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	                        <title>Flux RSS Atelier numérique de 'histoire</title>
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<item><title><![CDATA[&lt;strong&gt;Confrontation entre le Parquet et l’assistance publique du Rhône autour de la restitution des enfants moralement abandonnés. Georges Clemenceau apporte une réponse au différend&lt;/strong&gt;]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/290</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/19070529">Mai 29, 1907</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/439">Ministère de l'intérieur, Paris</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/438">Rhône, Lyon</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/766">Loi du 24 juillet 1889</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/765">Assistance publique</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/764">Clemenceau</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/763">Histoire judiciaire</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/762">Histoire de la famille</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/55">Enfants abandonnés</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/20">"Atelier de méthodologie de la recherche (M1),"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>Depuis le décret du 9 janvier 1811, l’Assistance publique prend en charge les enfants privés de famille, orphelins, trouvés ou abandonnés. Leur insertion dans le service se fait par voie administrative, et le directeur de l’Assistance publique, un service départemental depuis la loi du 5 mai 1869, est chargé du suivi des enfants. La loi du 24 juillet 1889, qui instaure la catégorie des moralement abandonnés, rend moins déterminés les rôles de l’Assistance publique et de son directeur en ce qui concerne l’intégration des enfants moralement abandonnés dans le service, puisque celle-ci s’effectue toujours par voie judiciaire : le directeur de l’Assistance publique, qui est pourtant devenu officiellement le tuteur des enfants moralement abandonnés de son département depuis la loi du 27 juin 1904, doit se soumettre à l’avis rendu par le juge. Celui-ci décide non seulement de l’intégration de l’enfant au sein du service, mais aussi de la nature de la tutelle qu’exercera le directeur sur l’enfant. Les parents jugés « immoraux » sont proprement déchus de leur puissance paternelle, et la tutelle s’exerce a priori de façon définitive et absolue (elle concerne tous les enfants de la fratrie), en vertu de l’article 2 de la loi. En revanche, si des parents, parce qu’ils sont dans l’incapacité matérielle d’élever leur enfant, acceptent en vertu des articles 17 et 19 d’en confier la garde à l’Assistance publique ou à une institution privée, la perte de la puissance paternelle n’est que provisoire, et les parents peuvent demander, par voie judiciaire, la restitution de leur enfant. Ce sera donc une nouvelle fois au magistrat de trancher sur la question du recouvrement des droits parentaux. Il n’est pas surprenant, dans ces conditions, que des désaccords interviennent entre le directeur de l’Assistance publique et le parquet sur la question des moralement abandonnés. Ici, en vertu d’une clause de confidentialité contenue dans les articles 22 et 36 (et non pas 38, comme écrit dans le document) de la loi de 1904[1], le directeur de l’Assistance publique du Rhône a refusé à plusieurs reprises de divulguer aux parents qui ont demandé à « recouvrer les attributs de la puissance paternelle » le lieu de placement de leur enfant, alors que l’article 21 de la loi du 24 juillet 1889 dispose que « dans les cas visés par l’article 17 et l’article 19, les père, mère ou tuteur qui veulent obtenir que l’enfant leur soit rendu s’adressent au tribunal de la résidence de l’enfant ». Cela revient à refuser aux parents concernés le droit de demander le recouvrement de la puissance paternelle. Devant ce blocage judiciaire et en réponse à la sollicitation du préfet du Rhône, Georges Clemenceau l’exhorte à passer outre le secret professionnel au nom du droit parental et surtout de l’intérêt de l’enfant, comme le permet l’article 22 de la loi du 27 juin 1904. Si cette solution résout le blocage à court terme, la contradiction des rôles antagonistes du parquet et du directeur reste prégnante, et ce pour plusieurs raisons.</p>
<p>D’abord, les législateurs comme les directeurs considèrent que l’éducation dispensée par l’Assistance publique nécessite une coupure totale d’avec la famille biologique[2]. D’un autre point de vue, si les parents avaient la possibilité de garder le contact avec leur enfant confié à l’Assistance publique, le nombre d’abandons augmenterait démesurément : « si les parents connaissaient la résidence du pupille et pouvaient dès lors entrer en relation avec ses nourriciers et avec lui, les voir à leur gré, le frein le plus puissant de l’abandon disparaîtrait : il n’y aurait plus d’abandon, mais mise en pension de l’enfant aux frais des contribuables »[3]. Les directeurs tiennent à tout prix à éviter l’opportunisme de certains parents indigents qui, exemptés du remboursement des frais engagés pour l’enfant par l’Assistance publique[4], cherchent à recouvrer les attributs de la puissance paternelle lorsque l’enfant a atteint l’âge de rapporter de l’argent à la famille. Ivan Jablonka, quant à lui, comprend le blocage de l’Assistance publique comme un rouage d’une logique entrepreneuriale : « Pour [la famille], le placement provisoire de l’enfant vise à lui assurer une formation professionnelle ; [l’administration] prend prétexte d’un abandon définitif pour fournir à un entrepreneur une main-d’œuvre docile. »[5] Cette dimension est certainement plus prégnante en région parisienne – où les enfants sont souvent envoyés dans des usines urbaines – que dans le Rhône où ils sont essentiellement placés dans des exploitations agricoles. Toutefois, la compréhension de l’engrenage auquel prend part l’Assistance publique mais aussi des agences de placement qui permettent au service de fonctionner financièrement peut en partie expliquer l’attitude du directeur.</p>
<p>D’autre part, la solution proposée par Georges Clemenceau – changer de placement l’enfant en cas de rejet de la requête parentale –, entre en contradiction avec l’objectif affiché de la loi de 1904, réaffirmé dans la circulaire du 15 juillet 1904, de prendre en considération en premier lieu l’intérêt de l’enfant, auquel participe le lien qu’il a créé avec ses nourriciers[6].</p>
<p>Enfin, dans ce cas précis, la réticence du directeur de l’Assistance publique du Rhône à divulguer des renseignements sur le placement de l’enfant émane peut-être d’une spécificité de son département.</p>
<p>Comme l’évoque son prédécesseur M. Serrès, directeur en 1891, l’Assistance publique du Rhône a largement favorisé, depuis 1889, la cession volontaire des droits de puissance paternelle plutôt que la déchéance[7]. Beaucoup de parents qui répondaient aux critères compris dans l’article 2 de la loi du 24 juillet 1889 ont été enjoints à céder leur puissance paternelle, pour éviter les embarras d’une enquête parfois longue et pénible. De ce fait, les « parents qui […] ne sont ni indignes ni déchus, mais que, seules, la misère et les difficultés de la vie ont mis dans l'obligation de se séparer momentanément de leurs enfants », dont parle Clemenceau dans sa lettre, sont souvent peu ou prou les mêmes, tout aussi « immoraux », que ceux qui sont déchus intégralement de leur puissance paternelle.</p>
<p>Dès lors, le document est essentiellement révélateur d’une incompréhension sur la nature de la protection de l’enfance, voulue par les parents comme une aide financière et matérielle provisoire, par l’Assistance publique comme le moyen d’une rupture définitive et solvable d’avec un milieu jugé délétère.</p>
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<p>[1] Art. 22 : « Le lieu de placement du pupille reste secret, sauf décision du préfet prise dans l’intérêt de l’enfant ». Art. 36 : « L’article 378 du Code pénal, relatif au secret professionnel, est applicable à toute personne engagée dans le service des Enfants Assistés »</p>
<p>[2] Voir par exemple la circulaire ministérielle du 15 juillet 1904, p. 298 (commentaire de l’art. 22 de la loi du 27 juin 1904)</p>
<p>[3] <em>ibid</em></p>
<p>[4] Cf. art. 21 de la loi de 1889 : « En cas de remise de l’enfant, […] à raison de l’indigence des parents il ne sera alloué aucune indemnité »</p>
<p>[5] Ivan Jablonka, « De l’abandon à la reconquête. La résistance des familles d’origine populaire à l’égard de l’Assistance publique de la Seine (1870-1930) », <em>Revue d’histoire de l’enfance « irrégulière ». Le Temps de l’histoire</em>, 15 novembre 2005, Numéro 7, p. 229‑255.</p>
<p>[6] Circulaire du 15 juillet 1904, p. 291 (commentaire de l’art. 17 de la loi du 27 juin 1904)</p>
<p>[7] Serrès, <em>Service des enfants assistés, département du Rhône - Rapport de l’inspecteur, année 1890</em>, Lyon, Imprimerie Schneider Frères, 1891.</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[La demande de déménagement du musée Guimet par Emile Guimet &#40;1883&#41;]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/288</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/18830109">Janvier 9, 1883</a><br><strong>Localisation:</strong> <br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/759">Musée</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/758">Transfert</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/757">Guimet</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/111">Lyon</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/20">"Atelier de méthodologie de la recherche (M1),"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>Le 30 septembre 1879, Émile Guimet, riche patron d'une des industries les plus puissantes de la ville et grand collectionneur, inaugurait son musée des religions et des arts d'Orient aux côtés du ministre de l'Instruction publique de l'époque, Jules Ferry. Mais le nouveau musée ne fut pas le succès qu'avait espéré Émile Guimet et l'industriel envoya le 9 janvier 1883 une lettre à l'Instruction publique afin de proposer le déménagement des collections à Paris.</p>
