la marche à travers Lyon fut rigoureusement planifié. Les hommes d’armes des 39 pennonages de la ville, c’est-à-dire des milices urbaines formées à partir des quartiers de Lyon, furent répartis aux abords de chaque rue où devait passer le cortège. Les indications données dans les actes consulaires sont très précises : aucun coup de feu ne devait être tiré en dehors de la salve prévue à l’arrivée du cardinal place Bellecour ; aucun débordement n’était toléré, et les autorités mirent surtout en garde contre le désordre que pourrait occasionner le retour des mousquetaires, pertuisaniers, piquiers et autres hommes d’armes dans leurs quartiers. Il en allait de l’honneur de la Ville et de tout le royaume de France. La préparation matérielle nécessita d’ailleurs la participation de tous les habitants. Les rues concernées furent sablées et tapissées, tandis que de petits « amphithéâtres » furent montés ça et là pour permettre aux habitants d’assister au spectacle sans encombrer davantage les rues. Les commerçants et artisans furent priés de fermer leurs échoppes, débordant sur la voie, et on fit disparaître tout objet ou matériau gênant la disposition du décor.</p>
<p>Le seul point susceptible de venir noircir le tableau était le jeûne de la Pentecôte. Le jour prévu pour l’entrée solennelle étant justement le samedi précédant le septième dimanche après Pâques, la ville aurait dû réserver ce moment à la pénitence. Cependant, l’archevêque de Lyon décida de déplacer le jeûne au vendredi, <em>« afin de ne laisser pas la moindre apparence de douleur, & de mortification dans un jour si plein de réjouyssance, & de félicité »</em>. L’entrée solennelle du cardinal-légat pouvait ainsi se dérouler sous les meilleurs auspices.</p>
<p>Elle fut rythmée par trois étapes, chacune marquée symboliquement par l’adoption d’un nouveau dais somptueux, fait de damas violet à crépines d’or, porté par six cantonniers richement vêtus, sous lequel se trouvait le cardinal, monté sur sa mule.</p>
<p>La première étape s’effectua en dehors de la ville, dans le couvent des Franciscains Picpus du faubourg de la Guillotière : le lieu fut changé en un magnifique palais ; une salle fut entièrement dédiée au buffet préparé à l’attention du légat, tandis que des appartements individuels furent mis à la disposition des visiteurs. Les premières harangues des compagnies de la ville se déroulèrent le long d’une allée de tilleuls qui bordait le couvent. Successivement se présentèrent les membres du clergé, du Présidial, puis les trésoriers, les élus et enfin les gens des nations italiennes de Lyon. Après maints éloges et compliments d’usage, le cortège se mit en branle, avec à sa tête les ordres religieux de la ville. Le légat et sa suite fermaient la marche.</p>
<p>La deuxième étape de cette marche eut lieu juste après la porte du pont du Rhône, où avait été érigé un majestueux arc de triomphe, conçu par Thomas Blanchet pour célébrer la paix entre les deux nations. Mesurant 60 pieds de haut pour 30 de large, le monument met en avant toute la symbolique qui unit Lyon à Rome autour d’une inscription latine, surmontée d’un tableau représentant deux figures féminines – Rome et la France -, s'embrassant sous l'entremise de Mercure – le légat Chigi – envoyé du Ciel. Cette mise en scène fait non seulement référence au passé de Lyon-Lugdunum et de l'antique Rome, liées à tout jamais par une Histoire commune, mais s'attache également à faire de Lyon la petite sœur de Rome, éclairée spirituellement et baignée économiquement par la lumière de ses rayons.</p>
