Débats en vue de la construction d'une nouvelle prison à Lyon.

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Au début du XIXe siècle, le Département du Rhône compte seulement deux prisons : les prisonniers en attente d'être jugé sont écroués dans celle de Roanne ; les personnes condamnées à une peine inférieure d'un an sont enfermées dans la Prison Saint-Joseph, au sud de la Place Bellecour. Les caves de l'Hôtel de Ville sont aussi utilisées comme lieu de détention provisoire. Les prisonniers obligés à purger de longues peines sont envoyés dans le Puy-de-Dôme, à Riom. Les prisons lyonnaises souffrent de beaucoup de maux : l'insalubrité et le manque cruel de place sont des problèmes que les autorités veulent résoudre au plus vite. Ce qui pousse les autorités à penser la construction d'une nouvelle prison qui soit en conformité avec les nouvelles conceptions pénitentiaires : une hygiène irréprochable, la séparation des détenus suivant leur sexe, leur âge et leur faute pénale.

En effet, dès le milieu du XVIIIe siècle, après l'influence de la Révolution et Les Lumières, la prison change de fonction et défend d'autres objectifs. On cherche alors à humaniser la prison. Le Code Pénal du 25 Septembre 1791 présente la prison comme une véritable punition laissant de côté le supplice prôné par l'Ancien Régime.

Le nombre de détenus augmente considérablement, et la Ville de Lyon, comme beaucoup d'autres villes françaises, ne possède pas le nombre d'infrastructures suffisantes. Elle n'est pas équipée à recevoir toutes les personnes condamnées. C'est un véritable courant humaniste, à visée philanthropique, dirigé par les autorités et les notables de Lyon, qui est à l'origine du réaménagement des prisons lyonnaises.

Dès 1816, plusieurs personnes étudient la possibilité d'un réaménagement et d'un agrandissement des prisons déjà existantes. Mais c'est surtout à partir de 1823, que l'on envisage de construire une nouvelle prison dans la Presqu'Ile de Perrache, sur un terrain donné par la Ville de Lyon au Département. C'est alors qu'un débat s'instaure dans les hautes sphères de l'administration : faut-il privilégier un agrandissement des édifices déjà en place, ou appuyer la décision d'une nouvelle Prison en remplacement de la Prison St Joseph. L'absence de prévision budgétaire pour l'année 1824 reporte la discussion à la session de 1825. Le bail de l'actuelle prison Saint-Joseph (au sud de Bellecour), qui occupe d'anciens bâtiments conventuels, prend fin en Juin 1828, et sa démolition permettrait de prolonger la grande rue de Bourbon (actuellement la rue Victor-Hugo, jusqu´à Bellecour).

Après de multiples échanges, de multiples négociations et après une quantité de projets et de rapports, Louis-Pierre Baltard, architecte, se voit confier le projet de construire la nouvelle Prison St Joseph. Cet homme est un membre du Conseil des Bâtiments civils envoyé en inspection dans les Départements par le Ministre de l'Intérieur pour prendre connaissance des constructions publiques en cours d'exécution et des projets de nouveaux édifices.

Les plans de Baltard défendent la vision d'une prison très fonctionnelle : ils permettent de séparer les hommes, les femmes et les jeunes détenus. Toute la structure est articulée autour d'une rotonde centrale octogonale servant de geôle et de chapelle. Ce projet, présenté dès 1823, a été longuement été controversé. C'est à la suite de grands échanges (quant aux choix du site et des évolutions du plan des bâtiments) avec les autorités du Département ; "le plan bien conçu dans son ensemble a été critiqué dans les détails et ont subit plusieurs modifications assez considérables" rappelle le Préfet dans ce rapport. C'est à la suite de ces nombreux échanges que Baltard confirme ses plans.

Le lancement des travaux a été retardé. Les relations étaient tendues entre l'architecte Baltard et quelques acteurs de la vie politique lyonnaise. Les projets de Baltard ne convenaient pas tout d'abord. Le plan même des bâtiments donne lieu à un certain nombre de discussions. Dans un contexte européen en pleine réflexion sur les prisons, les plans sont analysés finement. "Mr BALTARD ne doit pas se livrer à la réformation de son projet, jusqu'à ce que le système de l'établissement et la localité où il doit être fondé soient définitivement fixés. Ces deux questions en effet dominent entièrement le projet. Elles en forment le programme. C'est sur ces deux points essentiels que j'appellerai particulièrement votre attention" indique le Préfet dans son rapport en voyant les grandes difficultés rencontrées pour le lancement des travaux.

Ensuite le choix de l'emplacement de la Prison St Joseph dans le quartier de la Presqu'Ile rencontra d'énormes complications. Le Conseil Municipal de Lyon avait décidé de léguer au Département un emplacement d'environ 22000 mètres carrés, dans la Presqu'Ile de Perrache. En contrepartie, la Ville posait comme condition qu'aucune sollicitation financière, quant à la construction de la Prison, ne lui soit demandée.

Le conseil de salubrité du Département et la société de médecine de chargés d'examiner et d'évaluer l'état sanitaire du quartier Perrache est irrévocable : le quartier de Perrache est insalubre. La nature des sols, les marécages, la qualité de l'air mais aussi les inondations du Rhône et de la Saône et l'absence de réseau pour l'eau potable y sont dénoncés. Le Préfet du Rhône et les membres du Conseil Général sont invités à chercher activement de nouveaux terrains. Le Préfet défend ouvertement ses positions : " J'ai dû, Messieurs, vous présenter ces réflexions qui me persuadent que le terrain offert par la Ville peut être parfaitement assaini et qu'il est d'ailleurs impossible d'en trouver un mieux disposé et plus accessible. Telle reste mon opinion". Il demande à ses conseillers de trouver au plus vite une solution qui convienne à tout le monde. Mais pour lui, les possibilités sont quasi inexistantes ou sont qualifiées d'impossibles et d'irréalisables.

A la suite de ce rapport, des propositions sont faites : l'option d'aménager la Maison de la Ferratière, dans le quartier de la Quarantaine est avancé ; mais le devis de réparations est bien trop élevé, et conduit le Département à revenir à son choix initial.

Au final, ce n'est qu'en 1831 que les premiers détenus intègrent ces nouveaux bâtiments. Mais les travaux ne furent vraiment achevés qu'en 1836. Dans un rapport fait au Conseil Général en 1831, un constat est établi : "la salubrité de la prison neuve de Perrache est remarquable, et aucune maison de détention, en France, ne possède certainement cette qualité à un plus haut degré". Pourtant, la Prison St Joseph n'est déjà plus adaptée aux besoins de la Ville et du Département. C'est pourquoi, trente ans après, Antoine Louvier lance les plans de la Prison St Paul qui jouxtera la prison St Joseph.

 

 

 

Bibliographie