<p>La fondation d'un tel musée avait été permise suite aux pérégrinations du collectionneur et plus précisément grâce à son expédition en Chine, au Japon et aux Indes en 1866. Ce fut d'ailleurs le premier élément évoqué dans la lettre du Lyonnais : « Lorsque, à la suite de la mission scientifique que m'avait donnée votre Ministère, j'ai organisé le Musée qui porte mon nom; je n'avais pas osé prévoir les résultats que sa création a produits ». Ce voyage, Émile Guimet l'appelait sa « mission scientifique » car il avait besoin de papiers exceptionnels pour partir : il lui fallait un passeport diplomatique. Le Lyonnais avait alors envoyé une lettre au ministre de l'Instruction publique afin de légitimer son voyage. C'est ainsi que le 10 avril 1876, Émile Guimet fut mandaté par le Ministère en Asie afin d'y mener sa « mission scientifique ». Si il avait acquis de nombreuses pièces de collections grâce à ses voyages notamment en Égypte en 1865,ces antiquités, n'étaient que sobrement exposées chez Émile Guimet dans une « vaste vitrine à trois étages »<sup>1</sup>, son musée personnel en somme. L'idée du musée Guimet vit donc le jour à travers le rapport de l'industriel au Ministère après son long voyage : « En résumé, Monsieur le Ministre, j'espère pouvoir établir à Lyon : un musée religieux, qui contiendra tous les dieux de l'Inde, de la Chine, du Japon et de l’Égypte »<sup>2</sup>.</p>
<p>Dans cette lettre, Émile Guimet fit ce qui ressemblait à un rapport. Les avancées de son musée étaient décrites en comparaison avec les attentes de l'industriel. Le musée Guimet était dépeint comme une véritable fourmilière où l'industriel avait fait rassembler autant de pièces de collections que possible, faisant venir des « savants de tous les pays » afin d'étudier les objets ramenés et de produire de nombreuses conférences mais aussi les <em>Annales du Musée Guimet</em> et enfin la <em>Revue de l'Histoire des Religions</em>. Tout semblait en place : « le Musée est en correspondance et a un service d'échange avec tous les musées ethnographiques et archéologiques, avec les bibliothèques publiques, les académies et les sociétés savantes ; maintenant qu'il a la collaboration de tous les savants qui s'occupent des questions religieuses de l'Orient et de l'antiquité... ». Cependant, Émile Guimet notait surtout le problème que représentait la ville de Lyon. Il considérait que son musée rendrait beaucoup plus de services à Paris où la communauté scientifique était plus importante et où les étrangers s'arrêtaient plus qu'à Lyon, ville industrielle « au fond de la province ». Émile Guimet en grand patron industriel avait entreprit de développer son musée comme une véritable « usine scientifique »<sup>3</sup> et cherchait sans cesse à la rendre plus efficace. La capitale était pour lui le lieu parfaitement approprié pour une telle institution grâce à son rayonnement international et sa grande communauté scientifique. De plus, de nombreux objets rapportés par Guimet se trouvaient déjà à Paris dans ses appartements de l'avenue du Trocadéro, attendant d'être classés et étudiés. En bon industriel Guimet résumait ainsi la situation : « je me trouvais loin de la matière première et loin de la consommation. »<sup>4</sup>. A travers ce qui était un rapport sur l'état de son musée, Émile Guimet avançait les raisons de sa demande de déménagement du musée dans la capitale au ministère de l'Instruction publique, c'est-à-dire à ceux qui avait permis la création du musée Guimet.</p>
<p>Cette lettre fut donc une véritable négociation où, tout en présentant un portrait idéal de la capitale, Émile Guimet essayait d'établir un contrat avec le ministère. En l'échange de l'ensemble de ses collections, l'industriel lyonnais réclamait la construction d'un musée à l'identique au cœur de Paris dont il serait le seul administrateur. Les différents points de la négociation incarnaient les véritables problèmes du musée Guimet à Lyon : un bâtiment inachevé, une institution pas suffisamment dynamique et surtout une entreprise qui manquait de fonds. Une demande de budget très précise était indiquée avec les différentes dépenses qui seraient prévues. En somme, l’État était chargé de donner toutes les ressources matérielles au bon fonctionnement du musée mais le contrôle de « l'usine scientifique » devait rester entre les mains de son grand patron, Émile Guimet. Le collectionneur demandait même, alors que rien n'était conclu, que l’État lui offrît « quelque soulagement dans les frais annuels en échange de l'abandon que je lui fais ». Les dons de collections du Lyonnais devaient donc en contrepartie s'accompagner d'une réduction des frais en signe de remerciement.</p>
<p>La demande de transfert se fit donc officiellement au nom de la science. Le collectionneur rappelait d'ailleurs à la fin de sa lettre que c'était dans « l'intérêt de la science » qu'il adressait son projet. Cependant, Émile Guimet occultait un autre point qui expliquait l'échec de son musée lyonnais : l'aspect financier. Lors de son inauguration, seulement un tiers du musée avait été construit et le nombre de visiteurs n'était pas aussi important que ce qui avait été espéré. Émile Guimet ne pouvait porter seul le musée et son budget diminuait de plus en plus face aux investissements nécessaires. Le problème était d'autant plus grave que la mairie lyonnaise refusait de le suivre dans ses ambitions et de lui accorder un budget supplémentaire. Ce fut donc suite à ce problème financier que le collectionneur décida de faire transférer les collections à Paris. Or, cet aspect matériel ne fut en aucun cas évoqué dans sa lettre, le patron de l'industrie familiale préférant valoriser le rayonnement culturel de la capitale.</p>
<p>A la fois proposition et négociation du déménagement du musée Guimet dans la capitale, le collectionneur et patron industriel révélait son fervent attachement à son « usine scientifique » dans sa lettre adressée au ministre. L’État était perçu dans la question muséale comme un nouvel acteur aux larges ressources matérielles mais il n'était en aucun cas un futur administrateur de ces musées nés d'initiatives personnelles. Émile Guimet exposait dans cette lettre sa vision de son musée et évoquait ainsi ce qui semblait être les meilleures perspectives pour lui. Ce fut bel et bien une demande personnelle puisque l'industriel donnait seul son rapport. Aucun avis extérieur n'était joint à cette lettre. Pourtant, cela fut suffisant pour convaincre le ministère puisque le nouveau musée Guimet fut inauguré en 1889 soit six ans plus tard.</p>
<p> </p>
<p>1 Émile Guimet, <em>Le jubilé du musée Guimet, vingt-cinquième anniversaire de sa fondation (1879-1904)</em>, Paris, Leroux, 1904.</p>
<p>2 Émile Guimet, <em>Rapport au ministre de l’instruction publique et des beaux-arts sur la mission de M. Émile Guimet dans l’Extrême Orient</em>, Lyon,     1877.</p>
<p>3 E. Guimet, <em>Le jubilé du musée Guimet, vingt-cinquième anniversaire de sa fondation (1879-1904)</em>, <em>op. cit.</em></p>
<p><em>4 Ibid.</em></p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[&lt;strong&gt;« Pédagogie » technique ou « pédagogie du spectacle » ?&lt;/strong&gt;]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/287</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/19261109">Novembre 9, 1926</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/441">Paris, Paris</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/411">Presse</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/756">Football</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/20">"Atelier de méthodologie de la recherche (M1),"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p><strong>« Conseil d’international » : un article à portée didactique</strong></p>
<p> </p>
<p>« Le dribbling, la feinte, qualités d’un attaquant de classe » est extrait du « plus grand hebdomadaire sportif », <em>Match, l’intran</em> dont le premier numéro parut le 9 novembre 1926. Il s’agit d’un journal sportif généraliste c’est-à-dire s’intéressant à l’ensemble des sports pratiqués en France. Paul Nicolas, son auteur, était avant-centre au Red Star, l’un des clubs de football phares dans les années vingt. Il avait alors remporté la coupe à trois reprises, en 1921, 1922 et 1923. Comme l’indique le titre de la rubrique, il évoluait également au sein de la sélection française, sélection avec laquelle il avait déjà participé aux Jeux Olympiques en 1920 et 1924. Paul Nicolas était donc fort d’une expérience du plus haut niveau et jouissait d’une forte notoriété auprès des amateurs de ballon rond, ce qui donnait un poids particulier à sa parole en lui conférant une certaine autorité.</p>
<p>Dans l’article, il n’hésite d’ailleurs pas à mettre en avant cette expérience. C’est le cas lorsqu’il évoque l’équipe belge, championne olympique de 1920. Toutefois, la mise en avant de cette expérience n’a pas pour but de le valoriser mais bien de partager un savoir avec le lectorat. En effet, bien que bref, cet article a pour objectif la diffusion d’un savoir particulier lié au football. Il s’agit à la fois d’expliquer ce que sont la feinte et le dribble, qualités essentielles chez un attaquant, mais également de proposer une façon d’acquérir de telles compétences.</p>
<p>Dans le premier paragraphe, Paul Nicolas commence par en proposer une définition, simple et concise : « le dribbling consiste à courir avec le ballon en en conservant toujours le contrôle ». Il va ensuite proposer une sorte de protocole permettant d’aboutir à ce résultat : un plan d’entraînement, étape par étape (« l’entraînement permet d’acquérir un excellent dribbling »). Il faut partir du plus simple pour parvenir au plus sophistiqué. L’expérience de Paul Nicolas intervient à ce niveau, la rencontre avec l’équipe belge lui a permis d’améliorer sa propre technique du <em>dribbling</em> et c’est cette expérience qu’il cherche à partager. Il suffirait de suivre les conseils prodigués par l’international pour devenir un bon dribbleur. On peut voir ici une sorte de théorisation du football, la mise à l’écrit d’un savoir qui s’acquiert normalement par l’expérience. <em>Match, l’intran</em> devient le véhicule de ce savoir, et par sa diffusion à un large public, il permet une sorte de démocratisation d’une culture du football, dans ce cas précis, d’une culture technique de ce sport. Il s’agit d’un processus essentiel à un moment où le football se diffuse dans la société française et atteint les couches les plus populaires jusqu’alors privées de ce sport, encore l’apanage de la bourgeoisie (comme l’était d’ailleurs l’ensemble des sports modernes anglo-saxons) : Alfred Wahl souligne ceci en écrivant : « Au niveau du grand nombre, le statut social du football se transforme. Il est alors progressivement approprié par les couches populaires ».</p>
