Lettres patentes en faveur des petites écoles de Charles Demia, Lyon, 1681.

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Le 2 décembre 1672 lorsque Charles Demia est nommé Directeur et Intendant des petites écoles de Lyon avec tous les pouvoirs nécessaires pour remplir sa tâche, une difficulté majeure demeure. Le budget global des cinq écoles de garçons déjà fondées s'élève à 3000 livres annuelles et le prêtre ne les a pas en caisse. Il décide de demander au roi Louis XIV l'autorisation de recevoir dons et legs afin de financer son projet lyonnais. La réponse du roi arrive en mai 1680 sous forme de lettres patentes enregistrées au Parlement le 19 mars 1681 et dix jours plus tard au greffe du siège présidial de Lyon. Ainsi, par ces lettres scellées du sceau de cire verte qui leur donne un caractère perpétuel, le roi rend public et opposable le bien fondé de l'oeuvre éducative de Charles Demia. Le souverain reconnaît et autorise le Bureau des écoles qui fut créé en 1672 à recevoir dons et legs ainsi qu'un ''revenu assuré pour la subsistance des maitres des écoles et éducation des pauvres et jeunes clercs''. Cela dans le but ''d'affermir et rendre perpétuel'' ces établissements d'éducation puisqu'en peu de temps fut reconnue ''la nécessité et utilité des petites écoles pour l'instruction des enfants du pauvre peuple de Lyon''.

C'est pour Charles Demia une étape décisive puisque cette reconnaissance officielle assure un avenir matériel aux écoles et procure une certaine légitimité à la congrégation des sœurs de saint Charles (la Communauté des maîtresses d'école) qu'il fonde cette même année 1680 afin de poursuivre et développer sa mission éducative auprès des plus pauvres. Pour ce prêtre né à Bourg en Bresse en 1637, élève des jésuites de Bourg et de Lyon dès 1648 et brillant étudiant en droit civil et en droit canonique, bien du chemin fut parcouru depuis la visite pastorale décisive de l'automne 1664. C'est en effet en tant que ''visiteur extraordinaire'', mandaté par l'archevêque de Lyon Mgr Camille de Neuville, qu'il découvre la misère du peuple et des ''pauvres enfants'' mal nourris et analphabètes. De retour à Lyon, où il se fixe définitivement en 1665, il décide d'alerter les autorités municipales et religieuses de la ville sur cette misère des plus jeunes. L'année suivante, il rédige les ''Remontrances faites à Messieurs les Prévost des Marchands, Echevins et Principaux habitants de la ville de Lyon : touchant la nécessité et utilité des écoles chrétiennes pour l'instruction des Enfants Pauvres''. Elles sont publiées en 1668 et connaissent un très grand succès y compris parmi les théoriciens de l'éducation de l'époque. Son appel est d'abord d'ordre matériel. Il réclame aux autorités un local en quartier populaire et une rente annuelle de 200 livres afin d'assurer le traitement d'un maître d'école. Il lui faut attendre plus de 4 ans les subventions municipales. D'ici là, il choisit de se tourner vers la Compagnie du Saint Sacrement à laquelle il adhère en 1669 pour pouvoir réaliser le projet contenu dans sa devise d'ordination : ''il m'a envoyé pour évangéliser les pauvres''. Pour lui, cela signifie à la fois éduquer les enfants pauvres et former des prêtres en les mettant à leur service. C'est ainsi qu'à côté de l'ouverture de la première école de garçons pour les ''pauvres enfants'' le 9 janvier 1667 dans le quartier populaire de Saint Georges, il décide en 1672 d'ouvrir un petit séminaire sous le patronage de saint Charles dans les locaux de l'école saint Nizier. A Lyon existaient déjà quatre autres séminaires dont l'accès était cependant réservé aux plus fortunés puisque l'année de pension et d'études s'élevait à 300 livres. En choisissant d'ouvrir son ''auberge cléricale'', Charles Demia veut en faire un lieu pour les ''pauvres clercs'' afin que les ''jeunes gens disgraciés des biens temporels'' soient formés et préparés à devenir à la fois de bons curés de paroisse et de bons maîtres d'école. Ils y recevront une formation religieuse solide et une formation pédagogique spécifique qui fera d'eux des clercs-instituteurs. Ils seront à la tête des écoles tant à Lyon que dans les villages où ils seront ensuite envoyés comme curés de paroisse. Pour y parvenir, il leur offre une formation à la fois théorique et pratique sur le terrain, qu'il consigne dans le Trésor clérical publié en 1682 et qui concerne ''les conduites pour acquérir et conserver la sainteté ecclésiastique''. On y avertit les séminaristes de leurs devoirs et obligations inhérentes à la vie sacerdotale.

Charles Demia demande à son archevêque une autorisation officielle pour son œuvre. C'est ainsi que le 7 mai 1674, Louis XIV donne à Camille de Neuville toute autorité pour toute nouvelle ouverture d'école avec l'obligation de respecter les règlements dictés par lui-même. Par délégation c'est une reconnaissance de l'oeuvre et de l'autorité de Charles Demia qui fut nommé deux ans plus tôt Promoteur Général du Bureau des écoles de garçons après en avoir été Directeur et Intendant. L'institution peut dès lors essaimer partout dans le diocèse. Les premières écoles pour filles ouvrent en 1675 avec des maîtresses pour s'en occuper car à cette époque à Lyon seules existent les Ursulines pour les jeunes filles fortunées. Peu de temps après, en 1678 plusieurs s'unissent sur le modèle du séminaire saint Charles afin de mener à leur tour vie commune pour apprendre la vie religieuse et le métier de pédagogue. Elles ont alors pour tâche d'instruire chrétiennement et humainement les jeunes filles pauvres afin de les préparer à devenir de bonnes chrétiennes et de bonnes épouses connaissant les rudiments du catéchisme et habiles à exercer quelques travaux manuels indispensables à la bonne marche du foyer. En 1675, Demia commence à mettre en forme les ''Règlements pour les écoles'' qu'on lui réclame dans certains diocèses voisins où ses établissements commencent à essaimer. À partir de ces textes primitifs, le manuscrit final des ''Règlements pour les écoles des Pauvres de l'un ou l'autre sexe de la ville de Lyon'' est établi en 1684 et imprimé en 1688. Ce traité de pédagogie générale et d'administration des écoles des pauvres est le fruit d'une vingtaine d'années de pratique pédagogique.

A sa mort, le 23 octobre 1689, à 52 ans, Demia laisse derrière lui une vingtaine d'écoles et une congrégation religieuse qui s'affermit avec l'ouverture d'un noviciat. Son œuvre s'inscrit dans le fort courant qui, à partir des années 1660, porte les élites urbaines à se pencher sur l'instruction des classes populaires, pour des raisons à la fois religieuses, d'ordre public et économiques.

 

Bibliographie

  • Gabriel COMPAYRE, Charles Demia et les origines et les origines de l'enseignement primaire (Paris: Delaplane, 1905).
  • Roger GILBERT, Charles DEMIA 1637-1689 (Lyon: E. ROBERT, 1989).
  • Yves POUTET, Charles Demia en son temps, Documents fondamentaux. Journal de 1685-1689,, Cahiers lassaliens n° 56 (Rome: Maison Saint Jean-Baptiste de la Salle, 1994).