L'échange de prisonniers de guerre à la gare des Brotteaux

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Lyon est le théâtre d'échanges de prisonniers de guerre entre 1915 et 1919. Grâce à la pression du Comité International de la Croix rouge et les autorités suisses, des accords de juin 1915 permettent l'échange de prisonniers blessés entre la France et l'Allemagne. 90 000 hommes ont ainsi pu être rapatriés.

Outre le transport de ces prisonniers allemands, la ville de Lyon doit organiser leur arrivée, leurs déplacements, leur logement et leur sécurité. Il faut également coordonner les échanges entre leur arrivée (souvent à la gare de Perrache) et leur départ par la gare des Brotteaux. En ce sens, le train de blessés français arrivait par exemple à la gare des Brotteaux à 8h35 et les Allemands partaient avec le même train à 16h25. Toutefois, les modalités sont très différentes: le train du matin était accueilli en grande pompe alors que le départ des allemands se déroulait dans une gare évacuée depuis 13h30. De la même façon, l’arrivée des français se fait au devant de la gare, sur la large place Jules Ferry, alors que l’entrée des allemands se fait par l’étroite rue Béranger à l’arrière du bâtiment.

De façon ponctuelle, le ministre de la guerre Alexandre Millerand propose, en juin 1915, de scénariser et d’encadrer l’accueil des prisonniers de guerre à la gare des Brotteaux pour en faire un outil de communication patriotique. Le général Goigoux, commandant de la Place de Lyon, et le lyonnais Justin Godart, sous-secrétaire d'État au service de santé militaire, définissent ce que sera la cérémonie : la gare doit être couverte de faisceaux de drapeaux tricolores et un piquet d’honneur doit rendre les honneurs militaires pendant qu’une fanfare joue de la musique patriotique.

Pas moins de 161 convois ferroviaires officiels de prisonniers de guerre sont arrivés en quatre ans, sans compter les arrivées de rapatriés isolés ou par petits groupes. On comprend alors pourquoi René Benjamin, prix Goncourt 1915, avait écrit: « Lorsqu’un train de grands blessés arrive d’Allemagne à Lyon, c’est là que le cœur de la nation palpite ».

Bibliographie

  • Bruno Fouillet, "La ville de Lyon au centre des échanges de prisonniers de guerre (1915-1919)," Vingtième siècle – Revue d’histoire n°86 (avril-juin 2005): pp 26-42.
  • "ADR 4M22. Note du général Meunier au préfet Rault le 9 juillet 1915," .
  • "ADR 1M157. Note du général Goigoux au général Meunier du 9 mai 1915," .