<p>Démocratiser la pratique et l’accès au football, voilà les objectifs principaux d’un tel article. La figure de Paul Nicolas est tout à fait intéressante et rappeler son parcours personnel permet de bien comprendre là où l’on souhaite en venir. Il rend accessible un savoir qu’il a lui même acquis par sa propre expérience, il propose les clefs pour accéder à cette compétence technique. On peut établir là un parallèle avec ce que l’on nomme la vulgarisation scientifique. Celle-ci consiste à transmettre par le biais d’un média (dans ce cas <em>Match, l’intran</em>), un savoir à un public non-expert. Elle donne alors à ce public un accès à une culture spécifique, celle que maîtrise l’auteur de l’article. Ici, il s’agit bel et bien de diffuser ce que l’on peut voir comme une culture technique du football. Cependant, penser que cet idéal est l’unique motivation d’un tel article serait bien réducteur. Certes l’époque était à diffusion la d’une culture technique du football (croissance du nombre de pratiquants, du nombre de clubs) mais c’est aussi celle des spectacles de masse dans lesquels le sport s’intègre pleinement.</p>
<p> </p>
<p><strong>La « spectacularisation du football »</strong></p>
<p> </p>
<p>« Attaquant de classe », « quoi de plus joli », autant d’expressions qui mettent avant la dimension spectaculaire du football. Il n’est pas anodin de trouver ce genre d’article dans un hebdomadaire sportif tel que <em>Match, l’intran</em> à cette époque. Il s’agit d’un temps où le football, et le sport en général, deviennent spectacle. Ignorer dans la première partie de cet article le cas de la feinte était volontaire. Celle-ci s’intègre beaucoup mieux à ce second aspect que l’on va maintenant étudier. La façon dont Paul Nicolas la définit le prouve : <em>« la feinte est un art véritable »</em>, art qui ne s’acquiert pas par l’entraînement si l’on en croit Paul Nicolas mais qui est quelque chose d’inné. Il établit un parallèle avec la corrida, spectacle populaire par excellence. Plutôt que d’avancer son expérience particulière de joueur, il se pose lui-même en tant que spectateur en vantant les prouesses techniques des deux internationaux que sont Samitier (Espagnol) et Scarone (Uruguayen).</p>
<p>Le lien entre spectacle et technique apparaît ici clairement. Alfred Wahl écrit « les années 1920 ouvrent l’ère de la technicité ». Ceci n’est pas étonnant à un moment où l’on assiste à ce que Christophe Granger appelle la « spectacularisation du football ». Diffuser une culture technique du football permet certes de diffuser un savoir, une compétence mais cela permet également de consolider une culture du spectacle et donc une culture qui a pour vocation d’être consommée. L’article de Christophe Granger <em>Les lumières du stade, football et goût du spectaculaire dans l’entre-deux-guerres </em>permet de bien saisir cet aspect. Il aborde la figure du « critique » sportif qui au même titre qu’un critique littéraire donne les clefs d’appréciation du spectacle sportif :</p>
<p>"Anciens joueurs amateurs, issus le plus souvent de la bourgeoisie cultivée, et officiant dans une presse spécialisée dont les titres se multiplient alors, ils assurent, à dater de 1925, une décisive <em>pédagogie du spectacle</em>. En un prolifique discours, ils fixent les principes d’un savoir commun, inculquent au public les subtilités du jeu, discutent de la qualité des rencontres et désignent ce qui mérite attention. […] En d’autres mots, la presse sportive met alors en circulation les catégories d’appréciation capables de garantir l’intérêt du spectateur et de le sensibiliser aux qualités du spectacle".</p>
<p>C’est exactement ce que l’on retrouve avec cet article : un joueur (encore en activité) qui profite de sa notoriété pour écrire dans la presse spécialisée et qui met en avant ce qui mérite de retenir l’attention du spectateur venu assister à un match de football : dans ce cas les deux gestes techniques que sont le dribble et la feinte.</p>
<p> </p>
<p>Les deux aspects étudiés ici apparaissent plausibles tous les deux et sont en réalité complémentaires. Ils reflètent deux réalités essentielles des années 1920 concernant la diffusion du football : celle-ci concerne tant la pratique du football que sa consommation. La presse sportive a cherché à encadrer ces deux aspects diffusant à la fois une culture technique et pratique du football et une culture commerciale participant ainsi pleinement à l’ancrage du football dans ce que nous qualifions de culture de masse.</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[&lt;strong&gt;Mixité scolaire et diversification de l’accès des filles aux filières techniques et professionnelles industrielles&lt;/strong&gt;]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/286</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/19661010">Octobre 10, 1966</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/434">110 rue de Grenelle, Paris</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/21">Genre</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/753">Formation professionnelle</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/754">Mixité</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/755">Orientation</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/20">"Atelier de méthodologie de la recherche (M1),"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>À la fin des années 1960, alors que la mixité était devenue la règle dans les établissements scolaires, l’offre scolaire technique et professionnelle restait très fortement ségrégée au niveau des sexes. La circulaire du 10 octobre 1966, qui porte sur l’admission des jeunes filles dans les sections industrielles, vise ainsi à rappeler très fermement « la règle de l’égalité d’accès des filles et des garçons aux enseignements techniques et professionnels de tous niveaux ». Paradoxalement, cette circulaire semble ainsi s’inscrire dans la suite d’un processus de mixisation des établissements et des filières scolaires entamé depuis le début du XX<sup>e </sup>siècle tout en faisant le constat d’un échec de cette mixité dans les filières techniques et professionnelles.</p>
<p><strong>Division des sexes, coéducation et mixité</strong></p>
<p>Cette circulaire de 1966 est promulguée dans les années où s’est effectué un changement radical. Alors que « la co-éducation des jeunes filles et des jeunes gens [était restée] marginale jusqu’à la fin des années 1950 [et que] la règle générale [était] la non-mixité des enseignées (et des enseignants) »[1], la mixité est devenue la norme à la fin des années 1960 et dans les années 1970. Françoise et Claude Lelièvre, dans <em>Histoire de la scolarisation des filles</em>, tentent d’analyser ce processus de mixisation et montrent qu’il y eu, tout au long du XX<sup>e </sup>siècle, des évolutions en termes de mixité, des évolutions qui semblent aller à l’encontre « d’une École pour les filles et d’une École pour les garçons »[2] comme c’était le cas depuis l’Ancien Régime. La circulaire du 3 juillet 1957 sur le fonctionnement des établissements mixtes reconnut de fait cette mixité mais celle-ci ne faisait pas l’objet d’une promotion : « La crise de croissance de l’enseignement secondaire […] nous projette dans une expérience [la mixité] que nous ne conduisons pas au nom de principes, d’ailleurs passionnément discutés, mais pour servir les familles au lieu le plus proche de leur domicile ou dans les meilleures conditions pédagogiques ». Une accélération décisive semble avoir lieu dans les années 1960. Pour Antoine Prost, « de toutes les révolutions pédagogiques du siècle, la mixité est l’une des plus profondes. Elle oppose l’école de notre temps à celle de tous les siècles précédents. Et pourtant, elle s’est effectuée sans même que l’on y prête attention »[3]. Il s’agit, en effet, d’un véritable bouleversement qui s’est produit sans véritable débat public. La mixité a été mise en place par de simples mesures administratives et circulaires, sans véritable politique explicitée et décidée par le pouvoir législatif ou exécutif[4].</p>
<p>Pourtant, ce bouleversement ne semble pas avoir eu lieu dans les filières techniques et professionnelles comme semble le constater la circulaire de 1966 qui souligne dès les premières lignes que « l’analyse des statistiques de l’enseignement public fait apparaitre que moins d’un tiers des jeunes filles scolarisées dans les établissements techniques recherchent une formation de type industriel » et que « d’autres part, celles qui ne s’orientent pas vers le secteur tertiaire se dirigent presque exclusivement vers des formations traditionnellement considérées comme "féminines" ». Le constat de cette non-mixité semble être ce qui a motivé la production de la circulaire par le ministère de l’Éducation nationale.</p>
<p><strong>Quelle mixité pour les formations techniques et professionnelles ? </strong></p>
<p>La volonté de diversifier l’accès des jeunes filles aux formations techniques et professionnelles semble être ce qui a conduit à la promulgation de la circulaire de 1966. En effet, les formations techniques et professionnelles mixtes étaient rares et l’offre scolaire moins diversifiée pour les filles que pour les garçons[5]. Dans les filières professionnelles, quelques sections accueillaient un nombre équilibré de filles et garçons : les métiers du verre, du papier carton, de la photographie et des industries graphiques. Dans le secteur secondaire, les filières textiles avaient un taux de féminisation à 97% tandis que les filières de la mécanique, de l’éléctro-mécanique, de la chaudronnerie ne comptaient jamais plus de 5% de filles. Dans le tertiaire enfin, les filles se concentraient dans les filières du paramédical et du secrétariat. D’où une nécessité qui est apparu aux yeux des pouvoirs publics : donner un accès plus diversifié des filles aux formations professionnelles et techniques. Les pouvoirs publics tentèrent donc de faire évoluer la situation, et ce, par la circulaire du 10 octobre 1966 relative à l’admission des jeunes filles dans les sections industrielles qui rappelle « la règle de l’égalité d’accès des filles et des garçons aux enseignements techniques et professionnels de tous les niveaux ». La « fermeté » était nécessaire en effet, car la règle était loin d’aller de soi pour les enseignements industriels[6]. Une certaine politique volontariste s’est dessiné quant à la diversification des orientations : le texte attire l’attention sur la nette tendance des jeunes filles à limiter leur choix d’orientation technique aux formations dites féminines et incite à ce que soit entrepris un « effort systématique d’information des familles » sur les diverses possibilités de formations offertes.  Toutefois, ce qui ressort de cette circulaire, au-delà de cette volonté de diversifier l’accès des filles aux formations techniques et professionnelles, c’est une volonté économique de faire coïncider formation et emploi. En effet, il y avait plus de jeunes filles issues de ces filières traditionnellement considérées comme féminines que d’emplois à pourvoir pour ces filières tandis « qu’un nombre croissant d’activités industrielles et commerciales recherchent des travailleurs qualifiés et des cadres […] en vue d’occuper des emplois qui peuvent être indifféremment confiés à des femmes et des hommes ». Ainsi, l’impératif social d’une égalité des chances entre filles et garçons semble être conduit en lien avec un autre impératif, économique cette fois (peut-être dans un souci de neutralisation) : répondre au besoin de main d’œuvre tout en limitant le chômage des femmes.</p>