<p>Enfin, la longue marche conduisit le cortège le long de la rive gauche de la Saône, depuis Bellecour jusqu’au pont de Saône, en passant par l’église Saint-Nizier, pour redescendre de l’autre côté du fleuve, par la rue Saint-Jean, jusqu’à la cathédrale et la porte Froc. Là se dressait un second arc de triomphe, tout aussi majestueux que le premier, dédié à la gloire de l’Eglise de Lyon. Cette troisième et dernière étape s’acheva à l’intérieur de la cathédrale Saint-Jean où le cardinal-légat présida une messe solennelle.</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[La fondation du Carmel de Lyon]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/52</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/16161009">Octobre 9, 1616</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/79">20 montée des Carmélites, Lyon</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/230">Carmel</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/231">Réforme catholique</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/232">Diocèse de Lyon</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/9">"Méthodologie Master 1,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/5">Université Jean Moulin Lyon 3</a><p>Établi sous  le nom de Notre-Dame de la Compassion, le couvent des carmélites de Lyon occupait une place symbolique dans la cité sous l’Ancien Régime. Il était sous la protection de la maison de Villeroy qui domina la ville pendant deux siècles : de 1608 à 1791, elle fournit six gouverneurs et deux archevêques. Cette puissante famille était à l’origine de la fondation du monastère en 1616 et avait choisi d’y enterrer ses morts. En outre, le couvent des carmélites s’était attiré les faveurs du consulat qui pourvoyait régulièrement à ses besoins et y plaçait ses filles.</p>
<p>En France, le début du XVIIe siècle marquait la fin d’une période tourmentée : Henri IV avait su juguler la menace espagnole et mettre un terme aux guerres de religion. Le royaume entrait dans une ère de régénération du catholicisme qualifiée d’ « invasion mystique » par Henri Bremond. Laïcs et clercs œuvrèrent ensemble pour une même cause : le perfectionnement moral et spirituel des fidèles dans l’observance des règles établies par le Concile de Trente. De nouvelles dévotions apparurent, les associations pieuses se multiplièrent ainsi que le nombre des monastères.</p>
<p>Les ordres religieux anciens se réformaient, de nouveaux apparurent. Le 18 octobre 1604, grâce notamment à Madame Acarie et à Pierre de Bérulle, le premier carmel de la réforme thérésienne était fondé à Paris, faubourg Saint-Jacques, dédié à l'Incarnation.</p>
<p>Cette effervescence spirituelle était générale dans le royaume et Lyon ne faisait pas exception. Le nombre de communautés religieuses augmenta de manière considérable dans le diocèse : entre 1599 et 1653, on dénombre trente-neuf nouvelles maisons d’hommes et trente-six de femmes. Parmi ces nouvelles fondations, celle de Notre-Dame de la Compassion, quatorzième couvent fondé en France selon la réforme de Sainte-Thérèse, le 9 octobre 1616.</p>
<p>Mais les actes de fondation originaux avaient été perdus par les religieuses. En théorie, l’établissement d’un nouveau monastère nécessitait plusieurs autorisations. Celle du roi d’abord, accordée par lettres patentes ; celle de l’autorité spirituelle du lieu, en l’occurrence la permission de l’archevêque et enfin celle du pouvoir municipal. Or, à l’instar de nombreuses fondations au début du XVIIe siècle, le couvent des carmélites de Lyon avait été établi sans autorisation royale. Par la suite, sous Louis XIV, le pouvoir entreprit de vérifier si les maisons religieuses avaient effectivement été autorisées par le roi pour des raisons fiscales. En effet, une fois la fondation dûment enregistrée par le pouvoir royal, les communautés religieuses étaient soumises à un droit d’amortissement. Ainsi, en 1659, les carmélites régularisèrent leur situation en priant les nouvelles autorités de bien vouloir renouveler l’autorisation qui leur avait été donnée de s’installer dans la ville, quelques quarante ans plus tôt. Par la délibération consulaire du 13 novembre 1659, les échevins répondirent favorablement à cette requête en reproduisant, dans la seconde partie du texte, la confirmation de l’archevêque. Par conséquent ce texte tient lieu d’acte authentique de fondation du couvent et permet aux religieuses de faire valoir leurs droits en cas de litige.</p>
