Réalisation de la fresque de l'Hôtel des Postes, 1935.

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Ce document est une reproduction iconographique de la partie centrale de la grande peinture murale de 54 mètres de longueur réalisée par le peintre et décorateur renommé Louis Bouquet, sur les 250m2 du hall d'accueil spacieux du public de l'Hôtel des Postes de Lyon, au 10 place Antonin Poncet. Elle constitue une des plus grande démonstration d'art mural confiée à un seul et même artiste en France pendant l'entre-deux-guerres. Réalisée de façon concomitante à la construction de l'édifice entre 1935 et 1938, la fresque orne le lieu dès son ouverture au public. Son style Art Déco et la richesse intérieure du bâtiment contraste ainsi avec la sobriété du style rationaliste et classique des 30 000 m2 de l'édifice, réalisé d'après les plans et sous la direction de l'architecte Michel Roux-Spitz, lauréat du Prix de Rome en 1920 et discipline de Tony Garnier.

Le lien entre les deux hommes est à ce titre étroit puisque les nombreuses réalisations monumentales de Louis Bouquet, qui n'est donc pas à sa première grande réalisation publique, plurent particulièrement à l'architecte, avec qui il s'associe pour de nombreux chantiers pendant l'entre-deux-guerres, lors de l'Exposition coloniale de 1931 notamment.

Cette construction s'insère dans une importante opération de réaménagement urbain. Ces locaux, qui auraient dû au départ être installés dans ceux de l'Hôtel Dieu -dont l'hygiène était déplorée à partir de 1894- prennent finalement la place de l'Hôpital de la Charité (dont il ne reste plus que le clocher de 1667), désaffecté et détruit par l'entreprise parisienne Chemin en août 1934. Suite à l'adjudication de ce terrain remis à l'administration des Postes, le maire de Lyon Édouard Herriot est ainsi saisi d'un projet d'Hôtel des Postes par le ministre du «Commerce, Postes et Télégraphes», d'un coût de 30 à 40 millions.

Une assertion de l'inventeur du premier télégraphe électrique, André-Marie Ampère est inscrite sous la partie centrale de la fresque : «Et par le fluide messager la pensée transportée unit les cités et les mondes». Il s'agit donc d'un enjeu de valorisation de l'Hôtel des Postes et de la nécessité de démontrer, à l'aide de la symbolique relative à l'image, la prépondérance de cette nouvelle poste centralisatrice à l'échelle de la ville ; au même titre en filigrane que son importance pour le rayonnement de Lyon.

Cette fresque, dont la partie centrale est la plus emblématique, vise ainsi à illustrer par le principe allégorique le rayonnement mondial de la ville de Lyon, grâce aux nombreux échanges, aux ondes TSF délivrés par son Hôtel des Postes nouvellement construit.

Les commentaires explicatifs de Claude Testout, ajoutés sous la représentation iconographique de cette fresque nous permettent d'en souligner les points essentiels. La «grande figure assise», est la première allégorie de la ville. La double porte ouverte derrière elle et les gestes assurés de ses bras connotent l'idée d'une ville accueillante, dégageant une impression de fierté et de force. La même idée est conférée par la représentation moderne du lion héraldique à ses pieds, puisqu'il correspond à un modèle «léopardé» car «passant» du lion, dont la queue tombante et incurvée vers l'extérieur s'oppose aux représentations traditionnelles du lion. Une troisième allégorie est représentée sur l'extrémité gauche du mur peint, le Rhône, sous une forme masculine cette fois et qui octroie la même idée de puissance.

Ainsi, selon l'expression de Claude Testout «la ville parle au monde» et «la Poste se chargera de répandre sa pensée». Il y a donc à travers la symbolique de cette fresque une double dynamique : l'Hôtel des Postes apparaît comme le porte parole centralisateur et essentiel d'une ville dont l'ouverture et le rayonnement, aux même titre que les moyens techniques employés, ne cessent de croître. Il s'agit de la revendication d'un rôle qui n'est plus seulement national, mais qui parvient à atteindre l'échelle internationale. Dans le même temps l'Hôtel des Postes met en avant sa capacité à polariser les informations qui émanent de toute une multitude de lieux complètement éloignés. Elle se veut le relais incontournable de la parole lyonnaise, réceptionnée et émise.