<p><strong>Conclusion </strong></p>
<p>La circulaire du 10 octobre 1966 révèle l’échec de la mixité dans les filières techniques et professionnelles de tous niveaux alors même que la mixité s’est imposée dans les années 1960-1970. La non-mixité de ces formations est alors perçu négativement par les pouvoirs publics qui ont tenté d’y remédier par une politique soutenue (voire impulsée) par l’administration de l’École publique. Toutefois, cette politique volontariste qui visait une diversification des orientations des jeunes filles semble se justifier par des motifs économiques, dans le souci d’adéquation entre formation et emploi. Ainsi, préoccupations égalitaristes et préoccupations économiques semblent motiver la généralisation de la mixité, notamment dans les filières où celle-ci ne se développe pas, ou peu.</p>
<p> </p>
<p>[1] Françoise Lelièvre et Claude Lelièvre, <em>Histoire de la scolarisation des filles</em>, Paris, Nathan, 1991, 272 p.</p>
<p>[2] <em>Ibid.</em></p>
<p>[3] Antoine Prost, <em>Histoire générale de l’enseignement et de l’éducation en France. Tome IV. L’école et la famille dans une société en mutation depuis 1930</em>, Paris, Perrin, 2004, v+807 p.</p>
<p>[4] F. Lelièvre et C. Lelièvre, <em>Histoire de la scolarisation des filles</em>, <em>op. cit.</em></p>
<p>[5] <em>Ibid.</em></p>
<p>[6] Nicole Mosconi, « La mixité dans l’enseignement technique industriel [ou l’impossible reconnaissance de l’autre] », <em>Revue française de pédagogie</em>, 1987, vol. 78, n<sup>o</sup> 1, p. 31-42.</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[&quot;Ne pillons plus ! Instruisons !&quot; : article-pétition de la féministe Hubertine Auclert pour l'ouverture d'une école arabe pour filles à Alger]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/285</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/19011202">Décembre 2, 1901</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/380">Paris, Paris</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/532">Algérie</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/340">Education</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/752">Féminisme</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/684">Colonisation</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/20">"Atelier de méthodologie de la recherche (M1),"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>Les féministes françaises se sont peu intéressées à la colonisation avant la Première Guerre mondiale. A cet égard, Hubertine Auclert, une des principales représentantes du féminisme de la Troisième République, fait figure d’exception. Le 2 décembre 1901, elle consacre son article hebdomadaire dans <em>Le Radical</em>, un des principaux quotidiens français, à l’Algérie. Sous le titre « Ne pillons plus ! Instruisons ! », elle y plaide pour l’ouverture d’une école arabe pour filles à Alger.</p>
<p>Cela fait alors plusieurs années que la féministe tente de sensibiliser l’opinion publique au sort des femmes colonisées. Son intérêt pour la colonisation date de 1888. A cette date, Hubertine Auclert, alors fer-de-lance du combat suffragiste, quitte Paris pour l’Algérie. Elle y suit son mari, nommé juge de paix.</p>
<p>Durant les quatre années qu’elle passe d’abord à Frenda puis à Alger, elle développe une pensée de la colonisation, une version féministe de la "mission civilisatrice". Avant elle, les seules féministes françaises à avoir abordé le sujet, de façon plus ou moins marginale, sont Olympe Audouard, Léonie Rouzade, Paule Mink et Louise Michel (que l’on peut du reste hésiter à qualifier de féministe). La pensée qu’Hubertine Auclert élabore en Algérie est donc assez originale. Son « impérialisme féministe »[1] prône une assimilation totale des « indigènes » et l’accès des Françaises au suffrage, ce qui permettrait de faire disparaître les abus du patriarcat dans les colonies. Comme d’autres femmes occidentales, notamment britanniques ou belges, elle promeut l’idée d’une solidarité de toutes les femmes et endosse « le fardeau de la femme blanche » chargée d’émanciper ses « sœurs indigènes ».</p>
<p>Hubertine Auclert commence à militer en faveur des femmes arabes du temps de son séjour algérien, et continue à son retour en métropole en 1892, et jusqu’à sa mort en 1914. Elle publie en 1901 <em>Les Femmes arabes en Algérie</em>, et sur les 413 articles qu’elle écrit en tant que chroniqueuse pour <em>Le Radical </em>entre 1896 et 1909, 18 traitent de la colonisation. C'est dans le contexte de cet engagement de longue haleine, qui lui est très personnel, que s'inscrit son article du 2 décembre 1901.</p>
<p>L’auteure y critique la colonisation telle qu’elle a existé jusqu’alors pour lui opposer une autre forme de colonialisme, qu’elle juge seul légitime. Elle plaide pour le passage d’une colonisation « <em>barbare</em> », fondée sur le pillage, à une colonisation éducatrice, visant à civiliser et assimiler les « indigènes ».</p>
<p>Taxer la France de barbarie est particulièrement significatif au regard des discours coloniaux qui exaltent la « mission civilisatrice ». Le terme participe d’une rhétorique de l’inversion, qu’Hubertine Auclert emploie de façon récurrente dans sa critique de la colonisation. La France qui prétend civiliser s’ensauvage dans la conquête. Pour illustrer cette idée, elle insiste ici sur les violences physiques commises sur les colonisés, et surtout, c’est le cœur de l’article, sur les effets néfastes de la domination française sur la condition des femmes arabes.</p>
<p>Hubertine Auclert reproche à la France d’avoir provoqué la déscolarisation des filles. Elle se réfère à la confiscation par les autorités coloniales des établissements d’éducation religieux (« <em>biens Habbous </em>»), ainsi qu’à la fermeture, en 1861, de l’école qu’avait ouverte Eugénie Luce à Alger en 1846. Cette dernière apparaît sous bien des aspects comme une précurseuse d’Hubertine Auclert. Les deux femmes militent pour la scolarisation des petites « indigènes », au nom de la « mission civilisatrice » et de la « fusion des races ». Les filles jouent un rôle majeur dans le processus colonial car elles sont « <em>promptes à s’assimiler nos idées et nos mœurs </em>» affirme Hubertine Auclert dans son article-pétition. Plus assidues, plus assimilables que les garçons, c’est par elles que passera la civilisation de l’Algérie et la « <em>fusion des races arabe et française </em>».</p>
<p>Cet argument assimilationniste se double chez Hubertine Auclert d’un argument méritocratique, universaliste et républicain : l’intelligence des filles arabes (« <em>les étonnantes aptitudes intellectuelles des petites indigènes</em> »), que la féministe ne cesse de souligner, leur donne le droit à l’éducation (il faut « <em>sans faire de distinction de race ni de sexe, reconnaître l’intelligence quand elle se manifeste</em> »). Les en priver est « <em>criminel</em> ».</p>
<p>L’article est aussi l’occasion pour l’auteure de diffuser sa pétition pour l’ouverture d’une école arabe de jeunes filles à Alger, qu’elle adresse au gouverneur général de l’Algérie, Paul Révoil. Cette pétition est une variante de la pétition pour la scolarisation des filles arabes qu’Hubertine Auclert diffuse régulièrement depuis 1891, et qu’elle a déjà adressée au Gouvernement et au Parlement. Aucune n’obtient satisfaction de son vivant, malgré les signes encourageants qu'elle mentionne dans l’article.</p>
<p>Cela éclaire le caractère acharné de son engagement. A travers ces modes d’actions qui comptent parmi les principaux du féminisme de la première vague, la pétition et le journalisme, Hubertine Auclert n’a de cesse de marteler ses revendications en faveur de la scolarisation des filles « indigènes », dans un contexte de globale indifférence. Cet engagement, qui rencontre peu d’écho tant au sein du féminisme que dans l’ensemble de la société, est celui d’une féministe particulièrement atypique. Sans obtenir le résultat espéré, elle a cependant indéniablement contribué à la sensibilisation de l’opinion française aux questions coloniales.</p>
<p> </p>
<p>[1] EICHNER Carolyn, "La Citoyenne in the World : Hubertine Auclert and Feminist Imperialism, <em>French Historical Studies</em>, 2004, p. 63-84.</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[&lt;strong&gt;Les Pentes de la Croix-Rousse, un laboratoire social des politiques de la ville : le Développement Social des Quartiers &#40;1990-1993&#41;&lt;/strong&gt;]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/277</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/19890601-19891230">June, 1989 au December, 1989</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/423">Mairie du 1er arrondissement, Lyon</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/422">Siège de la COURLY, Lyon</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/727">DSU</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/725">Croix-Rousse</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/724">Politiques de la ville</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/723">DSQ</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/722">Quartier</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/111">Lyon</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/384">Histoire urbaine</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/728">Gentrification</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/4">"Histoire urbaine contemporaine,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>Selon un ouvrage de sociologie urbaine, « Les cœurs des villes sont aujourd'hui l'objet de dynamiques multiples et de réinvestissements importants tant de la part des acteurs politiques et économiques que des acteurs sociaux »<sup>1</sup>.</p>