<p>C’est à Jacqueline de Harlay, seconde femme de Charles de Neufville, marquis de Villeroy et d’Halincourt, que l’on doit l’établissement du couvent à Lyon. Soutenue par son mari, Madame d’Halincourt résolut de fonder un monastère à l’intérieur duquel les membres de sa famille, en tant que fondateurs spirituels, pourraient être inhumés et ainsi bénéficier des prières des religieuses. De passage à Paris, Jacqueline de Harlay rendit visite à sa sœur, professe au carmel de l’Incarnation. C’est alors qu’elle fit la connaissance de Madeleine de Saint-Joseph, la première prieure française avec laquelle elle se lia d’amitié. Jacqueline de Harlay avait désormais le soutien nécessaire pour mener à bien son projet. Elle obtint en premier lieu l’agrément des Supérieurs de l’ordre et du général de la congrégation de l’Oratoire en France, Pierre de Bérulle. Puis, nous l’avons dit, l’autorisation de l’archevêque et du consulat. Enfin, au milieu de l’année 1616, Madame d’Halincourt fit l’acquisition d’un terrain situé à la Gella, en contrebas du monastère des Chartreux, sur les pentes de la Croix-Rousse. Dès lors, toutes les conditions étaient réunies pour l’installation du nouveau couvent.</p>
<p>Chaque fondation nouvelle se réalisait par essaimage d'un petit groupe de religieuses issues d'un ou plusieurs couvents. Le carmel de l'Incarnation fut ainsi à l'origine directe de treize nouveaux monastères. Le 29 août 1616, Madeleine de Saint-Joseph prit la direction de Lyon, accompagnée de cinq professes du carmel de l’Incarnation et d’une professe du carmel de Tours. Elles arrivèrent le 12 septembre et furent accueillies par les principales Dames de la ville, Jacqueline de Harlay en tête. Toutefois leur future maison n’était pas encore en état de les recevoir : les religieuses logèrent donc temporairement dans un local appartenant au marquis d’Halincourt, joignant l’abbaye d’Ainay. Notons qu’elles ne résidèrent pas chez les Visitandines pendant cette période comme on peut le lire ici ou là. En effet, ces dernières demeuraient encore rue du Griffon à cette date, aux Terreaux.</p>
<p>Quelques semaines plus tard, le monastère était fin prêt à recevoir ses futures locataires : le 9 octobre 1616, le carmel de Notre-Dame de la Compassion ouvrait officiellement ses portes. Il avait été dédié à la Vierge selon le souhait de Madeleine de Saint-Joseph. Cette dernière prit la tête du nouveau couvent et s’appliqua à l’organiser sur le modèle de celui de Paris. Pendant son séjour à Lyon, elle reçut six novices dont la première, originaire de Tours, prit l’habit le 18 octobre. Moins d’un an plus tard, le monastère étant en état de fonctionner de manière autonome, elle regagna Paris.</p>
<p>Quant à Jacqueline de Harlay, elle fit toujours preuve de libéralité envers le monastère. Elle avait veillé à le pourvoir d’une église et s’était engagée à subvenir perpétuellement aux besoins des religieuses : avec son époux, elle fit la promesse de constituer une rente annuelle de 1 000 livres à destination du couvent. Cependant, après un an et demi de maladie, Jacqueline de Harlay mourait avant d’avoir pu effectuer la donation ; elle fut inhumée dans l’église de Notre-Dame de la Compassion le 15 mars 1618. C’est son fils Camille de Neufville, abbé d’Ainay et de l’Ile-Barbe, qui se chargea de tenir cette promesse quelques mois plus tard. On ne sera donc pas étonné de retrouver ce même homme, devenu archevêque entre temps, confirmer l’établissement des carmélites à Lyon en 1659. De la même façon, le consulat avait toujours été bien disposé à l'égard des religieuses et rien ne laissait présager qu'il rejetât leur demande. Au demeurant, le 2 avril 1659, soit quelques mois avant que ce texte ne soit consigné sur le registre consulaire, Marie Chappuys, fille d’un ancien échevin de la ville, faisait profession au carmel de Notre-Dame de la Compassion.</p>
