Pétition pour l'établissement d'un magasin militaire d'habillement à Lyon

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En date du 18 prairial an II (6 juin 1794), le document présenté est une copie « certifiée conforme à l’original», d’une pétition adressée par le citoyen Hanotin, administrateur de l’habillement détaché à Lyon, aux administrateurs du district de Commune Affranchie (nom donné à Lyon le 12 octobre 1793 suite au siège de la ville soulevée contre la Convention). Si le document original était adressé à l’administration du district de Commune Affranchie, la copie était destinée à l’administration départementale du Rhône. Par sa pétition, Hanotin fait état de l’absence d’un magasin militaire géré par l’administration à laquelle il est rattaché (Administration de l’habillement, équipement et campement des troupes) et des inconvénients qui en découlent. Son objectif était d’obtenir l’ouverture d’un magasin militaire géré par son administration. Cette pétition à l’intérêt d’esquisser les difficultés logistiques et le manque d’organisation auxquels étaient confrontées les armées républicaines, particulièrement au niveau de la constitution de réserves et de l’approvisionnement en fournitures d’effets d’habillement et d’équipement.

A cette date, la République française est opposée à la Première Coalition (1792-1797). Décrétée par la Convention le 23 août 1793, la « levée en masse » prévoyait l’enrôlement de 300.000 hommes qu’il fallait équiper, armer et habiller. Pour parvenir à vêtir et équiper les milliers de recrues incorporées, les dons aidant mais ne suffisant pas, il a fallu réquisitionner des corps de métier (les cordonniers le sont par les décrets des 25 octobre et 8 décembre 1793) et établir des ateliers de confection. Outre l’établissement des ateliers il a fallu installer des magasins militaires dans lesquels étaient entreposés les effets confectionnés pour les armées et les matières premières nécessaires. Alors que Lyon comptait de nombreux ateliers et administrations civiles et militaires, elle ne disposait d’aucun magasin militaire d’habillement (il faut comprendre par là un magasin dirigé par l’Administration de l’habillement), alors qu’un arrêté du Comité de Salut public en date du 19 pluviôse an II (7 février 1794) impose à chaque chef-lieu de district, de disposer d’un magasin d’habillement devant contenir de quoi vêtir et équiper mille fantassins et cent cavaliers. Ainsi, comme le signale Hanotin, les effets confectionnés dans les différents ateliers étaient stockés dans un magasin géré par une tierce personne ou administration, puis directement envoyés à l’Armée du Midi, sans que l’administration en charge de l’habillement ne puisse être informée des quantités produites puis envoyées, de telle sorte que l’Armée du Midi devait recevoir des effets dont elle n’avait plus besoin et qui auraient pu être utiles à d’autres troupes nécessiteuses. Ce manque d’organisation conduisait donc au gaspillage.

Les problèmes soulevés par Hanotin ne sont pas propres à Lyon et de nombreuses villes ayant des magasins et ateliers rencontraient la même désorganisation. On peut d’ores et déjà comprendre que la pétition s’inscrivait dans un projet plus vaste de réorganisation. En effet, l’établissement du magasin géré par l’Administration de l’habillement devait ensuite déboucher sur une rationalisation et une complète réorganisation, destinées à exploiter au mieux les ateliers et la position de la ville. La réorganisation devait aussi permettre à l’Administration de l’habillement de pouvoir jouer le rôle auquel elle était destinée, à savoir gérer l’approvisionnement des troupes en effets d’habillement, rôle qu’elle avait  du mal à tenir dans la mesure où elle ne contrôlait rien et ne disposait d’aucune information. Pour remplir sa mission, l’Administration de l’habillement disposait d’administrateurs, d'inspecteurs et de commissaires détachés dans toute la France et auprès des armées, ayant pour mission de veiller à l’état de l’habillement des troupes et au bon approvisionnement de ces dernières. Ainsi les magasins militaires d’habillement gérés par l’Administration de l’habillement étaient placés sous la responsabilité d’un garde-magasin (le citoyen Greppo pour Lyon), chargé de la réception, du contrôle, de la garde et de l’expédition des effets, ainsi que de la tenue des registres. A noter que les garde-magasins furent placés sous la surveillance des commissaires des guerres à compter du 23 vendémiaire an 4 (16 octobre 1795).