<p>La ville de la fin du XXe siècle est un espace investi par les politiques. Après l'été 1981, où les « guérillas urbaines » on défrayé la chronique, les quartiers des grandes villes sont sous les projecteurs. La Politique de la Ville, née en 1982, va investir le champ urbain : « Elle affiche sa volonté de lutter contre l'exclusion sociale et la ségrégation urbaine, légitimant son intervention dans presque tous les champs de l'espace urbain : la revitalisation des quartiers par l'habitat et l'aménagement ; la recréation du lien social par l'éducation, la culture, la santé ; la valorisation de la citoyenneté par la réhabilitation des services au public »<sup>2</sup>. En effet, la Politique de la ville est une politique sociale territorialisée qui mêle problématiques sociétales et préoccupations urbaines. Comme pour répondre aux sociologues, qui annonçaient la « fin des quartiers », la Politique de la Ville reflète le renouveau de l'intérêt pour cet espace réduit de sociabilités et d'interactions. Dès lors, les pouvoirs publics, largement représentés par les collectivités territoriales et les municipalités, impulsent, sinon appuient une mutation du quartier : leur volonté de lutter contre la précarisation, la ségrégation et d'endiguer la dégradation de certains espaces publics amène les décideurs politiques à s'interroger sur l'avenir des villes et les moyens de le maîtriser.</p>
<p>L'une des premières procédures de la Politique de la ville sera la procédure de Développement Social des Quartiers (DSQ). Au moment de leur candidature à la procédure, en 1989<sup>3</sup>, les Pentes de la Croix-Rousse bénéficient des « attributs du type » mais aussi de la « singularité du quartier »<sup>4</sup>, pour reprendre J-Y.Authier. En effet, si la procédure de DSQ a déjà été introduite dans de nombreux anciens quartiers centraux, les Pentes de la Croix-Rousse semblent être un laboratoire dynamique et inédit pour la politique de la ville à l'échelle du quartier. Tout au long de la procédure, les dossiers réalisés par les différentes équipes en charge du projet auront à cœur de rappeler les enjeux d'un tel dispositif dans ce quartier en particulier.</p>
<p>Le quartier des Pentes est un quartier caractérisé par une forte centralité (extrême proximité du centre-ville); mais c'est aussi un site complexe, avec une trame urbaine particulière et un bâti adapté à une ancienne activité économique, celle des canuts. La complexité de cet espace réside dans sa très forte densité, la plus forte de Lyon, même si, les recensements de l'INSEE montrent que la population a diminué de 20 % entre 1975 et 1982. Par ailleurs, la présence sur le site de cheminements pittoresques et de vestiges archéologiques doivent être préservés et remis en valeur. L'historicité du quartier constitue sa spécificité et l'enjeu principal de son intégration dans cette procédure.</p>
<p>En ce qui concerne les caractéristiques socio-démographiques, elles sont celles que l'on retrouve dans la plupart des territoires concernés par la Politique de la ville : une population modeste qui comprend de nombreux ménages aux revenus non imposables et des demandeurs d'emploi, dont la part a augmenté de 17 % entre 1982 et 1989. Le revenu annuel moyen du quartier est, à cette époque, le plus faible de toute la ville de Lyon ; une population constituée de beaucoup de personnes seules et pour une large part, d'une population vieillissante ; en outre, une population cosmopolite puisqu'un nombre important d'habitants est issu de l'immigration (16 % de la population en 1982). En résumé, le quartier est alors habité par une population fragile en forte demande d'insertion.</p>
<p>L'objectif pour les acteurs du DSQ, est de promouvoir les Pentes de la Croix-Rousse, en faisant des habitants, les acteurs même de cette promotion – en faire un espace intégré et rayonnant dans la mondialisation – par un effort de rénovation urbaine, de patrimonialisation, et de soutien à l'innovation sociale ; de le réhabiliter pour y attirer une nouvelle population tout en conservant la mixité sociale qui fait la richesse du lieu. Ainsi, solidarité, insertion, réussite, ouverture et cohabitation sont les maîtres mots de l'émergence d'une réelle volonté de développer un partenariat dynamique – construit à partir d'un réseau associatif, déjà très fort avant l'inscription dans le dispositif – autour de la promotion, de la rénovation et du développement social et économique du quartier. Ainsi, en investissant différents domaines – que ce soit celui de l'éducation, de l'habitat et du logement, du commerce, de la santé ou encore de la culture – les objectifs pour les acteurs, sont de permettre à la ville de Lyon d'être exemplaire sur le plan de la qualité humaine des relations entre tous les habitants d'un même quartier et de concrétiser de grands projets permettant à la ville d'être présente dans le peloton de tête des eurocités et des villes qui comptent sur le plan international ; enfin de doter la ville d'une qualité de vie exemplaire en la rendant « plus belle à regarder, plus sûre et agréable à vivre, et plus solidaire ». Conseiller municipal de la Mairie du 1<sup>er</sup> arrondissement, M. Courtial affirme, lors d'une réunion organisée en 1989 : « Une ville solidaire c'est aussi refuser la ville à deux vitesses, la ville ségrégée et rejetante pour les plus démunis ».</p>
<p>Cependant, un regard sur l'ensemble de la procédure, de ses réussites comme de ses échecs, permet de s'interroger sur la procédure DSQ : l'issue d'une inscription dans un tel dispositif a-t-elle vraiment pour objectif de promouvoir une mixité sociale ? En effet, le quartier des Pentes de la Croix-Rousse, ancien quartier central, n'échappe pas au mouvement de gentrification que décrit Anaïs Collet dans l'ouvrage issu de sa thèse : « Les Pentes permettent ainsi de rencontrer plusieurs générations de gentrifieurs se côtoyant dans un espace à la fois semblable et profondément renouvelé, emblématique de la gentrification « à la française », qui est aussi aujourd'hui, un des plus chers et des plus touristiques de Lyon »<sup>5</sup>. En effet, la procédure DSQ – par les dynamiques de promotion et de rénovation qu'elle impulse – n'est pas étrangère à la mutation du quartier en un quartier dit « bobo » qui attire alors une nouvelle population constituée de jeunes cadres dynamiques, qui forment aujourd'hui la nouvelle classe moyenne supérieure, qui ne semble pas réellement cohabiter avec une ancienne population plus précaire et attachée à son quartier.</p>
<p>Cette analyse nous amène à nous interroger sur l'essence même de la Politique de la Ville : peut-on rénover et promouvoir un quartier, sans en altérer profondément ses caractéristiques, chassant ainsi une population attachée à son espace pour y accueillir une nouvelle génération plus aisée dont les pratiques du quartier seront totalement différentes ?</p>
<p>1 BIDOU-ZACHARIASEN Catherine (dir.), <em>Retours en ville. Des processus de 'gentrification' urbaine aux politiques de revitalisation des centres, </em>Descartes et Cie, Paris, 2003, p.9.</p>
<p>2 ANDERSON Antoine, <em>Politiques de la ville. De la zone au territoire</em>, La Découverte et Syros, Paris, 1998, p.20.</p>
<p>3 Le document provient des Archives Municipales de Lyon, carton <strong>1559 WP 023. </strong></p>
<p>4 AUTHIER Jean Yves, « Les citadins et leur quartier. Enquêtes auprès d'habitants de quartiers anciens centraux en France », <em>L'Année sociologique</em>, 2008/1 Vol.58, p. 21-46.</p>
<p>5 COLLET Anaïs, <em>Rester bourgeois. Les quartiers populaires, nouveaux chantiers de la distinction</em>, La Découverte, Paris, 2015, p. 28.</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[&lt;strong&gt;L’essor urbain de Bordeaux dans les années 1780 vu par des voyageurs &lt;/strong&gt;]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/276</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/17830301-17870831">Mars, 1783 au Août, 1787</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/421">Place Royale, Bordeaux</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/385">Récit de voyage</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/233">Rénovation urbaine</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/720">Essor urbain</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/716">Commerce atlantique</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/718">Bordeaux</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/721">La Rochefoucauld</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/4">"Histoire urbaine contemporaine,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>En France, les échanges avec le Nouveau Monde, et en particulier avec l’Amérique du Nord, ont suscité une forte croissance des activités de la façade maritime occidentale, aussi bien dans les grands ports que dans leurs arrière-pays. L’essor urbain de Bordeaux attire la curiosité de marins et de voyageurs tels que le jeune noble François de la Rochefoucauld qui rédige, en 1783, à l’âge de 18 ans, un récit de voyage intitulé <em>Voyages de France,</em> qu’il destine à son père. Il y raconte son séjour dans la capitale guyennaise dont il décrit la croissance, l’architecture et le commerce. Toutefois, un récit de voyageurs comme celui-ci peut donner une vision biaisée de ce que pouvait représenter le volume du trafic portuaire et du commerce colonial pour le port de Bordeaux. L’économiste anglais Arthur Young fait aussi part de son admiration lors de son passage à Bordeaux en août 1787, décrivant le trafic portuaire et l’agitation qui règnent sur les quais. Si Bordeaux semble rayonner par son nouvel essor urbain et la richesse de sa population, c’est en grande partie grâce au commerce colonial florissant dirigé vers l’Amérique et aux réexportations européennes.</p>