<p>À la fin de l’année 1659, Louis XIV promulguait des lettres patentes reconnaissant l’établissement particulier du couvent des carmélites de Lyon. S’ouvrait alors une période prospère pour le couvent qui allait compter parmi ses professes de grandes figures de l’histoire lyonnaise. L’exemple de Mademoiselle Gautier, évoqué par Jacques-Jules Grisard dans son histoire du carmel de Lyon, est resté célèbre. Cette ancienne actrice à la Comédie Française prit le voile le 22 janvier 1726 « pour effacer par trente-deux années de pénitence, les égarements de sa jeunesse ».</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[Imprimé de la Commission temporaire de Lyon - frimaire an II - décembre 1793]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/50</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/17931201-17931231">Décembre, 1793</a><br><strong>Localisation:</strong> <br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/31">Révolution française</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/221">Commission temporaire</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/222">Comités de surveillance</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/9">"Méthodologie Master 1,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/5">Université Jean Moulin Lyon 3</a><p>De mars à décembre 1793, la Convention met en place un régime d’exception que l'on va appeler "le gouvernement révolutionnaire". Ce dernier est à l’origine de la création des comités de gouvernement à une échelle nationale, mais également des organismes mis en place à une échelle locale, dont font partie les comités de surveillance. Cette organisation hiérarchique avait pour but de renforcer l’application des mesures prises par la Convention à l’ensemble de la République, et notamment à la ville de Lyon, appelée Ville-Affranchie dès le 12 octobre 1793 (21 vendémiaire an II). C’est dans cette optique que s’inscrit la lettre de la Commission temporaire aux citoyens composant le comité révolutionnaire de la section de Pierre-Scize qui se situe sur la rive droite de la Saône. Ce document a été rédigé au cours de frimaire l’an II (21 novembre-20 décembre 1793) à Ville-Affranchie. Il met en scène deux des principaux agents du système de répression et de surveillance lyonnais né du régime d’exception de l’an II.</p>
<p>Les comités de surveillance sont les premiers à avoir été mis en place. Bien que créés par la loi du 11 août 1792 pour la capitale, il a fallu attendre le printemps 1793 pour voir un net renforcement de l’installation des comités de surveillance en province. La Convention vota alors la loi du 21 mars 1793 visant à légaliser la plupart de ces comités nés bien souvent de manière spontanée. Dès lors, les attributions confiées aux comités de surveillance de sections n’ont fait que croître : surveillance des étrangers, traque des suspects,  visites domiciliaires, application des lois révolutionnaires et des mesures prises par les comités de gouvernement… Mais parallèlement à ces fonctions répressives, les comités de surveillance ont également œuvré sans relâche à secourir les plus démunis et défendre leurs intérêts. C’est en ce sens que réside la complexité des comités de surveillance.</p>
<p>A Lyon, les comités de surveillance ont fait l’objet d’un âpre contentieux entre « modérés », désignés sous le terme : « les modérés et les hypocrites »  et jacobins au printemps 1793, pour partie responsable du coup de force du 29 mai. Les comités de surveillance rebelles sont destitués lors de l’entrée des troupes de la Convention dans Lyon en octobre 1793 et remplacés par de nouveaux comités composés de militants jacobins avides de revanche. Des excès sont dénoncés aux représentants en mission. Ceux-ci instaurent alors la Commission temporaire de surveillance républicaine de Commune-Affranchie afin de recadrer l’organisation des comités. Ce sont les représentants en mission Fouché et Collot d’Herbois qui, une fois arrivés à Lyon, décident de créer cette Commission le 20 brumaire l’an II (10 novembre 1793) et qui demeura effective jusqu’au 10 germinal l’an II (30 mars 1794) ; elle est donc sous contrôle direct des représentants du peuple. Suite à l’insurrection