L’établissement du magasin militaire permettait la centralisation des productions des différents ateliers, productions qui pouvaient être quantifiées avec précision et il était alors possible de consigner dans le détail les effets entrants et sortants. Cette centralisation permettait ainsi à l’Administration de l’habillement de connaître précisément les effets stockés à Lyon et de répondre correctement aux besoins des différentes armées environnantes. La centralisation effectuée, il était alors possible de rationaliser les expéditions aux troupes en contrôlant mieux le risque de gaspillage. La centralisation des productions offrait alors la possibilité, à l’Administration de l’habillement, de tenir son rôle. La réorganisation était d’autant plus nécessaire que la position géographique de Lyon était stratégique par « l’importance de la population et la situation de cette commune et les ressources des fabriques qui l’environnent ». D’une part, l’importance de la population permettait, en fonction des besoins, de mobiliser une forte main-d’œuvre dans les ateliers. D’autre part, la situation de Lyon à la confluence du Rhône et de la Saône constituait un atout important, puisque pour faire parvenir les effets confectionnés aux armées, l’administration locale passait par des entrepreneurs fluviaux.

Pour son magasin, Hanotin avait une idée très précise de ce qu’il voulait et avait repéré des lieux propices, puisqu’il propose « pour l’établissement de ce magasin, l’Église du cydevant collège, l’arrière Église, les classes et tout le premier étage à l’exception de l’emplacement occupé par l’atelier des guêtres ». A noter que ces lieux « ne sont embarrassés que par quelques malades […], quelques sacs de grains, et de quelques ménages ». Les locaux demandés par Hanotin correspondent à l’actuel Lycée Ampère, autrefois appelé Grand Collège, et l’église est en réalité la Chapelle de la Trinité. L'édifice avait servi au casernement des troupes de la Convention après le siège de Lyon. Hanotin justifie son choix, d’une part par la présence proche d’administrations civiles (l’Hôtel de ville n’est qu’à quelques mètres) ou militaires avec lesquelles l’Administration de l’habillement traite régulièrement et d’autre part par la proximité de plusieurs ateliers. Toutefois, deux autres éléments peuvent expliquer son choix. D’une part la superficie importante qu’offre le Grand Collège permet le stockage d’un volume considérable de produits et d’autre part l’édifice se situe sur les quais du Rhône, c’est-à-dire juste à côté du principal axe de transport fluvial de la région.

Ainsi, à l’heure où des milliers d’hommes étaient mobilisés pour la défense de la patrie, il apparaissait nécessaire pour l’administration de s’organiser afin de répondre efficacement au dénuement des troupes. Le magasin demandé par Hanotin fut  établi dans le Grand Collège à une date qui n’est pas précisément connue. Toutefois les premières correspondances et traces attestant de la présence du magasin ne datent que de novembre 1795. Durant toute la Révolution et sous l’Empire, le magasin du Grand Collège resta en activité.

Bibliographie

  • BALLEYDIER Alphonse, Histoire politique et militaire du peuple de Lyon, 3 volumes (Paris: L. Curmer, 1845-1846).
  • BENOIT Bruno et SAUSSAC Roland, Guide historique de la Révolution à Lyon 1789-1799 (Lyon: Éditions de Trévoux, 1988).
  • BERNARDIN, "Origines et formation du service de l’habillement," Revue Historique de l’Armée n°1 (24e année) (1968): 159-168.
  • CHOPELIN Paul, La France en Révolution, 1774-1799 (Paris: Ellipses, 2011).
  • PHIPPS Ramsay Weston, Armies of the first french Republic (Westport: Greenwood Press, 1980).