<p>De 1700 à 1790, Bordeaux passa de 45 000 à 110 000 habitants, devenant ainsi la troisième ville du royaume. L’immigration alimenta l’accroissement naturel de sa population, la ville attirant en majorité des hommes jeunes provenant des régions voisines. Mais la vocation portuaire de la ville capta une population plus lointaine : anglo-saxonne, hanséatique, et antillaise. D’autre part, la ville s’embellit grâce à la politique de trois intendants et ce, malgré l’hostilité de l’échevinage, du parlement, et d’une partie de la population. Les « rues » dans lesquelles il y a « plus de monde que jamais » ainsi que la « Bourse remplie de boutiques les plus brillantes » sont les résultats de la nouvelle politique urbaine menée par un de ces intendants : Claude Boucher (de 1720 à 1743). Il procéda à de multiples remaniements urbains tels que le remodelage des lieux d’échange, l’ouverture de portes, l’élargissement des rues et des places, et la rénovation des quais. Il ouvrit la ville sur la Garonne et fit sauter le carcan médiéval et celui du <em>castrum</em> romain. Bordeaux lui doit une nouvelle façade sur le fleuve, consacrée par Joseph Vernet dans ses tableaux, et une grande Place Royale (actuelle Place de la Bourse) en l’honneur de Louis XV, édifiée par Jacques Gabriel et achevée par son fils en 1755. La construction de cette place de Bordeaux consacra l’attachement de la ville, traditionnellement rebelle, à la monarchie et au roi Louis XV dont une statue est érigée au centre de la place, tournée vers la Garonne, associant ainsi le roi au port (facteur de prospérité de la ville). Son plan original se démarqua de celui d’autres places royales en France : le quadrilatère traditionnel fut transformé en un espace polygonal, en terrasse, ouvrant une perspective théâtrale sur le fleuve, perspective qui s’inverse lorsque le voyageur arrive par bateau. L’intendant Boucher fut le véritable initiateur du « style bordelais » : les bâtiments en pierres blanches au style classique et aux arcades en plein cintre devinrent alors typiques de la ville. Le successeur de Claude Boucher, Louis Urbain Aubert de Tourny (intendant de 1743 à 1757) acheva donc la place Royale et perça de grands cours reliés par des places (Saint-Julien, Dauphine, Tourny). Il assécha les marais environnants pour favoriser et contrôler l’expansion urbaine et uniformisa les façades des bâtiments des quais, vitrine de la Bordeaux marchande.</p>
<p>Arthur Young admirait l’opulence de Bordeaux et la richesse des bourgeois bordelais : « le mode de vie des marchands d’ici est très somptueux ». Théâtres, clubs, hôtels particuliers et grands jardins sont ouverts, attirant une population bourgeoise et polyglotte. La ville devint aussi un refuge religieux : juifs et protestants bordelais étaient de riches armateurs profitant des réseaux atlantiques. « Les deux tiers de la généralité de Bordeaux étaient occupés au vin », denrée à forte valeur ajoutée qui fit la richesse de la région. La prospérité éclatante de Bordeaux au XVIII<sup>e</sup> siècle se fondait essentiellement sur la production viticole et surtout sur son négoce qui stimulaient l’activité portuaire, révélant ainsi la vocation maritime de la ville. De grandes fortunes s’édifiaient alors, dégageant des élites marchandes au train de vie luxueux dont Francisco Antonio de Miranda, en 1789, fournit un des témoignages critiques, que cite Louis Desgraves, sur ce mode de vie par le biais de son journal de voyage.</p>
<p>Cette métamorphose urbaine et sociale de Bordeaux est due à l’essor du commerce colonial et aux réexportations européennes. L’essor atlantique entraînait le développement des économies, des sociétés des arrière-pays reliés à ces ports, mais aussi de la France « profonde » éloignée de la mer. Les farines et vins d’Aquitaine devinrent des marchandises à forte valeur ajoutée suscitant un essor fulgurant du port de la Gironde. Entre 1720 et 1790 le volume du commerce colonial avec l’Amérique fut multiplié par huit alors qu’avec l’Europe il ne le fut que par 1,6 remarque Pascal Brioist. Le développement du commerce du café accompagné de l’entrée en exploitation de l’île de Saint-Domingue pour son sucre, son café et son indigo firent exploser la demande des pays du Nord de l’Europe conduisant, à partir de 1750, au boom commercial et urbain de Bordeaux. En effet, à partir des années 1780, près de la moitié des réexportations coloniales françaises vers le reste de l’Europe se faisaient depuis Bordeaux, soit quatre fois plus qu’à Nantes pour le sucre et quatre fois plus qu’à Rouen pour le café selon Pascal Brioist. Cette croissance reposait sur les échanges avec les marchés européens, en particulier ceux de l’Europe du Nord et de la ligue hanséatique (comme Hambourg, Amsterdam, et Stettin).</p>
<p>La connexion des ports de l’Europe du Nord avec Bordeaux était assurée par la présence d’une centaine de firmes de commissionnaires allemands dans le plus grand emporium européen de France. Ces commissionnaires assuraient la réexportation des denrées coloniales, en dépit des volontés mercantilistes du pouvoir de Colbert, qui voulait que ces réexpéditions à partir de ports français vers les autres ports européens soient faites par des vaisseaux français et non par des firmes étrangères afin d’empêcher la fuite de capitaux vers l’étranger. C’est une des raisons majeures qui firent échouer le mercantilisme colbertiste. A la Révolution française, l’essentiel de la dette de l’Etat français était dû à l’aide apportée aux <em>Insurgents</em> américains pendant leur guerre d’indépendance (1776-1783). En aidant les Treize colonies, la France avait espéré des retombées commerciales mais le fruit de leur aide n’arriva jamais, car l’Amérique indépendante préféra se tourner vers l’Angleterre qui intégra à leur commerce ces nouvelles relations avec facilité. Le seul commerce transatlantique qui demeura pour la France fut celui avec les Antilles et les volumes colossaux de sucre qu’elles produisaient. « Les caboteurs » que mentionne François de la Rochefoucauld désignent ces petits marchands qui se chargeaient de réexpédier et de revendre - évidemment à un meilleur prix qu’ils ne les avaient achetées - les marchandises coloniales arrivées à Bordeaux en longeant les côtes françaises, espagnoles ou portugaises.</p>
<p> </p>
<p>Vue par les voyageurs, la cité est « le luxe énorme en tout ». La ville est métamorphosée par les grands travaux de ses intendants, permis par l’explosion de son commerce au XVIIIe siècle.</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[&lt;strong&gt;Endiguer l’antimilitarisme à Lyon pendant la première guerre mondiale : perquisition au « Nid Rouge ».&lt;/strong&gt;]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/275</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/19170308">Mars 8, 1917</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/420">20 rue Molière, Lyon</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/715">Foire de Lyon</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/542">Préfecture</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/243">Première guerre mondiale</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/114">Surveillance</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/240">Tract</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/714">Pacifisme</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/705">Le Nid Rouge</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/706">Henri Bécicard</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/707">Jeanne Chenevard</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/708">Anarchisme</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/710">Police politique</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/711">Sûreté</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/712">Manifestation</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/713">Général Ebener</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/4">"Histoire urbaine contemporaine,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>« Vous, hier, exploités, dépossédés, méprisés, on vous a appelés frères et camarades quand il s'est agi de vous envoyer au massacre et à la mort. » [1] Lors de la conférence de Zimmerwald de 1915, le pacifisme semble donner de l’espoir aux socialistes antimilitaristes et s’éloigner des courants trop proches de « l’Union sacrée ». En 1916, les grandes batailles continuent avec Verdun et la bataille de la Somme. Les groupes libertaires socialistes et anarchistes s’organisent dans l’attente d’une paix immédiate, sans victoire. La révolution russe de février 1917 ravive les espérances d’une issue différente de celle qu’espèrent les partisans de l’union sacrée. Pour contrer la pensée et la propagation du pacifisme, le gouvernement militaire tente, en multipliant les gardes à vue et les perquisitions,  de mettre un terme à ce mouvement pacifiste. C’est dans ce contexte que, le 8 mars 1917, le chef de la sûreté, à la demande du gouverneur militaire, organise une perquisition 20, rue Molière à Lyon, siège d’un groupe d’antimilitaristes, «le Nid Rouge ».</p>
<p>Le « Nid Rouge » est un rassemblement de propagande qui utilise la chanson comme moyen privilégié. Fondé par Henri Bécirard et Jeanne Chenevard, entre le 26 aout et le 16 septembre 1916[2], il a pour but de regrouper des membres de plusieurs tendances politiques. La sureté les qualifie tous d’anarchistes mais Claire Auzias[3] précise que des socialistes y participent. Influencé par Sébastien Faure, le rédacteur du journal « Ce qu’il faut dire » (CQFD), Bécirard met en place cette société qui regroupe des membres de C.Q.F.D et des adhérents du C.R.R.I (Comité pour la Reprise des Relations Internationales). Leur motivation première est de militer contre la guerre face aux partisans de l’Union sacrée.</p>
<p>Le 24 février 1917, certains membres du « Nid Rouge » se réunissent pour mettre en place une manifestation pacifiste proposée par Henri Bécirard. Sur proposition de Théophile Leclair, un anarchiste, elle doit se tenir le 18 mars 1917, à un moment ou de nombreux visiteurs étrangers assistant à l’inauguration de la Foire de Lyon. Et il s’agit également de l’anniversaire de la Commune de 1871[4]. Le 4 mars 1917, le préfet du Rhône expose au Ministre de l’Intérieur ses inquiétudes dans un rapport concernant cette manifestation pacifiste[5]. Le cabinet de la sûreté du Ministre de l’Intérieur répond le 7 mars et demande au préfet de tout mettre en œuvre pour endiguer la manifestation[6]. Le lendemain, une demande émise par le général Ebener, gouverneur militaire de Lyon, prescrit la perquisition. Le service de la Sûreté de l’agglomération lyonnaise met en place l’intervention. Constant Adler, commissaire de police, chef de la sûreté, officier de police judiciaire et auxiliaire du procureur de la république est en charge de la perquisition. Il est à la sûreté à Lyon depuis janvier 1913[7]. Il est accusé par le député républicain socialiste Charles Bernard[8], de manquer d’intégrité et de protéger, avec son adjoint Xavier Fabiani, sa propre fournisseuse de cocaïne[9].</p>
