L'Hôtel-Dieu

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En 1914, Lyon possède deux hôpitaux militaires : l’hôpital Desgenettes et l’hôpital Villemanzy situé sur les pentes de la Croix-Rousse. Malgré leur millier de lits, les deux hôpitaux ne peuvent plus faire face à l'affluence des blessés dès le début de la guerre. La plupart des établissements des Hospices Civils de Lyon, dont l'Hôtel-Dieu, doivent donc accueillir des soldats et les malades qui restent dans l'hôpital sont transférés de manière à réserver exclusivement l’établissement aux soldats. Les journées sont mornes et semblent interminables: José de Bérys, poète qui témoigne en 1917 de cette vie de blessé, écrit en ce sens dans son poème "Le cafard": " L'odieuse bestiole ne sévit pas que dans la tranchée! La monotonie des longues immobilités, des traitements interminables [...] tout cela constitue le plus favorable des terrains de culture! Un rien suffit à le faire germer, ce noir microbe du spleen militaire..."

Néanmoins, si les journées sont tristes et mornes pour les blessés, l'Hôtel-Dieu, en cette période de guerre, est le théâtre incontestable de l'innovation médicale et se distingue ainsi des autres hôpitaux lyonnais. Auguste Lumière, par exemple, qui gère un important service de radiographies à l’Hôtel-Dieu, met au point un pansement de tulle gras qui favorise la cicatrisation des plaies cutanées et limite le risque d’infection grâce à ce qu'on apellera le « tulle gras Lumière » pendant que son frère Louis invente une prothèse de main pour les soldats amputés, « la pince universelle Lumière ». De la même façon, le docteur Léon Bérard créé un appareil pour immobiliser le membre supérieur. Parmi les nombreux travaux qui découlent des observations dans les hôpitaux proches du front, Alexis Carrel met en outre au point une technique destinée à contrôler les infections : elle consiste en l’irrigation prolongée des plaies avec une solution à base d’hypochlorite dénommée « liquide de Dakin» qui sera considérée comme un désinfectant très efficace. Les avancées directement issues de l’observation sur le terrain se diffusent rapidement dans les établissements de l’Arrière. L’Hôtel-Dieu de Lyon a donc une place prépondérante dans cet essor de l'innovation médicale.

Bibliographie

  • Croze Auguste et Cigalier David, Les Hospices civils de Lyon de 1900 à 1925 : leur œuvre pendant la guerre ; la Croix-Rouge américaine ; les unions hospitalières de France (Lyon: Ed. du Fleuve, 1927).
  • Guide-hôpital. Indicateur des hôpitaux de la ville de Lyon et de sa banlieue (Lyon, 1915).
  • Bérys, José de, Au grand Hostel-Dieu (G. Oudin, 1917).