Programme des conférences de l’Office municipal d’Hygiène Sociale de Villeurbanne

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Cette affiche annonce les différentes conférences de l’Office Municipal d’Hygiène Sociale de la ville de Villeurbanne pour la fin de l’année 1932 et l’année 1933. Le document est signé par le maire de Villeurbanne, le docteur Lazare Goujon. Le programme qui regroupe les vingt conférences prévues. Elles prononcées par des médecins ou par des spécialistes ou encore par le maire lui-même.

Pour comprendre cette affiche, il faut la replacer dans le contexte général des politiques publiques et de la conception de l’hygiène de l’Entre-deux-guerres. Dans les années 1920, l’expansion industrielle et la prolifération aux portes des villes de lotissements anarchiques, sans égout, sans service de nettoiement, sans voirie, relance le problème de la salubrité urbaine.  Le maire de Villeurbanne jusqu’en 1922, Jules Grandclément est particulièrement touché par ces préoccupations urbanistiques. La santé, l’hygiène sont des considérations qui deviennent de plus en plus importantes. Il faut signaler que cela se construit principalement à l’échelle locale. Or, et Jules Grandclément –surnommé « le médecin des pauvres » -et Lazare Goujon sont des médecins. Villeurbanne, cité industrielle en pleine expansion durant les années 1920, se trouve donc particulièrement concernée par ces problèmes et par les premières ébauches de réponses. Cette affiche s’inscrit donc dans un contexte singulier : les politiques d’hygiènes sont mieux acceptées par la population car elles se développent depuis la fin du XIXe siècle. De surcroît, le maire de Villeurbanne accorde une importance particulière à cette question.

L’Office municipal d’Hygiène Sociale de Villeurbanne est l’organisme municipal dont fait partie le Bureau d’Hygiène, il est installé au Palais du Travail. Le Bureau d’Hygiène est mis en place en 1913, pour respecter la loi du 15 février 1902, relative à la protection de la santé publique, qui l’impose aux communes de plus de 20 000 habitants. Au sein d’Office Municipal, on trouve donc le Bureau, le service d’hygiène sociale qui comprend inspection médicale des écoles et des dispensaires. Cet office comprend aussi la « Société Villeurbannaise d’Hygiène sociale ». Elle a été crée sous l’impulsion du Professeur Jean Lépine de la faculté de médecine de Lyon. Les édiles veulent faire de ces questions d’hygiènes un point central de la vie publique villeurbannaise. La mairie met à disposition « une grande salle de conférence » [1] qui peut accueillir près de 400 personnes. L’administration villeurbannaise fait état de près de 170 adhésions, « dès les premières conférences » qui sont « très appréciées du public » [2].

Ce document apporte différents éclairages sur la situation de Villeurbanne et le pouvoir municipal à l’époque. D’abord, il met en valeur l’intrusion de plus en plus importante du pouvoir local dans la vie quotidienne des habitants de la ville. Cela témoigne de l’importance nouvelle prise par le maire avec les grands travaux lancés à l’époque, mais aussi du besoin de répondre à une attente, de combler un manque. Lazare Goujon nomme ce programme de manière révélatrice « Propagande de l’hygiène et éducation publique ». Les titres des conférences offrent des éléments de réponses intéressants. Si la première semble avant tout permettre au maire d’expliquer « la politique de l’eau » mise en place dans la ville, on constate une réelle volonté d’éduquer la population. En effet, les sujets concernent les conditions de vie quotidiennes de l’époque : « les dangers possibles de l’électricité », « les animaux domestiques », l’alimentation avec l’utilisation de « la farine », « les maladies communiquées par l’eau » ou encore l’hygiène des « dents ». Une deuxième catégorie semble être celles de l’hygiène élémentaire et la prévention des maladies importantes dans l’Entre-deux-guerres avec deux conférences concernant la tuberculose, et d’autres à propos de « l’hygiène de l’alimentation », « le rachitisme » et la « syphilis » ou encore « l’amygdale cause d’infection générale ». Cela s’inscrit dans la continuité de la politique municipale après la création d’un « dispensaire antituberculeux » [3] en janvier 1932. On constate donc une double volonté, d’abord de limiter les accidents dus à une méconnaissance des règles de sécurité de la vie quotidienne dans les logements équipés des années 1930, et ensuite de sensibiliser aux conduites à risque de la population. L’intérêt pour l’enfance traitée trois conférences s’inscrit dans la logique de la création de l’Inspection médicales des écoles par la ville en 1925 accompagnée de celle d’un « dispensaire médico-pédagogique » [4]. Le monde du travail, avec les rhumatismes professionnels, fait l’objet d’une conférence entière du professeur Etienne Martin, qui dirige alors l’Institut de médecine légale de l’Université de Lyon. Le terme de « maladie sociale » est intéressant : il renvoie en effet à un comportement à risque qui peut facilement être évité. Cette conférence permet d’ailleurs de souligner un autre aspect de ce document.

La différence de typographie peut révéler une nouvelle dimension de ce programme. Le document est imprimé en noir et en rouge. Il n’y a que quatre éléments qui sont en rouges, et donc mis en valeur. Le titre, pour des raisons de lisibilités, mais aussi la conférence du maire. Cela peut s’expliquer par la volonté de mettre en avant son implication –idée confirmée par le fait qu’il soit chargé de la première conférence. Ensuite, la seule autre conférence dont la date et la description est celle d’Etienne Martin. Cela peut s’expliquer par l’importance du conférencier, mais aussi et surtout par l’aspect commun et répandu de ce problème dans une société ouvrière comme celle de Villeurbanne. Enfin, la dernière partie en rouge indique que « les causeries sont PUBLIQUES et GRATUITES. Dames et jeunes filles y sont admises ». La précision concernant les femmes rappelle la conception des rapports entre les sexes à cette époque. Les mots en majuscule montrent, nonobstant, que ces conférences visent le plus grand nombre de personnes.

Cette affiche est révélatrice d’une volonté politique et d’une conception du lien entre le pouvoir local et la population. Elle permet de distinguer les principaux problèmes d’hygiènes publiques de Villeurbanne dans les années 1930 ; ainsi que de la manière choisie par le maire Lazare Goujon pour remédier aux nouvelles exigences de « la vie enfiévrée de l’après guerre » [5].

 

 

[1] [2] [3] [4] [5] : Citations issues de l’ouvrage dirigé par Lazare Goujon intitulé Villeurbanne 1924-1934. 10 ans d’administration ; qui révèlent donc la volonté politique du maire de mettre en avant sa politique d’hygiène et de santé.

 

Bibliographie

  • Bernard Meuret, Le Socialisme municipal. Villeurbanne 1880-1982 : une histoire d’une différenciation (Lyon: Presse Universitaire de Lyon, 1982).
  • Murard Lion; Zylberman Patrick, "Experts et notables. Les bureaux municipaux d'hygiène en France (1879-1914)," Genèses 10 (1993): 53-73.
  • Marc Bonneville, Villeurbanne : naissance et métamorphose d'une banlieue ouvrière : processus et formes d'urbanisation (Lyon: Presses universitaires de Lyon, 1978).
  • Lazare Goujon, Villeurbanne 1924-1934. 10 ans d’administration. (Villeurbanne: ATL, 1934).
  • Michelle Zancarini-Fournel (coord.), Le Palais du Travail (Villeurbanne: Le Rize, 2011).