<p>Le 8 mars à 21H30, l’équipe d’intervention d’Adler entre au 20 rue Molière afin d’y trouver des imprimés et tracts pacifistes ou anarchistes. Sur le rapport est décrit le local du « Nid Rouge » : « il comprenait une grande salle de réunions et concerts, avec deux petites pièces contiguës […] assises devant un décor grossier de spectacle »[10]. La perquisition se fait en présence des 17 individus du « nid rouge » lesquels chantaient « accompagnés d’un piano à queue ». Parmi ces individus se trouvent  Louis Marie Chenevard, artiste, sa compagne – la future madame Chenevard – Jeanne Viollet, confectionneuse, connue pour diriger l’ouvroir « l’égalitaire », première femme membre permanente à l’Union Départementale CGT du Rhône, co-fondatrice du Nid Rouge. Se trouvent aussi Chenet Marie Louise, confectionneuse ; Louis Poncet, employé de commerce ; Théophile Leclair, cuisinier et conseiller prud’homal ; Marchal René, épicier ; Lacote Marie Angèle, ménagère ; Palluy Claude, dactylographe ; Michel Henry, soldat ; Guelpaz Antoine Benoit, manœuvre ; Radix Louis, négociant en café ; Gardet Antoinette, ouvrière ; Froquet Clémence, polisseuse et quatre étrangers : Mane Jean, espagnol, tourneur ; Menos Diego, espagnol, typographe ; Bovone Eugène, italien, menuisier ; Maecler Fritz Emile, Suisse, ouvrier.</p>
<p>Suite à la réunion du 24 février, il était prévu que le "Nid Rouge" imprime et diffuse 10000 tracts. C’est en vue de trouver ces tracts que les policiers vont fouiller les locaux. Ils en dénichent quelques uns sur Marchal, Palluy et dans une armoire. Ils découvrent également une presse lithographique, des journaux de Sébastien Faure, un registre de comptabilité d’une réunion et des chansons. Jusque là, le butin était bien maigre pour les agents de la sûreté, mais arrive à 22 Heures un ouvrier espagnol,  Manoel Balcells ; il est porteur de 3000 tracts pacifistes pour la manifestation du 18 mars. Il sera placé en garde à vue et interrogé.</p>
<p>Cette perquisition n’est pas sans conséquence pour le « Nid Rouge », même si Adler le qualifie en fin de rapport «d‘importance très minime, avec des ressources paraissant fort modestes », le regroupement ressort affaibli de cette perquisition. Déstructurés, leurs membres cesseront la propagande et se cantonneront aux concerts jusqu’en 1923. Cela donnera aussi une leçon de discrétion au milieu libertaire les imprimés se faisant désormais légalement à l’imprimerie Traquet[11]. Par ailleurs, le 9 mars, le préfet envoie le rapport au ministère de l’Intérieur en précisant qu’aucun des individus ne serait poursuivi, outre le soldat Michel qui serait signalé au gouverneur militaire et demande à ce que les étrangers soient expulsés. Il précise : « la manifestation projetée par cette société paraissant définitivement enrayée. »[12] Le 30 mars, le Ministre de l’Intérieur ordonne l’expulsion des cinq étrangers. Nous ne connaissons pas l’étendue de la manifestation. La puissance de la censure a contribué à la faiblesse de cet événement qui a eu peu de retentissement et qui n’a pas troublé la très médiatisée Foire de Lyon.</p>
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<p>[1] Manifeste de la conférence de Zimmerwald, du 5 au 8 septembre 1915</p>
<p>[2] Lors d’une réunion du 26 aout 1916 Henri Becirard émet l’idée de la création d’un nouveau groupe ; nous ne connaissons pas la date précise, mais le 15 septembre, dans un rapport d’une réunion du comité général de l’union des syndicats, il est question de la promotion du « Nid Rouge ». ADR, 4M260 26 âout et 15 septembre 1916.</p>
<p>[3] AUZIAS Claire, <em>Mémoires libertaires, Lyon, 1919-1939,</em> Paris, L’Harmattan, 1993, 316 pages</p>
<p>[4] Sûrement espionnée, la réunion est détaillée dans un rapport du 24 février 1917, AD du Rhône 4M260</p>
<p>[5] AD du Rhône 4m260, 4 mars 1917</p>
<p>[6] AD du Rhône 4M260, 7 mars 1917</p>
<p>[7] Journal officiel de la République française. Lois et décrets. 1881. 1913/01/20 (A45, N19), p550</p>
<p>[8] PASCAL Jean, “Les pharmaciens députes, de 1848 à nos jours”, <em>Revue d'histoire de la pharmacie</em>, Année 1991, Volume 79, N° 288, pp. 47-67</p>
<p>[9] Journal officiel de la République française. Débats parlementaires. Chambre des députés. 1881-1940. 1916/07/07, p 1500</p>
<p>[10] AD du Rhône, 4M260.</p>
<p>[11] PINOL Jean-Luc, <em>Origines et débuts du communisme à Lyon: 1918-1923</em>, Mémoire, Texte imprimé, 1972, 732 pages</p>
<p>[12] AD du Rhône, 4M260, 9 mars 1917</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[Enjeux propogandistes de l'Université l'Aurore à Shanghai]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/273</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/19160101-19181231">1916 au 1918</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/416">Université l'Aurore, Shanghai</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/704">Jésuites</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/702">Propagande française</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/699">Education supérieure</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/680">Histoire de l'éducation</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/701">Université l'Aurore</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/413">Shanghai</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/4">"Histoire urbaine contemporaine,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p>Ces correspondances entre le Quai d’Orsay et les diplomates couvrent une série d’affaires à propos de l’Université l’Aurore, de l’allocation annuelle à la reconnaissance du diplôme. Vu les qualités des correspondants et les sujets abordés, il est évident que le gouvernement français attache de l'importance à cet établissement phare de l’enseignement supérieur, inauguré en 1903, sous administration jésuite.</p>
<p>Pendant les cinquante premières années de l’existence de la concession française (1849-1943), l’œuvre éducative municipale connût un développement assez limité par rapport à d’autres œuvres urbaines. Elle compte moins que les écoles des missionnaires. L’éducation n’étant pas la priorité de la concession, la précarité de la scolarisation et le déséquilibre des ressources éducatives suscitent beaucoup de critiques et polémiques. Avant tout, Shanghai est considérée comme une ville de passage pour les étrangers. Cette œuvre commence à retenir l’attention de l’autorité française au fur et à mesure de l’expansion de la concession, notamment après son troisième élargissement, en 1914. Elle est désormais considérée comme une infrastructure importante pour faire rayonner la puissance française.</p>
<p>Au début du siècle, l’éducation supérieure s’inscrit dans la feuille de route du Conseil Municipal pour concurrencer <em>Nanyang College</em> et <em>Saint-John College</em> où l’anglais l’emporte sur le français. L’idée est déjà présente dans un projet inabouti, appelé « l’université sino-française à Shanghai », en 1901, qui précède celui de l’Aurore. Ce projet contient la création d'une école de belles-lettres, d'une école de médecine avec hôpital, et d'une école des arts et métiers, dont la construction aurait dû être financée par une loterie.</p>
<p>L’organisation de l’Aurore correspond en effet à ce projet. Elle comprend non seulement les unités d’enseignement comme la section supérieure de droit et de médecine, de sciences et cours préparatoire, mais aussi des installations affiliées comme un hôpital, un musée d’histoire naturelle et des institutions scientifiques. Après des débuts mouvementés, l’ensemble prend forme, en 1908, avec l’installation définitive à Lujiawan, un quartier peu peuplé annexé en 1914 à la concession française. L’école des arts et métiers, l’Institut Technologique Sino-Français qui existent entre 1921 et 1940, sont le fruit de la coopération entre la France et le gouvernement chinois. Ils prennent la place de la <em>Deutsche Medizinschule</em> abandonnée par la défaite allemande en 1918. Ces deux écoles constituent l’œuvre principale de l’éducation supérieure française à Shanghai.</p>
<p>Non touché par l’anticléricalisme de la métropole, l’autorité française à Shanghai s’entend bien avec le milieu catholique et tire parti des jésuites et des maristes, expérimentés dans l’éducation. L’Autorité française cherche à maintenir sa présence dans l’œuvre éducative missionnaire par le soutien financier et le protectorat religieux. Cette symbiose religio-politique est basée sur un intérêt commun et s’étend au domaine de l’éducation supérieure. L’autorité française considère l’Aurore comme « une œuvre française » qui, au-delà de la sphère missionnaire, est censée « maintenir un caractère pleinement français, à l’exclusion de tout caractère confessionnel » par la signature d’un accord avec les missionnaires. Il en résulte que les activités apostoliques dans le campus sont très limitées. Jusqu’en 1949, seulement 20% des élèves et étudiants sont catholiques, le nombre de baptêmes annuels ne s’élève qu’à une vingtaine.[1]</p>
<p>Les correspondances évoquent le soutien de l’Etat à l’Aurore sous deux aspects principaux :</p>
<p>1° La dimension financière. Le Ministre des Affaires Etrangères et la Municipalité accordent annuellement une allocation à partir de 1913 et se cumulent avec d’autres subventions d’Etat dont l’indemnité des Boxers – suite à l’insurrection des Boxers en 1901 - et des réductions d’impôt en vue de «<em> maintenir à l’Université projeté son caractère français, tant pour l’enseignement qui y sera donné que par le personnel qui y enseignera </em>». Le chiffre atteint 625,000 francs annuels en 1926, beaucoup plus que d’autres œuvres scolaires[2]<em>. </em>En 1925, le Père Joseph de la Servière reconnait l’importance de ce soutien :« <em>Les subsides du gouvernement français couvrent, en partie, les frais énormes occasionnés par les honoraires de nos professeurs laïcs, par nos constructions, nos laboratoires, nos bibliothèques. Disons plus : ils permettent à l’université, dans la crise financière actuelle, de ne pas suspendre ou ralentir sa marche.</em> »[3]</p>
<p>2° La dimension scolaire. Les Français s’efforcent d’intégrer l’Aurore au système éducatif français sur le plan régional et international. L’Aurore est censée être le pôle éducatif en Extrême-Orient comme l’Université d’Indochine. En procédant à la reconnaissance du diplôme et en soutenant un programme de bourses, le gouvernement français facilite l’interaction entre les écoles de métropole et celles de Shanghai. A partir de 1915, le diplôme du cours préparatoire de l’Aurore est équivalent au baccalauréat français, permettant aux élèves de poursuivre leurs études en France.</p>
<p>Toutes ces mesures sont incontestablement influencées par les politiques des puissances rivales. L’indemnité des Boxers est premièrement utilisée par les Américains en 1909 dans le domaine de l’éducation supérieure ; elle permet de construire des œuvres éducatives et alimente un système de bourses pour les élèves chinois. Aiguillonné par les facilités exceptionnelles accordées aux étudiants chinois par les Etats-Unis, par l’Angleterre et par le Japon, la France décide de reconnaitre le diplôme délivré par certains établissements chinois et de faire venir des étudiants chinois en métropole. Le Ministre des Affaires étrangères écrit dans la deuxième lettre : « <em>Afin de pouvoir lutter avantageusement avec ses rivales notre propagande scolaire en Extrême-Orient devrait pouvoir s’inspirer de méthodes analogues.</em> »</p>