lyonnaise, la Commission avait pour but d’organiser révolutionnairement la ville de Lyon. En effet, les représentants ont parfois douté de l’implication révolutionnaire des autorités lyonnaises, c’est pourquoi ils ont créé cette Commission qui est alors composée majoritairement de parisiens. La Commission souhaite tirer un trait sur l’ancien gouvernement de la ville aux mains des modérés, et, par association, des riches : « frappez fort et juste sur ces hommes qui depuis 1789, conspirent contre le peuple » ; il y a cinq années que nous pardonnons, il y a cinq années que les modérés et les hypocrites nous endorment ». Un champ lexical de la guerre et de la haine se dessine, comme s’il fallait combattre les modérés : « frappez fort et juste » ; « ôtez leur la faculté d’arrêter plus long-temps la marche du char révolutionnaire » ; « écrasez vos ennemis » ; « point de pitié […] plus de quartier ».  A partir de là, la Commission temporaire s’est approprié de nombreuses fonctions : contrôle des séquestres et des arrestations, approvisionnement de la ville et des marchés, gestion des réclamations des patriotes, établissement d’une taxe révolutionnaire sur les riches ; puis dans un deuxième temps, surveillance des comités révolutionnaires de section et de leur composition.</p>
<p>Dans la lettre, la Commission temporaire somme le comité révolutionnaire de la section de Pierre-Scize de lui faire parvenir un tableau dûment rempli pour être en mesure d’exécuter la taxe révolutionnaire sur les riches. Cette taxe remonte au 20 mai 1793, lorsque Cambon, président du Comité des finances, avait proposé un emprunt forcé de 1 milliard de livres sur « les riches, les égoïstes et les indifférents ». Les modalités de cet emprunt ont été précisées le 3 septembre 1793. A partir de là, tous les « riches » ont disposé de quinze jours pour déclarer le revenu net de leur patrimoine et les liquidités dont ils disposaient à la municipalité. On comprend bien, dans le document, que la Commission temporaire dicte la marche à suivre aux comités de surveillance pour fixer cette taxe. Cette taxe fait partie de tout un système économique visant à établir une participation obligatoire à l’effort de guerre mais aussi à garantir la subsistance des populations urbaines. En effet, selon la Commission, les riches seraient responsables des malheurs qui s’abattent sur la France, et doivent œuvrer pour y remédier. Chaque contribuable disposait d’une exonération de taxes ou d’impôts s’il possédait un revenu inférieur ou égal au seuil de sa catégorie (1000 livres pour les célibataires, 1500 livres pour les hommes mariés, plus 1000 livres pour l’épouse et pour chaque personne à la charge du couple). Tous les revenus qui se trouvent au-dessus de ce seuil sont taxés de 10% pour le premier millier, de 20% pour le second, et ainsi de suite. Si le montant dépasse les 9000 livres, tout l’excédent sera récupéré au profit de la taxe révolutionnaire. Ainsi, argent, matières d’or et d’argent ou encore vêtements devaient être répartis selon les besoins réels des familles, et les excédents étaient volontiers redistribués, aux particuliers ou au trésor de la République : « ne leur laissez que le strict nécessaire. ».</p>
<p>Ce document reflète l’importance que les autorités accordaient à la correspondance. Celle-ci était fondamentale pour prétendre à la mise en place d’un système gouvernemental cohérent. Malgré tout, les archives témoignent d’un certain dysfonctionnement dans ce mode de communication. On constate notamment que la Commission temporaire devait parfois relancer les comités de surveillance qui ne fournissaient pas les documents demandés dans les délais requis. Dans la lettre de la Commission, le délai accordé au comité de Pierre-Scize était de trois jours : « que dans trois jours vos états soient formés, afin que la Commission puisse travailler activement ». Le non-respect de celui-ci était considéré comme non-patriotique : « le moindre délai seroit criminel » et les membres du comité étaient même invités à se surveiller mutuellement afin qu’aucun ne ralentisse l’exécution des mesures demandées par la Commission : « regardez comme suspect celui de vos membres qui oseroit vous proposer quelques mesures dilatoires. ». Ce document témoigne du climat de suspicion qui environnait les comités de surveillance lyonnais. La Commission temporaire regarde leur personnel avec la plus grande méfiance et cherche à prévenir tout manquement aux devoirs civiques.