C'est ainsi le sens du parcours opéré par les ondes de la Transmission sans fil, qui prennent vraiment une importance et une place grandissante à partir de 1922 et qui sont impulsées par deux Hermès chargés de conduire les messages à destination de chaque côté de cet extrait central pour lier Lyon à Marseille, Paris, Londres, Rome, New York puis l'Afrique, l'Orient, la Chine ou encore les Iles du Pacifique, dont les représentations ponctuent toute la longueur de la fresque.

Cette allégorie est donc en quelque sorte aussi celle de la contraction de l'espace-temps permise par l'accélération du développement des techniques de communication. Ces représentations de l'Hôtel des Postes sont complétées par différents personnages, glissés sur chacune des parties de la fresque : une téléphoniste pour la partie centrale, une femme qui récupère son courrier ou encore un lecteur ayant accès à l'intégralité de l'actualité internationale.

Les notions de dynamisme, de rapidité et d'essor sont mises en avant dans la fresque pour promouvoir l'image et l'activité polarisatrice de cet Hôtel des Postes et à travers lui de la ville de Lyon et de son rayonnement. Aux réussites lyonnaises représentées que sont la grande qualité de la «somptueuse» soierie et l'activité industrielle et métallurgique, est ajoutée l'omniprésence de l'idée de modernité, de production et d'innovation. La jeunesse est représentée de façon omniprésente, que ce soit celle des jeunes filles présentant les tissus, celle des jeunes travailleurs ou des enfants portant aux genoux de la ville une mise en abîme de l'Hôtel des Postes en miniature. Avions, train, paquebot, usine hydroélectrique, TSF, toute la fresque se présente comme une démonstration de l'insertion des nouvelles technologies des Postes dans un progrès technique croissant permettant une mise en circulation accrue de l'information ; se mettant ainsi complètement au service de la ville et de son expansion humaine.

Pour autant, la symbolique de cette fresque qui présente la ville sous le jour du dynamisme, de la force et du productivisme se doit d'être nuancé. Cette valorisation s'inscrit dans la nécessité pour Lyon de soigner son image et de relancer les atouts et productions qu'elle met si bien en avant par le prisme iconographique.

En effet, Lyon subit encore les effets de la crise économique de 1929. L'industrie et la métallurgie lyonnaises ne sont alors plus de véritables atouts au moment de la réalisation de cette fresque et ce en dépit de l'image valorisante qu'elle délivre. Si la soierie lyonnaise avait connu un nouveau regain au début du siècle par la production de tissus de très grande qualité, depuis l'apport de Charles Frederick Worth, cet essor prend fin dans les années 30.

Il s'agit donc également d'une opération de valorisation de la ville aux yeux des lyonnais eux-mêmes, fréquentant assidûment le hall d'accueil de cet Hôtel des Postes au rôle centralisateur, dans le but de redorer le blason de leur propre ville.

Ce mur peint évoque donc la force et l'assise croissante d'une ville qui polarise et rayonne de façon grandissante à l'échelle internationale. Il s'agit bien d'une double opération de valorisation aux yeux des lyonnais, à la fois celle de l'Hôtel des Postes nouvellement construit qui doit s'imposer comme étant la principale Poste de Lyon ; mais surtout la nécessité de promouvoir l'image de la ville, en difficulté économique depuis le début de la décennie.

La carte postale a été numérisée par les Archives municipales de Lyon, 4FI_1046.

Bibliographie

  • Louis Bouquet peintre et graveur lyonnais 1885/1952 (Lyon: Musée de l’imprimerie et de la banque, 1986).
  • DUFIEUX, Philippe, Louis Bouquet (1889-1952) ou le bonheur classique (Bulletin de la société d’Histoire de l’Art Français, 2001).
  • ROUX-SPITZ, Michel, "Contre le nouveau formalisme ," L'Architecture d'aujourd'hui numéro 3 (avril 1932).
  • BERGET, Alphonse, La Télégraphie sans fil (Paris: Librairie Hachette, 1917).
  • BOUCHET, Paul, "Histoire de la construction de l'hôpital Edouard Herriot de Lyon" (communication présentée à la Société française de l'Histoire de la Médecine).