<p>L’effort français de la formation de la future élite chinoise repose spécialement sur les domaines de l’industrie et du commerce où la France est devancée par des puissances concurrentes comme l’Allemagne ou le Japon. La menace de ces deux pays est évoquée à plusieurs reprises dans ces lettres. On y ressent notamment la peur française vis-à-vis de la faculté de médecine de Shanghai tenue par les Allemands, amplifiée par la première guerre mondiale. De telles craintes, économiques ou culturelles, l’inquiétude sur l’affaiblissement français émaillent les correspondances tout au long de l’existence de la concession ; elles expliquent aussi l’élargissement de l’œuvre française à Shanghai.</p>
<p> </p>
<p>[1] Archives jésuites, FCH323, Dehergne s.j., Note sur la brève histoire de l’Aurore (1903-1951)</p>
<p>[2] Centre d'Archives Diplomatiques de Nantes, 635po/a 120, 122</p>
<p>[3] extrait des ‘Relations de Chine’, ‘Une Université en Chine, l’Aurore de Shanghai’, p. 22</p>
<p> </p>
<p>Les deux documents présentés sont :</p>
<p>1) Lettre du consul suppléant de Shanghai au ministre de France [ambassadeur extraordinaire], M. Alexandre- Robert Conty, le 4 février 1916, au sujet de « l’université française à Shanghai »</p>
<p>2) Lettre du ministre des Affaires étrangères au Ministre de l’Instruction Publique et des Beaux-arts, le 21 janvier 1918, au sujet de « la facilité accordée aux étudiants d’Extrême-Orient pour poursuivre leurs études en France »</p>
<p>Ils se trouvent aux Archives Diplomatiques de Nantes sous la cote : 635/po/b72</p>]]></description></item>
<item><title><![CDATA[La prostitution clandestine : échapper au contrôle sanitaire à Lyon durant la Grande Guerre]]></title>
<link>/AtelierHistoire/index.php/episodes/view/271</link>
<description><![CDATA[<strong>Date:</strong> <A href="/AtelierHistoire/index.php/search/dates/19171231">Décembre 31, 1917</a><br><strong>Localisation:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/fips/view/260">Préfecture du Rhône, Lyon</a><br><strong>Tags:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/243">Première guerre mondiale</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/188">Prostitution</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/112">Garnis</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/697">Débits de boissons</a>, <a href="/AtelierHistoire/index.php/tags/view/658">Réglementarisme</a><br><strong>Cours:</strong> <a href="/AtelierHistoire/index.php/courses/view/4">"Histoire urbaine contemporaine,"</a> <a href="/AtelierHistoire/index.php/schools/view/2">ENS de Lyon</a><p> </p>
<p>La Première Guerre mondiale est un moment de recrudescence de la prostitution clandestine. La misère matérielle et la misère sexuelle des soldats favorisent un tel développement. Pour endiguer ce phénomène et restreindre la contamination vénérienne, la réglementation de la prostitution, propre à chaque ville, est renforcée. Dans ce contexte, l'arrêté préfectoral du 31 décembre 1917<sup>1</sup>, concernant l'agglomération lyonnaise, apparaît comme une synthèse des dispositions prises antérieurement par les différentes administrations compétentes. De telles mesures s'inscrivent dans une logique de contrôle sanitaire qui a pour soubassement une définition précise des prostituées et des lieux où elles se prostituent. Ces lieux deviennent alors un véritable point de fixation et la connaissance de leur situation géographique un instrument de pouvoir pour réprimer la « débauche ». Le titre V de cet arrêté a pour but d'interdire formellement l'existence de ces espaces marginaux considérés comme dangereux pour la santé publique, particulièrement, dans le contexte de guerre. Les autorités civiles et militaires poursuivent un double objectif : l'invisibilité de ces lieux aux yeux de la population et la transparence administrative pour exercer un contrôle total.</p>
<p>La prostitution n'étant pas considérée comme un délit aux yeux de la loi, certains lieux sont reconnus officiellement et autorisés par le préfet pour pratiquer cette activité. C'est le cas des maisons de tolérance et des maisons de rendez-vous dites de « deuxième catégorie » auxquelles l'arrêté du 31 décembre consacre plusieurs articles. Elles sont tolérées car elles sont soumises à un contrôle très strict. Toutes les pensionnaires sont inscrites sur les registres et subissent, de façon hebdomadaire, la visite sanitaire. A l'inverse, les garnis et débits de boissons sont des lieux de débauche clandestins qui, par définition, échappent au regard « panoptique »<sup>2</sup> de l'administration. Les descentes fréquentes des agents du service des mœurs dans un garni ou dans un débit ne suffisent pas à enrayer une prostitution clandestine qui est devenue, pour le docteur Reuss<sup>3</sup>, la forme de prostitution la plus fréquente à Lyon. Ces filles publiques constituent une population mouvante qui hante le centre de la ville et, notamment, les abords des gares et des casernes. Leur méthode est souvent celle du racolage pour ensuite emmener le client dans un garni.</p>
<p>Lieu fréquemment associé à la figure de la fille publique, le garni suscite crainte et soupçon. Anne Granier dans son mémoire « Vivre dans un garni à Lyon pendant l'entre-deux guerres » nous donne le nombre de 4480 garnis et maisons meublées en 1914. Ces chambres, louées meublées, sont déjà victimes d'une mauvaise réputation au XIXe siècle. Elle écrit : « Le premier soupçon qui porte sur les garnis mêle à la fois l'hygiène et la morale, dans la plus pure tradition des hygiénistes du XIXe siècle. » C'est pourquoi ces lieux sont soumis, en permanence, à la surveillance de la police des hôtels et garnis. Pour A. Faure et C. Levy-Vroelant, « le garni est un habitat « sous surveillance », un habitat discriminé et discriminant. » Celui qui loge en garni peut disparaître sans laisser de traces. Les femmes seules sont souvent mal vues quand elles ne sont pas simplement refusées. Alain Corbin estime que le tarif pour louer une de ces chambres est de deux ou trois francs. Les filles publiques y attirent leurs clients mais habitent souvent dans un autre hôtel. Les enquêtes de police menées durant la guerre témoignent de la réalité de ce phénomène. Ainsi, Marthe Bussman est recherchée en août 1914 après avoir habité différents garnis de la ville, avoir menti sur son identité et être partie sans payer de son dernier logement, un hôtel meublé tenu par le sieur Dumas, 167 avenue de Saxe. Elle est décrite comme une fille d'une conduite légère et de mauvaise moralité.<sup>4</sup> Cependant, les interdits ne concernent pas uniquement les filles publiques mais également les logeurs à qui il est spécifié dans l'article 45 qu'il est interdit «  à toutes personnes tenant hôtel, maison meublées, chambres garnies (…), de recevoir habituellement, dans un but de prostitution, des femmes de débauche ». Les logeurs sont, en effet, souvent complices des filles qu'ils hébergent quand ils ne sont pas leur souteneur. Ce sont eux, notamment, qui peuvent les avertir d'une descente de police. Les plaintes du voisinage sont nombreuses : une lettre anonyme, datée du 20 janvier 1915, dénonce, par exemple, l'existence d'une maison de prostitution clandestine au 3 rue de la Poulaillerie.<sup>5</sup> Ces garnis ne sont pas concentrés dans un seul quartier, d'où la difficulté pour exercer une surveillance constante. La rue Smith ou encore la rue Chaponnay et la rue de l'Epée sont des adresses connues, situées non loin des gares et des casernes.</p>
<p>Les cafés, brasseries, comptoirs ou restaurants compris sous le terme « débits de boissons » suscitent également la crainte des autorités car ils abritent souvent des activités clandestines. Ils sont réputés pour leur clientèle populaire faite principalement d'ouvriers et de soldats. Suite à l'arrêté du 4 août 1914, la fermeture des débits de boissons est rendue obligatoire à partir de 23 heures mais les enquêtes de police sont la preuve des nombreuses infractions. Ces lieux, détournés de leur but initial, sont souvent préférés aux maisons de tolérance. Les hommes peuvent s'y donner l'illusion d'un jeu de séduction avec des prostituées qui jouent les serveuses ou des serveuses qui se livrent occasionnellement à un commerce sexuel tarifé. Des plaintes du voisinage ont lieu tout au long de la guerre pour dénoncer cette prostitution clandestine. L'infraction à la loi du 1er octobre 1917, qui est reprise dans cet arrêté, peut mener à un « emprisonnement de six jours à six mois et à une amende de cinquante francs à cinq cents francs ». La surveillance exercée sur les débits de boissons n'est pas nouvelle. Dès 1883, à Lyon, les femmes travaillant dans un débit de boisson, sont obligées de posséder un certificat de bonne vie et mœurs. Cette obligation est renouvelée et renforcée par le ministère de l'Intérieur le 30 mai 1917. Le certificat doit être renouvelé tous les trois mois. L'existence de condamnations antérieures à l'arrêté de décembre 1917 montre que ce dernier vise à « réviser, compléter et coordonner la réglementation de la prostitution » déjà en place. Par exemple, le 22 novembre 1915, le café d'un dénommé Thomas, situé 61 rue Bonnel est fermé pour trois mois, considéré comme étant un « danger pour les militaires de la garnison ».</p>
<p>L'existence de ces lieux de débauche clandestins, et cela malgré le renforcement de la réglementation, est l'illustration d'un relatif échec du réglementarisme tel qu'il a été mis en place au XIXe siècle. Si la maison close connaît un certain âge d'or durant la Grande Guerre, celle-ci est un modèle en déclin. Le projet de clôture, d'invisibilité et de transparence voulu par les autorités civiles et militaires est mis à mal par l'existence d'une prostitution clandestine qui ne se laisse pas aisément surveiller et qui menace – dans l'esprit de l'administration – la santé publique.</p>
<p>1 Archives départementales du Rhône, série 5M245, n°136.</p>
<p>2 Expression proposée par M. Foucault dans le chapitre III de<em> Surveiller et punir</em>, Paris, Ed. Gallimard, 1975.</p>
<p>3 Reuss L., <em>La Prostitution au point de vue de l'hygiène et de l'administration en France et à l'étranger</em>, Paris, 1889.</p>
<p>4 Archives départementales du Rhône, série 4M162.</p>
<p>5 Archives départementales du Rhône, série 4M22.</p>]]></description></item>
</channel></rss>