</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[Un acteur face au public: l'incident du 16 aôut 1826 aux Célestins vu par un journaliste.]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/48</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/18260816">Août 16, 1826</a><br><strong>Localisation:</strong> <br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/218">Théâtre</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/219">Barqui</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/220">Opinion publique</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/9">"Méthodologie Master 1,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/5">Université Jean Moulin Lyon 3</a><p>Durant la Restauration, la vie culturelle lyonnaise connut un essor important. La presse littéraire de la ville se faisait un devoir de fournir un compte-rendu de chacune des représentations théâtrales se déroulant sur l’une des deux scènes principales de Lyon : le Grand Théâtre construit à proximité de la place des Terreaux par Soufflot en 1756, et le théâtre des Célestins, en activité depuis 1792.</p>
<p>L’article non signé qui fut publié le samedi 19 août 1826 dans le numéro 84  de <em>L’Echo de l’Univers : Journal de Littérature, Arts et Sciences, et de Commerce</em>, fournit un exemple de compte-rendu de l’une de ces soirées théâtrales, ainsi que le récit d’une d’altercation entre un acteur de la scène lyonnaise dénommé Barqui, et des spectateurs peu enclins à l’indulgence. Lors de la représentation donnée aux Célestins le mercredi 16 août, Barqui dont la prestation ne satisfaisait pas le public, fut sifflé. Or, celui-ci répondit aux critiques des spectateurs qui en prirent immédiatement ombrage. Le chahut gagna l’ensemble de la salle qui demanda la sortie immédiate de Barqui, mais il refusa d’obtempérer, obligeant ses camarades à le saisir de force. Dans ces circonstances, le journaliste considéra le fait que l'acteur puisse revenir sur scène pour terminer la représentation comme une preuve d’apaisement du public. Il se félicita néantmoins de la réaction des autorités qui envoyèrent l’acteur en prison pour la nuit.</p>
<p>L’article que proposait le journal à ses lecteurs était avant tout une critique de la soirée théâtrale des Célestins du 16 août 1826. Celle-ci se composait de deux pièces : <em>Le Collaborateur</em>, un vaudeville qui faisait partie du genre théâtral  le plus prisé par le public lyonnais, écrit par l’auteur de <em>L’Amitié des deux Âges</em> c'est-à-dire Henri Monier ; et un mélodrame féerie : <em>Le Monstre et le magicien</em>, écrit par M. Merle et M. Antony<em>.</em> Le jugement du journaliste fut sans appel : de son point de vue, les pièces étaient médiocres. Que dire de son opinion sur le comportement de Barqui ? Une fois encore l’intransigeance transparaît dans la description des faits : le journaliste s’est employé à justifier les quelques sifflets qui ont retenti dans la salle en raison des oublis à répétition du texte ; et il s’est aussi attaché à condamner la conduite de l’acteur. Ce n’était pas tant le fait que le public s’en prenne à un membre de la troupe des Célestins qui choquait l’auteur mais le fait que Barqui ose répondre, et ce de manière insolente voir menaçante ! L’intransigeance de la critique journalistique convergeait avec celle du public qui se considérait à Lyon comme  tout puissant.</p>
<p>Au XIXe siècle, les théâtres constituaient un important lieu de sociabilité, et l’ambiance qui y régnait ne ressemblait en rien au silence presque solennel qui domine aujourd’hui dans les salles. Durant les représentations, les spectateurs parlaient, applaudissaient, hurlaient, sifflaient, invectivaient les acteurs où encore se battaient. L’opinion publique transparaissait dans ces comportements, et si à Paris la critique était développée, le public lyonnais avait rapidement acquis la réputation d’être l’un des plus exigeants et des plus indisciplinés. Ainsi une mauvaise pièce était systématiquement sifflée, un acteur pouvait être refusé sur scène par le public qui faisait alors un tel chahut que la salle devait être évacuée. Les bagarres au sein du public, parmi le parterre surtout, et les heurts entre artistes et spectateurs restaient relativement fréquents. Les soirées théâtrales lyonnaises constituaient pour les journalistes un double spectacle : d’une part la représentation qui avait lieu sur scène que tous s’attachaient à rapporter ; d’autre part le spectacle de la salle avec ses innombrables sifflets entendus presque quotidiennement, et occasionnellement ses joutes verbales plus virulentes entre acteurs et spectateurs. Les journaux littéraires lyonnais publiaient à l’occasion certains articles écrits par des spectateurs pour commenter l’ambiance parfois exécrable mais surtout bruyante qui régnait aux spectacles. De manière plus régulière, chacun des journalistes chargés de rendre compte des représentations témoignait de cet état de fait. Dans le cas de l’incident de ce mois d’août 1826 avec Barqui, ce n’était pas véritablement le fait que l’acteur ne savait pas son texte qui contraria le public : les acteurs lyonnais peinaient à mémoriser des rôles aussi divers que nombreux. Ce qui indigna les spectateurs fut la susceptibilité et l’audace du comédien qui leur répondit. Le public lyonnais estimait être dans son bon droit en exigeant le meilleur de ses acteurs et n’entendait certainement pas être contredit par qui que ce soit. Une autre preuve de la toute-puissance de ce public transparaît dans le fait que les autres membres de la troupe, le directeur (à l’époque, il s’agissait de Singier) et même le commissaire de police firent en sorte que sa volonté soit exécutée dans les plus brefs délais.</p>
<p>Cet article offre un exemple typique du chahut qui régnait lors des représentations théâtrales à Lyon au XIXe siècle. Au delà des récits de ces incidents relayés par la presse, les autorités avaient pleinement conscience de ce désordre. Ainsi la municipalité devait régulièrement publier et faire afficher des ordonnances de police rappelant l’ensemble des règles relatives au comportement que devait adopter chaque spectateur lorsqu’il se rendait au théâtre, mais aussi la ligne de conduite que devaient suivre les acteurs, et finalement les dispositions que pouvait prendre la police des théâtres pour sauvegarder l’ordre lors des représentations. Des commissaires de police étaient préposés à chacun des théâtres, ils assistaient à toutes les représentations et sur leur décision les forces de l’ordre, demeurant ordinairement à l’extérieur, pouvaient intervenir et faire évacuer la salle. Dans le cas de l’incident du 16 août 1826, des sanctions furent prises à l’encontre de l’acteur Barqui en application de l’Article IX de l’Ordonnance sur les théâtres publiée par la municipalité le 10 mai 1825. Il stipulait que « toutes interpellations quelconques des spectateurs les uns aux autres, ou au Directeur, aux Régisseurs et aux acteurs, sont absolument défendues. Il est également défendu au Directeur, aux Régisseurs et aux acteurs de répondre à aucune interpellation du public, quel que puisse en être le motif ». Par conséquent, il était inévitable que l’acteur fût conduit en détention même si la sanction était plus symbolique que véritablement punitive.</p>
<p>Cette toute puissance caractérisa le public lyonnais durant tout le XIXe siècle car, comme le remarquait le <em>Journal du commerce</em> le 30 août 1825<em>, </em>à Lyon «le public assemblé est une puissance qu’on ne doit jamais bouder : il lui faut un respect sans borne ».</p>]]></description></item>
</channel></rss>